Publié le 16 Avril 2014
spiritualite
Publié le 14 Avril 2014
Cependant la nuit était si profonde qu'on avait peine à s'y reconnaître, et la terreur amenée par ces ombres inaccoutumées pénétrait les âmes que la pitié n'avait pu émouvoir: la plupart des Juifs se hataient de regagner la ville et le temple, pour s'abriter contre la catastrophe dont ils sentaient l'arrivée. Les soldats inquiets suivaient ce mouvement de retraite, en se rapprochant du groupe formé autour du centurion sur la pente du Calvaire. L'accès de la croix devenait ainsi plus facile. Mais les blasphémateurs ne songeaient plus à abuser de cette liberté: ils fuyaient la tête basse et la bouche muette, aussi pressés de ne plus voir leur victime, qu'ils l'étaient naguère de la donner en spectacle à la multitude.
Les amis de Jésus purent donc s'avancer discrètement jusqu'au pied même de sa croix. Il y avait là Marie sa mère, Jean le disciple bien-aimé, Madeleine et Marthe, Marie Jacobé, Salomé, Jeanne de Cusa, d'autres encore dont la traditiion ne nous a pas conservé les noms.
Les regards du mourant tombèrent sur ce petit groupe d'amis fidèles, cherchant sans doute Celle qu'il attendait à ce rendez-vous de la dernière heure. Marie se tenait debout, à sa gauche, près du mauvais larron, comme si elle eût essayé de le préserver contre la justice prête à le frapper: effort inutile, hélas! puisque le malheureux n'en devait pas profiter.
Du coeur de la divine Mère il montait au coeur de son Fils une ardente supplication pour le genre humain, dont il l'avait faite corédemptrice; ce qu'elle voulait avant tout, c'était l'assurance du pardon pour l'humanité. Il le comprenait bien: et, tout aussitôt il lui adressa la parole pleine de respect qui convenait au ministère dont il la revêtait:
" Femme, lui dit-il, voilà votre Fils." Et ses yeux désignaient saint Jean. Puis au disciple avec une intonation grave et douce: " Voilà votre mère" !
C'est à dire:" O ma mère, reine et maitresse de tout ce qui est à moi, voilà les hommes que je vous confie afin que vous soyez désormais leur avocate. Je vous fais leur mère, pour m'interdire de les rejeter, puisque je ne le pourrais sans vous rejeter vous-même. Soyez heureuse: ils sont sauvés! Et vous, homme, voilà votre modèle et votre refuge! Je vous ai pardonné, puisque je vous remets entre les mains de celle à qui je ne puis rien refuser, quand elle intercède en votre faveur" !
Un long silence suivit, pendant lequel Jésus entra dans sa dernière agonie, plus rapide, mais aussi plus cruelle que celle de Gethsémani. Il n'avait pas voulu s'y abandonner avant d'avoir rassuré les pécheurs contre la crainte de l'abandon où Dieu allait mettre la victime de leurs fautes: c'est pourquoi il leur avait d'abord donné un refuge dans l'amour maternel de Marie. Maintenant il pouvait se livrer aux étreintes de la justice divine, pour souffrir tout ce que suppose la malédiction prononcée contre le péché :" Il a revêtu cette malédiction comme un vêtement" , en prenant la responsabilité de nos misères; et par conséquent, il en doit subir le châtiment, c'est-à-dire l'abandon où Dieu laisse justement celui qui l'a d'abord abandonné.
Or, par la faute de l'homme, cet abandon devait être sans rémission: la séparation, éternelle de soi, ne supposait aucun retour; C'est pourquoi Jésus se trouvait, à cette heure délaissé de Dieu, avec le sentiment d'une solitude comparable à celle qui désespère le damné. " La malédiction pénétrait ses os comme l'huile, ses entrailles comme l'eau qui s'infiltre"; c'était l'heure du triomphe de l'Enfer, et perdu momentanément dans cet abîme d'angoisses, le Rédempteur ne peut retenir un cri:
" Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'avez-vous abandonné"?
"
R.P. Ollivier OP
Publié le 14 Avril 2014
Les âmes justifiées par l'espérance du Messie attendaient sa venue, dans cette région intermédiaire dont saint Thomas d'Aquin dit équivalemment: " Le nom de limbes convient au lieu et à l'état des saints avant le Christ. Quelquefois, ce lieu et cet état sont appelés le sein d'Abraham, en raison du repos qu'ils indiquent; - quelquefois aussi: le sein de l'enfer, parce qu'ils supposent l'absence de la gloire... Ceux qui habitaient les limbes se sentaient pénétrés d'une grande joie dans l'espérance de la gloire, mais non sans tristesse du retard qui les en séparait. Ils ne souffraient toutefois d'aucune peine sensible pour les péchés qu'ils avaient expiés, soit dans le temps soit dans leur entrée dans l'éternité: car ce lieu et cet état étaient absolument distincts de ceux du purgatoire. "
Dans les limbes, par conséquent, les saints de l'Ancien Testament, depuis Adam jusqu'à Jean-Baptiste, toute la suite des patriarches et des prophètes, Abraham, Isaac et Jacob, - Moïse, Josué, David, - Isaïe, Jérémie, Daniel; - toute la série des femmes illustres, Sarah, Lia, Rachel, - Débora, Judith, Esther; - attendaient l'accomplissement de la promesse faite à l'homme, après sa chute au paradis terrestre. Il convenait en effet au premier-né de la génération nouvelle d'ouvrir et de franchir les portes du ciel, à la tête de l'humanité perdue par le premier-né de l'ancienne génération.
Saint Pierre, en sa première Epître, et saint Paul en celle qu'il adressait aux Ephésiens nous ont conservé la mémoire de cette descente du Christ dans les limbes.
L'Evangile des Nazaréens raconte que deux serviteurs de Dieu, morts environ quarante ans auparavant, se montrèrent dans le Temple, au jour de la Résurrection, et racontèrent de quelle joie les élus avaient tressailli à la vue du Rédempteur, pendant que les démons s'abimaient dans la tristesse. ...
Ainsi, même en ces heures funèbres, le Verbe divin ne restait pas inactif: après avoir évangélisé les vivants, il évangélisait les morts, suivant la parole de saint Pierre, et portait aux enfers la bonne nouvelle du règne de Dieu rétabli parmi les hommes.
Son sabbat à lui n'est pas l'inertie de la force épuisée: c'est une autre activité, douce, joyeuse, réparatrice, pleine de promesses pour le lendemain, comme elle est pleine des oeuvres accomplies :" S'il dort, son coeur n'en veille pas moins. " et continue de répandre sur tout ceux qu'il peut atteindre la consolation, l'espérance et la paix.
Publié le 13 Avril 2014
L'Evangile ne parle pas de cette rencontre: la tradition toutefois la tient pour certaine; et vraiment il serait étrange qu'elle ne se fût pas produite . Marie avait dû chercher à se rapprocher de son Fils, dès qu'elle avait appris son arrestation, et, probablement, elle y était parvenue aux environs du prétoire.
La demeure des pontifes lui était fermée, mais l'accès du tribunal romain était ouvert à tous. Elle put donc assister aux horribles scènes de la flagellation et du lavement des mains; elle put entendre les hurlements de la foule et les protestations de Pilate: elle put enfin voir Jésus à la la sortie de l'Antonia et se rendre compte de la route qu'il allait suivre. C'est pourquoi nous la retrouvons à l'issue d'une sorte de ruelle, parallèle à la voie douloureuse, qu'elle rejoignait à soixante mètres environ du point où s'était produite la première chute.
Arriva-t-elle pour assister au spectacle de son Fils gisant dans la poussière et faisant des efforts pour se relever sous l'accablement de son fardeau, ou le vit-elle seulement se décharger de la croix sur l'épaule du Cyrénéen? Il importe peu, en présence de l'atrocité de sa douleur. Bien des fois, on a essayé de la peindre, toujours avec le même insuccès.
Le prophète n'avait-il pas dit de la fille de Sion:" A qui te comparer et qui pourra se croire semblable à toi? Verrai-je en toi une affligée pareille à d'autres et entreprendrai-je de te consoler? Ta douleur est immense comme la mer, et nul remède n'y peut-être apporté. " Et sur les lèvres de la désolée mystérieuse n'avait-il pas placé ces paroles :" O vous qui passez, voyez et dites s'il est une douleur comparable à ma douleur" !
Le glaive prédit par Siméon s'était enfoncé dans sa poitrine et avait déchiré son coeur. Pour en sonder la blessure, il faudrait le regard de Celui qui tenait le glaive et faisait de sa mère la co-rédemptrice du genre humain.
Il dut y avoir parmi les soldats un instant d'arrêt, motivé peut-être par la transmission de la croix au Cyrénéen, peut-être aussi par un sentiment de commisération envers les affligés. Si difficile que fût leur âme à s'émouvoir, pouvait-elle résister à l'imprévu de cette rencontre entre la mère et le fils, sur le chemin du Calvaire. Pour l'honneur de l'humanité, ne leur refusons pas un reste de miséricorde et de respect à l'endroit d'une si grande ruine et d'une si poignante douleur.
Au temps de Tibère, le soldat romain avait pris de longue date l'habitude de tuer sans scrupule; mais il frappait par ordre et croyait remplir un devoir.
Quoi qu'il en soit, Jésus et Marie échangèrent un regard où passa toute leur âme, avec une force de compatissance et de tendresse qu'il nous est impossible de mesurer. Ils s'unirent une fois de plus dans le renoncement de tout leur être au profit des hommes et pour la gloire du Père éternel.
La tradition veut néanmoins que la pauvre mère ait défailli au jardin des Oliviers. Il n'y a là rien d'étonnant, rien non plus qui diminue la grandeur d'âme et la soumission parfaite de Marie à la volonté divine: les défaillances de la nature attestent la violence de l'épreuve, sans amoindrir le mérite de la résignation.
essai sur la Passion
R.P. Ollivier O.P
Publié le 13 Avril 2014
joignons-nous donc au funeste cortège, aussi près que possible de la céleste Victime, pour ne rien perdre des incidents de son agonie, rien non plus des enseignements qui en découlent.
Un centurion a pris la tête, conformément aux prescriptions de la loi romaine: il doit présider à l'exécution et maintenir le bon ordre dans l'assistance, avec l'aide de sa compagnie qui fait la haie autour du condamné. A côté de lui marche un héraut portant l'inscription écrite par ordre de Pilate, et sonnant de la trompette pour ouvrir le passage. La foule s'écarte devant eux, plus attentive à la croix dont on va charger le Galliléen qu'à la tablette où se lit le motif de sa condamnation.
Un cri d'horreur et de colère salue l'apparition de Jésus sous le grand arc de l'Antonia. Au sommet de la pente, bien en vue de toute la place, il semble déjà dominer l'univers, du haut de ces nuées, d'où il jugera les vivants et les morts, la croix entre ses bras comme un instrument de règne. D'un regard plein de douceur et de majesté, il parcourt la multitude. Des larmes se mêlent sur ses joues au sang qui coule de son front; double appel au repentir, qu'ils ne peuvent plus entendre, mais auquel se complait son amour. Puis soulevant le bois infâme, il descend lentement, poussé plutôt que soutenu par les bourreaux, appuyant à son épaule gauche le fardeau qu'il doit trainer jusqu'au Calvaire.
La coutume romaine le voulait ainsi. Une sinistre plaisanterie de Plaute nous l'apprend:" Qu'il porte sa croix par la ville", fait-il dire à l'un de ses personnages; " et puis, qu'il y soit attaché". ! Jésus y avait fait souvent allusion devant ses disciples quand il leur parlait de prendre leur croix et de la porter après lui. Ce genre de supplice n'était pas ordinaire parmi les Juifs; mais les Romains la pratiquaient et, depuis l'annexion, les exemples n'en n'étaient pas plus rares dans la Judée qu'ils ne l'étaient dans les autres parties de l'empire. Les prophètes avaient vu le Messie s'avancer ainsi chargé du bois de son sacrifice, et peut-être se trouva-t-il alors quelqu'un pour s'en souvenir.
....
Cependant Jésus suivait la pente vers Acra, s'épuisant rapidement dans l'effort que lui demandait sa charge plus lourde d'instant en instant. Il chancelait, au milieu des rires et des moqueries, harcelé par les satellites qui le poussaient avec leurs bâtons, et par la foule qui lui jetait de la poussière et des cailloux. Les légionnaires avaient peine à le protéger contre ces violences, qui sont dans le goût de toutes les populaces, mais plus spécialement des tourbes orientales, véritables meutes altérées de sang et hurlant autour de ceux qui vont à la mort.
Au bas de la pente, il y avait, tout récemment encore, un ressaut de terrain assez élevé pour devenir un obstacle à celui qui montait, un danger à celui qui descendait, s'il n'avait pas la liberté de ses mouvements. En existait-il un semblable au temps de Notre-Seigneur? Qui sait? En tous cas, c'est ici que la tradition fixe la première chute de Jésus: un faux pas le jeta par terre, et, quand il se releva tout meurtri, les forces lui manquèrent pour reprendre son fardeau.
A ce moment arrivait des champs, par la rue qui vient de la porte de Damas, un homme, heureux entre tous, puisque l'honneur lui était réservé de porter la croix du Maître, à sa place et à ses côtés. C'était un étranger, nommé Simon, venu de Cyrène avec ses deux fils Alexandre et Rufus - païen au dire de plusieurs, ou tout au plus prosélyte. Il n'avait pris aucune part aux folies qui avaient déshonnoré cette matinée, et, quand il vit tomber Jésus, il ne put retenir un mouvement de commisération, peut-être même une protestation contre la rudesse des gardes. C'en fut assez pour le désigner à leurs sévices: on lui mit la main sur l'épaule, et on le requit de porter la croix de son client de rencontre. S'y refusa-t-il d'abord? Nous n'en savons rien et nous aimons mieux croire qu'il obéit de bonne grâce: c'était du reste ce qu'il avait de mieux à faire, ne pouvant résister sans danger.
Les Romains avaient l'habitude de ces réquisitions arbitraires: :" Si un soldat t'impose une corvée, dit Arrien, garde-toi bien de résister ou simplement de murmurer. Tu recevrais des coups et on t'enlèverait ton âne par-dessus le marché.
Il prit donc la croix sur son épaule et suivit Jésus dont la marche devint plus facile et plus rapide, sur un terrain plus égal et dans un air moins étouffé. Il y avait là, en effet, une sorte de carrefour, où le soleil d'avril jetait ses rayons attiédis par la brume, mais d'autant plus bienfaisants au martyr; dans ses veines épuisées et refroidies cette chaleur ramenait un peu de vie, et devant ses yeux voilés de sang la lumière ravivait les formes et les couleurs. C'est ainsi qu'il put reconnaître, à quelques pas de là, dans un groupe d'amis trop peu nombreux, sa mère soutenue par Madeleine et le disciple bien-aimé.
Publié le 13 Avril 2014
" J'ai regardé tout autour de moi et n'ai vu personne qui vint à mon aide: j'ai cherché et n'ai point trouvé de soutien."
DIMANCHE des RAMEAUX
Homélie prononcée
par le Très Révérend Père Dom Jean Pateau,
Abbé de Notre-Dame de Fontgombault.
(Fontgombault, le 13 avril 2014)
Chers Frères et Sœurs, mes très chers Fils,
La longue cérémonie de ce jour ouvre la porte de la Sainte Semaine et invite à entrer résolument dans la commémoration du Mystère pascal : Passion, Mort et Résurrection de Jésus.
Comment ne pas relever le contraste saisissant entre la joyeuse procession des Rameaux qui accompagne le Christ triomphant aux portes de Jérusalem, et la solitude du Seigneur mourant sur la Croix au Golgotha, rejeté de la Cité tant aimée ?
Ne sommes-nous pas de ces chrétiens de la fête, seulement de la fête, prompts à goûter les plaisirs souvent vains et stériles du monde, mais timides quand la voix du Christ se fait entendre qui dit : « Viens » ? Certes, nous avons été créés pour la béatitude. La vie au paradis terrestre, dans une certaine proximité de Dieu, était déjà un avant-goût de l’éternité promise à ceux qui, durant leur vie, auront fait le choix de Dieu. Mais n'avons-nous pas fait, souvent, un autre choix ?
Être chrétien de la fête, c’est s’étourdir pour évacuer le drame de la Croix, pour évacuer le drame du péché, le drame de mon péché.
C’est refuser d’entendre la voix de Jésus qui nous invite à le suivre sur le chemin du Calvaire. Évacuer le drame de la Croix, c’est imaginer n’avoir pas besoin de Sauveur en croyant pouvoir se sauver soi-même.
Plus que quiconque, Jésus a mesuré le poids du péché de l'humanité. Il ne nous demande pas de porter ce fardeau. Il ne nous demande même pas de porter tout le poids de notre péché, mais simplement de nous reconnaître pécheur.
Aurons-nous, sans attendre le jour de la rencontre avec Dieu, un regard de vérité sur notre propre vie ?
Est-ce que dans mes paroles, dans mes actes, je choisis d’expérimenter l’éloignement de Dieu, de mes frères ? Est-ce que je choisis de me faire étranger à l’amour ? Cet examen de conscience, qui ne doit pas s’achever dans une lamentation stérile, révélera le chantier où Dieu déjà nous attend, où il nous dit : « Viens » : le chemin de notre croix, le chemin de notre conversion.
La procession de ce matin nous a fait goûter la joie de la proximité avec Jésus. Poursuivons donc la route avec lui vers la Croix rédemptrice.
Offrons au Seigneur notre misère dans la réception personnelle du sacrement de réconciliation. Entrer au confessionnal, c’est remettre à la miséricorde de Dieu la misère de notre pauvre vie, c’est rendre fécond pour nous l’amour de Dieu pour l’homme manifesté sur la Croix.
Seul Dieu pouvait faire naître de mon péché, de ma misère, un acte d’amour. Par le mystère de la Croix, Dieu a opéré cet « admirable commerce ». Le Dieu de colère qui tonne dans les cieux, s’est fait Dieu de miséricorde.
Puissions-nous, hommes de colère, à l’ombre de sa Croix avec Marie, puiser dans cette miséricorde la force de nous convertir et d’aimer.
Amen.
Publié le 12 Avril 2014
Publié le 11 Avril 2014
Le sens de ce jour n'est pas seulement la commémoration de l'entrée de Jésus à Jérusalem. Le sens est plutôt celui-ci: nous voulons accompagner solennellement le Seigneur dans sa Passion.
Mais nous ne pouvons le faire que si nous sommes d'abords consacrés comme combattants et martyrs.
C'est ce que signifie la cérémonie des Rameaux. Nous ne l'entendrons et nous ne la célèbrerons comme il faut que si nous nous représentons vivement que le Christ est au milieu de nous, que nous sommes ses disciples et que nous lui préparons un triomphe. Nous accompagnons le Seigneur du Mont des Oliviers dans la ville sainte où il va souffrir.
C'est donc un drame sacré dans lequel nous ne sommes pas simplement spectateurs, mais acteurs.
Les personnages sont: le Christ, les disciples, les enfants. Nous devons nous représenter le Christ comme présent et le voir soit dans le symbole de la croix qui marche devant nous, soit dans la personne du prêtre; autrefois, même, on introduisait dans la procession un âne traînant un petit char dans lequel se trouvait une statue du Christ, on appelait cet âne l'ane des Rameaux.
Nous commençons la grande et sainte semaine. Nous pensons à la Croix et à la Résurrection qui sont inséparables. L'oeuvre rédemptrice du Christ ne se termine pas à la mort, mais se prolonge dans la victoire de sa Résurrection.
A tous et à toutes, une bonne fête et semaine sainte.
O Christ rédempteur- Fils Eternel de Dieu, fait homme pour nous sauver au prix de votre sang,
- divin Ami que nous trouvons aux côtés de toutes les innocences pour les défendre, de toutes les faiblesses pour les soutenir, de toutes les douleurs pour les consoler, de toutes les défaillances pour les réparer,
source de toutes les joies, de tous les mérites, de tous les repentirs,
au nom de ceux que vous avez préférés ici-bas, de Marie votre mère, de Joseph votre nourricier, de Baptiste, votre précurseur, de Pierre votre vicaire, de Madeleine votre pénitente, de Marthe votre hôtesse, de Jean votre disciple bien-aimé,
- au nom de Béthléem, votre berceau et de Jérusalem où fut votre tombe,
Gardez-nous ou rendez-nous la science d'aimer, qui est en vous, - puisque la posséder c'est avoir non seulement le gage de la durée dans le temps, mais encore celui de la vie éternelle . "
Publié le 10 Avril 2014
" Mon Père, s'il n'est pas possible que ce calice passe sans que je le boive, qu'il soit fait suivant votre volonté ".
... Et pourtant voilà, sans que nous en puissions douter, la raison de cette seconde agonie où entre notre Rédempteur: il voit ses peines perdues pour un grand nombre de ceux qu'il a voulu sauver, - oubliées, méconnues même et blasphémées par les plus chères de ces âmes, auxquelles il va donner son sang comme il leur a donné son coeur.
S'il y a pour notre esprit un douloureux problème, c'est bien celui de cette foule humaine qui rend inutile le sacrifice d'un Dieu: et pourtant, il ne nous est pas possible de le nier, beaucoup d'âmes ne profitent pas de la Rédemption - (même si aujourd'hui dans l'Eglise des modernistes tout le monde entre dans la maison du Père, dans n'importe quelle religion) - , les unes parce qu'elles la repoussent, les autres parce qu'elles n'en ont pas souci.
Nul ne peut être sauvé malgré lui, et l'Apôtre nous donne l'avis facile à comprendre d'achever en nous, par notre bonne volonté, ce qui manque à la Passion du divin Maître, c'est-à-dire de nous en appliquer les fruits par une union libre et généreuse à la volonté de notre Rédempteur.
Conseil perdu pour beaucoup, sinon pour le plus grand nombre! Ne doutons pas de la miséricorde et de la puissance divines; mais 'noublions pas non plus que la voie de la perdition est large et le nombre de ceux qui la suivent effrayant à calculer.
Jésus le voyait avec la même clarté qu'il avait vu les désordres de l'humanité et les expiations dont ils étaient le principe. A la suite des anges déchus, les âmes séduites passaient devant ses yeux, dans un tourbillon plein de gémissements et de sanglots, entrainées vers les abîmes où ne doit jamais descendre le pardon à la rencontre d'aucun repentir. En vain leur tendait-il des mains suppliantes, avec des appels d'une tendresse ineffable: elles ne voulaient rien de lui, même au plus profond de leur désespoir. Comme une mère, à qui l'on prend ses enfants pour les jeter aux bêtes fauves sans qu'elle puisse les défendre, se débat, s'épuise en pleurs et en cris, souffre mille morts au milieu des ricanements des bourreaux. Jésus se tordait dans l'étreinte de la plus grande souffrance. Comme il était plus facile de s'abandonner aux fouets, aux épines et aux clous! Que ne pouvait-il augmenter à l'infini les déchirements et les tortures pour assurer le salut de ces âmes affolées!
Mais il n'y fallait pas songer; la liberté humaine est un obstacle qui arrête Dieu lui-même, et si fort que soit l'amour, il est impuissant contre le refus d'aimer.
Alternative cruelle! Il ne pouvait se dérober à l'acceptation de cette amertume sans renoncer à sauver les âmes de meilleure volonté: sa mort était le prix des unes et des autres, et n'en restât-il qu'une seule pour en profiter, le sacrifice devait être le même, offert pour la rédemption de toutes.
Cette obstination à repousser le pardon n'était-elle pas d'ailleurs la plus grave des offenses dont la Divinité s'irritait, et ne fallait-il pas qu'il satisfît d'abord pour celle-là.
Eloigner le calice, c'était donc éloigner la miséricorde pour les âmes capables de la comprendre, de la désirer et de la mériter.
Le regard tristement fixé sur les réprouvés, il avait le coeur présent aux élus, et sa main serrait la coupe enfiellée avec un tremblement de crainte et de soumission.
Publié le 10 Avril 2014
"Celle que la vie du péché avait laissé froide, avait senti s'allumer dans son coeur purifié la flamme puissante de l'amour."
saint Grégoire.
Parmi les affections que nous aimons à constater dans la vie du Maître, celle qu'il a daigné témoigner à Madeleine tient-elle en réalité la première place, ou la cède-t-elle à l'amitié qu'il portait à ses Apôtres, en particulier à Pierre et aux fils de Zébédée?
La réponse n'est pas facile ou plutôt elle est impossible, parce que ces affections sont de nature différente, et que leur dignité intrinsèque ne saurait nous permettre de préciser leur intensité relative. Mais, à quelque mesure que nous étendions l'une et l'autre, il nous faut le reconnaître, - sans contestation possible - Madeleine a pris dans le coeur de Jésus une place telle que nous en sommes justement étonnés et ravis.
Tant de miséricorde et de tendresse nous confondent; et pourtant nous sentons qu'il en devait être ainsi, puisque le Verbe divin s'est fait homme pour se rapprocher des pécheurs, les subjuguer par le charme de sa grâce, et les unir plus étroitement à son coeur, comme les témoins par excellence de sa victoire sur le péché.
En incarnant, pour ainsi dire, la faiblesse et le désordre, Madeleine était prédestinée à montrer, - dans sa conversion, toutes les ingéniosités de l'amour en quête des âmes, - et, après son retour, toutes les félicités de l'union rétablie entre l'enfant prodigue et le père auquel il est revenu.
Le Maître fut bon pour tous les pécheurs, et plusieurs de ceux qu'il convertit devinrent ses compagnons comme Mathhieu, Zachée, Cédoine, pour ne parler que des plus connus. Cependant il n'eut pour eux aucune tendresse particulière, à en juger du moins par l'Evangile: leur part fut celle des autres disciples, sans rien de la prédilection qui met hors de pair Simon et les fils de Salomé. Pourquoi donc Madeleine jouit-elle d'un privilège refusé à d'autres qui paraissent l'avoir mérité autant qu'elle?
C'est qu'il y a un abîme entre Madeleine et les autres convertis du Sauveur. Sa chute a été plus lamentable, - son déshonneur plus profond, - son relèvement plus merveilleux. Plus elle avait eu d'influence pour le mal, plus son retour pouvait avoir d'heureux résultats; et cette âme nous semble naturellement une proie que se disputaient, avec une égale ardeur, le ciel et l'enfer. Sa conquête a dû coûter davantage, - par conséquent rapporter plus de gloire et causer plus de joie à Celui qui l'a ramenée; et, puisque les choses valent à nos yeux le prix dont elles ont été payées, -surtout si leur prix est fait de nos larmes et de notre sang, - quelle âme pouvait valoir davantage aux yeux du Maître?
Toute ruine est douloureuse à voir, surtout dans l'ordre moral; mais combien plus la ruine de ce qu'il y a de plus exquis, c'est-à-dire d'un être doué des dons les plus propres à charmer les yeux et l'esprit, - beauté, candeur, intelligence, - avec l'inexprimable séduction de la jeunesse à son premier épanouissement! Quelle pitié s'éveille dans un coeur généreux à la vue de ces fleurs uniquement destinées, semblait-il, à parfumer les autels, et foulées aux pieds du passant indifférent ou moqueur!
Quelle pitié plus profonde encore à la pensée de ce que peut désormais pour le mal l'ange tombé des hauteurs du ciel en cette fange où il attirera tant d'autres ? Hélas! il n'a rien perdu de la puissance qu'il avait d'éblouir les regards et de surprendre les coeurs; combien viendront se brûler au rayon perfide qui jaillit de son front découronné d'honneur, mais non de grâce altière et provocante! Milton nous a bien montré Lucifer dans la redoutable séduction de sa déchéance, et le p. Lacordaire avait bien raison de prémunir la jeunesse contre ce qu'il osait appeler 'l'ineffable beauté du péché. "
Comme il est facile de comprendre le mouvement d'un grand coeur vers cette ruine!
Mouvement de pitié, de dévouement, de sacrifice, dont la raison est de sauver cette âme, c'est-à-dire de lui donner, fût-ce au prix de sa propre vie, la vérité dans la foi, la vertu dans la grâce, la paix dans la rédemption, Dieu enfin - Dieu connu, Dieu aimé, Dieu servi."
Et après, "quand on a été près d'une pauvre créature déchue l'instrument de la lumière qui lui révèle sa chute et qui lui rend son élévation, cette cure sublime d'une mort qui devait être éternelle, inspire quelquefois aux deux âmes, un indéfinissable attrait né du bonheur donné et du bonheur reçu.
Et, si la sympathie naturelle s'ajoute encore à ce mouvement qui vient de plus haut, il se forme de tous ces hasards divins tombés dans de mêmes coeurs un attachement qui n'aurait pas de nom sur la terre si Jésus-Christ lui-même n'avait pas dit à ses disciples:" Je vous ai appelés mes amis...
C'est l'amitié telle que Dieu fait homme et mort pour ses amis pouvait la concevoir. Oui, c'est l'amitié, mais avec la nuance de prédilection que suppose le rachat d'une âme plus précieuse, plus malade, plus complètement reconquise, et - pour continuer à parler avec Lacordaire, -" le sommet, en ce monde, des affections humaines et divines. Rien n'y avait préparé le monde, et le monde n'en reverra jamais qu'une image obscure dans les plus saintes et les plus célestes amitiés. "
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