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Publié le 8 Avril 2010

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Comment Jésus-Christ apparut à Madeleine sous la forme d'un jardinier.

 

Marie ayant tourné la tête aperçut le Seigneur; elle ne le reconnut pas cependant, et elle crut qu'il était le jardinier de cet endroit.

Son erreur en ce jugement ne fut pas grande ; car le Sauveur mérite certainement ce titre : il en avait déjà rempli les fonctions en arrachant de l'âme de la pécheresse les épines de l'infidélité et de l'ignorance. Il les remplit aussi dans l'âme où il habite ; car il y répand la semence des saintes inspirations et des bons désirs, il y plante la tige fructueuse des vertus qu'il arrose des larmes de la dévotion. Les moissons de nos champs grandissent moins sous l'influence des eaux du ciel que les vertus sous l'influence de cette eau spirituelle. Enfin, Jésus garde soigneusement son jardin, il le défend contre les incursions des voleurs, c'est-à-dire des démons, et il les empêche de s'y glisser par les issues nombreuses que leur offrent les sens intérieurs et extérieurs, pour y dérober les fruits de la bonne conscience.

Comment une ame passerait-elle plusieurs années sans commettre un seul péché mortel, avec les nuées d'ennemis dont elle est environnée, si elle n'était gardée par un œil qui ne connaît pas le sommeil?

 Ainsi, Madeleine ne se trompait guère dans son jugement sur le Seigneur qui se présentait à elle, quoiqu'elle ne l'eût pas reconnu.

Comme elle était à la fois sous l'impression de l'amour et du doute, car elle ne s'attendait pas à la résurrection, elle vit le Seigneur sans le reconnaître : elle le vît, parce que son amour l'en rendait digne ; elle ne le reconnut pas, à cause de ses doutes et de sa défiance. Par une permission particulière de Dieu il arrive souvent aux justes d'avoir le Seigneur en eux-mêmes et de le croire loin d'eux; ce qui les exerce à la vertu et augmente en même temps leur mérite. C'est ce qui arriva au bienheureux saint Antoine.

Un jour le Sauveur lui étant apparu au moment où il venait d'être maltraité par les démons, le saint lui dit : Où étiezvous, bon Jésus? où étiez-vous? Pourquoi ne vous trouviez-vous pas ici au commencement? vous me seriez venu en aide et vous auriez guéri mes blessures. Et le Sauveur lui répondit : Antoine, j'étais ici, regardant comment tu combattais; et puisque tu as si bien combattu, je rendrai ton nom célèbre dans tout l'univers.

Sainte Catherine de Sienne ayant été violemment attaquée par le démon qui remplissait son âme de toute sorte d'imaginations, se plaignit au Sauveur, qui lui apparut ensuite, de ce qu'il l'avait abandonnée : il lui répondit qu'il ne l'avait certes point abandonnée, qu'il était au milieu de son cœur et qu'elle devait à sa présence de n'avoir pas été vaincue par ces trompeuses images.

Il tint à l'égard de Job la même conduite : il lui donna la patience de supporter ses épreuves, quoique le saint homme se plaignît à tout moment d'être délaissé du Seigneur, qui ne daignait plus ni le regarder, ni l'écouter ; au contraire, la compassion divine se serait changée en rigueur et le Tout-Puissant, de sa main, le tiendrait loin de lui. Job, xxx.

C'est ainsi que le Seigneur en use souvent avec ses serviteurs, principalement avec ceux qu'il éprouve, et ceux qui le cherchent avec ferveur. Les uns et les autres croient en être fort éloignés, tandis qu'il est fort près des uns et des autres. Comment les premiers soutiendraient-ils l'épreuve avec patience si Dieu ne leur en donnait la force; et comment les seconds persévéreraient-ils dans leur dessein, si Dieu ne leur prêtait son appui? Tel est l'enseignement que nous pouvons recueillir de cette apparition, comme de l'apparition de Jésus aux disciples d'Emmaüs. Il s'était présenté à Madeleine sous les traits d'un jardinier; il se présenta aux disciples d'Emmaûs sous les traits d'un voyageur; et dans les deux cas, sa présence ne fut même pas soupçonnée. Luc. XXIV

Le Seigneur dit ensuite à Marie : « Femme, pourquoi pleurez-vous? qui cherchez-vous?»


O Roi de gloire, ô consolateur des affligés, vous venez pour consoler, et vous tenez un langage capable de désoler! Il n'y a rien, en effet, de plus propre à renouveler une douleur et à raviver les blessures d'une personne affligée, que de lui demander pourquoi elle pleure, qui elle cherche. C'est, en lui rappelant l'objet qu'elle aime, lui faire sentir de nouveau l'absence et augmenter les causes de sa peine. De là ces paroles du Prophète : "Mes larmes ont été ma nourriture et le jour et la nuit, tandis qu'on me demandait : Où est ton Dieu? » Psalm. XLI 4. C'était assez de réveiller chez le saint Roi le souvenir de Celui qu'il aimait tant et le sentiment de la privation d'un si grand bien, pour faire couler de ses yeux, et le jour et la nuit, de continuelles larmes. Cela étant, pourquoi, ô mon Sauveur, employez-vous ce langage si brusque avec une personne que vous aimez tant?

 

Je ne serais pas éloigné d'en trouver la raison dans le plaisir avec lequel Jésus considérait ces pleurs. Ils n'étaient pas pour lui des pleurs de douleur : il regardait, non la douleur, mais le principe de la douleur, qui était l'amour.

Or, l'amour plaît tant à ce Seigneur, qu'il n'y a rien sur la terre et au ciel qui lui soit aussi agréable. Une chose lui plaît-elle; c'est parce qu'elle est parée et revêtue de cette vertu. Sans l'amour, ni la foi, ni l'espérance , ni le martyre, ni le langage des anges, ni le langage des hommes ne sauraient plaire à ce grand Dieu.

 

« Femme, pourquoi pleurez-vous? qui cherchez-vous ? » O vous, le désir de son cœur, s'écrie Origène, pourquoi, Seigneur, lui adresser cette question : pourquoi pleurez-vous? qui cherchezvous? Hélas! elle a bien peu de ses yeux pour pleurer! Elle a vu naguère, le cœur déchiré, crucifier son unique espérance; et vous lui demandez, « pourquoi .pleurez-vous ? » Elle a vu, il y a trois jours, ces mains avec lesquelles vous l'aviez bien souvent bénie, ces pieds qu'elle avait couverts de baisers et qu'elle avait arrosés de ses larmes, percés de clous sur une croix; et vous lui demandez le sujet de ses pleurs! Elle vous a vu, ce même jour, rendre le dernier soupir; et vous lui demandez le sujet de ses pleurs !

Ajoutez encore à tout cela qu'elle croit votre corps dérobé ; ce corps sacré qu'elle venait oindre de parfums, dans l'espoir d'y trouver quelque soulagement ; et vous lui diles : «Pourquoi pleurez-vous? qui cherchez-vous?»

Vous le savez; c'est vous seul qu'elle cherche, vous seul qu'elle aime, pour vous seul qu'elle méprisa toutes choses; et vous lui demandez qui elle cherche ! O doux Maître, pourquoi ranimer la douleur de cette femme? pourquoi émouvoir ses entrailles? Elle est tout entière en vous; elle demeure tout entière en vous; elle vous cherche; et en vous cherchant elle ne pense qu'à vous. C'est peut-être pour cette raison qu'elle ne vous reconnaît pas; car elle n'est plus à elle-même ; votre amour l'en a complétement arrachée. Et vous lui dites, après cela : Pourquoi pleurez-vous? qui cherchez-vous? » Origen.

 

Madeleine, pensant avoir devant elle le jardinier, lui répondit: « Seigneur, si vous l'avez pris, dites-moi où vous l'avez mis, et je l'emporterai. » Joan. xx. Evidemment la pieuse femme ne se possède pas, et toutes ses paroles décèlent le désordre de ses pensées. D'abord, elle ne répond pas à la question qui lui est adressée, et elle ne comprend pas ce qu'on lui demande. Elle ne comprend que son amour, et elle n'a pas de sentiment pour autre chose. De plus, elle donne à un jardinier le, titre de seigneur, qualification d'un respect excessif pour une personne chargée de fonctions si communes. Au lieu d'employer des noms dans sa réponse, elle n'use que de pronoms : « Si vous l'avez pris, dites-moi où vous l'avez mis, et je l'emporterai. »

Comme si tout le monde suivait les mêmes idées qu'elle, et comme si elle n'avait pas besoin de donner plus d'explications. C'eût été quelque chose de par trop étrange de supposer qu'un jardinier emportât des cadavres; et il l'eût été davantage de croire qu'il allait, sur une simple parole, les remettre à une personne qu'il ne connaissait pas. Toutes ces saintes divagations étaient l'œuvre de l'amour.

Une erreur encore plus grande était d'avoir Jésus en sa présence et de ne pas le reconnaître. Malade d'amour, pour ainsi parler, elle avait un voile épais sur les yeux; de telle manière qu'elle ne se rendait pas compte de ce qu'elle voyait, et qu'en voyant Jésus elle ignorait que ce fût Jésus. O Marie, si vous cherchez Jésus, vous l'avez près de vous. Peut-être ne reconnaissez-vous pas vivant celui dont vous cherchez le cadavre. Sans doute, telle est la raison de l'ignorance où vous êtes. Pourquoi Jésus se montrerait-il à vous, si vous le cherchez autrement qu'il n'est? Vous cherchez ce qui n'est pas, et vous ne cherchez pas ce qui est; vous cherchez Jésus, et on peut dire que vous ne le cherchez pas: voilà pourquoi vous le voyez sans le connaître.

- O doux et tendre Maître, je ne saurais excuser entièrement votre servante, ni défendre son erreur. Elle vous cherchait tel qu'elle vous avait vu, et tel qu'elle vous avait laissé dans le sépulcre. Elle avait vu votre cadavre descendu de la croix et mis dans un monument; et votre mort ainsi que votre sépulture l'avaient remplie d'une douleur si vive qu'il ne lui restait plus l'espérance de vous voir ressuscité et plein de vie. Enfin, pendant que Joseph déposait votre corps dans le lieu qui lui avait été préparé, Madeleine y ensevelissait son âme; et elle l'unissait si étroitement à vos restes adorables, qu'il eût été plus facile d'arracher cette âme au corps qu'elle animait, que de l'arracher à l'objet de sa tendresse. Son âme était plus dans votre corps que dans le sien. Aussi en cherchant votre corps, elle cherchait son âme; et en perdant votre corps, elle avait perdu son âme. Est-il étonnant ensuite qu'elle ne vous reconnaisse pas puisqu'elle n'a plus sa faculté de connaître? Rendez-lui donc, Seigneur, son esprit; rendez-lui le sentiment, et elle sortira bientôt de l'erreur où elle est. - Mais pouvait-elle se tromper, elle qui vous aimait tant et qui vous pleurait tant! - Oui, elle se trompait, quoiqu'elle ne s'aperçut pas de son erreur. Ainsi son erreur procédait non de l'erreur, mais de l'amour.

C'est pourquoi, ô Juge miséricordieux et juste, l'amour qu'elle a pour vous, et la douleur qu'elle éprouve à cause de vous, plaident auprès de vous en sa faveur, et vous supplient d'avoir égard à l'amour de la sainte, et non à l'erreur de la femme.

Ce n'était pas par erreur, c'était par amour et tristesse qu'elle pleurait, et qu'elle vous disait:" Si vous l'avez pris, dites-moi où vous l'avez déposé et je l'emporterai."

 

Que signifie ce langage, femme? Que ditez-vous là? Quoi! Joseph d'Arimathie n'a osé descendre le corps du haut de la croix que la nuit et avec l'autorisation de Pilate; et Madeleine, sans attendre la nuit, sans tenir compte de Pilate, s'engage hardiment et dit: moi, je le prendrai ! O Marie ! ...

Et si par hasard le corps de Jésus était dans la maison du prince des prêtres, là où le chef des apôtres renia son Maître, près du brasier devant lequel il se chauffait, que feriez-vous? "Je l'emporterai," répond-elle.


O courage admirable! ô femme! ô femme! Et si la servante qui veille à la porte vous interroge, que lui direz-vous? - Je l'emporterai. - O amour ineffable! ô fermeté merveilleuse! Elle n'exclut aucun endroit, elle n'en désigne aucun: elle parle sans crainte, elle s'engage absolument:" Dites-moi où vous l'avez déposé, et je l'emporterai. "O femme! grande est votre foi, grande est votre force. O bon Maître, pourquoi n'ajoutez-vous pas ce qui suit:" Qu'il vous soit fait selon votre parole." Matth XV, 28. Est-ce que vous auriez oublié votre miséricorde accoutumée?


Ne différez pas davantage, ô doux Seigneur, les consolations que vous lui réservez. Depuis trois jours elle vous attend: elle est sans nourriture; elle n'a rien pour apaiser la faim de son âme à moins que vous ne lui révéliez votre présence corporelle. Si vous ne voulez pas qu'elle tombe en chemin de défaillance, venez en aide à la faiblesse de son âme par la douceur de cet aliment. Vous êtes le pain vivant qui renferme en soi toute suavité. Sa vie matérielle ne se soutiendrait pas longtemps, si vous ne lui découvriez les traits de celui qui est la vie de son âme.

La miséricorde du Seigneur ne se fît pas longtemps attendre et l'épreuve arriva bientôt à sa fin....

 

louis de Grenade



 

 

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Comment le Sauveur se fit connaître de Marie-Madeleine.

 

La miséricorde du Seigneur ne se fit pas longtemps attendre, et l'épreuve arriva bientôt à sa fin.

De même que Joseph, après avoir caché son nom quelque temps à ses frères, quand ils vinrent en Egypte, se découvrit bientôt à eux, cédant en cela à sa générosité naturelle et à l'amour fraternel; de même ce généreux Seigneur, après être resté quelque temps inconnu, se fit connaître à Madeleine en l'appelant par son nom accoutumé : Marie.

Comment exprimer la joie, la dévotion, l'amour, l'étonnement el la frayeur qui saisirent en ce moment cette pieuse femme ! Ne trouvait-elle pas plus qu'elle ne désirait ?

Elle cherchait le cadavre de son Sauveur, et elle le trouva plein de vie et vainqueur de la mort. Ce qu'il y a de plus extraordinaire, c'est que Madeleine ait pu supporter le poids de tant de bonheur.

O mon Dieu, que votre puissance est grande! Que de joie vous pouvez, par une seule parole, répandre dans une âme! Mais est-il étonnant qu'une seule parole de votre bouche rappelle un cœur à la vie, quand elle a suffi pour créer le monde ! La présence du soleil ne dissipe pas plus promptement les ténèbres que la vertu de cette parole ne dissipa la tristesse de Marie. Mais si la tristesse disparut, les larmes restèrent; la cause seule en fut changée : les premières étaient des larmes de douleur ; celles- ci sont des larmes d'allégresse : les unes et les autres ont pour principe l'amour.

Le Sauveur, par cette parole, témoigna à sa servante beaucoup d'affection et de familiarité; mais le ton avec lequel il la prononça dut en témoigner bien davantage. L'Ëvangéliste n'en dit rien, parce que si une parole peut être écrite, l'expression avec laquelle elle est prononcée échappe au langage humain.

 

La parole par laquelle Marie répondit à la parole du Sauveur, ne fut pas moins significative. Jésus lui avait dit: « Marie! » Elle lui répondit : « Maître! » c'est-à-dire, « maître du ciel, maître du monde, maître de mon âme, maître des âmes humbles et douces. » Elle se borna à ce seul mot, parce que sa langue, enchaînée en quelque sorte par la vivacité de ses sentiments, n'en pouvait dire davantage, quoiqu'elle eût tant à dire sur ce changement admirable et sur cet ineffable mystère.

Mais le sentiment que les paroles ne pouvaient traduire se traduisit bientôt par ses actes. Elle se précipita à ses pieds, qu'elle connaissait dès longtemps, et devant lesquels elle avait recouvré tout son trésor. En les baignant de ses larmes, elle avait trouvé le pardon de ses péchés; en s'assayant auprès elle avait entendu la doctrine qui tombait de la bouche du divin Maître. C'est prosternée à ces mêmes pieds qu'elle avait imploré la résurrection de son frère. C'étaient ces pieds qu'elle avait de nouveau arrosés de parfums dans la maison de Simon le lépreux. Ce sont encore ces pieds qu'elle veut adorer en ce moment, et dont elle veut embrasser les glorieuses cicatrices.

Dans son humilité, et pour suivre le conseil du Sauveur, elle s'était assise à la dernière place du festin : il n'est donc pas étonnant qu'elle soit conduite à la place la plus honorable. C'est pourquoi, tandis qu'elle ne voulait pas s'éloigner de ses pieds, le Sauveur lui tend ses mains et la comble sans cesse de nouvelles faveurs.

 

Le Sauveur lui répondit : « Ne me touchez pas ; car je ne suis pas encore monté vers mon Père. »

Ce n'est pas que Jésus-Christ ne voulût pas permettre à cette sainte femme de l'adorer et de lui baiser les pieds : il le permit bien aux femmes qui revenaient du monument, et avec lesquelles Madeleine était elle-même venue. Ce sens résulte des paroles suivantes : « Je ne suis pas encore monté vers mon Père. » Madeleine pensait que le divin Maître était remonté au ciel, et qu'en retournant vers son Père, il avait accompli la parole qu'il avait répétée si souvent à ses disciples lorsqu'il les consolait de son absence prochaine. Or, dans cette persuasion qu'il était au ciel, et qu'elle ne le verrait plus sur cette terre, elle s'efforçait de jouir parfaitement de sa présence, et elle se jetait à ses pieds afin qu'il ne la quittât pas sitôt. En lui adressant les paroles précédentes, le Seigneur lui tenait à peu près ce langage : Ne me retenez pas, ne croyez pas que je m'en aille, et que vous me voyez pour la dernière fois. Je suis encore en ce monde et j'y resterai quelques jours, n'étant pas monté vers mon Père, comme voua l'imaginez.

 

Après ces paroles Jésus ajouta : « Allez trouver mes frères et dites-leur : voilà que je monte vers mon Père et votre Père, vers votre Dieu et mon Dieu. »

Quelles aimables paroles!  Quel admirable témoignage d'humilité et d'amour. L'Apôtre a bien raison d'exalter cette profonde humilité du Fils adorable de Dieu, lequel ne dédaigne pas d'appeler ses frères et fils du même père que lui, de pauvres pêcheurs, rebut du monde en quelque sorte, qui peu auparavant, par la plus déloyale des fuites et avec la plus grande lâcheté, l'avaient abandonné entre les mains de ses ennemis ; comme s'ils n'avaient pas été mille fois témoins des miracles accomplis par sa puissance. Hebr. II

On le voit bien, Seigneur, vous ne vous êtes pas dépouillé, depuis que vous avez quitté ce monde, des charmes avec lesquels vous lui étiez apparu. La douceur et la bonté que vous montriez naguère, vous les montrez encore. Vous traitez les vôtres, après les avoir laissés, comme vous les traitiez lorsque vous viviez auprès d'eux. C'est que votre cœur ne change pas suivant les lieux, il ne varie pas suivant les temps, et il ne subit aucune altération parce que votre corps est honoré d'une nouvelle dignité, et votre nom entouré d'une gloire nouvelle. Aussi vos serviteurs ont-ils grandement raison de se consoler, de se ranimer et de se glorifier en vous, puisqu'ils ont un tel frère et un tel père.

Quelle suavité et quel honneur pour nous dans ces mots : « Je monte vers mon Père et votre Père, vers votre Dieu et mon Dieu. » Y a-t-il pour l'homme une dignité comparable à celle d'avoir pour père un Dieu? Et quel abaissement plus grand de la part du Fils de Dieu d'avoir pour son Dieu notre Dieu ? Pour laquelle de ces deux choses, Seigneur, vous devons-nous le plus de reconnaissance ? Est-ce parce que vous nous avez donné pour père votre Père, ou parce que vous avez accepté notre Dieu pour votre Dieu. S'il ne peut y avoir de plus grand honneur pour nous, il ne saurait y avoir pour vous de plus profonde humilité, et c'est à votre humilité que nous devons l'honneur dont nous sommes favorisés. En poussant l'humilité jusqu'à se faire Fils de l'homme, le Fils de Dieu a élevé le fils de l'homme à la dignité incomparable de fils de Dieu.

 

La principale leçon à retirer de ce charmant et pieux récit, est de comprendre avec quelle ferveur il faut chercher le Seigneur, et quels avantages en retirent ceux qui le cherchent de la sorte.

Incontestablement, de même que Dieu offre la pénitence de cette femme en modèle aux pécheurs ; de même il l'offre comme modèle aux justes qui désirent le trouver. Les premiers apprendront par son exemple, et la manière de faire pénitence, et les fruits qu'on en rapporte; les seconds y apprendront la diligence requise pour une telle entreprise, et la générosité avec laquelle ils en seront récompensés.

O vous donc, qui blessé par l'amour divin, aspirez à la perfection de la charité et de la sagesse divine où l'on possède Dieu, cherchez-la comme Madeleine a cherché son Sauveur. Cherchez-la avec amour, cherchez-la avec douleur, cherchez-la avec zèle, cherchez-la avec larmes, avec courage, et avant tout avec persévérance : cherchez-la de la sorte et soyez assuré que vous la trouverez.

Et ne soyez pas étonné de la réunion de ces conditions. Le Seigneur disposant avec suavité toutes choses, veut qu'il y ait proportion entre les moyens et la fin : par suite, il exige qu'un semblable trésor soit cherché avec tant de sollicitude.

Ne vous effrayez ni des difficultés du voyage, ni des horreurs de la nuit, ni des assauts probables des démons, ni du souvenir de vos péchés passés. Rien de tout cela ne parvint à décourager celte sainte pécheresse; rien ne put la détourner de son pieux dessein; et c'est pour cela qu'elle mérita de voir avant tous les autres le soleil de justice dans les splendeurs et dans la gloire de sa résurrection.

 

Quel encouragement pour les pécheurs !

Quelle consolation pour les âmes qui cherchent le Seigneur ! Une femme de laquelle la Fils de Dieu avait chassé sept démons. c'est-à-dire, selon l'explication de saint Grégoire, l'universalité des péchés, desquels on ne citerait les noms que difficilement et la rougeur sur le front, parce qu'elle cherche le corps du Sauveur avec auxiété, avec larmes, sans être arrêtée par la pensée de l'abîme où elle avait été si longtemps plongée, et avec persévérance, cette femme mérite d'être visitée du Seigneur avant les apôtres, avant le prince des apôtres, avant même le disciple de prédilection.

Avec combien d'éclat brillent ici la bonté de Dieu, sa générosité, le désir qu'il a d'attirer à lui les pécheurs et de consoler ceux qui le cherchent de toute leur âme !

Les faveurs, le traitement, l'accueil qu'il accorde aux personnes qui se tournent vers lui prouvent bien la vérité de cette parole d'un prophète : « Si vous cherchez le Seigneur, vous le trouverez quand vous le chercherez de tout votre cœur et dans l'affliction de votre âme ; Jerem. XXIX,13: c'est-à-dire comme le cherchait Madeleine.

Seulement, à son exemple, il faut y joindre la persévérance ; car si elle a trouvé, c'est parce qu'elle a persévéré.

Dans les sacrifices de l'ancienne loi Dieu ne se souciait pas qu'on lui offrît des victimes privées d'oreilles et de queue ; pour vous donner à entendre qu'il tient avant tout à l'obéissance et à la persévérance. Levit.XXII.

Ces deux vertus sont les deux parties dont se compose la robe de la justice qui couvre l'homme de la tête aux pieds. La robe que Jacob donna à son fils Joseph en était la figure; par ses couleurs diverses et par sa longueur elle représentait le vêtement de justice, qui est formé de plusieurs vertus, et qui par le don de persévérance, dure jusqu'à la fin de la vie. Génes. XXXVII

Que l'âme occupée à chercher Dieu, ne cède point au découragement, si elle ne voit pas ses désirs s'accomplir à son gré. Le but de ce retard est d'accroître la vivacité de ses sentiments, en lui donnant occasion de déployer plus de diligence, d'augmenter ses mérites.

Un désir semblable est certainement un don de Dieu, et c'est de ce désir que parle le Sage, lorsqu'il dit que Dieu enflamme les justes d'un profond amour pour la sagesse. Sap VI et VIII.

 

Apprenez-donc ô homme pécheur, apprenez de cette femme pècheresse à pleurer l'absence du Seigneur et à désirer sa présence. Apprenez à aimer Jésus, à chercher Jésus, à ne redouter aucune adversité, à ne recevoir de consolation que de Jésus. Cherchez-le dans le sépulcre de votre coeur, et ôtez la dure pierre qui en ferme l'entrée. Regardez ensuite si Jésus y est, et s'il n'y est pas, cherchez, persévérez, pleurez, courbez la tête, abaissez-vous, humiliez-vous jusque dans la poussière de la terre et regardez encore une seconde fois.

 

Tenez pour certain qu'en le cherchant avec cette foi dans ce monument, avec cette persévérance, avec cette humilité, et en rejetant comme Marie toute autre consolation, vous finirez par le trouver; et en le trouvant, vous trouverez, même dans cette vallée de larmes, des trésors et des consolations dont vous ne sauriez avoir l'idée.

 



 louis de Grenade.



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Chez les Hébreux c'était une acclamation de reconnaissance ou de joie.

Saint Epiphane dit que le prophète Aggée chanta Alléluia 517 ans avant Jésus-Christ, pour exprimer son allégresse en voyant le temple se reconstruire.

On le trouve dans les Psaumes de David et dans le Livre de Tobie. Enfin saint Jean l'évangéliste rapporte dans l'Apocalypse qu'il entendit les légions d'anges qui chantaient Alléluia.

Halleiuh en hébreu signifie: Louez avec enthousiasme, avec effusion de coeur. Jah est un des noms de Dieu, celui même qui lui convient par excellence. Id quod est, ce qui est.?

 

Saint Jérôme donne cette interprétation: Alle cantate, Lu laudem, IA ad Dominum.

"Elevez vos Cantiques de louanges vers le Seigneur." Saint Augustin explique ce mot, comme il suit: AL salvum, LE me, LU fac JAH Domine. "Sauvez-moi Seigneur."

Le moyen âge est assez fécond en explications plus ou moins ingénieuses de ce mot. Pierre d'Auxerre en donne la suivante: AL altissimus, LE levatus est in cruce, LU lugebant apostoli, IA jam surrexit. Nous nous contentons de citer celle-ci qui n'a point pour elle le mérite de l'étymologie. "Le Très-Haut a été élevé sur la croix, les apôtres pleuraient, mais le voici déjà ressuscité."

Du culte de la loi mosaïque, Alleluia est passé dans la liturgie chrétienne. L'Eglise de Jérusalem le fit entendre dans ses premiers Offices, et si l'on avait loué avec enthousiasme le Dieu d'Israël qui promettait un Messie, pourquoi n'aurait-on pas chanté par le cantique ordinaire le Dieu qui venait d'accomplir sa promesse?

L'Eglise latine l'adopta dès les premiers siècles, mais seulement pour le jour de Pâques. On a attribué cette innovation au pape saint Damase, dans la seconde moitié du quatrième siècle; mais il est certain que sous son pontificat on chantait Alleluia en tout temps, même aux obsèques.

Saint Jérôme en fournit un témoignage irrécusable en parlant des funérailles de sa soeur Fabiola: " On y chantait, dit-il, des Psaumes, et les lambris dorés de l'église retentissaient de l'Alleluia." Ainsi donc lorsqu'on reprochait à saint Grégoire le Grand trop d'attachement pour les usages de l'Eglise Orientale, il dut répondre qu'il ne faisait que sanctionner la coutume établie sous saint Damase. Ce pape n'inaugura donc point l'Alleluia dans l'Eglise latine. Seulement on excepta des temps de l'année, où l'on était dans l'usage de le chanter, toute la période qui s'écoule de la Septuagésime au jour de Pâques. On le bannit également des Messes et de l'Office des morts; mais comme en certaines Eglises on bornait l'Alleluia au Temps pascal, l'usage en fut étendu à la longue période qui sépare la Pentecôte du retor de la Septuagésime suivante. L'uniformité s'est ainsi établie sur ce point dans toute l'Eglise Occidentale.

Chez les Grecs, l'Alleluia est chanté toute l'année même le Vendredi saint: les obsèques s'y font par le chant de plusieurs Psaumes accompagnés de l'Alleluia. Le Rit gallican observait aussi cette coutume.

L'invocation de toutes les heures de l'Office est suivie d'Alleluia, mais de la Septuagésime à Pâques, à sa place, l'Eglise a substitué les paroles: laus tibi Domine, rex aeternae gloriae, "Louange à vous, Seigneur roi de l'éternelle gloire."

Dans le temps pascal, les Antiennes, les grands Répons, les Répons brefs des petites Heures, les Introïts et les diverses Antiennes de la Messe ont toujours un ou plusieurs Alleluia. La Fête-Dieu quoique hors du temps pascal, entre dans la même catégorie. En tous les autres temps Alleluia est beaucoup moins fréquent. On conçoit que nous ne pouvons point entrer ici dans un détail minutieux à ce sujet. Mais l'Alleluia le plus solennel est celui qui suit le Graduel; il est redoublé au commencement du Verset qu'on nomme, pour cela, alleluia-tique et unique à la fin.

 

Le père Lebrun dit que depuis le septième ou huitième siècle on a ajouté à la dernière syllabe de cet Alleluia une suite de notes qu'on appelle Neume, c'est-à-dire air, souffle, chant sans paroles; il figure assez bien l'impuissance où se trouve l'homme de chanter dignement par des paroles le Dieu qui est ineffable.

Les anciens Ordres romains donnent à ce Neume le nom de Sequentia suite ou prolongation d'Alleluia.

Ne pourrait-on pas voir dans cette suite plus ou moins nombreuse d'a l'intention de retracer ce que nous lisons dans le premier chapitre de Jérémie? Au moment où le Seigneur déclare qu'il l'envoie prophétiser parmi les nations, Jérémie s'écrie: A a Domine Deus, ecce nescio loqui.

La pensée que l'Eglise attache à ce chant sans parole, s'accorde parfaitement avec ce passage. Nous pouvons ici dire avec saint Augustin:" A qui ce langage (celui du chant sans paroles) peut-il mieux convenir qu'au Dieu ineffable?" Le nom de Jubilus est donné aussi à cette série de notes.

Saint Bonaventure, cité par le cardinal Bona, donne la raison suivante de ce Neume dont Alleluia est suivi:" Nous avons coutume, dit-il de chanter longuement une note prolongée sur la syllabe A qui suit Alleluia, parce que la joie des saints dans les cieux n'a point de fin et ne peut se raconter."

Etienne d'Autun dit à son tour:" La modulation du chant alleluiatique exprime les louanges que les fidèles adressent à Dieu; elle retrace ces actions de grâces par lesquelles on soupire pour l'éternel bonheur. Le mot est court, mais il se prolonge par le Neume."

 

« La voix des vieillards s'unit à celle de toute « l'assemblée, et les brebis du bercail font entendre en chœur le cantique nouveau: « Alléluia. »

 

Les enfants apprenaient à délier leur langue en prononçant ce mot, et les cultivateurs soulageaient leurs labeurs en le répétant. Saint Jérôme dit que les moines étaient convoqués pour se réunir par la joyeuse acclamation : Alléluia.

 

Fortunal de Poitiers raconte dans la Vie de saint Germain de Paris que ce pontife éteignit un grand incendie en chantant Alléluia. Le prêtre Constantius rapporte, à son tour, dans la Vie de saint Germain d'Auxerre que ce prélat, se trouvant en Bretagne au moment où les Pictée et les Saxons avaient uni leurs forces contre les Anglais, ceux-ci implorèrent le secours de ce saint évêque.

Germain les conduisit dans une vallée environnée de hautes montagnes capables de multiplier les sons de la voix. Quand les ennemis vinrent pour les y attaquer, le saint évêque ordonna aux Anglais de crier tous à la fois et le plus haut qu'ils pourraient : Alléluia. Les ennemis furent tellement épouvantés de ces cris qu'ils se retirèrent sans essayer la moindre agression.

 

abbé J.B.E. Pascal

la liturgie catholique.



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Publié le 8 Avril 2010

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intense d'émotions et de rencontres édifiantes...

merci à toute cette jeunesse pétillante plein d'amour

de l'Eglise ! .. quelle fraicheur ! merci schola veritatis . 


 

 

 

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Publié le 7 Avril 2010

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"Que n'a-t-on pas dit sur le ver de l'Inde qui porte des cornes?

Changé d'abord en chenille *, il devient avec le temps un petit ver à soie ; et il ne garde pas encore cette forme, mais il lui pousse des feuilles larges et amples, qui lui servent d'ailes.

Ainsi donc, femmes, quand vous démêlez l'ouvrage de ces vers, et que pour confectionner de riches vêtements, vous peignez les fils que nous envoient les Sères, vous puisez, dans la transformation d'un insecte, une connaissance évidente et claire de la résurrection.

 

st Basile.


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Publié le 7 Avril 2010

 

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Ecoutons maintenant ce que dit le même Souverain des anges, au milieu de ses disciples : « La paix soit avec vous. Après ces paroles, il leur montra ses mains et son côté. » Puis il répéta : « La paix soit avec vous. »

Notre Seigneur, tendre ami des hommes, nous souhaite ainsi la paix en tout temps, c'est-à-dire, en naissant, en mourant, en ressuscitant. A sa naissance, lorsque son âge ne lui permettait pas encore de parler, les anges annoncent la paix aux hommes. La veille de sa passion, s'entretenant avec ses disciples : « Je vous donne ma paix, dit-il, je vous laisse la paix. » Joan. XIV,27. Ressuscité, il répète trois fois dans le présent évangile cette même parole : « La paix soit avec vous. » Quand il envoie ses disciples prêcher, il leur enseigne d'user de la même formule de salutation envers leurs hôtes. Qui douterait de l'importance d'un bien, que l'ami des hommes a tant de fois souhaité aux hommes? Enfin, entre autres noms glorieux, Isaïe lui décerne celui de prince de la paix; parce que le Christ est pour nous l'auteur de cette paix, lui qui, par le mérite de sa passion, a apaisé son Père justement irrité contre nous, et qui d'un juge sévère a fait le père le plus bienveillant.

 


 

La paix, dont nous lui sommes redevables, étant multiple, la première et la principale est sans contredit celle par laquelle nous sommes réconciliés avec Dieu. De cette paix naît d'abord la tranquillité de la conscience, car le juste a bien des raisons de conjecturer qu'il a obtenu son pardon et qu'il a Dieu pour ami.

Ecoutez l'Apôtre : « L'Esprit-Saint rend témoignage à notre esprit, que nous sommes enfants de Dieu. Que si nous sommes enfants, nous sommes aussi héritiers ; héritiers de Dieu, et cohéritiers de Jésus-Christ. » Rom. VIII,16.

Qu'est-ce donc que ce témoignage, sinon le gage de la vie éternelle?

Or que peut-il arriver à l'homme de plus désirable que d'être dans un état tel que, si la mort l'atteint, le Seigneur le trouve non pas abattu, triste, rebelle, tremblant, mais joyeux, veillant, prêt, comme un serviteur fidèle et prudent, qui est digne d'être établi sur tous les biens de son maître? Au contraire, quoi de plus amer qu'une mauvaise conscience, quoi de plus douloureux, puisque cette âme infortunée est piquée par les aiguillons du péché, qui ne lui laissent aucune relâche?

Oui, quoi de plus malheureux qu'un tel homme qui, veillant, dormant. mangeant, buvant, vit toujours dans le péché, prend son sommeil dans le péché, se réveille dans le péché, se met à table dans le péché, sachant toujours que Dieu est indigné et courroucé contre lui? Quoi de plus misérable que cet homme? Et y a-t-il dans le péché, ou une volupté, ou un avantage, qui puisse compenser une si profonde misère?

 

Il est encore une autre paix, celle qui réconcilie l'homme avec lui-même.

Car l'homme, avant cette paix, était dans un profond désaccord avec lui-même; l'esprit demandant une chose, et la chair, mauvaise conseillère, demandant autre chose. Or, cette paix devait être donnée aux hommes par la venue du Christ; le psalmiste l'atteste : "La miséricorde et la vérité se sont rencontrées, la justice et la paix se sont embrassées. » Ps. LXXXIV,11.

En effet, que la miséricorde et la vérité de Dieu se soient donné la main lors de l'avènement de Jésus-Christ, c'est ce que témoigne Zacharie, père de saint Jean, quand il dit : « Pour exercer sa miséricorde envers nos pères, » Luc. I, 72, — voilà la miséricorde —«et se souvenir de son alliance sainte; » —voilà la vérité, c'est-à-dire la réalisation de la promesse, car il ajoute : " Selon qu'il a juré à Abraham, notre père, de nous accorder » — accorder quoi? — « qu'étant délivrés des mains de nos ennemis, nous le servirions sans crainte, marchant en sa présence dans la sainteté et dans la justice. » Luc..I,72,75

Voilà les deux autres biens annoncés par le royal Prophète, c'est-à-dire, la justice et la paix. Au moyen de cette paix, délivrés de la crainte de nos ennemis, nous menons une vie tranquille et calme dans la crainte du Seigneur.

 

Le poète sacré dépeint l'harmonie et la concorde de ces deux vertus par le nom de baiser, dont l'élégance égale la douceur.

Cette figure de langage montre parfaitement le lien étroit de parenté qui unit la justice et la paix; lesquelles se tiennent si bien, qu'il n'y a pas de justice sans la paix, ni de vraie paix sans la justice. «La paix, dit Isaïe, est le fruit de la justice, » Isai. XXXII,17. Enfin telle est l'affinité, la liaison, qui existe entre elles, que souvent l'Ecriture emploie l'une pour l'autre.

Ainsi, dans son Cantique, Zacharie met la voie de la paix, pour la voie de la vertu et de la justice. On voit par là combien est grande la folie de tant d'hommes qui, par un instinct naturel, aspirant sans cesse au calme et à la tranquillité de la paix intérieure, s'imaginent pouvoir y arriver sans la justice, quand ces deux vertus sont tellement connexes, qu'elles sont inséparables. « Qu'ils sachent donc ceux-là, dit saint Augustin, qu'ils ne peuvent obtenir ce qu'ils désirent, en laissant de côté ce qu'ils négligent. » Car seules les voies de la justice sont belles, et tous ses sentiers sont pleins de paix. » Prov, III, 17.

Au contraire, des voies des impies, il est écrit : « Dans leurs voies sont la ruine et l'infortune; ils n'ont pas connu la voie de la paix,  Ps. XIII, 3, j'entends de cette paix qui apaise, calme, et soumet à l'empire de la raison les mouvements tumultueux de l'âme.

Bannissez cette paix, et qu'est-ce qui domine dans le cœur, sinon le trouble et. les séditions intestines? En effet, on lit dans Isaïe : « Le cœur de l'impie est comme une mer toujours agitée, qui ne peut être en repos, et dont les flots vont se rompre sur le rivage avec une écume sale et bourbeuse. » Cor impii quasi mare fervens, quod quiescere non potest, et redundant fluctus ejus in conculcationem et lutum. Isa. LVII20. Pourquoi in lutum, sur le bourbier? — Parce que tout effort des impies, parce que la fièvre de leurs passions a pour objet de saisir des choses honteuses et vaines, parfaitement exprimées par ce mot de bourbier ou de vile poussière.

 

louis de Grenade.

 

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Publié le 7 Avril 2010

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Dans cette résurrection des corps brillent éminemment non seulement la toute puissance de Dieu, mais aussi la bonté et la sagesse de Celui qui daigne honorer si merveilleusement les corps de ses élus.


A cette occasion, saint Cyprien s'écrie:

« Combien admirable est votre science, ô mon Dieu! Elle est infiniment au-dessus de nous, et nous ne pouvons y atteindre.

Quelle est la profondeur de votre sagesse, à vous qui avez tiré le monde, non d'une matière préexistante, mais l'avez fait sortir de votre seule parole. Dans l'échelle des créatures, aux unes vous avez accordé une vie temporelle, une éternelle vie aux autres ; changeant et renouvelant certaines existences par des moyens merveilleux; assignant à la vie des êtres privés de raison, des bornes qu'ils ne peuvent franchir. A l'homme, qui tient du ciel et de la terre, et qui, à l'extérieur, est couvert d'une enveloppe de peau et de chair, vous avez assigné un temps après lequel il rend à la terre ce qu'il a pris à la terre, pendant que l'esprit, dont la nature n'admet pas l'outrage de la dissolution, retourne à sa source immatérielle.

Le corps, la chair, faits pour être la pâture des vers et de la corruption, ne pouvaient, en vertu de leur nature, jouir du privilége de l'immortalité. L'homme ne pouvait exiger du Créateur ce qui n'était pas dû à la nature humaine. Mais vous, Dieu très-bon, voulant spontanément accorder à l'âme des dons gratuits, vous avez décrété dans votre clémence que, des services rendus à l'âme par le corps pendant leur union, celui-ci retirerait un avantage ; qu'ayant été l'instrument, le compagnon des travaux, il serait, pour prix de ses services, réuni à sa bien-aimée compagne, et reviendrait pudique et pacifique, sans rapporter avec lui aucun foyer de rébellion qui pût désormais troubler le repos intérieur.

Par votre ordre donc, la terre devient chair ; expulsée autrefois de la maison, elle est de nouveau mariée à l'homme, mais elle n'est plus esclave, elle est libre *. Les deux natures habitent ensemble en harmonie ; les luttes intestines, que les passions soulevaient, sont assoupies. Mon Seigneur et mon Dieu, qui pourrait assez considérer vos œuvres? Qui peut transformer l'argile en chair? Qui peut former un homme? Qui peut y mettre une âme? Qui peut rendre la vie? Qui peut donner l'éternité? Qui peut y ajouter le bonheur? Vers ce but s'agite et se fatigue la nature humaine ; il a toujours été l'espoir des fidèles.

Vous, Seigneur, vous commandez à la mort, vous anéantissez la corruption, quand le malade se laisse guérir par vous. Vous avez goûté la mort pour les enfants des hommes, afin que ceux qui meurent avec vous, participent à votre vie, et que ceux qui ont connu comme vous la tribulation, soient consolés. »


louis de Grenade .

 


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Publié le 6 Avril 2010

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Mr le maire de Fontgombault remercie le Petit Placide et blogues annexes, du soutien chaleureux  qu'il a reçu cet hiver à l'occasion de ses voeux manifestés à la commune .

 

 

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Jeune novice, né en ce jour de Pâques 2010 !il attend son maître ...!

 

 

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un grand merci à toute l'équipe de tant de gentillesse reçue ! en union de prières.

bien rentrés tous sains et saufs... ! j'arrive !

 

 

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Publié le 3 Avril 2010

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Le petit Placide vous souhaite une sainte nuit de Pâques et de saintes fêtes pascales dans
la joie du Christ Ressuscité.




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Publié le 31 Mars 2010

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DU TRÉS-SAINT SACREMENT ET DES RAISONS DE SON INSTITUTION.

 

Un des principaux motifs de l'incarnation du Sauveur a été l'insensibilité et la froideur des hommes pour Dieu.

Aussi Jésus-Christ nous dit-il dans saint Luc : « Je suis venu porter le feu sur la terre; et que désiré-je sinon qu'il s'allume? »

Ce feu, il le répand à force de bienfaits et d'œuvres d'amour qui ravissent le cœur de l'homme et l'embrasent lui-même d'amour. Ce but a été celui des œuvres de toute sa vie, mais principalement des œuvres qu'il accomplit peu avant sa mort.

« Après avoir aimé les siens qui étaient dans le monde, dit saint Jean, XIII, 1, il les aima surtout à la fin ; » déclarant par ces paroles qu'il leur accorda des faveurs plus signalées et des marques d'affection plus touchantes.

Or, une des plus grandes fut l'institution du très-saint Sacrement; et on le croira aisément lorsqu'on aura réfléchi un instant sur les raisons de cette institution. Mais auparavant, très-doux Sauveur, ouvrez nos yeux, éclairez-nous de votre lumière afin que nous découvrions les motifs qui ont porté votre cœur si aimant à produire cette invention admirable.

 

Posons d'abord en principe que nulle langue créée ne saurait exprimer l'amour que Jésus-Christ a pour l'Eglise son épouse, et par conséquent pour chacune des âmes qui sont en état de grâce, puisque ces âmes sont véritablement ses épouses. C'est pourquoi entre autres demandes que saint Paul adressait à Dieu, il lui adressait celle-ci : « Faites-nous, lui disait-il, comprendre l'immensité de l'amour de notre Sauveur. » Cet amour en effet est si merveilleux qu'il surpasse l'intelligence de toute créature, même des anges.

 

I. Ce tendre époux étant donc sur le point de quitter ce monde et de se séparer visiblement de l'Eglise son épouse ; afin que son absence ne fût pas une cause d'oubli, il lui laissa comme souvenir le très-saint Sacrement. Ce souvenir c'était lui-même, car il ne voulait pas qu'un autre souvenir que lui-même le rappelât à celle dont il s'éloignait. Alors il prononça ces suaves paroles : « Chaque fois que vous ferez ceci, vous le ferez en mémoire de moi, et vous penserez à ce que j'ai fait et enduré pour votre salut. »

 

 

 

II. Il voulait aussi, ce tendre époux, ne pas laisser en son absence son épouse seule. Il lui donna pour compagnie le très-saint Sacrement, c'est-à-dire lui-même, c'est-à-dire encore la compagnie la plus précieuse qui se puisse imaginer.

 

III. Il songeait en même temps à mourir pour elle, à la racheter et à l'enrichir de son sang. Afin donc qu'elle pût jouir de ce trésor, il lui en livra les clefs avec cet auguste Sacrement. Car, suivant saint Jean Chrysostome, Hom. LXXXIV, toutes les fois que nous le recevons, nous mettons nos lèvres sur le côté du Christ, nous buvons son sang divin et nous participons à son glorieux mystère. Quelle énigme est l'homme, puisqu'il se refuse uniquement par paresse à jouir de ce trésor inestimable ! C'est dans un sens profond que le Sage a dit : « Le paresseux cache sa main dans sa poitrine, et il est sur le point de mourir de faim, parce qu'il n'a pas la force de la porter à sa bouche. » Prov. XIX,24. Y a-t-il une paresse plus grande que la paresse de celui qui, pour être exempt d'une légère préparation, renonce à un bien plus précieux que l'univers tout entier ?

 

IV. Le céleste Epoux désirait également être aimé par son Epouse d'un grand amour ; et pour cela il a préparé cette mystérieuse nourriture qui enflamme et blesse vite celui qui la reçoit dignement.


O mystère que nous devrions imprimer au plus intime de nos cœurs !


Dis-moi, chrétien : si un prince s'attachait à une esclave au point de la prendre pour épouse, et de l'établir reine et maîtresse de ses états ; pourrions-nous admirer assez son amour? Et si, après le mariage, il trouvait l'amour de son épouse refroidi, et qu'alors il se mît à la recherche d'un breuvage capable de le rallumer, que ne dirions-nous pas de la conduite de ce prince ? Eh bien ! ô roi de gloire, ce n'a point été assez pour les entrailles de votre amour de faire votre épouse d'une âme qui était l'esclave du démon. Quand vous l'avez sentie froide et glacée, vous avez préparé une merveilleuse nourriture, et par vos paroles puissantes, cette nourriture a la vertu de transformer et d'embraser les âmes qui la recevront. Rien ne montre plus l'amour que le désir d'être aimé. Vous, ô mon Seigneur, vous avez tant désiré être aimé de nous que, pour y parvenir, vous avez imaginé les inventions les plus étonnantes. Qui douterait ensuite de votre amour?

Ah! je sais bien que si je vous aime, vous m'aimez , et que je n'ai pas besoin, pour gagner votre cœur, des moyens auxquels vous recourez pour gagner le mien.

 

V. Quoiqu'il fallût que l'époux quittât son épouse, comme l'amour ne saurait se résigner à l'absence de l'objet aimé, Jésus-Christ voulait à la fois partir et ne pas partir, s'en aller et pourtant rester.

Or, ni lui ne pouvait rester, ni son épouse s'en aller avec lui. Il choisit alors un expédient tel qu'encore qu'il partît et qu'elle restât, ils ne devaient être jamais séparés. C'est ce que fait le sacrement de l'autel : il unit et incorpore si étroitement les âmes à Jésus-Christ, qu'elles ne forment avec lui qu'une seule et même chose. Il en est de l'âme et du Christ comme de la nourriture et de celui qui la prend, avec cette différence indiquée par saint Augustin. Confes, VII, 10, que le Sauveur s'identifie l'âme qui le reçoit, et lui communique son amour et sa vie.


 

VI. Il voulait encore donner à son Eglise des gages assurés de l'héritage céleste, afin que munie de cette espérance elle traversât joyeusement les aspérités de la vie.


Rien n'est plus capable d'inspirer le mépris des choses d'ici-bas que la ferme espérance des biens d'en haut. Aussi Jésus-Christ disait-il avant sa passion à ses disciples : « Si vous m'aimiez véritablement, vous seriez dans la joie parce que je vais vers mon Père. » Joan. XIV, 28. Comme s'il eût dit : Aller vers mon Père est un si grand bonheur, que les fouets, les épines, les clous, les supplices et les peines de cette vie ne sauraient le mériter.

Afin donc que son Epouse conçût de ce bonheur la plus solide espérance, l'Epoux lui a laissé un gage aussi précieux que l'objet de cette espérance elle-même. Comment douter que Dieu ne se livre à elle dans sa gloire quand elle vivra toute en esprit, puisqu'il ne se refuse pas entièrement dans cette vallée de larmes où elle vit dans la chair ?

 

VII. Un autre désir du divin Epoux était de faire son testament avant de mourir, et de laisser à son Epouse un présent propre à calmer sa douleur.


Il lui laissa le présent le plus magnifique., son corps adorable. Lorsque Elle fut enlevé à la terre, il donna à Elisée son manteau, l'unique bien dont il pût le faire héritier.

Quand notre Sauveur se prépara à monter au ciel, il donna dans ce sacrement son manteau terrestre, c'est-à-dire, son corps sacré, en héritage à ses enfants. Avec le manteau d'Elie, Elisée passe à pied sur les eaux du Jourdain : par la vertu de l'Eucharistie, les fidèles passent en toute sécurité les eaux des vanités et des tribulations de cette vie.

 

VIII. Enfin, Jésus-Christ se proposait de procurer à nos âmes un aliment capable de conserver et d'entretenir leur vie.


Car la condition de la vie spirituelle est la même que la condition de la vie corporelle. En effet, pourquoi le corps reçoit-il chaque jour sa nourriture? Evidemment parce que dépensant chaque jour une partie de ses forces, il a besoin d'un secours extérieur qui chaque jour les répare; sans quoi elles seraient bientôt épuisées.


Plaise à Dieu que nous comprenions mieux par ce rapprochement la nécessité de l'Eucharistie et la miséricordieuse sagesse de son auteur ! N'est-il pas vrai qu'il y a dans nos âmes un principe funeste qui paralyse ce qu'elles ont de force pour le bien? Ce principe nous porte à l'amour du siècle, de la chair, de tous les vices et de tous les plaisirs; tandis qu'il nous détourne de Dieu, de son amour, nous rend de glace pour la vertu, et de feu pour le mal.

Et si ce principe délétère règne continuellement en nous, ne faudra-t-il pas un principe opposé qui réparc continuellement les ruines qu'il aura faites? Qu'il n'en soit pas ainsi, et vous n'aurez à attendre qu'une faiblesse croissante et des chutes certaines. Pour vous en convaincre , jetez un coup d'œil sur l'histoire du peuple chrétien. A l'origine de l'Eglise, les fidèles prenaient tous les jours cette divine nourriture : aussi étaient-ils forts et prêts non-seulement à garder la loi de Dieu, mais à mourir pour elle. Aujourd'hui ils n'en usent que rarement; c'est pourquoi ils sont lâches, dégénérés, et sur le point de tomber d'inanition, selon la parole du Prophète : « Parce qu'il n'a pas eu d'intelligence, mon peuple a été captif, ses grands sont morts de faim, et la multitude a été dévorée par les ardeursde la soif. » Isa. v, 13.

Il connaissait donc bien notre nature et ses misères, le céleste médecin, lorsqu'il institua ce sacrement. Il l'institua sous forme de nourriture, afin de nous enseigner par là et l'effet qu'il devait produire, et le besoin que nos âmes en avaient.

 

Cet aliment et ce remède divins sont d'ailleurs la preuve d'amour la plus forte qu'un Dieu ait pu nous donner.


Nous lisons en maintes histoires que des mères torturées par la faim ont cherché dans la vie de leurs propres enfants la conservation de leur existence. Mais qui a jamais lu qu'une mère, pour soutenir son fils mourant de faim, lui ait donné sa propre chair à manger? que son amour envers lui l'ait portée à se déchirer elle-même ? Il n'y a point de mère qui ait fait cela. Mais celui qui est venu du ciel pour toi, chrétien, calui-là plus aimant encore qu'une mère, à la vue de la faim qui te consumait, s'est livré à la mort afln que sa chair te servit de nourriture. Et comme il voulait que cette nourriture fût perpétuelle, il a établi le sacrement de l'autel. et il nous montre, par cette perpétuité, qu'il est disposé à te donner toujours la même marque d'amour, dès qu'elle sera nécessaire.

 

Considérons surtout que le Rédempteur du monde s'est proposé de rendre à l'homme son antique noblesse, et de l'élever par la grâce autant qu'il avait été abaissé par la faute originelle. Or, Adam était tombé de la vie divine à la vie des bêtes ; il devait donc passer de cette vie animale à la vie de Dieu qu'il avait perdue.


C'est pour cette fin qu'a été institué la communion au très-saint Sacrement. Elle rend l'homme participant de la vie divine, selon cette profonde parole du Sauveur : « Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, et moi en lui. De même que ma vie est celle du Père, la vie de celui qui prendra cette nourriture sera ma vie. » Joan. VI, 57 et 58.

Il vivra par conséquent d'une vie divine et non d'une vie humaine. Car dans la communion Jésus-Christ ne se change pas en nous, mais, comme il a été déjà dit, il nous identifie à lui en nous communiquant sa volonté et son amour. Il se passe alors en nous ce qui se passe dans le pain lorsqu'il est consacré.

De même que les paroles de la consécration changent la substance du pain en la substance du Christ; de même la communion transforme d'une manière spirituelle et divine celui qui la reçoit. Après la consécration, le pain n'est plus ce qu'il était, il paraît une chose et il en est une autre. Après la communion, l'homme n'est plus aussi ce qu'il était; autre est sa dignité apparente, et bien autre sa dignité réelle : à l'extérieur tout est humain; tout est divin au contraire dans l'intérieur de l'âme.


Maintenant connaissez-vous une gloire plus pure, un don plus précieux, un bienfait plus touchant, une preuve d'amour plus considérable?

Que devant cette œuvre se taisent toutes les œuvres de la nature, et même celles de la grâce, parce qu'elle est une œuvre au-dessus de toutes les œuvres, une grâce au-dessus de toutes les grâces.


O merveilleux sacrement, que dirai-je de toi ? Comment te louer? Tu es la vie de nos âmes, le baume qui guérit nos plaies, le charme de nos peines, le souvenir de Jésus-Christ, le gage de son amour, le très-précieux legs de son testament, le compagnon de notre pèlerinage, la consolation de notre exil, le flambeau qui allume en nous le feu de l'amour céleste, le canal de la grâce, l'avant-goùt du ciel, et le trésor de la terre.


C'est toi qui es le lien de l'époux et de l'épouse; c'est toi qui éclaires l'intelligence , réveilles la mémoire, embrases la volonté, délectes le palais de l'âme, accrois la dévotion, émeus les entrailles, ouvres la source des larmes, endors les passions, excites les bons désirs, fortifies notre faiblesse, et permets d'arriver à la montagne sainte.

Qui racontera dignement tes grandeurs? Que rendre pour un pareil bienfait? Comment ne pas fondre en pleurs à la pensée d'une si intime union avec Dieu? Les paroles manquent, l'intelligence est troublée, lorsque l'on considère les vertus de cet auguste mystère.

 

Et puis quelle douceur , quelle suavité, quels parfums de vie remplissent l'âme qui le reçoit ? Elle ne retentit alors que des chante harmonieux de l'homme intérieur, de cris de désir, d'actions de grâces, de louanges délicieuses en l'honneur du bien-aimé. Car ce sacrement vénérable la renouvelle tout entière, l'inonde de joie, de dévotion et de paix, augmente sa foi et son espérance, et resserre les chaînes qui l'attachent à son trèsaimable Rédempteur. Aussi devient-elle chaque jour plus fervente, plus forte dans la tentation, plus résolue dans le travail, plus désireuse de faire le bien, et plus avide de cette nourriture divine.

 

Voilà, ô bon Jésus, vos présents; voilà les opérations merveilleuses de votre amour. Et c'est par ce sacrement que vous les accomplissez dans vos amis, afin que ces délices incomparables affaiblissent l'attrait des plaisirs dangereux.


Ouvrez donc, amoureux Jésus, ouvrez, lumière infinie, les yeux de vos fidèles, et ravivez la foi qui vous découvre à eux. Dilatez leurs cœurs, puisque vous voulez y venir. Instruits par vous, ils ne chercheront que vous, ne se reposeront qu'en vous, et unis à vous comme les membres à leur chef, le sarment à la vigne, ils vivront de votre vie et jouiront de votre grâce dans les siècles des siècles.


Ainsi soit-il.

 

Louis de Grenade.

 


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