Publié le 30 Mars 2010
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reconnaissance en cette année sacerdotale à tous ceux qui nous ont donné le sacrement de Pénitence, depuis
la première communion.. la liste est longue !
« L'homme doit être tout à fait sûr qu'à chaque instant Dieu le regarde du haut des cieux » Saint Benoît
Publié le 30 Mars 2010
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reconnaissance en cette année sacerdotale à tous ceux qui nous ont donné le sacrement de Pénitence, depuis
la première communion.. la liste est longue !
Publié le 30 Mars 2010

Nous voici sur le Calvaire, ô mon âme; nous voici au dénouement du mystère de notre rédemption.
En vérité c'est bien ici la maison de Dieu, la porte du ciel, la terre de promission, la terre du salut. Ici est planté l'arbre de vie, et fixée l'échelle entrevue par Jacob, par laquelle la terre est unie au ciel, les anges descendent vers les hommes, et les hommes montent vers Dieu.
C'est ici, ô mon âme, le lieu où tu dois prier, adorer, bénir ton Seigneur, et lui dire : Nous vous adorons, ô Sauveur, et nous bénissons votre saint nom ; parce qu'au moyen de cette croix vous avez racheté le monde.
Grâces vous soient rendues, très clément Rédempteur qui nous avez aimés, nous avez purifiés de nos péchés dans votre sang, vous êtes offert pour nous sur cette croix, afin que le parfum de ce sacrifice fût agréable à Dieu et apaisât son courroux.
Soyez à jamais béni, vous qui avez sauvé le monde, réconcilié les hommes, restauré les cieux, triomphé de l'enfer, vaincu le démon, donné la vie à ceux qui l'avaient perdue, détruit la mort, et racheté ceux qui étaient au pouvoir des ténèbres.
« Vous tous qui avez soif, accourez vers ces eaux. Vous qui n'avez ni or, ni argent, venez et achetez ce que vous désirerez. » Isa. Lv, 1.
Vous voudriez l'eau de la vie? Voici la pierre mystique dont la verge de Moïse fit jaillir une abondante source. Vous voudriez paix et amitié avec Dieu? C'est encore ici la pierre que Jacob arrosa d'huile et qu'il éleva en signe d'amitié entre Dieu et les hommes. Vous qui auriez besoin de vin pour guérir vos blessures, vous trouverez ici le raisin mûri dans la terre promise, ensuite porté dans notre vallée de larmes, et sorti du pressoir de la croix. Si vous désirez l'huile de la grâce divine, il y a ici ce vase précieux avec lequel, à l'exemple de la veuve de Sarepta, vous paierez toutes vos dettes. Il vous paraît d'une capacité médiocre; mais considérez sa vertu, et non ses dimensions. Or, sa vertu est si admirable que tous les vases du monde ne parviendront jamais à l'épuiser.
Réveille-toi, ô mon âme, et pense au mystère de cette croix dont le fruit a réparé le mal causé par le fruit empoisonné de l'arbre défendu. « Je t'ai ressuscitée sous un arbre, dit l'Epoux des Cantiques, VIII, 5, à sa bien-aimée; là où ta mère fut séduite par l'antique serpent. »
Considère qu'à peine arrivés sur le Calvaire, les ennemis de Jésus, pour rendre sa mort plus honteuse, le dépouillent de tous ses vêtements jusqu'à sa tunique qui était sans couture. Il souffre néanmoins ce nouvel outrage avec une mansuétude inaltérable sans ouvrir la bouche, ni prononcer une seule plainte. Il y avait consenti bien auparavant, afin de nous rendre, par son dépouillement et son ignominie, l'innocence que nous avions perdue par la faute originelle. Quelques docteurs racontent qu'en ôtant au Sauveur sa tunique, on lui arracha violemment la couronne qu'il avait sur la tète, et qu'après on l'y plaça de nouveau au prix de nouvelles souffrances. Et il n'y a rien assurément d'invraisemblable pour qui songe aux raffinements de cruauté qui signalèrent toutes les circonstances de la passion. Comme la tunique était collée aux plaies causées par la flagellation, on ne put l'en dépouiller brusquement sans rouvrir ses blessures et renouveler ses douleurs : en sorte que ce corps adorable fut déchiré dans toutes ses parties, et ne forma qu'une immense plaie d'où le sang coulait par ruisseaux.
Considère, ô mon âme, avec quel éclat la bonté et la miséricorde divine resplendissent dans ce mystère.
Celui qui revêt le ciel de nuées, les champs de moissons et de fleurs, est dépouillé de ses vêtements. La beauté que les anges contemplent est obscurcie, la hauteur des cieux est abaissée, la majesté et la grandeur même sont humiliées. Sur la tête, sur les cheveux, sur le visage, sur le corps tout entier de Jésus-Christ, rien que du sang.
Quel froid il devait ressentir, n'ayant rien pour l'en défendre et lui donnant accès par tant de blessures ! Saint Pierre, quoique vêtu et devant un brasier, en avait souffert la nuit précédente. Le divin Maître nous a donné dans le cours de sa vie d'admirables exemples de dénuement et de pauvreté ; mais c'est à sa mort qu'il en est le plus parfait modèle. Alors il n'eut même pas où reposer sa tête, et il nous fit bien comprendre qu'il n'avait jamais rien possédé des biens de ce monde.
A l'imitation de ce dénuement complet du Sauveur, le vrai serviteur de Jésus crucifié, saint François, au moment d'expirer jeta loin de lui tout ce qu'il avait, et se précipita de son lit sur la terre nu comme lui. Apprends donc, ô mon âme, à suivre Jésus-Christ pauvre et dépouillé de tout ; apprends à mépriser les présents du monde, afin d'embrasser plus étroitement de tes bras nus ton Seigneur qui te donne l'exemple, et afin de lui être uni par un amour sans mélange de tout autre amour.
II.
Examine ensuite comment le Sauveur fut cloué à la croix, et pense à la douleur qu'il éprouvait lorsque d'énormes clous traversaient les parties les plus délicates de son corps. Que se passait-il dans le cœur de sa mère quand ses yeux voyaient, quand ses oreilles entendaient les marteaux frapper à coups redoublés les membres divins de son enfant? Puis, pour dresser la croix, les bourreaux la laissèrent tomber sans ménagement dans un trou préparé exprès, secouant ainsi avec force le corps du Sauveur suspendu dans les airs, ravivant ses plaies et redoublant ses tortures.
O mon Jésus, quel cœur ne se briserait de douleur, à la vue des souffrances que vous endurez sur la croix? Mais les rochers eux-mêmes se fendent. Les douleurs de la mort vous ont environné, Seigneur. Une mer d'amertume vous a inondé. Vous avez été précipité dans la profondeur des abîmes, et vous n'avez rien trouvé pour vous soutenir. Votre Père vous a abandonné : qu'espérer des hommes ? Vos ennemis crient après vous. Vos amis vous déchirent le cœur ; et par amour pour moi, votre âme reste affligée et ne veut pas de consolation. Grands ont été mes péchés, puisque vous souffrez tant pour eux.
Vous voilà, ô mon souverain Maître, cloué à une croix. Rien ne soutient votre corps, sinon les clous qui transpercent votre chair sacrée. Pèse-t-il sur les pieds? leurs trous aussitôt s'élargissent. Pèse-t-il sur les mains? le poids élargit de même leurs blessures. Vos membres ne peuvent se soulager sans une souffrance plus grande que ce soulagement. Et votre tète déchirée et enflée par les épines, qui lui servira de soutien ? Vous auriez bien prêté vos bras à ce doux office, ô sainte Vierge ; mais il ne faut maintenant d'autres bras que ceux de la croix. Ils recevront sa tète lorsqu'elle sera forcée de s'incliner, et tout le repos qu'ils lui procureront, sera d'enfoncer les épines plus avant. J'aperçois encore quatre plaies qui sont comme des fontaines perpétuelles de sang; tout le sol en est rougi, et une voix s'en élève plus forte que la voix du sang d'Abel. Celle-ci demandait vengeance : celle-là implore miséricorde et pardon.
III.
Les tourments du Fils furent augmentés par la présence de la mère. Son cœur n'était pas moins crucifié au dedans que son corps au dehors.
Il y a donc pour vous deux croix, ô bon Jésus : une pour le corps, et l'autre pour l'âme; l'une parce que vous souffrez, l'autre parce que vous compatissez : l'une déchire vos membres avec des clous de fer; l'autre déchire votre âme avec la douleur elle-même. Qui nous dira ce que vous sentiez, ô Maître adorable, quand vous considériez les angoisses de cette âme très sainte que vous saviez être attachée avec vous à la croix? quand vous voyiez son cœur percé d'un glaive de douleur? sou visage couvert de la pâleur de la mort ? des tortures plus cruelles que la mort qu'elle endurait ? les larmes qui coulaient de ses yeux très purs ? les gémissements qu'exhalaient sa poitrine sacrée accablée d'un si lourd fardeau? Non, jamais, on n'exprimera l'amertume de cette croix invisible.
Et qui serait capable de nous raconter vos douleurs, ô mère bénie, lorsque vous regardiez mourir si cruellement celui que vous aviez vu naître avec tant de joie? lorsque les hommes bafouaient et blasphémaient celui qu'avaient chanté les anges? lorsque des méchants maltraitaient ce corps que vous aviez si amoureusement porté dans vos entrailles, et traité si respectueusement? lorsque le fiel et le vinaigre désaltéraient cette bouche divine que vous humectiez d'un lait céleste? lorsque les épines couronnaient cette tête qui si souvent reposa sur votre sein ?
Souvent vos yeux s'élevèrent vers la croix pour contempler le visage qui les avait tant de fois charmés ; et ils se baissaient aussitôt, la tendresse de votre cœur ne pouvant supporter ce spectacle. Si les chrétiens qui aiment véritablement Jésus-Christ ne peuvent retenir leur pitié quand ils méditent sur ses douleurs, bien des années après qu'il .les a éprouvées ; que se passait-il en vous, ô mère, quand vous voyiez de vos yeux votre fils souffrir une telle passion? Les femmes qui l'accompagnaient, quoique aucun lien ne les attachât à lui, pleuraient de compassion : quelles étaient vos larmes à vous pour qui il était tout, lorsque vous le regardiez, non pas marcher la croix sur les épaules, mais attaché et élevé sur ce gibet infâme? Malgré ces peines incompréhensibles, vous n'avez pas décliné l'honneur de rester près de la croix ; vous ne vous êtes point éloignée ; mais vous l'avez embrassée étroitement. Ferme et debout, comme une colonne, vos yeux ne quittaient pas votre fils : et de même qu'Eve, à force de contempler le fruit séduisant de l'arbre de mort, perdit les hommes; de même, en contemplant avec amertume le fruit qui pendait à cet arbre de vie, vous avez assuré leur salut.
IV.
Auprès de la croix avec la mère de Jésus, dit l'Evangéliste, se tenaient debout Marie mère de Cléophas et Marie-Madeleine.
Qui me donnerait de rester avec ces trois Maries aux pieds de la croix de mon Sauveur? 0 bienheureuses femmes, qui vous a donné ce courage? Quelle chaîne vous a si fortement retenues? Adorable Maître qui par votre mort donnez la vie à ceux qui ne l'avaient plus, et vous Anges du paradis, ne vous indignez pas contre moi, si j'ose me joindre, tout pécheur que je suis, à cette sainte compagnie : c'est l'amour qui m'entraîne et qui me contraint d'embrasser l'arbre du salut. Pourrais-je m'en éloigner, quand ces amantes du Sauveur ne peuvent s'y résoudre? Le feu cessera de brûler, l'eau de refroidir, avant que mon cœur abandonne la croix, et que j'oublie combien il est doux de se tenir toujours à ses pieds.
Divine croix, vous nous attirez plus énergiquement que l'aimant n'attire le fer ; vous illuminez l'intelligence avec plus d'éclat que le soleil n'illumine les yeux ; vous embrasez plus ardemment les âmes que la flamme n'embrase la paille légère. Que votre attraction soit pour moi irrésistible, votre lumière continuelle, votre chaleur puissante, afin que ma pensée ne s'écarte jamais de vous. Et vous, ô bon Jésus, faites que mon âme ne s'arrête pas seulement à contempler les souffrances que vous avez supportées pour elle, et à y compatir ; mais aussi à considérer lesmerveilleux exemples de vertu que vous me donnez, afin de les imiter.
Puis, ô Maître de l'univers, médecin des âmes, daignez guérir les blessures que vous découvrez en moi du haut de votre croix, et m'enseigner ce que je dois faire.
Je sais bien, Seigneur, que je suis très sensuel et engoué de moi-même, et je comprends que cela nuit beaucoup à mon avancement spirituel. Plus d'une fois je sacrifie les exercices de piété aux récréations, aux passe-temps, à la répugnance que m'inspirent le jeûne et l'heure matinale du lever. Or, ces exercices négligés, tout en souffre chez moi. Cette sensualité m'est grandement importune. Il lui faudrait, à ses moments, une nourriture et une boisson délicate; il lui faudrait, après chaque repas, des amusuments et des loisirs ; il lui faudrait de frais jardins pour y goûter le charme du repos.
O mon Sauveur, que dois-je donc faire? Ah ! je n'ai, pour être couvert de confusion, qu'à regarder comment vous avez traité le plus délicat de tous les corps. Parmi les frissons et les angoisses de la mort, vous ne lui avez accordé d'autre douceur que le fiel et le vinaigre. Oserais-je bien demander que les mets soient servis à telle ou telle heure, à telle ou telle température, avec tel ou tel assaisonnement, lorsque je vois quels mets vous ont été présentés dans une nécessité si cruelle? Au lieu des conversations et des causeries dont je suis avide en mes repas et en mes délassements, vous n'entendiez que les paroles de ceux qui, branlant la tête, se moquaient de vous et disaient en blasphémant : Va ! toi qui détruis le temple de Dieu et le rebâtis en trois jours, descends de la croix. Vos oreilles alors ne connaissaient point d'autre harmonie et d'autres accents. Au lieu de jardins et de promenades, vous aviez la croix et les clous qui y fixaient vos pieds et vos mains. Il est vrai qu'après la cène vous allâtes dans un jardin ; mais ce fut pour prier, et non pour vous promener; pour y répandre votre sang, et non pour y respirer un air frais ; pour y être dans la tristesse et l'agonie de la mort, et non pour vous y récréer. Parlerai-je encore des autres soulagements que vous procuriez à votre chair sacrée ? Ma chair réclame une couche molle, des habits précieux, une maison spacieuse. Et vous, quelle est votre couche ? quelle est votre maison? quels sont vos vêtements? Vous n'avez pour vous couvrir que la nudité et une pourpre dérisoire. Votre demeure c'est la terre nue et l'air des champs; et si j'en cherche une autre, je ne trouve qu'une étable abandonnée. Les oiseaux ont des nids, et les renards ont des tanières : et vous, le Créateur de toutes choses, vous n'avez pas sur quoi reposer votre tète. O curiosités et superfluités, comment êtes-vous accueillies encore parmi des chrétiens ! Rejetons-les bien loin de nous, puisque notre Maître s'est privé non-seulement du superflu, mais du nécessaire.
Je n'ai point encore visité votre couche, Seigneur. Dites-moi, ô très doux Jésus, où vous reposez ? où dormez-vous à l'heure du midi ? Me voici à vos pieds pour écouter vos enseignements, car ma sensualité n'est pas disposée à saisir le langage de votre croix. Je vous l'ai déjà dit : il me faut une couche molle.
Si l'heure de la prière vient à sonner, au lieu de me lever, je cède au sommeil et à la paresse, et je passe une partie de la matinée dans le repos. Et vous, Seigneur, quel repos avez-vous pris sur la dure couche de la croix ? Quand vous étiez las de rester sur un côté, comment vous retourniez-vous sur l'autre, pour vous délasser? Et mon cœur n'est pas ému? et ma sensualité résiste encore?
0 consolation des pauvres! ô confusion des riches, encouragement des pénitents, condamnation des lâches et des efféminés ! Non, la couche du Christ n'est pas faite pour vous, ni sa gloire non plus. Seigneur, donnez-moi votre grâce pour anéantir ma mollesse à votre exemple; ou bien qu'en ce moment finisse ma vie. Qu'il ne soit pas dit que vous n'ayez d'autre boisson que le fiel et le vinaigre, et que je cherche une nourriture délicate ; que vous soyez pauvre et dépourvu de tout, et que je coure après les biens de ce monde; que vous n'ayez pour lit qu'un gibet, et que je désire une couche voluptueuse et les délices du repos.
Rougis, ô mon âme, en présence de ton Sauveur mourant, et prête une oreille attentive à ses conseils et à ses réprimandes. 0 homme, te dit-il, j'ai reçu pour toi une couronne d'épines, et tu portes en mépris de moi une guirlande de fleurs? J'ai pour toi étendu mes mains vers la croix, et tu étends les tiennes vers les plaisirs? Je n'ai pas même eu de l'eau pour étancher ma soif, et il te faut des vins et des mets délicats ? Sur la croix et durant ma vie entière les ignominies et les douleurs m'ont accablé, et tu passes tes jours dans les honneurs et les voluptés? Mon côté a été ouvert pour te donner mon cœur, et tu n'ouvres ton cœur qu'à de vaines et dangereuses amours ?
Vous venez de m'apprendre la tempérance, Seigneur : apprenez-moi encore la patience qui ne m'est pas moins nécessaire.
Vous avez commencé ma guérison ; daignez l'achever ; car votre croix est le remède souverain à tous les maux de l'humanité, et les feuilles de cet arbre sont le salut des nations. Je me suis dit souvent en moi-même : Je ne veux me fâcher avec personne; je veux être en paix avec tous; et je dois par conséquent éviter toute compagnie où je trouverais occasion de colère et de trouble. — Toutefois je ne me dissimule pas ma faiblesse. Fuir toute société n'est pas dompter l'irascibilité, mais couvrir une imperfection. Je désirerais donc être de plus dans la disposition de vivre avec les méchants comme avec les bons, et de conserver la paix avec ceux qui haïssent la paix. Voilà ce que je me propose : à vous, Seigneur de m'accorder la grâce de l'accomplir.
Si la fortune m'abandonne, je ne m'attristerai pas, car je vous vois sur la croix privé de tout ; si l'on me déshonore, je ne tomberai pas dans le trouble, puisque vous êtes arrivé au comble du mépris. Les amis me trahiraient-ils, je ne désespérerais pas, vous voyant seul, abandonné à la fois de vos disciples et de votre Père. Lors même que vous sembleriez m'avoir abandonné, je ne perdrais pas courage; car vous ne l'aviez pas perdu, quand après avoir prononcé ces paroles : Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi, m'avez-vous abandonné ! vous remettiez votre âme entre ses mains. Et puis les persécutions, les chagrins par lesquels vous m'éprouverez me fourniront l'occasion d'être votre imitateur.
Mais, ô mon Roi, si l'épreuve se prolonge, quelle sera ma consolation?
Quoique vos peines aient été grandes, elles paraissent avoir été courtes, et le martyre de votre passion n'a duré environ. que vingt heures. Celui qui depuis de nombreuses années est sur son lit ou dans une prison, ou qui trouve chez lui des tracasseries continuelles, quelle ressource aura-t-il en vous? Enseignez-le moi, je vous en conjure, vous qui êtes le Verbe et la sagesse de Dieu. Etes-vous le consolateur de tous les maux, quelque longs qu'on les suppose; ou devons-nous chercher un autre consolateur ? — Non, il ne nous en faut pas d'autre que vous.
Les tourments de la croix n'ont pas été les tourments d'un seul jour, mais de votre vie entière. A l'instant même de votre sacrée conception, ils se présentèrent à vous tels que vous deviez les souffrir, et ils n'ont plus cessé d'être devant vos yeux. Il en était de ces douleurs comme du passé et de l'avenir pour votre intelligence divine. Elle apercevait aussi clairement qu'au jour de la passion, la croix, les clous, les fouets, les épines, la lance et les glaives.
Dans nos maux les plus vifs nous avons toujours, grâce à la science ou à la nature, quelque moment de soulagement. Votre souffrance, au contraire, si elle n'a pas été sans relâche, s'est reproduite une infinité de fois durant votre vie mortelle. Alors même qu'il n'en eût pas été ainsi, il suffisait pour vous enlever tout repos, du zèle que vous ressentiez pour l'honneur du Père et le salut de nos âmes ; car, en vérité, ce zèle dévorait et consumait votre cœur, et il était pour vous plus cruel que la mort. A cela s'ajoutaient l'obstination de ce peuple opiniâtre, la dureté des pécheurs que vous veniez sauver, et qui méconnaissaient et votre mission, et vos bienfaits. Aussi versâtes-vous des larmes abondantes de pitié sur Jérusalem ; et Isaïe pensait à vous quand il disait : « J'ai travaillé sans résultat; en vain j'ai consumé mes forces. » XLIX,4.
Voilà, ô mon âme, de quoi te soutenir et te consoler dans tes épreuves ; parce que si les souffrances corporelles de ton Jésus ont été courtes, celles de son cœur si tendre n'ont jamais cessé.
Publié le 30 Mars 2010

Contemple, ô mon âme, dans cette cène ton doux et miséricordieux Jésus.
Considère l'exemple d'incomparable humilité qu'il te donne en quittant la table, en lavant les pieds de ses disciples.
0 bon Jésus, que faites-vous là? O doux Jésus, pourquoi cet abaissement de votre majesté? Qu'éprouveras-tu, ô mon âme, à la vue d'un Dieu agenouillé devant les pieds des hommes, devant les pieds de Judas?
0 Judas, Judas, comment ton cœur ne s'est-il pas brisé en présence d'une telle humilité? comment cette infinie mansuétude n'a-t-elle pas ému tes entrailles ? Est-il possible que tu sois résolu à vendre ce tendre agneau? que tu ne sentes pas l'aiguillon du remords ? 0 blanches et adorables mains, pouvez-vous toucher des pieds si souillés et si abominables? O mains très pures, n'avez-vous point horreur de laver ces pieds couverts de boue et qui trafiquent de votre sang ?
Voyez, esprits bienheureux, ce que fait votre Créateur. Regardez-le, du haut des cieux, prosterné devant ses misérables créatures, et dites-nous, s'il usa jamais avec vous de tant de courtoisie. " Seigneur, j'ai entendu votre voix et j'ai frémi; » Habac.III,1 — J'ai considéré vos œuvres, et j'ai été saisi d'épouvanté. Et vous, saints Apôtres, ne tremblez-vous pas à ce spectacle ? Pierre, que fais-tu ? Vas-tu consentir à ce que le Dieu de majesté lave tes pieds ! Saint Pierre stupéfait de l'action de son Maître ne put s'empécher de lui dire : Vous, Seigneur, me laver les pieds ? N'ètes-vous pas le Fils du Dieu vivant? N'êtes-vous pas le Créateur de l'univers, l'ornement du ciel, la félicité des anges, le salut des hommes, la splendeur de la gloire du Père, la source cachée de la sagesse divine? Et c'est à moi que vous voulez laver les pieds? Votre majesté incomparable descendrait à cette action si humble? C'est vous qui avez établi la terre sur ses fondements ; vous qui l'avez embellie de tant de merveilles; vous qui embrassez le monde dans votre main, qui imprimez aux astres le mouvement, séparez les eaux, disposez les saisons, donnez aux causes naturelles leur efficacité, faites le bonheur des anges, conduisez les hommes et gouvernez par votre sagesse toutes choses : et vous voulez me laver les pieds ! à moi pauvre mortel, cendre et poussière, vase de corruption , créature remplie de vanité, d'ignorance et d'une infinité de misères, et ce qui est encore pire, remplie de péchés ! Vous à moi?'vous, le roi de la création, à moi qui en suis le rebut?
Non, la hauteur de votre majesté, la profondeur de ma bassesse ne me permettront jamais d'y consentir. Laissez, ô mon Seigneur, laissez aux serviteurs cet office. Quittez ce linge, reprenez vos vêtements, asseyez-vous sur votre siége et renoncez à votre dessein. Ne craignez-vous pas que les cieux ne rougissent de confusion en se voyant mis par vous au-dessous de la terre, en voyant les mains dans lesquelles le Père a déposé sa toute-puissance, soutenir les pieds d'un homme ? Ne craignez-vous pas que la nature entière ne s'offense d'être placée à des pieds qui ne sont pas les vôtres? Et croyez-vous que la fille de Saûl à la vue du linge qui ceint vos reins comme les reins d'un esclave, voudra de vous pour maître et pour époux ?
Tel était le langage de Pierre. Il ne comprenait pas encore les choses de Dieu, et il ne savait pas quelle gloire était cachée sous les apparences d'un si profond abaissement. Mais le Sauveur qui ne l'ignorait pas et qui désirait nous donner une grande leçon et un grand exemple d'humilité, éclaira la simplicité de son disciple, et acheva ensuite ce qu'il avait commencé. Remarquons ici avec quel soin le divin Maître nous enseigne et nous recommande cette vertu. Au moment de tout souffrir et de supporter des humiliations capables de confondre d'étonnement le ciel et la terre, il s'humilie lui-même et remplit l'office d'un serviteur.
O vertu admirable, quels trésors tu renfermes, puisque tu nous es recommandée de tant de manières! O humilité, dont la vie de Jésus-Christ est une prédication continuelle ; humilité chantée et louée par la bouche de sa Mère; fleur des vertus; aimant irrésistible qui attires à toi le créateur de tout ce qui existe ; celui qui te délaissera, Dieu le délaissera lui-même, fût-il au plus haut des cieux; celui qui t'accueillera, Dieu l'accueillera aussi, fût-il le plus grand des pécheurs! Précieuses sont tes faveurs, et merveilleux tes effets. Tu charmes les hommes, réjouis les anges, chasses les démons, et retiens les mains du Seigneur irrité. Tu es le fondement des vertus, la mort des vices, le miroir des vierges, et le temple de la très sainte Trinité.
Amasser sans toi, c'est dissiper ; bâtir, mais non sur toi, c'est renverser ; travailler à acquérir sans toi les autres vertus, c'est jeter de la poussière au vent. Si tu ne l'accompagnes, la vierge frappe en vain aux portes du paradis; et la pécheresse publique est, avec toi, reçue aux pieds du Christ.
0 vierges, recherchez donc l'humilité ; car elle rehaussera le prix de votre virginité. Aimez-la, vous aussi, religieux; car sans elle vaine sera votre profession. Et vous, laïques, ne la négligez pas non plus ; parce qu'elle vous délivrera des piéges du monde.
Elève en haut tes regards, et tu découvriras dans cette action une figure de notre rédemption. Tandis que les pieds des apôtres, de souillés qu'ils étaient, deviennent purs, le linge, au contraire, reçoit leurs impuretés. Or, quoi de plus affreux que l'homme conçu dans le péché? Quoi de plus pur et de plus beau que Jésus-Christ conçu de l'Esprit saint?
« Mon bien-aimé, dit l'Epouse des Cantiques, est blanc et vermeil; il est choisi entre mille. » Cant. v, 10. Et ce bien-aimé si beau, si pur, reçoit toutes les vilenies de nos âmes, c'est-à-dire, les peines que méritaient nos péchés ; et, tout en nous purifiant de nos souillures, il en demeure lui-même couvert. Aussi les anges étonnés de l'obscurcissement de sa beauté, lui adressent ces paroles dans Isaïe, LXIII, 2 : « Pourquoi, Seigneur, vos vêtements sont-ils rouges comme du sang, et vos habits comme les habits de ceux qui foulent les raisins dans le pressoir? »
Si ces souillures ne sont pas les vôtres, ô Roi de gloire, était-ce à vous à subir la peine qu'avaient méritée les hommes ? Quoi ! vous désirez la pureté de mon âme au point de lui sacrifier votre éclat, ô miroir de beauté ! y a-t-il un homme qui consentirait à rendre à un vase sa netteté, en se servant d'une étoffe brodée d'or?
Soyez béni, Seigneur mon Dieu, et que les anges chantent toujours vos louanges, puisque vous avez bien voulu recevoir toutes nos taches pour nous communiquer votre sainteté.
Arrêtons-nous aussi aux paroles que le Sauveur prononce à la fin de cette scène : « Je vous ai donné l'exemple afin que ce que j'ai fait, vous le fassiez vous-mêmes. » Ces paroles s'appliquent non seulement à l'exemple que Jésus-Christ vient de nous donner; mais à sa vie tout entière. Sa vie n'est en effet qu'un exemple continuel de toutes les vertus, et en particulier de celle dont nous nous occupons présentement, de l'humilité.
Le passage suivant de saint Cyprien développe cela d'une manière admirable : « La première œuvre d'humilité et de patience que Jésus-Christ ait accomplie, dit ce grand docteur, est sa venue du ciel sur la terre. il prend un vêtement de boue ; il voile la gloire de son immortalité; il se fait mortel, afin qu'innocent et sans faute il puisse souffrir pour les coupables.
Lui, le maître, il est baptisé par le serviteur; et celui qui vient expier les péchés, est couvert de l'eau des pécheurs. Il conserve tous les êtres, et après avoir jeûné quarante jours dans le désert, il sent l'aiguillon de la faim pour mériter aux hommes qui ont faim de la parole de Dieu la grâce d'être rassasiés. Il repousse le démon qui le tentait, et il n'en tire d'autre vengeance que sa défaite.
Jamais il n'a traité ses disciples comme un maître traite ses inférieurs : on l'eût cru plutôt leur frère. Il y avait dans ses manières tant de charité et de bienveillance qu'il n'est point étonnant qu'il en ait obtenu une obéissance parfaite. Avec quelle patience il endura Judas jusqu'à la fin ! Il s'assied à la même table, quoiqu'il connût ses projets déicides; il ne le découvre pas et il ne repousse pas le baiser perfide qui le livre à ses ennemis.
Quelle patience il avait auparavant montrée avec les Juifs ! Que de travaux pour obtenir de ces incrédules la foi en ses paroles ! Que de peines pour entraîner ces aveugles à la pratique des bonnes œuvres ! Sa réponse à ses contradicteurs était toute mansuétude. Il n'opposait aux superbes que bénignité, à la colère de ses persécuteurs qu'humilité. Jusqu'à l'heure de la croix, que de fatigues pour convertir ces bourreaux des prophètes, ces ennemis de Dieu !
Pendant sa passion, que d'injures il entendit avant que son sang ne fût versé et qu'il ne subît sa mort cruelle ! que de moqueries il eut à dévorer ! D'infernales bouches le couvraient de crachats, lui dont la salive avait rendu la lumière aux yeux d'un aveugle. Des fouets le déchirèrent, lui dont le nom flagellait et mettait en fuite les démons. Il fut couronné d'épines celui qui couronne ses martyrs de fleurs qui ne se flétriront jamais. On meurtrit ce visage dont le sourire sera pour les vainqueurs une récompense suffisante. On dépouille de ses vêtements celui qui revêt ses élus d'un vêtement d'immortalité. On présente du fiel à celui qui nous donne le pain des cieux ; on abreuve de vinaigre celui qui nous donne le calice du salut. Lui innocent et juste; que dis-je? l'innocence et la justice même, il est comparé à des brigands; de faux témoins accusent la vérité éternelle; les méchants jugent le Juge de l'univers ; et la parole substantielle de Dieu entend sa sentence de mort. Lorsque le Sauveur des hommes est au moment d'expirer sur la croix, les étoiles s'obscurcissent, les éléments se confondent, la terre tremble; la nuit succède au jour, et le soleil pour n'éclairer pas un si horrible spectacle, détourne sa lace et voile ses rayons. Mais lui, sans parole, sans mouvement, sans découvrir la gloire de sa majesté, même à l'heure de sa mort, il montre jusqu'à la fin la plus inaltérable patience. Et après tout cela, si quelqu'un de ses bourreaux se convertit, il le reçoit à l'instant même, et il ne ferme à aucun les portes de son Eglise.
Peut-il y avoir une patience et une bénignité plus admirables que de rendre la vie à ces malheureux avec le sang qu'ils ont versé ? Telle est la patience du Christ ; et il le faut bien, car si elle n'était pas si grande, saint Paul n'eût point été chrétien. »
louis de Grenade.
Publié le 26 Mars 2010


Publié le 25 Mars 2010

Publié le 25 Mars 2010
Publié le 25 Mars 2010

Le don, ce sont tous les biens que nous a valus la passion du Sauveur.
Ils sont si nombreux et si grands que nulle pensée humaine ne peut les saisir, nulle parole humaine les exprimer.
Notre Seigneur, par sa passion, nous a enlevé tous nos maux et nous a accordé tous ses biens. Or, quoi de plus triste que nos maux? Et quoi de plus admirable que ses biens?
Il a donc été doublement notre bienfaiteur, en nous arrachant à de si grands maux, et en nous comblant de si grands biens.
Par sa mort, en effet, il nous a délivrés de la tyrannie du démon, de la captivité du péché, de la servitude de la loi, des emportements de la concupiscence, de la colère à venir, et enfin de la mort éternelle où tout cela nous menait.
Cette délivrance de la mort, ou plutôt cette victoire sur elle, saint Paul la célèbre en ces magnifiques paroles adressées à la mort elle-même : « La mort a été absorbée par la victoire. O mort, où est ta victoire? ô mort, où est ton aiguillon? Or, le péché est l'aiguillon de la mort, et la loi est la force du péché (parce que la défense excitait le désir). C'est pourquoi rendons grâces à Dieu qui nous donne la victoire par notre Seigneur Jésus-Christ, » I Cor. xv, 54, 57, par lequel la mort a été frappée de mort, et le règne du péché a été renversé.
Et non content de nous avoir délivrés d'aussi grands maux, il nous a distribué libéralement tous ses biens.
Ce qui fait dire à l'Apôtre : « Nous sommes entrés dans la participation de Jésus-Christ. » Participes Christi effecti sumus. Hebr. III, 14.
Il est devenu participant de notre humanité, et nous le sommes devenus de sa divinité et de sa grandeur. Comme il est fils de Dieu, nous le sommes aussi ; comme il est le bien-aimé de son Père. nous le sommes avec lui et par lui ; comme il a été établi héritier du royaume, il nous a faits ses cohéritiers ; comme il est notre roi et notre pontife, il nous a faits, non littéralement, mais spirituellement, rois et prêtres, selon cette parole d'action de grâces que chantent les saints dans l'Apocalypse : « Vous nous avez faits rois et prêtres pour notre Dieu. » Apoc. V, 10. Enfin nous sommes devenus participants de son Esprit, de toutes ses œuvres, et de tous ses mérites, témoin ces paroles de l'Apôtre : « Vous tous, qui avez été baptisés en Jésus-Christ, vous avez été revêtus de Jésus-Christ, » Gal. III, 27, c'est-à-dire, vous êtes devenus participants de ses mérites par le baptême.
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Voyons maintenant de quelle manière le Sauveur nous a donné de si grands biens.
« Venez, mes frères, et voyez les œuvres du Seigneur, qu'il a fait paraître comme des prodiges sur la terre. » Ps. XLv, 9. Quel plus grand prodige, en effet, que de voir le Dieu de majesté, l'éclat de la lumière éternelle, la splendeur de la gloire du Père, prendre sur lui tous nos maux afin de nous communiquer ses biens? Car c'est vraiment par le moyen de cette humilité et de cette patience qu'il nous a transmis tous les biens dont nous avons parlé.
Nos maux étaient de deux sortes, mal purement naturel, mal du péché; or, il a pris sur lui les uns et les autres, les premiers pour les subir, les seconds pour les expier. Ce qui fait dire à saint Augustin : « Celui qui a fait l'homme s'est fait homme, afin que le conducteur des astres suçât la mamelle, que le pain eût faim, que la fontaine eût soif, que la lumière s'endormît, que la voie fût fatiguée de marcher, que la vérité fût accusée par de faux témoins, que le juge des vivants et des morts comparût devant un juge mortel, que la justice fût condamnée par les injustes, que la discipline fût battue de verges, que la force succombât, que le salut fût blessé, que la vie mourût. »
Voilà comment notre Seigneur nous a mérité et apporté de si grands biens.
Il a pris la nature humaine pour nous faire participer à la nature divine ; il a pris notre faiblesse pour nous donner sa gloire; il a pris notre mort pour nous communiquer sa vie; il s'est fait pauvre pour nous enrichir; petit, pour nous élever; débiteur de nos dettes, pour les payer à notre place.
Vous voyez combien le Rédempteur nous plus rendu que le Créateur ne nous a donné. « C'est un grand signe de l'amour de Dieu pour les hommes, dit Eusèbe Emissène, qu'à l'origine du monde il ait mis dans un serviteur son image et sa ressemblance ; mais un signe plus frappant encore, c'est qu'il ait pris lui-même la ressemblance de son serviteur.
Le Créateur fit preuve d'une grande bonté en tirant de ses trésors, pour le donner au premier homme, « un souffle de vie, » Gen. II, 7, mais il témoigne aujourd'hui à l'homme plus d'amour encore en lui communiquant non plus ses biens, mais sa nature.
Je suis fier de me sentir l'ouvrage de Dieu, mais beaucoup plus de le voir se faire ma rançon, puisque cette rédemption si libérale semble attribuer à l'homme autant de valeur qu'au Tout-Puissant.
Si donc, ô homme, à ne considérer que ton Créateur, tu n'es pas convaincu du prix élevé que tu vaux, interroge ton Rédempteur. »
Le mode par lequel nous arrive le salut doit nous exciter à l'amour du Sauveur plus que ne le fait le salut lui-même.
Il est beaucoup plus étonnant que Dieu se fasse corporellement homme, qu'il ne l'est que l'homme soit transformé spirituellement en Dieu; il est plus étonnant que Dieu prenne sur lui nos maux, qu'il ne l'est que nous participions à ses biens. Car il appartient à la nature du souverain bien de se répandre de toutes parts, et de faire participer toutes les créatures aux trésors de sa bonté.
Mais que le souverain Seigneur de toutes choses prenne sur lui les châtiments du péché, qu'il se soumette aux misères de la vie humaine, qu'il endure la pauvreté, les fatigues, la faim, la soif, et les autres incommodités du corps, dont les hommes euxmêmes rougissent, voilà ce qui est étonnant et merveilleux, tant cela est éloigné de la nature divine.
Par là, le Seigneur a manifesté d'une manière admirable son immense amour pour le genre humain, et nous a excités vivement à le payer de retour. Comme dit saint Bernard, « les hommes ne connaîtraient pas assez la charité de Dieu, s'il se contentait de leur donner ses biens sans rien perdre, puisqu'il ne lui en coûte pas plus de donner beaucoup que de donner peu; aussi, voulant leur attester d'une manière éclatante sa charité et sa bonté, il a daigné non-seulement donner beaucoup de biens, mais endurer beaucoup de maux, pour que ces deux puissants indices nous fissent reconnaître l'immensité de son amour. »
Afin de vous faire apprécier, autant qu'il est possible, quelle preuve d'amour il nous a donnée en mourant pour nous délivrer de. la mort, je vais recourir à une comparaison.
Supposons que le fils d'un roi soit en danger de mort par suite de la morsure d'un serpent, et que de l'aveu de tous les médecins il ne puisse guérir sans que quelqu'un se dévoue à une mort certaine et instantanée en suçant le venin de la blessure. Quel parti prendraient les hommes en pareil cas?
Ils chercheraient un condamné à mort, ou un esclave dont la vie serait comptée pour rien, et ils l'obligeraient à sucer la blessure, afin de sauver, au prix d'une vie sans valeur, celle du prince. Telle serait la décision de la prudence humaine.
Maintenant renversons l'hypothèse : supposons que c'est l'esclave qui a été mordu par le serpent, et que personne ne voulant sucer le venin de la blessure, le fils du roi pousse la compassion et la miséricorde, jusqu'à se présenter pour ce dangereux service et pour conserver par sa mort la vie de l'esclave.
Qui, je vous le demande, a jamais eu l'idée de faire un tel sacrifice? Quelle charité est parvenue à ce point? Qui ne voit que cela surpasse infiniment la mesure des vertus humaines? Ce trait, qui passe toute charité, tout sentiment, et même toute imagination, était réservé à Dieu seul, qui n'est pas moins admirable par sa bonté que par sa puissance et par sa sagesse.
Comme sa puissance surpasse infiniment la puissance humaine, ainsi son immense bonté surpasse tout ce qu'il y a de bonté parmi les hommes, et elle accomplit avec empressement ce que les hommes peuvent à peine imaginer.
Que doit donc faire une vile créature inondée de l'éclat d'une telle lumière, sinon de s'écrier de tout son cœur avec le Prophète, en considérant, d'une part, la majesté divine, et de l'autre, sa propre bassesse : « Seigneur, qu'est-ce que l'homme, pour que vous vous souveniez de lui, ou le fils de l'homme, pour que vous le visitiez, » Ps. XIII, 5, lui dont vous faites tant de cas, que vous êtes mort pour lui? C'est comme s'il disait : Quand je considère, Seigneur votre incroyable bonté envers nous, et que je pense, dans mes réflexions solitaires et fréquentes, que le Créateur et Seigneur de toutes choses s'est réduit à la condition d'esclave pour nous affranchir, a revêtu notre mortalité pour nous rendre immortels comme lui, et après d'immenses fatigues et toutes sortes de peines a enduré une mort épouvantable pour nous faire jouir d'une vie bienheureuse et éternelle; en repassant fréquemment toutes ces choses dans mon esprit je suis stupéfait de l'immensité de tels bienfaits, et je m'écrie : Seigneur, qu'est-ce que l'homme, pour que vous procuriez son salut et ses intérêts avec une générosité si extraordinaire?
Qu'est-ce que l'homme pour que le vous le visitiez sur le grabat où le retient une maladie pestilentielle, et pour que vous guérissiez ses blessures par les vôtres ?
Quel motif, Seigneur, vous a poussé à vous sacrifier ainsi pour notre bien?
Car les hommes, s'ils ne sont attirés par l'espoir de quelque avantage, n'ont guère d'ardeur pour le travail. Quel est donc l'espoir, quel est le profit qui vous attirait vers de telles souffrances? Que pouviez-vous désirer, ne manquant de rien? Que pouviez-vous acquérir, étant le maître de toutes choses? Qu'y a-t-il qui ne vous appartienne? Vous l'avez dit vous-même : « Tout ce qu'il y a sous le ciel est à moi. » Job. XLI 2.
Tout vous appartient, Seigneur, et quand nous vous offrons quelque chose, nous vous rendons ce qui nous vient de vous. Aussi les philosophes païens eux-mêmes vous disaient immobile, parce que vous ne dépendez de personne, et que vous n'avez pas besoin de mouvement. Tout ce qui est mû, l'est en vertu d'un besoin, et afin d'acquérir en se mouvant ce qui lui manque. Mais vous, qui ne manquez de rien, qui possédez tout, qui remplissez de votre majesté l'univers, vous n'avez pas besoin de mouvement.
Quelle utilité pouviez-vous donc retirer d'un si grand ouvrage? Ce n'est pas pour votre avantage, c'est pour nous et pour notre salut que, non content de remédier à nos maux, à nos dettes, vous avez daigné miséricordieusement les prendre sur vous.
C'est là, en effet, le caractère de la vraie miséricorde, comme saint Grégoire l'atteste en ces termes : « La véritable compassion ne se borne pas à subvenir aux douleurs du prochain ; elle se reconnaît en ce qu'elle prend part à l'affliction qu'elle soulage; c'est en cela que consiste la compassion parfaite et la vraie charité.
Le Sauveur nous en donne l'exemple, lui qui, pouvant nous sauver sans mourir, a voulu nous sauver par sa mort, parce qu'il nous eût moins aimé (c'est-à-dire nous eût témoigné moins d'amour), s'il n'avait pris sur lui nos blessures, et que sa charité serait moins visible, s'il n'avait subi pour un temps ce dont il nous délivrait ; ainsi Dieu a daigné prendre les dehors d'un pauvre, pour que l'homme reconquît les richesses intérieures. »
Que pouvons-nous rendre à notre Sauveur pour une telle miséricorde?
« Quand nous subirions chaque jour la mort, dit saint Chrysostome, pour celui qui nous a aimés à ce point, cela suffirait-il pour nous acquitter, au moins en partie? »
Du reste, puisque nous ne pouvons le payer de retour par ce moyen, faisons-le du moins, dans la mesure qui nous est possible, par une reconnaissance inaltérable, par des louanges incessantes et par la considération assidue de ce grand bienfait.
Entre tous les exercices de la vie chrétienne, le plus recommandé par saint Bernard, par saint Bonaventure et par les autres Pères, c'est de consacrer chaque jour un certain temps à la considération de ce divin ouvrage, en contemplant pieusement des yeux et du cœur notre Seigneur suspendu pour nous à la croix.
Saint Augustin nous y exhorte en ces termes :
« Regardez les blessures de son supplice, le sang qu'il verse en mourant, le prix dont il vous rachète, les cicatrices de son corps ressuscité. Sa tête s'incline pour vous baiser, son cœur s'ouvre parce qu'il vous aime, il étend les bras pour vous embrasser, il se donne tout entier pour votre rachat. Pensez à la grandeur du sacrifice; pesez-le dans la balance de votre cœur, et que ce cœur s'attache entièrement à un Dieu qui, pour nous, s'est attaché entièrement à la croix. »
Louis de Grenade.
Publié le 24 Mars 2010

Nous vous louons comme Mère de Dieu, nous confessons que vous êtes la Vierge Marie.
Toute la terre vous vénère comme l'Epouse du Père éternel.
Tous les Anges et les Archanges, les Trônes et les Principautés vous servent fidèlement.
Toutes les Puissances et toutes les Vertus des deux, et toutes les Dominations vous obéissent.
Tous les chœurs, les Chérubins et les Séraphins se tiennent auprès de vous dans la joie.
Toutes les créatures angéliques vous proclament sans cesse :
Sainte, sainte, sainte, ô Marie, Mère de Dieu, Mère et Vierge.
Les cieux et la terre sont pleins de la majesté de la gloire du fruit de votre sein.
Le glorieux chœur des apôtres vous loue comme la Mère de son Créateur.
La blanche troupe des bienheureux martyrs vous glorifie comme la Mère du Christ.
La glorieuse armée des confesseurs vous nomme le temple de la Trinité.
L'aimable assemblée des vierges saintes vous proclame le modèle de la virginité et de l'humilité.
Toute la cour céleste vous honore comme sa Reine.
L'Eglise vous célèbre par toute la terre, en vous invoquant,
Comme la Mère de la divine Majesté,
Comme la vénérable et la vraie Mère du Roi céleste, comme sainte, et douce, et pieuse.
Vous êtes la Souveraine des anges, vous êtes la porte du paradis.
Vous êtes l'échelle du royaume céleste et de la gloire.
Vous êtes le lit nuptial, vous êtes l'arche de la piété et de la grâce.
Vous êtes la veine de la miséricorde, vous êtes l'Epouse et la Mère du Roi éternel.
Vous êtes le temple et le sanctuaire de l'Esprit saint, la noble demeure de toute la très-heureuse Trinité.
Vous êtes la médiatrice de Dieu et l'amante des hommes, la céleste illuminatrice des mortels.
Vous êtes la victoire des combattants, l'avocate des pauvres, la commisération et le refuge des pécheurs.
Vous êtes la dispensatrice des dons, l'expulsion et la terreur des démons et des orgueilleux.
Vous êtes la Maîtresse du monde, la Reine du ciel, notre seule espérance après Dieu.
Vous êtes le salut de ceux qui vous invoquent, le port des naufragés, la consolation des malheureux, le refuge de ceux qui périssent.
Vous êtes la Mère tous les bienheureux, la joie pleine après Dieu, la consolation de tous les citoyens des cieux.
Vous êtes le promoteur des justes, vous rassemblez les errants, vous êtes la promesse des patriarches.
Vous êtes la vérité des prophètes, vous faites connaître et vous enseignez les apôtres, vous êtes la maîtresse des évangélistes.
Vous êtes la force des martyrs, l'exemplaire des confesseurs, l'honneur et l'allégresse des vierges.
Pour délivrer l'homme exilé, vous avez recu le Fils de Dieu dans votre sein.
Par vous les royaumes des cieux, après la défaite de l'antique ennemi, sont ouverts aux fidèles.
Vous êtes assise avec votre Fils à la droite du Père.
0 Vierge Marie, priez pour nous celui que nous croyons devoir venir pour nous
juger.
Venez donc, nous vous en prions, au secours de vos serviteurs rachetés du précieux sang de votre Fils.
0 pieuse Vierge, faites que nous soyons récompensés de la gloire éternelle avec vos saints.
0 Souveraine, sauvez votre peuple, afin que nous soyons participants de l'héritage de votre Fils,
Et gouvernez-nous, et gardez-nous pour l'éternité.
0 pieuse, nous Vous saluons tous les jours,
Et nous désirons vous louer d'esprit et de bouche jusque dans l'éternité.
Daignez, ô douce Marie, nous conserver sans péché, maintenant et toujours.
Ayez pitié de nous, ô pieuse, ayez pitié de nous.
Que votre grande miséricorde soit avec nous, parce que nous mettons notre confiance en vous, o Vierge Marie.
O douce Marie, nous espérons en vous, défendez-nous pour l'éternité.
La louange vous est due, l'empire vous est dû ; à vous la puissance et la gloire dans les siècles des siècles.
Ainsi soit-il.
st Bonaventure.
Publié le 24 Mars 2010

Auprès de la croix de Jésus, dit-il, se tenait sa Mère.
O ma Souveraine, où étiez-vous? Était-ce seulement auprès de la croix ?
Non , assurément, mais sur la croix avec votre Fils.
Là, vous étiez crucifiée avec lui ; il l'était dans son corps, vous l'étiez dans votre cœur ; ses plaies étaient répandues par tout son corps, et elles étaient réunies dans votre cœur.
Là, ô Reine, ce cœur fut percé de la lance ; là il fut couronné d'épines ; là abreuvé de moqueries, d'opprobres et d'injures, rassasié de fiel et de vinaigre.
O Reine, pourquoi êtes-vous allée vous immoler pour nous? la Passion du Fils était-elle donc insuffisante, si la Mère n'était crucifiée avec lui ? 0 cœur tout d'amour, pourquoi vous êtes-vous changé en un globe de douleur?
O ma Souveraine, je cherche à contempler votre cœur, et ce que je vois n'est point ce cœur, mais de la myrrhe, de l'absinthe et du fiel. Je cherche la Mère de mon Dieu, et je ne trouve que des crachats, des fouets et des blessures ; car vous êtes tout entière en ces choses.
O Reine, transpercez nos cœurs ; renouvelez dans ces cœurs et votre passion et celle de votre Fils. Unissez à nos cœurs votre cœur percé de blessures, afin que nous soyons aussi percés des mêmes blessures.
Pourquoi du moins n'ai-je pas votre cœur en ma possession, afin qu'en quelque lieu que j'aille, je puisse vous considérer sans cesse crucifiée avec votre Fils?
Si vous ne voulez pas me donner votre Fils crucifié, si vous me refusez votre cœur percé des traits de la Passion , je vous en conjure, au moins accordez-moi les blessures de ce cher Fils, les injures, les moqueries, les opprobres qu'il endura , et tout ce que vous ressentîtes vous-mêmes...
Permettez à mon indignité profonde de s'unir à ces ignominies, et de se joindre, comme une consolation dans vos peines , à vous et à votre Fils. Oh ! quel serait mon bonheur si je pouvais seulement vous être associé dans vos tourments ! Qu'y a-t-il, en effet, de plus désirable, ô Souveraine, que d'avoir son cœur uni à votre cœur et au corps transpercé de votre Fils?....
Je ne vous demande ni la splendeur du soleil, ni l'éclat des astres; je ne désire que des blessures... Ou enlevez-moi la vie du corps, ou blessez mon cœur, car je suis couvert de confusion et de honte quand je vois Jésus, mon Seigneur, tout meurtri, et vous, ma Souveraine, blessée de ses douleurs, et que je me considère , moi le plus indigne de vos serviteurs, sans le moindre tourment.
Ah ! je sais ce que je ferai : prosterné à vos pieds , je prierai sans interruption, avec gémissement, avec larmes; j'élèverai la voix, et mon importunité sera telle qu'enfin vous m'exaucerez..
St BONAVENTURE.
Publié le 24 Mars 2010

« Lorsque l'archange Gabriel fut envoyé de Dieu à la bienheureuse Vierge Marie pour lui annoncer le mystère de l'Incarnation du Fils de Dieu dans son chaste sein, il la salua en ces termes : "Je vous salue pleine de grâce, le Seigneur est avec vous, vous êtes bénie entre toutes les femmes. »
Ces paroles, les plus heureuses qu'aucune créature ait entendues, se sont répétées d'âge en âge sur les lèvres du Chrétien, et, du fond de cette vallée de larmes, ils ne cessent de redire à la Mère de leur Dieu : « Je vous salue, Marie. »
Les hiérarchies du ciel avaient député un de leurs chefs à l'humble fille de David pour lui adresser cette glorieuse salutation ; et maintenant qu'elle est assise au-dessus des anges et de tous les chœurs célestes, le genre humain qui l'eut pour fille et pour sœur, lui renvoie d'ici-bas la salutation angélique : « Je vous salue, Marie. »
Quand elle l'entendit pour la première fois de la bouche de Gabriel, elle conçut aussitôt dans ses flancs très purs le Verbe de Dieu; et maintenant, chaque fois qu'une bouche humaine lui répète ces mots, qui furent le signal de sa maternité, ses entrailles s'émeuvent au souvenir d'un moment qui n'eut point de semblable au ciel et sur la terre, et toute l'éternité se remplit du bonheur qu'elle ressent »
Lacordaire.
(Vie de saint Dominique.)