spiritualite

Publié le 20 Novembre 2016

 

 

pour l'année liturgique écoulée, deo gratias. amen,  alleluia.

 

En ce dernier dimanche de l’année liturgique, l’Église nous invite à célébrer le Seigneur Jésus, Roi de l’univers.

Elle nous appelle à tourner notre regard vers l’avenir, ou mieux plus profondément, vers la destination finale de l’histoire qui sera le règne définitif et éternel du Christ. Il était au commencement avec le Père, quand le monde a été créé, et il manifestera pleinement sa seigneurie à la fin des temps, quand il jugera tous les hommes.

Les trois lectures d’aujourd’hui nous parlent de ce règne. Dans le passage de l’Évangile, tiré de l’Évangile de saint Jean, que nous avons écouté, Jésus se trouve dans une situation humiliante – celle d’accusé – devant le pouvoir romain. Il a été arrêté, insulté, raillé, et ses ennemis espèrent obtenir maintenant sa condamnation au supplice de la croix. Ils l’ont présenté à Pilate comme quelqu’un qui aspire au pouvoir politique, comme le prétendu roi des juifs. Le procureur romain mène son enquête et interroge Jésus : « Es-tu le roi des Juifs ? » (Jn 18, 33). Répondant à cette demande, Jésus précise la nature de son règne et de sa messianité-même, qui n’est pas un pouvoir mondain, mais un amour qui sert ; il affirme que son règne ne doit pas être absolument confondu avec un règne politique quelconque : « Ma royauté ne vient pas de ce monde … Non, ma royauté ne vient pas d’ici » (v. 36).

Il est évident que Jésus n’a aucune ambition politique.

Après la multiplication des pains, les gens, enthousiasmés par le miracle, voulaient s’emparer de lui pour le faire roi, afin de renverser le pouvoir romain et établir ainsi un nouveau règne politique, qui aurait été considéré comme le royaume de Dieu tant attendu. Mais Jésus sait que le royaume de Dieu est d’un genre tout autre, il ne se fonde pas sur les armes et sur la violence. C’est la multiplication des pains qui devient alors, d’une part, le signe de sa messianité, mais, d’autre part, un tournant dans son activité : à partir de ce moment, la marche vers la croix se fait plus évidente ; là, par un acte suprême d’amour, resplendira le règne promis, le règne de Dieu. Mais la foule ne comprend pas, elle est déçue et Jésus se retire, tout seul, dans la montagne pour prier, pour parler à son Père (cf. Jn 6, 1-15).

Dans le récit de la passion, nous voyons comment les disciples aussi, tout en ayant partagé la vie avec Jésus et écouté ses paroles, pensaient à un royaume politique, instauré même avec l’aide de la force. À Gethsémani, Pierre avait tiré du fourreau son épée et avait commencé à combattre, mais Jésus l’avait empêché (cf. Jn 18, 10-11). Il ne veut pas être défendu par les armes, mais il veut accomplir jusqu’au bout la volonté de son Père et établir son royaume non pas par les armes et la violence, mais par la faiblesse apparente de l’amour qui donne la vie. Le royaume de Dieu est un royaume totalement différent des royaumes terrestres.

Et c’est pour cela que, face à un homme sans défense, fragile, humilié, comme l’est Jésus, un homme de pouvoir comme Pilate reste surpris ; surpris parce qu’il entend parler d’un royaume, de serviteurs. Et il pose une question qui lui semblera paradoxale : « Alors, tu es roi ? ». Quel genre de roi peut être un homme dans ces conditions-là ? Mais Jésus répond par l’affirmative : « C’est toi qui dis que je suis roi. Je suis né, je suis venu dans le monde pour ceci : rendre témoignage à la vérité. Tout homme qui appartient à la vérité, écoute ma voix » (18, 37).

Jésus parle de roi, de royaume, cependant, il ne se réfère pas à la domination, mais à la vérité. Pilate ne comprend pas : peut-il exister un pouvoir qui ne s’obtient pas par des moyens humains ? Un pouvoir qui ne réponde pas à la logique de la domination et de la force ? Jésus est venu révéler et apporter une nouvelle royauté, celle de Dieu ; il est venu rendre témoignage à la vérité d’un Dieu qui est amour (cf. 1 Jn 4, 8.16) et qui veut établir un royaume de justice, d’amour et de paix (cf. Préface). Celui qui est ouvert à l’amour, écoute ce témoignage et l’accueille avec foi, pour entrer dans le royaume de Dieu.

Nous retrouvons cette perspective dans la première lecture que nous venons d’écouter. Le prophète Daniel prédit le pouvoir d’un personnage mystérieux placé entre ciel et terre : « Je voyais venir, avec les nuées du ciel, comme un fils d’homme ; il parvint jusqu’au Vieillard, et on le fit avancer devant lui. Et il lui fut donné domination, gloire et royauté ; tous les peuples, toutes les nations et toutes les langues le servirent. Sa domination est une domination éternelle, qui ne passera pas, et sa royauté, une royauté qui ne sera pas détruite » (7, 13-14).

Ces paroles annoncent un roi qui domine de la mer à la mer jusqu’aux bouts de la terre, grâce à un pouvoir absolu qui ne sera jamais détruit. Cette vision du prophète – une vision messianique – est éclairée et trouve sa réalisation dans le Christ : le pouvoir du vrai Messie – pouvoir qui ne décline jamais et qui ne sera jamais détruit – n’est pas celui des royaumes de la terre qui s’élèvent et s’écroulent, mais celui de la vérité et de l’amour. Cela nous fait comprendre comment la royauté annoncée par Jésus dans les paraboles et révélée ouvertement et explicitement devant le Procureur romain, est la royauté de la vérité, l’unique qui donne à toute chose sa lumière et sa grandeur.

Dans la deuxième lecture, l’auteur de l’Apocalypse affirme que nous aussi nous participons à la royauté du Christ. Dans l’acclamation adressée à « celui qui nous aime, qui nous a délivrés de nos péchés par son sang », il déclare que celui-ci « a fait de nous le royaume et les prêtres de Dieu son Père » (1, 5-6). Il est clair ici aussi qu’il s’agit d’un royaume fondé sur la relation avec Dieu, avec la vérité, et non pas un royaume politique. Par son sacrifice, Jésus nous a ouvert le chemin pour une relation profonde avec Dieu : en lui, nous sommes devenus de véritables fils adoptifs, nous sommes rendus ainsi participants de sa royauté sur le monde.

Être disciples de Jésus signifie donc ne pas se laisser séduire par la logique mondaine du pouvoir, mais apporter au monde la lumière de la vérité et de l’amour de Dieu. L’auteur de l’Apocalypse étend ensuite son regard à la deuxième venue de Jésus pour juger les hommes et établir pour toujours le règne divin, et il nous rappelle que la conversion, comme réponse à la grâce divine, est la condition pour l’instauration de ce royaume (cf. 1, 7).

C’est là une invitation pressante adressée à tous et à chacun : nous convertir toujours au règne de Dieu, à la seigneurie de Dieu et de la Vérité, dans notre vie. Chaque jour, nous l’invoquons dans la prière du ‘Notre Père’ avec les paroles : « Que ton règne vienne » ; cela revient à dire à Jésus : Seigneur fais-nous devenir tiens, vis en nous, rassemble l’humanité dispersée et souffrante, pour qu’en toi, tout soit soumis au Père de miséricorde et d’amour.

 

Benoît XVI

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Rédigé par Philippe

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Publié le 20 Novembre 2016

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On peut certes savoir qu'on a Dieu en soit et demeurer pécheur, et s'enliser plus ou moins dans le sensible. Mais ce que je sais n'est qu'une idée en moi; ce qui importe, c'est que j'aime 

   L'être que j'aime est en moi vivant, il agit et pour ainsi dire me crée et me recrée incessamment à son image. Quand il s'agit de Dieu, c'est à la lettre qu'il me crée et progressivement me recrée avec ma libre coopération quotidienne .

   Au vrai, la présence de Dieu en nous n'est utilement perçue qu'en l'absence de tout le reste, y compris soi-même, non par l'oubli ou mépris, mais par un rejet vigoureux de tout le créé en sa vraie place, bien au-dessous du Bien souverain.

   Dieu nous habite ; mais il faut sortir de nous-mêmes pour le voir. Dieu habite toutes choses; mais on n'en a le sentiment et le bénéfice qu'en se détachant de toutes choses vues et voulues en elles seules. Il faut être en pensée et en désir hors du temps qui nous mesure et qui mesure tous les êtres, pour concevoir et s'approprier l'éternel.

     Quand on vit ainsi en présence de Dieu, éprouvé au dedans, découvert au dehors,  on approfondit sa vie et on l'éclaircit jusqu'à une ampleur qui emprunte à celle de Dieu et se mesure exactement à son oeuvre.

 

   L'univers et notre âme ne sont plus alors pour Dieu et pour nous-mêmes qu'un seul ciel. C'est Dieu qui fait l'unité de nous et du monde, l'unité de nous-mêmes et de nous-mêmes, livrés sans cela à la dispersion de nos pouvoirs .  Prendre conscience de l'univers en nous, prendre conscience de nous et inclure tout en Dieu, c'est la connaissance souveraine et c'est la grande paix.

   Et ce n'est pas encore tout; car nous n'avons fait jusqu'ici qu'une vague allusion au surnaturel.

   Dieu en nous créant, nous donne à nous-mêmes et nous donne l'univers pour y mener avec lui notre vie du temps. Dieu, en nous recréant par la grâce, nous donne à nous-mêmes en ce nouvel état et se constitue, lui, notre univers, pour une vie éternelle.

 

   On ne saurait dire que la grâce, s'il s'agissait vraiment de la définir. Ses effets éclatent mieux que sa nature. Par elle, nous sommes très formellement recréés, en une participation de Dieu non plus extérieure, comme un écoulement de glacier, mais intérieure, par emprunt au jaillissement trinitaire en quoi consite la vie propre et quasi incommunicable du Dieu éternel.

   En nous donnant sa grâce, Dieu se donne lui-même à nous en intime et amoureuse possession, et c'est un don qui nous enrichit infiniment plus que ne ferait un monde.

   Un monde sans Dieu n'est rien. Quand on nous donnerait les étoiles, rien ne pourrait les empêcher de fondre entre nos mains . Dieu  Dieu que par son infinie élévation au-dessus de ce qu'on appelle des mondes .

   Quand, par la grâce, la Trinité est ainsi en nous, le Verbe, à tout instant, y jaillit donc, avec l'Esprit qu le joint au Père, et nous sommes joints nous-mêmes à tous ceux qui au Fil:s et au Père sont unis.

 

   Quelle vie !

et comme l'idée de la présence intérieure de Dieu en est transformée, quelque sublime déjà qu'elle ait pu apparaître!

   " L'oeil par où je vois Dieu est le même oeil par où il me voit", dit le poète mystique. Angelus Silesius: en effet, puisque c'est son Esprit. Cette unité de vision se prolonge d'elle-même en unité de désir, en unité de fins, en unité d'action.

   Nous sommes invités à "faire le Dieu" ainsi que dirait Pascal, non dans le sens abusif qu'il visait, mais au contraire par une fidélité aimante, par une connaturalité toute simple une fois l'invraisemblable miracle accompli.

      Invraisemblable est bien le mot . Dieu demande de nous un acte de foi désespéré, avant de fonder notre espérance. Dans ces vertigineuses régions, on ne trouve pas Dieu, cette fois, parce qu'on le cherche, et l'on aurait beau le chercher on ne le trouverait pas pas; mais c'est lui qui nous cherche.

 

   Son amour est premier, et il est naturel qu'on le rencontre sur son propre chemin; il est naturel, ensuite qu'on marche.

 

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Rédigé par père Sertillanges op

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Publié le 19 Novembre 2016

  

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   Comment ce dernier cas est-il possible? Comment ose-t-on bien au coeur de cet invisible paradis, avilir sa conscience et porter atteinte au droit des autres?

   Hélas! le mystère n'est pas grand, bien qu'il soit infiniment triste. Nous ne songeons pas à la présence de Dieu, et ainsi nous la rendons vaine. Plus encore, nous éteignons nos regards, et nous péchons alors dans la nuit. Les meilleurs, quand ils pensent à Dieu, au vrai y repensent, c'est-à-dire qu'ils l'oublient d'abord et doivent sans cesse, en eux, le recréer.

   Que cette expression ne choque pas trop; elle a sa vérité pratique, sinon littérale. Ce que nous oublions n'est-il pas aboli pour nous? Il n'y a pas de Dieu pour l'athée; il n'y en a pas non plus pour celui qui oublie entièrement et coupablement la divine présence. Pour le juste oublieux, Dieu est, mais il doit le réveiller, le régénérer pour ainsi dire constamment et en lui le faire renaître. Penser à Dieu, c'est nous le donner, ou plutôt puisque toujours il commence, c'est lui permettre de se donner et consentir pour son compte à le recevoir.

   Sa présence en toutes choses se trouve alors particularisée à notre bénéfice; de cosmique elle devient personnelle, et de métaphysique, morale et mystique. Pour le pur philosophe, la présence de Dieu est un cas de la réalité universelle et un terme de la formule du monde;

   Pour le chrétien elle est un rendez-vous.

   Mais ce rendez-vous, quel est-il?

   On a comparé le sentiment de la présence de Dieu a une lampe mystique au-dessus de notre tête, éclairant en avant et traçant notre chemin comme une étoile des mages. C'est une belle similitude, mais trop extérieure.

   L'enfant qui joue sur la plage et se laisse imbiber de soleil nous fournit une image un peu plus exacte, en ce que l'astre, intérieur par son action, par ses radiations concourt à transformer la vie même. L'atmosphère, pour nous tous, n'est-elle pas intérieure à nos corps et n'en forme-t-elle pas pour ainsi dire un organe? Ainsi Dieu est intérieur à notre âme, agit en concordance avec notre âme et devient comme un organe de notre âme. Serions-nous, par nature déjà, un "corps de Dieu" ?

   Ecartons, si l'on veut , cette expression, mais retenons la vérité qu'elle suggère. Il y a en nous une présence solennelle qui communique à notre âme une divine grandeur et tend à l'épanouir en forme parfaite.  Cette présence singulière, propre à l'homme ici-bas, tient à la nature éminente de l'esprit et à la préférence créatrice qu'elle suppose. Dieu est présent dans la mesure de ce qu'il donne et de ce qu'on en reçoit. Quelle que puisse être notre volonté de recevoir, Dieu en nous donnant la pensée, en faisant de nous des immortels, s'est constitué un temple permanent que jamais il ne déserte. Dût ce temple être profané, on dira que Dieu s'en va en ce sens qu'il retire sa grâce; mais la nature reste, et l'Auteur de la nature peut encore moins se séparer d'elle que la nature d'elle-même.

   Qu'importerait toutefois cette présence obligée, étrangère à la volonté, désavouée pour ainsi dire par son bénéficiaire forcé de la subir? Subir Dieu ! quelle perversion, quand il est là pour l'accroissement de ce vivant qu'il a créé progressif, pour l'achèvement et l'heureuse glorification de son oeuvre! Satan a Dieu en soi; mais il en est maudit et lui-même il maudit. Un arbre aussi a Dieu en soi et il l'ignore.

   Pour que la présence de Dieu soit ressentie et pour qu'elle soit utile, l'attention de l'âme et la rectitude de la conscience sont requises, et en outre un éloignement du visible assez vigilant pour que son irruption ne vienne pas troubler le ciel intérieur, couvrir la voix de l'hôte secret dont la parole n'est que murmure. La vie des sens n'est pas compatible avec l'attrait de Dieu, avec l'action de Dieu. " Tu étais au centre de mon âme, chante le poète hindou, c'est pourquoi, lorsqu'elle vint à errer, elle ne le trouva plus."

 

(à suivre )

 

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Rédigé par père Sertillanges.

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Publié le 19 Novembre 2016

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   S'il fallait chercher une excuse à notre illusion et à notre inertie en face du divin, on la trouverait facilement dans le mystère.

   Dieu lui-même, en son Ecriture, s'appelle un Dieu caché. Ses oeuvres témignent de lui et le reflètent: mais elles ne peuvent l'exprimer; elles parlent de lui comme d'un absent, bien mieux, elles nous le dérobent, par une opacité que seul l'esprit de foi nous rend transparente.

   Ceux qui voudraient de Dieu et du divin des marques "palpables" ressemblent à ces enfants qui avaient décidé d'aller à l'horizon, espérant toucher le ciel.

   Dieu se révèle avec certitude dans le monde et dans nous-mêmes; mais certitude en ce qui concerne la permanence de l'idée et son action dans la vie pensante. Les absents ont toujours tort. Le Dieu présent comme un absent, certain comme le mystère et manifesté comme l'occulte aurait lieu de se résigner à un tel sort, si son propre regard ne venait au secours de notre aveuglement et si sa grâce ne s'offrait à suppléer en ce point la nature.

   L'Etre de Dieu est sous tous les rapports incommensurable aux objets de notre expérience, et il ne peut se définir ou se concevoir que précisément sous la forme de cette incommensurabilité. " Dieu sans commencement et suprême ne peut être appelé ni un être ni un non être", proclame le sage hindou. Dans la même pensée, Jacopone da Todi, ou quelque autre sous son nom chante mystérieusement:"  Ce qui est ne peut pas se dire; cela seul peut se dire qui n'est pas: Quello ch'é non si puo dire; puossi dir quel ch non é."

   Le Pseudo-Denys tire la conséquence en disant: C'est en quelque sorte par un rayon ténébreux, par un dard de nuit (alignis divinae radius) que nous parvient ici-bas la révélation de l'inaccessible lumière.

   Avouerai-je que j'ai quelque horreur pour les discours sur Dieu qui ne tiennent pas assez compte de cette condition, qui témoignent chez leurs auteurs d'une absence ou d'une insuffisance choquante, à mes yeux, de ce sens du mystère qui est partout chez lui dans la science, mais qui est ici le fond même.

   Notre science de Dieu est une science de l'inconnu, déclare Albert le Grand. Non qu'on ne sache point; mais on sait comme celui qui ne sait point; on voit comme celui qui ne voit point; le mystère plane sur l'objet et l'absorbe en soi, comme la nuée de l'Ascension dissipa pour ainsi dire le corps du Christ aux yeux des apôtres.

   Heureusement, comme le Christ disparu envoie son Esprit, le mystère de Dieu, en nous privant de voir et de savoir au sens humain, de ces termes, ne nous laisse pas pour cela dépourvus.  Un non savoir de cette sorte est encore un trésor. Le sachant provisoire, nous sommes tirés en haut, là où il doit céder à la vision claire.  Cette démarche de l'âme nous donne Dieu sous la forme de l'Espérance, et notre éblouissement même, d'où vient notre impression de nuit, témoigne pour notre objet fulgurant, comme le hibou et sa crainte pour le soleil.

   La vision de Dieu maintenant, si elle pouvait nous laisser à notre humaine condition, ne serait-elle pas pour nous un malheur? C'est là une supposition absurde, vu que la claire manifestation de Dieu déclencherait du coup le mécanisme entier de notre vie éternelle; mais cette supposition a l'avantage de marquer ce qu'est le mystère dans notre éducation de croyants.

   Le mystère est un élément de traction, un appel, une aide par conséquent; il ne devient un obstacle et un arrêt que du fait de notre négligence et pour ceux qui s'abandonnent, loin de Dieu, à une véritable torpeur.

 

   Loin de Dieu, dis-je: c'est bien mal s'exprimer; car le mystère ne fait nul tort  à l'affirmation et à un vif sentiment de la divine présence. Présent comme un absent au point de vue de sa visibilité et de l'expérience sous l'une quelconque de ses formes, Dieu est présent infiniment plus et mieux que ce soit, si l'on se réfère au vrai et non à l'apparent, à la source des faits, au lieu que ce soit à leur fulguration dans le sensible.

   Supposer Dieu au loin, ce serait se résigner à ne pouvoir l'atteindre. S'il était à distance, la distance serait nécessairement infinie. Infini ou nul: tel est l'intervalle.

   Mais Dieu n'est pas au loin. Son infinité, qui parait l'éloigner, le rapproche. Etant tout, au titre de source première et immédiate, il est intime à tout plus n'est intime à soi, et chaque être créé jaillit incessamment de sa substance.

  

   Ne craignons pas, en parlant ainsi, de verser au panthéisme ou l'émanatisme. Dieu est transcendant à son oeuvre et la pose librement; mais il n'en est que plus étroitement uni à elle. Une partie d'un tout, comme le Dieu panthéiste, ou la cause nécessaire de l'émanatiste ne saurait avoir en son effet ou en son tout une présence indépendante et par suite totale.  Au contraire, la transcendance et la liberté de Dieu lui permettent d'être présent à tout sans se mêler et sans abdiquer. Infiniment distincts en perfection et en être, Dieu et le monde, Dieu et chaque être du monde sont infiniments unis par ce lien mystérieux et permanent de libre création que nulle intuition humaine ne peut pénétrer.

   Les savants nous apprennent que le bleu de la prétendue "voûte" céleste est formé dans toute l'étendue de la masse atmosphérique, et que nous sommes donc pas sous le firmament, mais dans le firmament. Nous respirons le ciel. Ainsi en est-il de ce ciel spirituel qu'est Dieu même. En lui, nous vivons, nous nous mouvons et nous sommes, nous dit l'Apôtre.

 

   Notre illusion s'imagine parfois que nous trouverons Dieu un jour, après je ne sais quel voyage hors ce monde, et que ce sera le grand face à face avec le Père aujourd'hui lointain.  Mais votre Dieu, hommes, n'est nulle part à l'exclusion d'ici, et s'il n'était ici il ne serait nulle part. Nulle part en effet comme localisation, il est partout de sa présence créatrice et animatrice; partout on peut le rencontrer en ouvrant les yeux. Ce qu'on appelle la vie éternelle n'est qu'une plus large dilatation, à ce contact, des vues et des pouvoirs de l'âme. Sur ma chaise, en ce moment, je pourrais posséder le ciel.

   Le Christ a dit: La vie éternelle, c'est qu'ils te connaissent ô mon Père.

   Dès que nous connaissons Dieu, j'entends d'une connaissance cordiale et efficace, nous sommes entrés dans la vie éternelle. Après cela, il n'y a plus que des degrés. Beaucoup de ces degrés peuvent être franchis ici-bas, et grâce à eux la présence de Dieu, immuable en ce qui concerne Dieu, devient pour nous de plus en plus effective. D'autres degrés ne sont franchis qu'après l'épreuve décisive de la mort, et c'est à cause de ce passage soudain, de ce changement radical, que nous disons entrer par la mort dans la vie éternelle.

   Encore est-il que Dieu est toujours là. Quand je suis seul, je suis avec lui. Ma pensée est pour lui une claire parole et mon vouloir, mon désir se propose à son jugement. Quand nous sommes assemblés, c'est lui qui nous joint, et nous ne tenons de discours ou ne posons d'actes heureux que sous sa présidence; si nos rapports étaient pervers ce serait sous sa réprobation.

(à suivre )

  

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Rédigé par père Sertillanges op

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Publié le 17 Novembre 2016

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    Il faut constater cependant que l'homme casé et précisément parce que casé, ne jalouse ordinairement, que ceux qui réussissent dans des fonctions semblables aux siennes. La raison: les autres ne nuisent guère à son excellence!  Ainsi l'on verra rarement le mèdecin jalouser le peintre . " Je ne suis pas artiste, j'en conviens. Je m'en console, - il se dit cela à lui tout seul, car il reste discret - mais, si j'avais étudié la peinture, moi aussi, il faudrait voir mes oeuvres; tous compteraient sûrement dans le rang des chefs !"

    Quant au jaloux passionné, il peut, parait-il se rencontrer ailleurs que dans la Lune. Il voudrait, s'il était possible, compter quotidiennement tous les cheveux de sa femme, pour bien s'assurer que le voisin ne fait jamais incursion dans les "adorables" tresses.  C'est lui qui écoute, d'une oreille plus qu'attentive, le Confiteor de son "auge" , inscrit au calepin secret les nom de " Jean-Baptiste, Pierre et Paul, et vous mon Père", pour vérifier dans la suite s'il doit, ou non regarder tout ce monde comme un comité de rivaux..

   Quel incurable, ce dernier !

 

  

      Les indulgents disent d'un certain vieillard qu blâme sans cesse la manière de faire des jeunes: c'est un grincheux ! très vrai, certes! D'autres, sans prétendre, non plus aller au fond des choses expliquent ainsi la conduite du vieux revêche: il se sent à la veille de sortir et il craint qu'on lui marche sur les talons .

   Ne pourrait-on pas dire quelquefois, et avec autant de vérité: jaloux ! Jaloux de voir renaître, sur des visages d'enfant, de la jeunesse: jaloux de sentir, tout autour de lui une activité que son grand âge lui défend .

   Soyons toujours très bons pour le vieillard qui, d'ordinaire est très bon et très indulgent . Jésus faisait de son culte une des formes les plus évangéliques de la charité. Faut-il pour cela, mépriser la remarque de Montaigne qui peut bien ne pas trop manquer de justesse:"

" Il semble que la jalousie que nous avons de voir les enfants paraitre et jouir du monde que nous sommes sur le point de quitter nous rends plus épargnants et restreints envers eux . Prenons garde que la vieillesse ne nous attache plus de rides à l'esprit qu'au visage. "

   La jalousie peut donc régner dans les âmes de tout âge . Et si jamais sculpteur élevait à ce vice meurtrier une statue, il pourrait graver, sur le piédestal, cet avertissement :

Qui que tu sois, voici ton maître:

Du moins prends garde, il pourrait l'être 

 

   Tenons-nous donc toujours aux aguets ! Et si déjà, par malheur la maladie nous avait atteints, vite! aux remèdes: l'humilité,  la réflexion, la prière .

   " La jalousie se rencontre rarement chez des âmes humbles et douces" . Celui qui croit posséder déjà beaucoup plus qu'il ne mérite, ne croit que d'un oeil bon tout le bien du prochain.

   Et si l'on réfléchissait davantage! " La terre est désolée d'une grande désolation parce que personne ne réfléchit dans son coeur."

Oui, si l'on songeait que les grands talents  feront davantage pour la cause de Dieu, notre cause à tous, ne souhaiteront-pas leur multiplication plutôt que leur division.

 

   La prière ! remède par excellence... mais lui aussi, plus facile à croire qu'à pratiquer.

  Un jour, un jeune homme réfléchi se rendit aux pieds de son directeur spirituel pour lui avouer une tentation de jalousie .

- Priez, priez pour que celui-là que vous jalousez réussisse encore plus

- Père! vous ne connaissez pas d'autre remède ? J'ai bien peur d'être exaucé!

...

Il voulait rire: il pria, il vainquit

 

Comme Lui doux et humbles de coeur, hommes de réflexion et de prière nous ne mourrons pas, nous ne vivrons pas esclaves de la jalousie .

 

fr Augustin-Marie Seguin OP

 

 

 

 

  

 

 

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Rédigé par Philippe

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Publié le 17 Novembre 2016

Comment la jalousie nous pousse à imiter inconsciemment nos rivaux, même détestés

   Le jaloux pourrait presque compter parmi les "universaux".

   Ne le rencontrons-nous pas un peu partout, même dans nos voyages intimes autour de notre chambre?

   Le jaloux, en effet, fréquente chez l'enfant, il s'installe chez le jeune homme : très souvent - sans doute c'est à cause d'un accueil plus sympathique - il prend ses aises chez l'homme fait: bien plus, les manières charitables du vieillard ne voilent pas toujours suffisamment le geste du jaloux.

   Concédons tout de même qu'il faudrait nous entendre avant de porter une accusation générale.

     Que tous les hommes soient effectivement jaloux, que le vice de la jalousie dégrade toutes les âmes, oh! non. Mais bien rare - s'il existe - le coeur assez heureux pour ne jamais au moins sentir ces infâmes sollicitations que notre nature malade féconde quand même, crée sans jamais cesser.

   Voilà comment nous sommes tous jaloux, du moins tous susceptibles de jalousie. Un scolastique distinguerait: tous jaloux... en puissance. La question est donc tranchée .

      Mais, précisément parce que le même homme, au dire de l'Imitation, n'est pas toujours le même homme, un autre grand malheur arrive souvent: une foule de tentés passent de la puissance à l'acte.

   Alors, que voyons-nous dans la vie? Un spectacle si laid qu'en rougissent ceux mêmes qui le donnent: des exigences jadis belles, riches, heureuses... douloureusement rongées par la jalousie; dédaigneuses désormais de vivre plus haut qu'à la hauteur d'un orgueil blessé; de pauvres âmes contentes et malheureuses, anormalement et comme à rebours: elles sourient quand le prochain pleure, elles s'attristent quand il sourit; de vraies jalousies, quoi!

puisque la jalousie dit justement saint Thomas, consiste dans cette tristesse qui a pour objet le bien du prochain que nous regardons comme un mal pour nous, en tant qu'il porte atteinte à notre propre excellence.

 

   Quelquefois la jalousie exerce déjà précocement son empire chez le tout petit enfant.

   Durant ses premières pousses, Bébé régnait en maître au foyer. La maisonnée entière lui faisait sa cour. On lui réservait toutes les tendresses comme on lui concédait tous les charmes. On l'aimait d'amour exclusif... Une petite soeur naquit, exquise, charmante à son tour. Le trône qui était le berceau, fut partagé; partagées aussi les affectueuses câlineries. 'Et mon ber", de se dire le blondinet" il n'est donc plus à moi tout seul!"

 

  Et ne se trouve pas là, il nous semble, qu'une égoïste exigence de "propriétaire par prescription" . Qu'on laisse au petit pleureur son berceau; mais, que la nouvelle poupée cadence dans un autre plus joli, la même crise de jalousie se produira. Et Bébé qui ne cessait, hier encore, d'embrasser sa maman à bec que veux-tu, restera boudeur, car il est... effectivement jaloux.

   Soit dit en passant, je sais pour l'avoir entendu et vu en usage, un remède surprenant: réprimandes à voix plutôt forte, avec, recommandée par des médecins experts application de la main.

   Papas et mamans, allez-y résolument, sinon de bon coeur: dûssiez-vous prendre un ton bourru, vous ferez un geste si beau, le geste du devoir..

   Le jeune homme aussi peut devenir jaloux.

   Lui, à l'âge de la générosité pure, de l' "oubli de soi"; lui qui veut et cherche naturellement le triomphe des meilleures causes, et sans trop regarder au chef de file; lui que l'idéal passionne, ravit, en arrive quelquefois à ne plus permettre volontiers qu'un autre adolescent brille premier en quelque rôle.

(à suivre )

 

 

 

 

 

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Rédigé par fr. Augustin-Marie Seguin op

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Publié le 17 Novembre 2016

Consolar al triste

 

[:malavita:1]on peut toujours attendre ... !

 

 

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Rédigé par Philippe

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Publié le 16 Novembre 2016

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Le chrétien fait partie d'une race d'hommes nouvelle et céleste, d'une lignée divine : divinum genus. C'est un homme déifié, fils de Dieu le Père, incorporé au Verbe incarné, animé du Saint-Esprit. Sa vie doit être celle d'un citoyen du ciel. « Si Dieu s'est humilié jusqu'à se faire homme, dit saint Augustin, ce fut pour exalter les hommes jusqu'à en faire des dieux (Serm. 166 — Cf. Ia In. 49, 2). »

Dans les premiers siècles de l'Église, ces idées étaient du domaine courant ; aucun hérétique n'osa les nier, et les Pères en tirèrent un parti admirable pour prouver contre les Ariens et les Macédoniens la divinité soit du Fils soit du Saint-Esprit. L'Écriture, disaient-ils, nous présente le Fils et le Saint-Esprit comme les vivificateurs, les sanctificateurs et les divinisateurs immédiats des âmes qu'ils habitent et auxquelles ils se communiquent, imprimant en elles l'image de Dieu et les rendant participants de la nature divine. Or Dieu seul, qui est Vie, Sainteté, Déité par nature, peut, immédiatement et par lui-même, vivifier, sanctifier et déifier les autres.

 Pour habiter dans une âme, la vivifier et la réformer, il faut la pénétrer substantiellement ; or ceci est le propre de Dieu (Cf. S. Thom., Cont. Gent. IV, c. 17 ; Sum. Th., I', q. 43, a. 3 ; III', q. 64, a. I).

 Aucune créature, observe Didyme, ne peut entrer dans l'essence même de l'âme ; les sciences et les vertus la perfectionnent à titre d'accidents seulement. Mais l'Esprit-Saint habite substantiellement dans l'âme avec le Père et le Fils. (De Spir. Sancto, n° 25).

 C'est le Saint-Esprit, dit saint Cyrille d'Alexandrie, qui imprime en nous l'image de Dieu. S'il n'était qu'un simple dispensateur de la grâce, nous ne recevrions que l'image de la grâce et non l'image de Dieu. Mais il est lui-même le sceau qui grave en nous l'image de Dieu, nous faisant participants de la nature divine. (Cf. Dial. Trinit. et Thesaurus, ass. 34).

C'est un sceau vivant, ajoute saint Basile ; il nous moule en dehors et au dedans, pénètre jusqu'au plus intime de notre âme et, de la sorte, nous réforme et fait de nous de vivantes images de Dieu1. Avec le sceau divin nous recevons l'onction du même Esprit, et dès lors nous avons le gage vivant de l'héritage céleste : « Celui qui nous a oints, c'est Dieu, lequel nous a aussi marqués d'un sceau et nous a donné, à titre d'arrhes, le Saint-Esprit dans nos cœurs » (II Cor., I, 22).

Baume divin, l'Esprit-Saint par son onction, spiritalis unctio, nous transforme et nous fait exhaler la bonne odeur du Christ : « Nous sommes la bonne odeur du Christ » (II Cor., II, 15). Nous ne recevons pas seulement le parfum du baume, mais la substance divine elle-même  2.


Feu divin, il nous pénètre jusqu'au plus intime, sans détruire notre nature, mais la rendant semblable au feu et lui en communiquant toutes les propriétés. (S. Cyr. Cath., 17 ; — S. Bas., loc. cit., I. 3).

Lumière divine, il éclaire les âmes, les rend lumineuses et resplendissantes, éclatantes de grâce et de charité, comme de vrais soleils divins 3.

Hôte très doux de nos âmes, dulcis hospes animae, il vient converser familièrement avec nous, nous réjouir de sa présence, nous consoler dans nos travaux, nous encourager dans nos difficultés, nous pousser au bien, nous enrichir de ses dons précieux et de ses fruits.

Nous devenons ainsi des temples saints et vivants de Dieu, ses amis, ses égaux en quelque manière, dignes d'être appelés des dieux.  4
Revêtus de Jésus-Christ et faits à son image, nous formons avec Lui une véritable société (I Cor. I, 9) ; nous sommes ses amis, initiés à ses secrets divins (Jean, xv, 15) ; nous sommes ses frères (Jean, xx, 17) ; plus encore, ses membres, si intime est l'union dans cette divine société !

C'est ainsi que nous pouvons devenir enfants de Dieu (Jean, 1, 12) et dieux par participation. Celui qui nous donne ce pouvoir si sublime doit être Dieu lui-même en personne, qui, s'abaissant jusqu'à nous, nous associe à sa vie divine, et de la condition servile de pures créatures nous élève à l'incomparable dignité de dieux,et nous permet d'appeler à pleine bouche l'Eternel et le Tout-Puissant devant lequel tremblent les cieux, non plus du nom terrible de Seigneur, mais du très doux nom de Père.

« Ce que les plus nobles créatures n'auraient jamais pu rêver, s'écrie saint Pierre Chrysologue, ce qui remplirait d'étonnement et d'admiration les plus hautes vertus célestes, nous le répétons tous les jours avec confiance : Notre Père qui êtes aux cieux !

Commerce admirable entre le Créateur et la créature : il se fait notre égal pour que nous arrivions à être ses égaux, en un certain sens. 6

Qui jamais aurait pu soupçonner un tel excès d'amour ? Dieu se faisant homme pour que l’homme devienne Dieu, le Seigneur se rendant esclave pour que l'esclave devienne son fils — établissant ainsi entre la Divinité et l'humanité une éternelle et ineffable parenté. Certes, on ne sait qu'admirer le plus, ou Dieu s'abaissant jusqu'à notre servitude, ou Dieu nous élevant jusqu'à sa dignité »

(Serm. 72).


1 « Quomodo ad Dei similitudincm ascendat creatura, nisi di' irai characteris sit particeps ? Divinus porro cliaracter non talis est cujusmodi est humanus, sed vivens et vere existeras imago, imaginis effectria, qua omnia quae participant, imagines Dei constituuntur. (S. Bas., 1. 5, Contra Eunom.)

2 S. Cyril. Alex., I. XI in Joann, c. 2. - Voir aussi S. Augustin, sermo 185 de Temp. « Il s'écoule dans ses fidèles non plus seulement par la grâce de sa visite et de son opération, mais par la présence de sa majesté ; ce n'est pas seulement l'odeur du baume qui se verse, mais la substance même du baume sacré ».

3 « De même que les corps transparents deviennent eux-mêmes lumineux et rayonnants lorsque la lumière les envahit, de même les âmes qui possèdent le Saint- Esprit sont illuminées par Lui, deviennent elles-mêmes spirituelles et répandent la grâce sur les autres. (S. Bas., De Spir. S. c. IX, n. 23.)

4 Sénèque : Amicitia aut pares invenit aut facit » S. Cyrille : Nous sommes appelés dieux parce que non seulement la grâce nous élève à la gloire surnaturelle, mais encore parce que nous avons en nous Dieu qui y habite et y demeure. (In Ev. Joann., I, 9.)

5 « Creatura Domino suo conjuncta a propria conditione liberatur et in meliorem traducitur... Nos per gratiam dii et filii sumus. » (S. Cyr. In Joan., I. 12, c. 15.)

6 « O admirabile commercium ! Creator generis humani, animatum corpus sumens... largitus est nobis suam Deitatem ! » (Liturg.) — Cf. S. Athan. Serm. 4 cont. Arian., et S. August. Epist. 140 ad Honor. c. 4.

Rp Arintero op+


 

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Rédigé par rp Arintero

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Publié le 16 Novembre 2016

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[:malavita:1]

Trajan interroge, saint Ignace : « Quel est ce Théophore ? — C'est celui qui porte Jésus-Christ dans son coeur. Alors tu portes Jésus-Christ ? — Sans aucun doute, car il est écrit : Je ferai en eux ma demeure. »

 

les pauvres modernos avec leur pain de route sont quand même à côté de la plaque ! on s'étonne que tout aille si mal ! quand je vois toutes ces bonnes femmes les mains nivéatées de pommade et qui puent la rose,  distribuer l'Eucharistie, quelle misère quand même..  mais bon si ce n'est que du pain après tout ! pov'Jésus .

 

 

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Rédigé par Philippe

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Publié le 15 Novembre 2016

 

« Autant que nous pouvons le comprendre, dit saint Jean Chrysostome, il y a bien plus de difficultés ce que Dieu se fasse homme qu'il y en a à ce que l'homme devienne enfant de Dieu... Mais ce n'est pas pour rien qu'il est descendu dans une si profonde humilité : c'est pour nous élever de cet abîme aux divines hauteurs. Il est né selon la chair pour que toi, tu naisses selon l'esprit. Il s'est fait le fils de la femme pour que toi, tu deviennes fils de Dieu » (In Mat. Hom. 2).

« Il veut donc, ajoute saint Augustin que nous cessions d'être hommes puisqu'il veut nous faire dieux. »  7

Ces étroites et sublimes relations qu'il a plu à Dieu d'établir entre Lui et les hommes ne sont donc point purement morales, mais très réelles ou ontologiques. Leur réalité est plus haute et plus riche que l'on ne pense, au-dessus même de tout ce que l'on peut dire ou penser.

Les saints la sentent d'une certaine manière, mais ils ne trouvent point de formules capables de traduire leurs pensées ; les expressions les plus fortes leur paraissent de pures ombres d'une si sublime réalité ; et cependant ils nous parlent sans cesse de la participation de la nature divine, de la transformation en Dieu, de la déification de l'homme. 8

Animés réellement de l'Esprit de Jésus qui demeure en nous comme dans son temple, vivant par Jésus comme Jésus vit par son Père (Jean, VI, 58), et rendus ainsi participants de la nature même de Dieu, nous sommes vraiment enfants de Dieu, frères et cohéritiers de Jésus-Christ. Tout en nous vivifiant par la grâce, ce même Esprit d'adoption nous purifie, nous transforme, nous perfectionne, produisant en nous et avec nous l'oeuvre de notre sanctification. Il nous fait ainsi vivre une vie divine, il nous déifie, il est, en un mot, « la vie même de notre âme, comme l'âme est la vie du corps », selon l'énergique expression de saint Basile et de saint Augustin, pour ne pas dire de tous les Pères. 9

« Pour eux, donc, écrit le P. Froget, l'Esprit-Saint est le grand don de Dieu, l'hôte intérieur qui, en se donnant lui-même, nous communique en même temps une participation de la nature divine, et fait de nous des enfants de Dieu, des êtres divins, des hommes spirituels et des saints. Aussi se plaisent-ils à le désigner comme l'Esprit sanctificateur, le principe de la vie céleste et divine ». Quelques-uns vont même jusqu'à l'appeler la forme de notre sainteté, l'âme de notre âme, le lien qui nous unit au Père et au Fils, celui par qui ces divines Personnes habitent en nous » (De l'habit. du Saint-Esprit, p. 197).

Il n'est rien qui puisse donner au chrétien une plus haute idée de sa grandeur, lui rappeler plus éloquemment ses devoirs.

Malheureusement, comme le remarquait déjà Cornelius a Lapide, ces sublimes et consolantes doctrines sont très oubliées :

« Il y en a peu qui connaissent le bienfait d'une si haute dignité ; moins encore qui l'apprécient comme ils le méritent. Chacun devrait demeurer, en soi- même, dans la vénération et l'admiration. Les Docteurs et les Prédicateurs devraient expliquer ce mystère au peuple afin que les fidèles sachent qu'ils sont les temples vivants de Dieu, qu’ils portent Dieu dans leur coeur et que par conséquent ils doivent vivre divinement avec Dieu par une conduite digne d'un tel Hôte. » (In Os., I, 10.)

Cependant la voix unanime des Pères trouve des échos parmi les théologiens modernes. Au milieu de l'oubli universel, des fréquentes et, pourquoi ne pas le dire ? des honteuses atténuations, quelques voix autorisées se font entendre. Surtout après les sages observations de Léon XIII sur la dévotion au Saint-Esprit, on est consolé de voir nombre d'écrivains reprendre le même langage animé, senti et vivant des Pères et des grands Mystiques. C'est l'annonce d'une renaissance de ces doctrines fondamentales, qui sont l'âme et le souffle encourageant de la vie chrétienne.

Oui, le temps semble venu, écrivait déjà le P. Ramière (Espérances de l'Église, III, c. 4), où ce grand dogme de l'incorporation des chrétiens à Jésus-Christ, qui tient une place si proéminente dans la doctrine apostolique, prendra un rang également important dans l'instruction des docteurs et des fidèles, dans la théologie et le catéchisme ; où on ne regardera plus comme un simple accessoire ce point sur lequel saint Paul base tous ses enseignements... où l'on comprendra que cette union que le divin Sauveur nous présente sous la figure de l'union du cep de la vigne avec les sarments n'est pas une vaine métaphore, mais une réalité... que par le baptême nous devenons réellement participants de la vie de Jésus-Christ ; que nous recevons en nous, non pas en figure, mais en réalité le divin Esprit qui est le principe de cette vie... et que, sans nous dépouiller de notre personnalité humaine, nous devenons les membres d'un corps divin, et nous acquérons, par conséquent, des forces divines et de divines destinées. »

En effet, ces vérités si vitales et à la fois si consolantes, qui donnaient aux premiers chrétiens vie, force et ardeur, 10 commencent à appeler sérieusement l'attention de beaucoup d'apologistes et de théologiens qui connaissent à fond les besoins de notre temps et cherchent un remède efficace à tant de maux qui menacent ou affligent déjà la religion.

A cette plaie générale de l'indifférentisme, à cette froideur sceptique et ce laisser-aller qui conduisent tant d'âmes à la ruine, et même à la trahison de la vérité, le remède est dans le réveil de la conscience et du sentiment des fidèles, afin qu'ils sachent apprécier, sentir et vivre, comme il le faut, la vie que Jésus nous a apportée du ciel.

C'est du sommeil où se trouve chez tant de chrétiens la conscience de leur sublime dignité que proviennent la tiédeur de leur vie surnaturelle et le peu d'estime qu'ils en ont, quand ils ne vont pas jusqu'à rougir d'elle. Nous devenons ainsi objet de répulsion pour les étrangers à notre religion, alors qu'en réalité la vie intime de l'Église est pleine de charmes pour ceux du dedans et d'attraits pour ceux du dehors qui l'observent avec sincérité. Il nous paraît donc extrêmement utile d'exposer en détail cette doctrine si essentielle et trop peu connue de la déification du chrétien.

 

7 Hoc jubet Deus ut non simus homines... Deus enim deum te vult facere. » (S. August. serm. 166.) « Factus est Deus homo, ut homo fieret Deus. » (Serm. 13 de temp.)

8 S. Cyrill. Alex. De Trinit. Dial. IV : « Divinae naturae participes habitudine ad Filium per Spiritum non sola opinione, sed veritate sumus ». Cf. Dial. VII.

9 S. Basil. «Vitam quam ad alterius productionem Spiritus emittit, ab ipso minime separatur... Et ipse in seipso vitam habet, et qui participes ipsius sunt, divinam coelestemque possident vitam » (Adv. Eunom. I. 5). Ailleurs il parle de l'Esprit-Saint comme du principe formel de cette vie divine (De Spir. S. c. 26, n. 61).

S. Augustin exprime avec plus de force encore que Dieu est formellement la vie de lâme : « Je parle audacieusement, mes frères, mais avec vérité. Il y a deux vies, celle du corps et celle de l’âme : comme l'âme est la vie du corps, ainsi Dieu est la vie de l’âme » (In P. 7o, serm. 2- Une autre fois, il dit : « Unde vivit caro tua ? De anima tua. Unde vivit anima tua ? De l)eo tuo. Unaquaeque harum secundum vitam suam vivat : caro enim sibi non est vita, sed anima carnis est vita ; anima sibi non est vita, sed Deus est animae vita » (Serm. 156, c. 6).

S. Macaire s'exprime presque dans les mêmes termes (De libert. mentis, XII).

 

10 Les Actes des martyrs et les coutumes des premiers siècles nous en fournissent d'intéressants témoignages. Les chrétiens d'alors avaient si bien conscience de la vie surnaturelle qu'ils aimaient à s'appeler : Théophore, Christophore (Porte-Dieu, Porte- Christ). Trajan interroge, saint Ignace : « Quel est ce Théophore ? — C'est celui qui porte Jésus-Christ dans son coeur. Alors tu portes Jésus-Christ ? — Sans aucun doute, car il est écrit : Je ferai en eux ma demeure. »

« Saint Ignace a profondément, suivant sa coutume, caractérisé cette vie chrétienne comme la vie de Jésus en nous. Jésus est notre vie, non seulement en ce sens qu'il nous a apporté la vie éternelle, mais en ce sens que, demeurant personnellement en nous, il est en nous principe véritable et indéfectible de vie. (Eph. III, 2 ; II, 1 ; Mag. I.2 ; Trall. 9. I.) Il habite en nous et nous sommes ses temples : il est notre Dieu en nous (Eph. XV, 3 Rom. VI, 3). De là le nom de Théophore qu'Ignace prend pour lui-même et qu'il donne aux Éphésiens ; de là l'union qu'il souhaite aux Églises avec la chair et l'esprit de Jésus-Christ, avec le Père et Jésus (Mag. I, 2)...

Cette intensité de vie chrétienne soulevait au-dessus d'elles-mêmes les âmes des martyrs et des saints. C'est en lisant les épîtres de S. Ignace qu'on en prend la plus juste idée. On connaît sur son amour pour les souffrances et sa soif du martyre les passages classiques de sa Lettre aux Tralliens (IV, 1-2) et surtout aux Romains ; mais son désir d'être réuni à Dieu lui inspire aussi de temps à autre des accents d'un mysticisme passionné : « Mon amour est crucifié, et il n'y a point en moi de feu pour la matière ; mais il y a une eau vive et parlante qui me dit Viens au Père ! » (Rom. VII, 2.) — Au Juge qui le menaçait, saint Andronicus répondait : « J'ai le Christ en moi ». — Et sainte Lucie : « Ceux qui vivent chastement et pieusement sont les temples de l'Esprit-Saint. » (Cf. TIXERO. Hist. des Dog. I, p. 16o-2.)

 

Révérend Père Arintero OP +

 

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Rédigé par Père Arintero OP

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