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Publié le 10 Novembre 2009










Le saint patron de la France

 

Fils d'un tribun romain originaire du bassin du Danube, Martin est enrôlé dans la légion à 15 ans sans se départir d'une attirance pour le christianisme et la vie religieuse.

 

Un jour d'hiver où il est en garnison à Amiens, il partage son manteau en deux et en offre la moitié à un miséreux (le manteau étant payé pour moitié par l'armée, Martin considère qu'il n'a pas le droit de donner cette moitié qui appartient à l'État). La nuit suivante, le Christ lui apparaît en songe, revêtu du manteau.

 

Martin se convertit et se rend à Tours, auprès de l'évêque Hilaire. Il fonde le premier monastère d'Occident à Ligugé, près de Poitiers. En 371, contre son gré, il est élu évêque de Tours. Pour sa retraite, il fonde aux portes de la ville le monastère de Marmoutier.

 

Il s'éteint en novembre 397 à Candes, au confluent de la Loire et de la Vienne. Une délégation de Tours se rend à Candes en gabarre (le bateau traditionnel à fond plat de la Loire) afin de ramener le saint dans sa bonne ville. On raconte que les Tourangeaux auraient volé le corps en le passant par une fenêtre ! Cette anecdote est figurée sur un vitrail de l'église locale.

 

Fiers de leur bon coup, les Tourangeaux inhument leur saint évêque dans le cimetière chrétien de leur ville. Son tombeau va dès lors devenir un lieu de pèlerinage couru de tout le pays. Il va faire la fortune de ses habitants... et attiser la convoitise des pillards (c'est ainsi qu'une troupe de musulmans venus d'Espagne tentera en 732 une razzia sur la ville mais sera arrêtée entre Poitiers et Tours par les Francs de Charles Martel).


Chape et chapelle


 

La ville de Tours abrite la moitié de manteau qui a fait la célébrité de Saint Martin. Ce manteau ou chape (en latin, capa) a été conservé précieusement dans un sanctuaire qui a pris en conséquence le nom de capella. De ce mot, on a fait le mot chapelle qui désigne une petite église ou une pièce attenant à une nef d'église et contenant elle-même un autel.

 

Très populaire, Martin a fortement contribué à la diffusion du christianisme en Gaule. Beaucoup d'églises, de lieux et de patronymes portent son nom. Notons encore que c'est en référence à la place de Saint Martin dans la culture française qu'en novembre 1918, les négociateurs français ont choisi de fixer au 11 novembre la date de l'armistice (de préférence au 9 ou 10 novembre). -


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Publié le 10 Novembre 2009



Dom Francois de Feydeau

Dear family and friends,

 

Let us join in prayer for  Dom Francois de Feydeau, monk-priest of Our Lady of Clearcreek of the Benedictine order in the Tulsa diocese, Oklahoma.

 

Thank you very much !

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Publié le 9 Novembre 2009




Le Pape Léon vécut en des temps difficiles : la reprise des invasions barbares, l’affaiblissement progressif en Occident de l’autorité impériale, une longue crise sociale, tout cela avait imposé à l’Évêque de Rome, comme cela allait se produire davantage encore un siècle et demi plus tard, pendant le pontificat de Grégoire le Grand, d’assumer un rôle de premier plan même dans les affaires civiles et politiques. Bien évidemment, cela ne manqua pas d’accroître l’importance et le prestige du Siège romain. Un épisode de la vie de Léon est resté particulièrement célèbre. Il remonte à 452, quand le Pape, qui se trouvait à Mantoue, accompagné d’une délégation romaine, rencontra Attila, roi des Huns, et le dissuada de poursuivre sa guerre d’invasion qui avait déjà dévasté le nord-est de l’Italie. Il sauva ainsi le reste de la Péninsule. Cet important événement devint rapidement signe emblématique de l’action menée par le Pontife. Malheureusement, trois ans plus tard, une autre initiative papale n’eut pas un résultat aussi positif, même si elle reste le symbole d’un courage qui nous stupéfie encore : en effet, au printemps de 455, Léon ne réussit pas à empêcher que les Vandales de Genséric, arrivés aux portes de Rome, n’envahissent la cité sans défense et que pendant deux semaines ils s’y livrent au pillage. Pourtant, le geste du Pape qui, désarmé et entouré de son clergé, était allé à la rencontre de l’envahisseur pour le conjurer d’arrêter, empêcha au moins que Rome fût incendiée et obtint que soient épargnées du terrible sac les basiliques de Saint-Pierre, de Saint-Paul et de Saint-Jean, où se réfugia une partie de la population terrorisée.

 

Nous connaissons bien l’action du Pape Léon, grâce à ses très beaux sermons, dont la petite centaine conservée est écrite en un latin clair et magnifique, et grâce à ses quelque cent cinquante lettres. Dans ces textes, le pontife apparaît dans toute sa grandeur, tout dédié qu’il est au service de la vérité et de la charité, à travers un exercice assidu de la parole où il se révèle à la fois théologien et pasteur. Léon le Grand, constamment soucieux de ses fidèles et du peuple de Rome, mais aussi de la communion entre les diverses Églises et de leurs nécessités, fut un infatigable défenseur et promoteur de la primauté romaine, se révéla héritier authentique de l’apôtre Pierre : les nombreux évêques, en grande partie orientaux, présents au Concile de Chalcédoine, s’en montrèrent bien conscients.

 

BENOIT XVI

 


 



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Publié le 9 Novembre 2009



 

 

 


Le fond de cette âme, c'était un sentiment immense, tendre et consolant de l'infini. Elle était trop sensible et trop vaste pour les misérables petites ambitions de ce monde. Elle le traversait, elle ne l'habitait pas. Ce sentiment de l'infini en tout, et surtout en amour, avait dû se convertir pour elle en une invocation et en une aspiration perpétuelle à celui qui en est la source, c'est-à-dire à Dieu. On peut dire qu'elle vivait en Dieu autant qu'il est permis à une créature d'y vivre. Il n'y a pas une des faces de son âme qui n'y fût sans cesse tournée, qui ne fût transparente, lumineuse, réchauffée par ce rayonnement d'en haut, découlant directement de Dieu sur nos pensées. Il en résultait pour elle une piété qui ne s'assombrissait jamais. Elle n'était pas dévote dans le mauvais sens du mot; elle n'avait aucune de ces terreurs, de ces puérilités, de ces asservissements de l'âme, de ces abrutissements de la pensée qui composent la dévotion chez quelques femmes et qui ne sont en elles qu'une enfance prolongée toute la vie, ou une vieillesse chagrine et jalouse qui se venge par une passion sacrée des passions profanes qu'elles ne peuvent plus avoir.

 

Sa religion était, comme son génie, tout entière dans son âme. Elle croyait humblement ; elle aimait ardemment ; elle espérait fermement. Sa foi était un acte de vertu et non un raisonnement. Elle la regardait comme un don de Dieu reçu des mains de sa mère, et qu'il eût été coupable d'examiner et de laisser emporter au vent du chemin. Plus tard, toutes les voluptés de la prière, toutes les larmes de l'admiration, toutes les effusions de son cœur, toutes les sollicitudes de sa vie et toutes les espérances de son immortalité s'étaient tellement identifiées avec sa foi qu'elles en faisaient, pour ainsi dire, partie dans sa pensée, et qu'en perdant ou en altérant sa croyance, elle aurait cru perdre à la fois son innocence, sa vertu, ses amours et ses bonheurs ici-bas, et ses gages de bonheur plus haut, sa terre et son ciel enfin! Aussi y tenait-elle comme à son ciel et à sa terre. Et puis elle était née pieuse comme on naît poète; la piété, c'était sa nature; l'amour de Dieu, c'était sa passion! Mais cette passion, par l'immensité de son objet et par la sécurité même de sa jouissance, était sereine, heureuse et tendre comme toutes ses autres passions.

 

Cette piété était la part d'elle-même qu'elle désirait le plus ardemment nous communiquer. Faire de nous des créatures de Dieu en esprit et en vérité, c'était sa pensée la plus maternelle. A cela encore elle réussissait sans systèmes et sans efforts et avec cette merveilleuse habileté de la nature qu'aucun artifice ne peut égaler. Sa piété, qui découlait de chacune de ses inspirations, de chacun de ses actes, de chacun de ses gestes, nous enveloppait, pour ainsi dire, d'une atmosphère du ciel ici-bas.


Nous croyions que Dieu était derrière elle et que nous allions l'entendre et le voir, comme elle semblait elle-même l'entendre et le voir et converser avec lui à chaque impression du jour. Dieu était pour nous comme l'un d'entre nous. Il était né en nous avec nos premières et nos plus indéfinissables impressions. Nous ne nous souvenions pas de ne l'avoir pas connu; il n'y avait pas un premier jour où on nous avait parlé de lui. Nous l'avions toujours vu en tiers entre notre mère et nous. Son nom avait été sur nos lèvres avec le lait maternel, nous avions appris à parler en le balbutiant. A mesure que nous avions grandi, les actes qui le rendent présent et même sensible à l'âme s'étaient accomplis vingt fois par jour sous nos yeux. Le matin, le soir, avant, après nos repas, on nous avait fait faire de courtes prières. Les genoux de notre mère avaient été longtemps notre autel farmlier. Sa figure rayonnante était toujours voilée à ce moment d'un recueillement respectueux et un peu solennel, qui nous avait imprimé à nous-mêmes le sentiment de la gravité de l'acte qu'elle nous inspirait. Quand elle avait prié avec nous et sur nous, son beau visage devenait plus doux et plus attendri encore. Nous sentions qu'elle avait communiqué avec sa force et avec sa joie pour nous en inonder davantage.

 

lamartine: confidences.

 

 

 

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Publié le 9 Novembre 2009




O mon Dieu, Trinité que j'adore, aidez-moi à m'oublier entièrement pour m'établir en vous, immobile et paisible comme si déjà mon âme était dans l'éternité. Que rien ne puisse troubler ma paix, ni me faire sortir de vous, ô mon Immuable, mais que chaque minute m'emporte plus loin dans la profondeur de votre Mystère. Pacifiez mon âme, faites-en votre ciel, votre demeure aimée et le lieu de votre repos. Que je ne vous y laisse jamais seul, mais que je sois là tout entière, tout éveillée en ma foi, tout adorante, toute livrée à votre Action créatrice.

 

O mon Christ aimé crucifié par amour, je voudrais être une épouse pour votre Cœur, je voudrais vous couvrir de gloire, je voudrais vous aimer... jusqu'à en mourir ! Mais je sens mon impuissance et je vous demande de me « revêtir de vous même », d'identifier mon âme à tous les mouvements de votre âme, de me submerger, de m’envahir, de vous substituer à moi, afin que ma vie ne soit qu'un rayonnement de votre Vie. Venez en moi comme Adorateur, comme Réparateur et comme Sauveur.

 

O Verbe éternel, Parole de mon Dieu, je veux passer ma vie à vous écouter, je veux me faire tout enseignable, afin d'apprendre tout de vous. Puis, à travers toutes les nuits, tous les vides, toutes les impuissances, je veux vous fixer toujours et demeurer sous votre grande lumière; ô mon Astre aimé, fascinez-moi pour que je ne puisse plus sortir de votre rayonnement.

 

O Feu consumant, Esprit d'amour, « survenez en moi » afin qu'il se fasse en mon âme comme une incarnation du Verbe : que je Lui sois une humanité de surcroît en laquelle Il renouvelle tout son Mystère. Et vous, ô Père, penchez-vous vers votre pauvre petite créature, « couvrez-la de votre ombre », ne voyez en elle que le « Bien-Aimé en lequel vous avez mis toutes vos complaisances ».

 

O mes Trois, mon Tout, ma Béatitude, Solitude infinie, Immensité où je me perds, je me livre à vous comme une proie. Ensevelissez-vous en moi pour que je m'ensevelisse en vous, en attendant d'aller contempler en votre lumière l'abîme de vos grandeurs.

 

 

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Publié le 9 Novembre 2009

 



  un homme de Dieu, aux qualités exceptionnelles, un artiste hors du commun.

Merci Henri Guérin, je ne vous oublierai pas.


. Requiescat In Pace .


« L’absolu désiré »

 

Un grand croyant nous quitte, un homme au caractère trempé, exceptionnellement intelligent ; gageons qu’il est très attendu à la Porte du ciel. Contemplant le Verbe, la Lumière qui vient dans le monde éclairer tout homme, Henri Guérin se présente Là-haut avec des mains qui ont peint, taillé, coulé, dessiné, mastiqué, nettoyé, gratté, brossé… et touche enfin ce que son cœur insatisfait mais plein de « l’intuition de ce qu’il voulait faire, l’absolu désiré » n’avait pas encore atteint. Avec ses vitraux, lumières sur la lumière, il avouait ne l’entrevoir que « fugitivement ». Humble. La beauté, il ne cherchait pas à la capter, elle l’attendait à l’intérieur.

 

« Ce que j’ai fait a le mérite d’exister. Pour moi ce qui est né est plus fort que ce qui a été rêvé ou pressenti, je le touche, je le vois. Je sais bien que ça ne sera jamais ça, mais c’est un peu de l’inconnu que je suis à moi-même qui s’est échappé et est venu à la lumière. De ce décalage entre la chose rêvée et l’œuvre née subsistera toujours une tension, et ma volonté de combler cette distance n’y pourra rien et ne finira qu’avec ma vie. »

 

Henri Guérin

 

 

« En chemin vers la beauté »

 

La cellule de l’artiste, c'est l’atelier, là où travail et silence, compagnons fidèles des jours, justifient malgré déceptions, angoisses et fatigues, ce bonheur d'être présent à ce qui s’élabore, jusqu'à cette joie si rare et si inattendue qui surgit d'un accord, d'un son juste et qu’on ne peut partager, car joie née dans la solitude de l’acte.

 

En ce lieu, entièrement confié au désir d’actes justes, constamment sanctionnés par la résistance des matériaux, l’artiste est conduit peu à peu, par la droiture de ses actes, à la vérité intime du cœur. L’on découvre à travers cette réalité, une morale de l'art, par la vérité du geste relié à la rigueur intérieure dans cette relation si étroite, si dépendante. Une intention qui ment produit un acte faux, il n’est pas question ici de maladresse, elle trahit une pensée morte ou calculée. Souvent le plaisir et le jeu m’absorbent en entier. La pudeur avouera rarement le lien avec l'enfant intérieur qu’on rejoint alors dans la saveur, l’étonnement et aussi la surprise, comme lui jadis si passionnément confié à l’instant. Aussi, lorsque je m’éloigne de ce lieu de vérité, souvent me vient une tristesse d’avoir déserté ce lieu de paix qui me protège des vanités toujours à l'affût. L’atelier m’a sauvé et me sauve encore.

 

Extrait de la revue Kephas, n ° 15, septembre 2005.

 

 

 liberté politique.com

 


  « Nous perdons un immense artiste dont la renommée était à la mesure de la maîtrise de son art. Il nous reste de lui une œuvre riche et foisonnante, reconnue dans le monde entier et ses merveilleux vitraux qui subliment la lumière. »


Pierre Cohen, maire de Toulouse, et Nicole Belloubet, première adjointe. « Cet artiste, peintre verrier reconnu de tous, laisse une œuvre immense. Ses vitraux continueront d'en diffuser la lumière et d'inspirer le promeneur comme il a inspiré ceux qui ont eu la chance de croiser sa route. »


 link

 

Cette présence de Dieu dans sa vie personnelle, comme dans sa vie familiale, a fait de lui un chantre de la beauté, cette beauté qui vient du Ressuscité, lui qui illumine le monde de sa gloire. Car la seule vraie beauté est la beauté de Dieu, cette beauté qu’il n’est pas besoin d’expliquer parce qu’elle saute aux yeux, parce qu’elle touche le coeur.

Aussi l’œuvre d’Henri est-elle source de paix, sacrement de la présence mystérieuse de Dieu en toutes choses. Une œuvre qui a été forgée, au prix d’un travail acharné, par ses mains, ses belles mains d’artisan qui lui obéissaient pour réaliser ce que son cœur lui dictait, ce que sa foi lui révélait, ce que son inspiration lui commandait de faire.

Vous avez bien fait de nous faire entendre cette grande prophétie d’Isaïe sur la parole qui vient du ciel et qui y retourne. Elle illustre si bien ce travail de l’Esprit, ce travail de la parole qui vient du ciel, comme la pluie, qui féconde le cœur de l’homme, comme la pluie féconde la terre, et qui remonte vers Dieu en chant de louange et d’action de grâce.

Et puis cette merveilleuse parole du Seigneur dans l’Evangile de Jean : Que votre cœur ne se trouble pas. Petits enfants . . . je vais vous préparer une place. Et quand je serai allé et que je vous aurai préparé une place, je vous prendrai avec moi afin que là où je suis, vous soyez vous aussi.

Notre foi et notre espérance, notre bonheur reposent sur cette parole. Nous n’allons pas vers la mort, nous allons vers la lumière, cette lumière qui donne à notre vie, à ce morceau de vie que nous avons à vivre sur la terre, son vrai sens et sa vraie destinée.

Notre ami Henri Guérin laisse une œuvre importante qui le rendait profondément heureux, comme sa famille, son épouse, ses enfants, ses petits enfants le rendaient profondément heureux. Il me le redisait encore quelques jours avant sa mort. Et s’il a souffert de quelque chose c’est de n’être pas reconnu, comme il aurait mérité de l’être dans les milieux de l’art contemporain. Mais l’exposition de ses vitraux et de tant d’autres belles choses, qui a eu lieu au Sénat en août dernier et le grand enthousiasme qu’elle a suscité chez ceux qui l’ont vue, a été pour lui une immense consolation, en même temps qu’une récompense, d’autant qu’il a pu célébrer cette exposition entouré de toute sa famille réunie.

L’œuvre désormais parlera d’elle-même. Elle chantera la gloire de Dieu et la victoire du Ressuscité sur la mort et sur le péché.

Ecoutons encore le Seigneur Jésus nous dire à l’unisson avec la voix d’Henri : Je vous donne à nouveau un commandement : vous aimer les uns les autres comme je vous ai aimés.

 

Amen.

  Homélie du frère Alain QUILICI

O.P.


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Publié le 9 Novembre 2009



« La tristesse est le plus mauvais des esprits, et le plus dangereux pour les serviteurs de Dieu...

Rejetez loin de vous la tristesse, et n'affligez point l'Esprit-Saint qui habile en vous... Car l'Esprit de Dieu ne supporte ni la tristesse ni la compression. Revêtez donc la joie qui obtient toujours grâce devant Dieu, et trouvez en elle vos délices. Car tout homme joyeux fait le bien, aime et savoure le bien, et se met au-dessus des choses pénibles de la vie. Celui qui est triste a tort : il contriste l'Esprit-Saint, qui est donné à l'homme joyeux : sa prière n'a point de vertu et ne monte pas jusqu'à Dieu... Je demandai au Seigneur : Pourquoi la prière d'un homme triste ne monte-t-elle pas jusqu'au ciel? Il ne me fut rien répondu, sinon : Parce que la tristesse séjourne dans son cœur. Le vinaigre mélangé au vin corrompt sa délicieuse saveur : de même l'esprit de tristesse, lorsqu'on le mélange avec l'action de l'Esprit-Saint, change la prière. »


 (Hermas, Pastor, 1. II, Mandat. X, c. m, p. 942, édit. Migne.)

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Publié le 8 Novembre 2009



 

 

  remarquable de gentillesse, si attachant,
si attaché à l'abbaye !
que de grâces.

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  " Ma vocation, c'est de contempler le monde créé et de m'émerveiller…"




Henri guérin, qui était d’une hospitalité légendaire, cultivait l’amitié. La nouvelle de la grave tumeur au poumon diagnostiquée au début de l’été avait atterré tous ses amis, et une chaîne de prières ardentes s’élevait pour lui. De nombreux amis prêtres ont célébré la messe à son intention. Le Père Kim En Joong, lorsque je lui ai appris qu’il était gravement malade, m’a dit  : «  Je tiens Henri Guérin pour un très grand artiste, mais encore plus pour une personne extrêmement attachante.  »

 

Et un prêtre m’a dit cet été  : «  J’ai eu l’occasion de le rencontrer une fois, et je me suis dit  : J’ai rencontré un saint.  »

 

Georgeta Iuga, iconographe orthodoxe qui l’avait rencontré chez lui à Plaisance, écrit de Roumanie  : «  Nous sommes près de la famille attristée. Je garderai pour toujours le souvenir de ce grand artiste, qui avait une grande chaleur de l’âme. Je suis convaincue que, comme il a apporté ici la lumière de Dieu, il vivra dans la lumière de Dieu dans le ciel.  » Goudji, Aude de Kerros, Dominique Ponnau et bien d’autres artistes ou critiques d’art ont manifesté leur prière, leur estime, leur affection pour Henri. Ce bon vivant qui aimait cuisiner, déguster un bon vin, le partager avec ses amis, dont la générosité était renversante, a su vivre sa mort d’une façon véritablement chrétienne  : son épouse Colette et ses enfants lui lisaient des psaumes, on lui diffusait du chant grégorien qui transformait la chambre de clinique en cellule monastique. Quel exemple  ! Ses amis dominicains lui ont administré l’Extrême Onction, et le Père abbé d’En Calcat (où il effectua ses débuts dans l’art du vitrail avec Dom Ephrem Socard, de 1954 à 1960) est venu lui dire à Dieu à la clinique.

 

Ce départ si brusque nous laisse tous incrédules et il nous manque déjà  ; sa voix, son rire, ses plaisanteries gamines, ses jeux de mots malins résonnent à nos oreilles. Comment imaginer son atelier déserté, dans sa maison de Plaisance-du-Touch aux portes de Toulouse, où il œuvrait huit heures par jour depuis 1961  ? Henri Guérin est mort quasiment les outils à la main. Il a pu achever début août son avant-dernier vitrail, pour la crypte de la cathédrale de Chartres, et, jusqu’à la veille de son entrée en clinique le 1er octobre, il travaillait à un vitrail  : jusqu’à son dernier souffle. Que de projets qui ne seront jamais réalisés, dont il m’avait confié quelques-uns cet été  : il voulait finir les vitraux de Saint-Benoît-sur-Loire, illustrer les litanies de la Vierge, et tant d’autres encore… Infatigable Henri Guérin, debout toute la journée, la marteline à la main, au milieu des éclats de verre de toutes les couleurs de l’arc-en-ciel. À la toute fin, dévoré par le cancer, il s’est fait aider par son petit-fils Matthieu, à la formation duquel il n’a pu consacrer que quelques semaines, mais si Dieu le veut, une vocation est peut-être née… Un artiste, un chrétien qui avait su garder précieusement son cœur et son âme d’enfant. Il est dans la Lumière vraie de la Jérusalem nouvelle  ; lui qui répandait à profusion mille couleurs d’une incroyable beauté sur ses vitraux, voit en vérité les couleurs indicibles de la Cité céleste, que saint Jean a tenté d’évoquer par douze pierres précieuses  : jaspe cristallin, saphir, calcédoine, émeraude, sardoine, cornaline, chrysolithe, béryl, topaze, chrysoprase, hyacinthe et améthyste. Henri, qui fut toute sa vie serviteur de la lumière, voit face à face la Lumière divine incréée. Je l’imagine sur le cœur de Jésus, comme il a représenté la brebis contre le cœur du Bon Pasteur, sur son vitrail de la Brebis perdue en l’église de Huisseau-sur-Cosson.

 

Henri Guérin  : une vie consacrée à l’art, qui prenait sa sève dans la foi chrétienne, qui était nourrie par la prière quotidienne et la liturgie. Chaque dimanche, il se rendait fidèlement à Toulouse pour participer à la messe célébrée au couvent de ses amis Dominicains.

 

Ses cinquante ans d’atelier avaient été célébrés solennellement en 2005 par sa ville de Toulouse en deux expositions. Plus de 500 ensembles de vitraux en France et dans une dizaine de pays  ; une cinquantaine de tapisseries, tissées chez Pinton à Felletin de 1967 à 1985  ; d’admirables et étonnants dessins d’arbres à la plume, des gouaches, exercice quotidien. Une création foisonnante résumée par la rétrospective de cet été, à l’Orangerie du Sénat, un triomphe où l’on fêta son quatre-vingtième anniversaire. Un grand moment de bonheur pour lui, dû à l’énergie impressionnante déployée par sa famille et en particulier par sa fille Sophie, qui avait pris en main depuis quelques années, avec passion et compétence, la diffusion de son œuvre et l’organisation des expositions. «  Sophie est formidable  », me répétait-il de temps en temps, impressionné par son efficacité. Tout le monde essayait de faire bonne figure, chacun avait le cœur serré en pensant à la tumeur qui le rongeait.

 

Son activité artistique n’était en rien ralentie. «  Attention, disait-il avec un peu de coquetterie et beaucoup de gaminerie  : J’ai 80 ans, mais je ne suis pas vieux  !  » C’est si vrai que, comme les grands artistes de la Renaissance, Michel Ange ou Titien, il se bonifiait encore à la fin, et ses dernières œuvres atteignent une beauté inégalée.

 

On reconnaît entre mille ses vitraux, poèmes et prières de verre, pétales de lumière, berlingots incitant à la gourmandise spirituelle, éclats de joaillerie céleste, bruissements d’ailes angéliques.

 

Comme C.S. Lewis, l’auteur de Narnia, Hen­ri Guérin a été «  saisi par la Joie  », celle que nul ne peut ravir. Il était serviteur de la Joie, mais chèrement acquise comme dans la musique de Mozart qu’il aimait tant. Outre ce sentiment de louange, ses vitraux, chatoyants comme des pierres précieuses, donnent un poignant désir de la Jérusalem céleste, une nostalgie du paradis terrestre. Comme si notre cœur, rendu à son innocence primordiale et à sa pureté d’enfant par un éclair de la lumière divine, entrevoyait un instant le Royaume des cieux.

 

Benoît XVI, citant Goethe à propos de Jean-Paul II, a dit que «  pour comprendre un poète, il faut connaître son pays  ». Pour comprendre Guérin, il ne suffit pas de connaître ses vitraux, il faut l’avoir vu travailler à son atelier, dans la vieille maison de Plaisance-du-Touch. Une longue demeure de briques roses, donnant sur un jardin de curé fleuri. Les murs exsudent une atmosphère d’étude et de prière particulièrement apaisante  : ne dit-on pas qu’elle fut un presbytère avant la Révolution  ?

 

Il est le seul artiste, après Manes­sier et avant Kim En Joong cette année, à qui le Centre international du Vitrail de Chartres ait consa­cré une exposition personnelle, en 2006-2008, prolongée d’une année supplémentaire tellement le succès fut grand. Le cardinal Poupard, évoquant les richesses de l’art contemporain écrivait  : «  Je pense à ce créateur génial qui s’appelle Henri Gué­rin, et à ses magnifiques vitraux.  »

 

Il récusait le titre de maître-verrier, qu’on accole à tort à tout auteur d’un vitrail. Le maître-verrier, c’est celui qui fabrique la matière du vitrail. Ce n’était pas son cas, mais il effectuait toutes les autres étapes. «  Je suis peintre-verrier, le vitrail est un art d’architecture, et il faut le dire sans honte  : un art appliqué. Appliqué à l’édifice dont il demeure le serviteur attentif. Je suis un peintre qui a voué sa vie à la lumière par le verre, un peintre qui ne fait pas de peinture de chevalet. J’ai besoin du travail de la main pour dominer le matériau, maîtriser une technique.  » Il appelait cela «  la patience de la main  ».

 

Il utilisait la dalle de verre de manière très personnelle. Dans son atelier sont classés plus de 800 tons de verre, collectionnés au fil des ans et produits par l’atelier Albertini auquel il était fidèle depuis 1960  : sa palette. C’était vraiment merveille de le voir trouver immédiatement la nuance recherchée, malgré la poussière qui masquait les teintes aux yeux du profane. Sur le billot, avec le tranchet, la marteline et le martelet, il taillait chaque éclat dans la masse en enlevant de l’épaisseur pour aller vers la lumière. Rien à voir avec le manque de subtilité des vitraux en dalle de verre des années 60, avec leurs couleurs primaires et leurs énormes joints de béton, qui les firent prendre en grippe par beaucoup de monde. Il avait horreur des tons brutaux, ses teintes sont d’une infinie délicatesse. Il créait ses propres nuances et valeurs en taillant plus ou moins le verre coloré, et c’est là son apport unique, qui fait qu’on reconnaît immédiatement un vitrail de Guérin et qu’il est impossible à copier. Chaque pièce diffuse différemment la lumière. Les joints de ciment, presque imperceptibles, font partie de la composition.

 

Il marchait à contre-courant de la mode qui sépare, dans les commandes passées par l’État, conception artistique et exécution technique (comme le peintre conçoit la tapisserie, et le lissier la tisse). C’est ce qu’on appelle «  les vitraux d’artiste  » (sous-entendu «  célèbres  »). Soulages à Conques, Chagall à Reims et à Metz, Manessier, Le Moal et Bazaine à Saint-Dié. Si certains sont des chefs-d’œuvre dont l’insertion harmonieuse est incontestable, d’autres sont dans une totale incompréhension du style de l’église et de sa fonction liturgique. L’État transforme les cathédrales en galeries d’art contemporain, comme à Nevers où chaque peintre a conçu son vitrail dans une parfaite cacophonie avec les autres. Guérin affirmait à l’inverse qu’«  il est temps de poser la question opposée à celle du Père Couturier qui affirmait [dans les années 50] que les artistes non chrétiens sont nécessaires à l’Art sacré. L’adhésion aux mystères chrétiens, loin d’être un obstacle, doit, me semble-t-il, intérioriser tout acte créateur.  »

 

«  Deux attitudes guettent l’artiste, disait-il. L’une, de risquer le pastiche quand il travaille dans les monuments anciens  ; l’autre, de nier l’esprit des lieux pour s’en emparer.  » Il n’hésitait pas à se lancer courageusement, malgré les tabous dont notre temps est riche, dans la contradiction de l’Art Contemporain officiel, et la défense de l’Art caché d’aujourd’hui, selon l’excellente distinction popularisée par Aude de Kerros. «  La négligence des techniques depuis les Im­pressionnistes, expliquait-il, fait que leurs peintures se sont très vite écaillées et dégradées – alors que chez les peintres pompiers, il y avait un raffinement extraordinaire. Il y a un mépris des arts artisanaux dans l’art officiel. Après 1918, il y avait un ultime surgissement des artisans d’art, le verrier, le potier, le tisserand, un ultime retour aux techniques sans qu’il y ait l’esprit  ; maintenant c’est l’inverse, c’est l’esprit sans matière ni savoir-faire.

 

L’art sacré se doit d’être au service du lieu. Quand j’ai une commande pour une église, je sais que c’est un art para-liturgique. Que l’église soit romane ou gothique, il y a un axe, l’autel. Bazaine, qui a réalisé les vitraux de Saint-Séverin, très beaux mais qui ne servent pas vraiment l’autel, m’a confié que s’il pouvait recommencer, il serait beaucoup plus serviteur de l’axe de l’église. Je sens combien l’artiste qui est nourri par la Parole liturgique est au service du lieu. Pendant des siècles, l’image a été formidablement silencieuse, elle n’était pas accompagnée de sous-titres comme dans l’Art Contemporain. On aurait à nouveau besoin d’œuvres qui parlent par elles-mêmes. On a l’impression que les artistes ne peuvent plus penser par formes et par couleurs, qu’ils sont obligés d’avoir un commentaire. Les images contemporaines ont perdu leur valeur symbolique. Dans les médias, je regrette que ce ne soit jamais les artistes qui parlent de leurs œuvres, mais des philosophes, des sociologues…

 

L’art qu’on met dans les églises devrait être un art de la Présence, de la Lumière. Vous savez, l’artiste se sentira toujours serviteur inutile par rapport à la liturgie. Il ne sait ni ce qu’il donne ni ce que les gens peuvent recevoir. ça vous prend à l’improviste…

 

La plupart des artistes contemporains sont formés, dans les écoles des Beaux-Arts, aux techniques de la publicité et de la mode, au marketing  : comment se mettre en scène, faire sa propre histoire de l’art, c’est très narcissique. Le drame, quand un artiste arrive dans une église, c’est qu’il est persuadé qu’il a un rôle de démiurge, qu’il doit tout changer, alors qu’il devrait avoir un regard très modeste par rapport à ces églises qui ont un long passé, des traditions.  »

 

Henri Guérin, qui préférait par goût l’expression non figurative, avait l’humilité et la simplicité, quand ses commanditaires le lui demandaient, de réaliser des vitraux figuratifs, en Afrique ou en Europe  : a Trinité à Bertoua, Sarcelles et Huisseau-sur-Cosson, Le Couronnement de la Vierge à Yaoundé, Le Saint Esprit pour les clarisses de Namibie, La Brebis perdue et L’Eucharistie à Huisseau, et cet Agneau divin pour les Petites sœurs disciples de l’Agneau où sa fille Claire est moniale.

 

«  Je l’ai fait au Cameroun, à Sarcelles, à Huis­seau-sur Cosson, et cela m’a passionné. Le tout est de savoir si ça s’intègre dans le lieu ou pas. C’est cela qui est magnifique, avoir à entrer dans un cadre bien défini. Le drame de l’Art Contemporain, c’est qu’il flotte. Il n’a pas de raison particulière de s’incorporer dans un lieu. Certaines commissions d’Art Sacré affirment qu’on ne peut pas interférer sur la liberté de l’artiste, on ne peut pas leur donner un programme  ! C’est pourtant le rôle de l’Église de les aider à se cultiver et à comprendre le sens des Écritures. Ce que je reproche aux commissions d’Art Sacré, c’est que, ne faisant pas leur travail d’ouvrir les artistes à la Parole de Dieu et à la liturgie, elles deviennent jury esthétique au lieu de préparer les artistes non-croyants à servir la liturgie. Il n’y aura jamais de restauration de l’art sacré s’il n’y a pas d’abord une restauration liturgique. Il y avait, par exemple, un souffle de l’Esprit extraordinaire dans les églises baroques, en symbiose avec la liturgie, il faudrait retrouver cet élan à notre époque.  »

 

Sa capacité de se couler dans un lieu sacré, d’en comprendre et respecter le génie propre, fait penser à un autre grand de notre époque  : l’orfèvre Goudji (Chartres, Tournus, San Giovanni Rotondo…). Ceux qui viennent prier devant un autel de Goudji ou un vitrail de Guérin, l’adoptent immédiatement et ont l’impression qu’«  il a toujours été là  ». Et cela dans une église romane classée, une chapelle néo-gothique du XIXe siècle ou un édifice contemporain.

 

Pas question pour autant de tomber dans le passéisme, n’en déplaise à ceux qui refusent tout art d’aujourd’hui s’il ne copie pas celui d’hier. «  Pour moi, le respect des lieux passe par l’accord avec les armes de mon temps.  » Toutefois, plus il avançait, plus ses vitraux devenaient intemporels.

 

Le reste du temps, son symbolisme est non-figuratif (Le Manteau de miséricorde à Fontgombault, Les Vertus cardinales à l’Institut Catholique de Toulouse), ou semi-figuratif dans Le Cantique des créatures à Meyrin en Suisse ou Le Palmier et l’Olivier chez les bénédictines de Jérusalem.

 

Que de chefs-d’œuvre ces derniers temps  ! Étoile bleue, «  notre terre mariale vue de la Voie Lactée  »  ; l’illustration du Sonnet des voyelles de Rimbaud  ; Hommage à Bach  ; Qu’ils soient un inspiré par saint Jean, Lever du jour ou Heures du soir avec leurs inimitables tons d’émeraude, de saphir et de topaze, transfigurant l’humble matière du verre. Même le verre blanc de ses œuvres «  minimalistes  » semble coloré par d’étonnants effets de re­lief (Aux quatre horizons).

 

Il dessinait à l’encre de Chine. Les arbres, les paysages, les Pyrénées où il aimait se ressourcer, le Mont Saint-Michel, inspirent ces graphismes frémissant de sensibilité, tissés de hachures lancées, un style lui aussi unique et reconnaissable. Son amour des arbres remontait à son adolescence passée en lisière de la forêt de Montmorency, où il plongeait «  comme dans l’eau fraîche  », et aimait à se perdre en pleine nuit sous la lune, «  sans frayeur aucune  ». «  Ensuite, je rebaptisai la nature du nom nouveau de Création  ».

 

Il intégrait fréquemment le paysage dans la composition du vitrail en laissant des parties translucides qui permettent de voir les arbres par la fenêtre. Sur le tard, il a pris conscience de l’importance de la symétrie dans son œuvre, même s’il la brisait parfois pour un effet de kaléidoscope. L’arbre, la fleur sur sa tige, le visage, l’architecture médiévale, s’organisent symétriquement autour de l’axe, comme ses vi­traux.

 

Non content de tailler, peindre et dessiner, ce diable d’homme écrivait superbement et parlait à merveille de son œuvre.

 

«  Je n’aime pas qu’on parle d’"artiste chrétien", on ne parle pas d’un pharmacien ou d’un boucher chrétien  ! Je suis un artiste qui essaie de vivre sa foi. Il est vrai que j’ai une vocation à la louange, et que peut-être certains artistes contemporains sont plus témoins que moi de l’horreur et de l’infamie de notre monde. Ma vocation est d’appeler à l’Espérance plus qu’au désespoir. Mon œuvre est nourrie par la prière et la liturgie, car j’ai été formé par un bénédictin et je suis très lié avec les dominicains. Entre parenthèses, pour les artistes contemporains qui perçoivent les subventions officielles, un artiste qui vit de son travail, sans galerie, qui est indépendant, est éminemment suspect et n’existe pas…

 

La culture est comme un cloître avant l’office, elle prépare la célébration. L’art est pour moi la langue du silence en majesté, celle d’une pensée enfouie dans l’humble matière  : c’est la figure même de l’Incarnation. Mon travail avec la lumière du jour devrait préfigurer une Lumière plus invisible que me promet ma foi.  » Une de ses œuvres «  minimalistes  » en verre blanc ne s’intitule-t-elle pas Clair silence  ?

 

Le vrai secret d’Henri Guérin avait sans doute sa clé dans le bureau qui jouxte l’atelier, où il se retirait tard dans la nuit, la maison endormie. C’était là qu’il peignait, en forme de prière du soir en attendant que l’enduit des vitraux soit pris, ces merveilleuses gouaches non-figuratives qu’il appelle sa «  musique de chambre  », inspirées par la croix, l’étoile, le cristal de glace, les pierres précieuses, la flore, les aurores boréales, dont il faisait volontiers don à ses amis.

 

«  La beauté, disait-il, c’est comme l’humilité, on ne sait pas qu’on la porte. Elle s’échappe comme le chant de l’oiseau. C’est une quête de mendiant  ; plus on la cherche et plus elle se dérobe à vous. Si on la trouve, c’est comme par effraction  : alors, un bref instant, le ciel s’entrouvre.  »

 

Une amie m’écrit à l’annonce de son décès  : «  Henri va prendre en main la décoration du Paradis  !  »

 

(si proche de la vie monastique, si près des moines, il prie pour nous. )


 FRANCE CATHOLIQUE


 

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Publié le 7 Novembre 2009













Brother Jose Lagos from Saint Louis and Brother Gabriel from Brownsville, Texas.




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Publié le 7 Novembre 2009



L'homme est donc un voyageur en marche, Dieu lui-même est le terme. Il vient au-devant de l'homme, le prend pour ainsi dire parla main, l'instruit, l'éclaire, le dirige dans des voies assurées : Deus instruit per legem (saint Thomas). Telle est la loi divine ; son principe, son origine, sa nécessité tout ensemble et sa grandeur nous apparaissent ici clairement.

 Le monde physique, Messieurs, a ses lois, expression aussi de la sagesse et de la volonté de son auteur: qui songe à nier ces lois? Leur force, leur beauté ne sont-elles pas la beauté et l'harmonie divine de l'univers? De même le monde des intelligences a ses lois, ses lois constitutives. L'âme humaine reçoit de Dieu, avec sa destinée suprême et immortelle, l'ordre invariable des moyens qui constituent la voie où il faut marcher, qui constituent en même temps le bien véritable, celui qui est conforme à la fin divine. L'homme reçoit ainsi de son auteur la loi morale de ses actions, les règles augustes de ses rapports avec la Divinité.

 Il y a donc, Messieurs, une loi divine, comme il y a un Dieu créateur, comme il y a une providence divine et un gouvernement divin conduisant toutes choses à leur fin; c'est la même nécessité et la même vérité.

 La Providence n'est donc pas une idée vague, une simple formule de foi, un pieux pressentiment dela conscience, une sorte de conjecture sur la présence de la Divinité. Non, elle est l'action libératrice et législative de Dieu attestée par la raison, la foi et l'histoire entière, transpirant dans tous les faits intérieurs et extérieurs, et donnant à l'individu ainsi qu'à l'humanité, avec la loi de liberté et de combat, la puissance réelle et vivante du bien.

 « Où est cette sagesse commune, s'écriait Fénelon, cette sagesse une pour tous, cette raison supérieure à tout? Où est-il cet oracle qui ne se tait jamais, cette vive lumière qui illumine tout homme venant en ce monde ' ? » Messieurs, c'est l'esprit de Dieu , sa providence, sa loi qui est universellement imposée à la conscience et au monde moral.

 

Elle est, cette loi, le foyer unique et divin du Soleil de justice et de vérité qui s'épanche en rayons multipliés sur toute créature intelligente, car il n'en est aucune qui ait en son pouvoir de s'y soustraire : Non est qui se abscondat a calore ejus. Ces divines émanations nous environnent, nous pressent, nous pénètrent ; leur douce et bienfaisante puissance nous attache et nous oblige au bien, il est vrai ; mais en même temps elle nous éclaire, elle nous échauffe, nous soutient et nous dirige. Et telle est cette action de Dieu qui tend à la fin avec force et dispose tout avec suavité, comme parlent nos Écritures; telle est la loi divine : heureux qui marche fidèlement sous sa céleste influence!

 

Car l'homme est libre, nous le savons; il peut fléchir et s'égarer dans ses voies; il peut aimer, s'il le veut, les ténèbres plus que la lumière.

 

Père de Ravignan

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