"Au sujet de ce bandit-là, j’ai quelque chose sur le cœur. Après deux mille ans de christianisme et de cycle liturgique, il me semble qu’on aurait bien pu donner un jour de fête au bon larron. … Pour le bon larron, rien, l’année n’a pas assez de jours pour lui. Il doit inquiéter les curés et faire peur aux panégyristes. Ce n’est pas un paroissien modèle que celui qui n’entre dans la paroisse que pour sa dernière heure. Il n’est évidemment pas le genre de bonhomme qu’on aime rencontrer seul à seul au coin d’un bois. Les Romains l’ont supprimé, il est vraisemblable que nos sociétés modernes, en feraient autant. Le plus fort est qu’il est de cet avis et qu’il estime juste son propre châtiment. Bref il est infréquentable, pas de fête pour lui.
"Lui bien entendu s’en moque : il lui suffit d’être de Jésus-Christ le compagnon de misère, son premier martyr, celui qui le premier reçut le baptême de sang et de désir. Ce brigand-là a gardé assez le sens de la justice pour s’indigner, non de son propre supplice qu’il accepte, mais du supplice infligé à Jésus-Christ.
"Je trouve qu’il est exemplaire. Il ne représente rien de social auprès de Jésus, absolument rien, ni la famille, ni l’amitié, ni la mission apostolique ou sacerdotale, ni l’autorité papale, rien, absolument rien, que le compagnonnage de hasard de cette crucifixion, et puis cette profession de foi des misérables en leur Seigneur, la rédemption des péchés accordée à cette profession de foi, et enfin la promesse du Paradis faite par celui-là qui est Roi du Paradis … A la réflexion d’ailleurs on ne sait même pas le nom de cet homme ; il ne nous est même pas présenté, comment pourrait-on donner son nom à un enfant comme nom de baptême ? C’est un contrebandier du Paradis."
Voilà un bon saint Patron : dans sa situation ACTUELLE, il n'y a plus de passé pour lui. Seul compte le PRÉSENT. Son présent avec Jésus. La vérité de son présent avec Jésus. Dans sa misère, dont il ne se plaint pas, seule compte son ouverture à la Miséricorde. Et le Ciel lui est donné.
" Ma vie m'est enlevée , comme on replie la tente du berger... Dans l'espace d'une journée tout sera fini pour moi. Je crie comme le petit de l'hirondelle, je gémis comme la colombe.
Je vais repasser devant vous toutes mes années dans l'amertume de mon âme .. !
"hâtons-nous d'aimer comme il convient".
dom Delatte
( Isaïe, 38 )
mardi ad laudes.
moins les 10 premières que l'on épargne, le seul moment où nous sommes dans la vérité.
"Les jeunes moines viennent du monde numérique. Quel courage de quitter ces rivages consuméristes pour entrer dans une abbaye !"
Dom Kemlin
Au bord de la Sarthe, les moines bénédictins nous ont ouvert les portes de l'abbaye de Saint-Pierre de Solesmes. Enquête sur ces « frères » qui se sont séparés des hommes. Pour mieux les servir.
Que dire à un jeune homme qui pense à la vie monastique ? Dom Kemlin répond sans hésitation : « Nous sommes faits pour la louange. Elle seule nous rend véritablement heureux. Les moines se donnent à Dieu qui les comble entièrement. Au ciel, nous ne ferons rien d’autre que de L’aimer. Le monastère est une préparation de l’éternité. Le contemplatif est pauvre. Mais il se donne les moyens pour chercher Dieu. Son vrai bonheur réside dans la prière. Les jeunes ne doivent pas avoir peur de cette vie. Il ne faut pas hésiter à s’engager. Nous sommes tous attachés à des réalités du monde sensible. Le désir d’absolu nécessite un combat. Les jeunes sentent de plus en plus instinctivement que le monde postmoderne ne correspond pas à leur vision généreuse de l’humanité. La charité des jeunes moines est un secours pour les plus âgés qui ont parfois perdu l’élan des premières années. Il reste que le principal chemin pour rencontrer Dieu est la liturgie. La vie fraternelle, l’obéissance, le travail et la “lectio divina” sont importants. Mais, à Solesmes, la place centrale revient à la liturgie. La célébration est au cœur de toutes nos journées, depuis l’entrée au monastère jusqu’à la mort. »
"Et si Jésus est présent, il n’existe plus aucun temps vide et privé de sens. S’Il est présent, nous pouvons continuer à espérer même lorsque les autres ne peuvent plus nous assurer aucun soutien, même lorsque le présent devient difficile."
Nous faisons tous l’expérience, dans notre existence quotidienne, d’avoir peu de temps pour le Seigneur et peu de temps également pour nous. On finit par être absorbé par ce qu’il faut « faire ». N’est-il pas vrai que souvent, c’est précisément l’activité qui s’empare de nous, la société et ses multiples intérêts qui monopolisent notre attention ? N’est-il pas vrai que l’on consacre beaucoup de temps au divertissement et aux distractions en tout genre ? Parfois, les choses nous « submergent ».
L'Avent, ce temps liturgique fort que nous commençons, nous invite à nous arrêter en silence pour comprendre une présence.C’est une invitation à comprendre que chaque événement de la journée est un signe que Dieu nous adresse, un signe de l’attention qu’il a pour chacun de nous. Combien de fois Dieu nous fait percevoir un signe de son amour ! Tenir, en quelque sorte, un « journal intérieur » de cet amour serait un devoir beau et salutaire pour notre vie !
L’ Avent nous invite et nous encourage à contempler le Seigneur présent.La certitude de sa présence ne devrait-elle pas nous aider à voir le monde avec des yeux différents ? Ne devrait-elle pas nous aider à considérer toute notre existence comme une « visite », comme une façon dont Il peut venir à nous et devenir proche de nous, en toute situation ?
Un autre élément fondamental de l'Avent est l’attente, une attente qui est dans le même temps espérance.
L’ Avent nous pousse à comprendre le sens du temps et de l’histoire comme « kairós », comme occasion favorable pour notre salut.
Jésus a illustré cette réalité mystérieuse dans de nombreuses paraboles: dans le récit des serviteurs invités à attendre le retour du maître; dans la parabole des vierges qui attendent l’époux ; ou dans celle de la semence et de la moisson.
L’homme, au cours de sa vie, est en attente permanente: quand il est enfant, il veut grandir; adulte, il tend à la réalisation et au succès; en avançant en âge, il aspire à un repos mérité. Mais arrive le temps où il découvre qu’il a trop peu espéré, au-delà de la profession ou de la position sociale, il ne lui reste rien d’autre à espérer.L’espérance marque le chemin de l’humanité, mais pour les chrétiens, elle est animée par une certitude: le Seigneur est présent tout au long de notre vie, il nous accompagne et un jour, il essuiera aussi nos larmes. Un jour, bientôt, tout trouvera son accomplissement dans le Royaume de Dieu, Royaume de justice et de paix.
Mais il y a des manières très différentes d’attendre.
Si le temps n’est pas rempli par un présent doté de sens, l’attente risque de devenir insupportable ; si on attend quelque chose, mais que pour le moment il n’y a rien, c’est-à-dire que si le présent reste vide, chaque instant qui passe apparaît exagérément long, et l’attente se transforme en un poids trop lourd, parce que l’avenir reste tout à fait incertain.
Lorsqu’en revanche le temps prend du sens, et en tout instant nous percevons quelque chose de spécifique et de valable, alors la joie de l’attente rend le présent plus précieux.
Vivons intensément le présent où nous arrivent déjà les dons du Seigneur, vivons-le projetés vers l’avenir, un avenir chargé d’espérance. L’Avent chrétien devient de cette manière une occasion pour réveiller en nous le sens véritable de l’attente, en revenant au cœur de notre foi qui est le mystère du Christ, le Messie attendu pendant de longs siècles et né dans la pauvreté de Bethléem.
En venant parmi nous, il nous a rendu et continue de nous offrir le don de son amour et de son salut. Présent parmi nous, il nous parle de différentes manières : dans l’Ecriture Sainte, dans l’année liturgique, dans les saints, dans les événements de la vie quotidienne, dans toute la création, qui change d’aspect selon que derrière elle Il est présent ou qu’elle est embrumée par le brouillard d’une origine incertaine et d’un avenir incertain.
A notre tour, nous pouvons lui adresser la parole, lui présenter les souffrances qui nous affligent, l’impatience, les questions qui jaillissent de notre cœur. Soyons certains qu’il nous écoute toujours ! Et si Jésus est présent, il n’existe plus aucun temps vide et privé de sens. S’Il est présent, nous pouvons continuer à espérer même lorsque les autres ne peuvent plus nous assurer aucun soutien, même lorsque le présent devient difficile.
Chers amis, l’ Avent est le temps de la présence et de l’attente de l’éternité.Précisément pour cette raison, c’est, de manière particulière, le temps de la joie, d’une joie intériorisée, qu’aucune souffrance ne peut effacer. La joie du fait que Dieu s’est fait enfant.
Cette joie, présente en nous de manière invisible, nous encourage à aller de l’avant avec confiance. La Vierge Marie, par qui nous a été donné l’Enfant Jésus, est le modèle et le soutien de cette joie profonde. Puisse-t-elle nous obtenir, fidèle disciple de son Fils, la grâce de vivre ce temps liturgique vigilants et actifs dans l’attente.
Dieu est si bon, si souple, d'essence tellement fluide, qu'il peut se mêler à notre vie toute entière. Nous aurons une surprise lorsque nous entrerons dans l'éternité, quand nous remarquerons les richesses de notre pauvreté actuelle, quand nous verrons avec quelle facilité, avec quelle douceur il aurait été simple d'appartenir à cette activité et à cette conscience incréée qui demeure en nous. Je crois qu'il y aura une surprise. Si un regret, si un chagrin pouvait pénétrer dans l'éternité , ce serait de ne pas avoir appartenu tout entier à cette direction. Commençons maintenant afin qu'il n'y ait pas de Regret.
Le Seigneur n'est pas venu seulement pour être spectateur, mais pour être actif. Et qu'est Dieu , sinon acte pur? Dieu étant venu pour être , non seulement actif , mais acte, acte en lui, acte en nous aussi, il n'y a qu'une chose à faire: la docilité vivante à cet être incréé, à toute heure et à tout instant dans notre vie intérieure; dans ce que nous pensons, dans ce que nous cherchons, dans ce que nous désirons, dans ce que nous aimons; le contact assidu avec l'acte intime de Dieu; la docilité, la souplesse joyeuse, comme une sorte de joyeuse élasticité, comme si Dieu avait passé pleinement en nous, comme si nous n'étions qu'acquiescement, docilité vivante. Dieu que ce serait beau ! Quelle gloire pour le Seigneur, et comme il faut que ces choses-là qui ne sont pas comprises partout, qu'on n'ose pas dire partout, comme il faut qu'elles soient dites ici, comprises, réalisées ici.
Comme il importe que Dieu trouve en nous une compensation de toute l'apostasie dont il souffre ailleurs. Comme il importe que nous soyons par ce procédé, laissez-moi dire, mes enfants, les sauveurs du monde ....
Et cette adhésion constante, doit se rapporter sur toutes nos actions. Nous marchons, nous parlons, nous agissons, nous regardons, aucun de ces mouvements dans lesquels s'exerce notre activité intérieure, ne doit échapper à l'action de Dieu. Il ne doit pas y avoir une seule parenthèse de notre vie qui lui échappe.
...
Vous sentez bien que ceci est la perfection, que ceci est facile, vous sentez bien que ceci est doux , et que la vie comprise de la sorte, dans ce "demeurer " perpétuel avec Dieu, dans cette adhésion constante à Dieu, ce n'est plus la vie de la terre, c'est déjà la vie avec Dieu, c'est déjà la vie éternelle.
"La vie, c'est le temps de chercher Dieu, la mort le temps de le trouver,
l'éternité, le temps de le posséder . "
St François de Sales .
"Soyez semblables à des gens qui attendent . "
Lc, 12, 36
"C'est la condition même de Dieu d'être caché, d'être invisible, d'habiter une demeure inaccessible. Même lorsqu'il se montre, il se cache encore: dans la création, l'Incarnation, la Rédemption, l'Eucharistie. Plus il se révèle, et plus il se cache; il est tout à la fois le Dieu qui se donne et le Dieu incommunicable. Et notre vie, lorsqu'elle est vraiment celle du Christ, devient cachée avec Lui.
Nous nous demandons parfois comment il se fait que nos morts les plus aimés ne se révèlent jamais et semblent cesser toute relation avec nous. Si les âmes intervenaient encore dans les affaires des vivants, disait saint Augustin, ma mère Monique me parlerait chaque nuit, elle qui m'a suivi partout sur terre et sur mer, et dont j'étais l'unique amour.
Nos défunts se taisent, parce qu'ils ne doivent pas déconcerter le régime de notre foi; mais surtout parce que, appartenant à Dieu, ils adoptent les moeurs de Dieu et s'enveloppent dans son mystère.
Chers frères et sœurs, arrêtons-nous ensemble pour contempler le Cœur transpercé du Crucifié. Nous avons entendu à nouveau il y a peu, dans la brève lecture tirée de la Lettre de saint Paul aux Ephésiens, que "Dieu, riche en miséricorde, à cause du grand amour dont il nous a aimés, alors que nous étions morts par suite de nos fautes, nous a fait revivre avec le Christ [...] avec lui Il nous a ressuscités et fait asseoir aux cieux, dans le Christ Jésus" (Ep 2, 4-6).
Etre dans le Christ Jésus, c'est déjà être assis dans les Cieux. Dans le cœur de Jésus est exprimé le noyau essentiel du christianisme; dans le Christ nous a été révélée et donnée toute la nouveauté révolutionnaire de l'Evangile: l'Amour qui nous sauve et nous fait vivre déjà dans l'éternité de Dieu. L'évangéliste Jean écrit: "Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais ait la vie éternelle" (3, 16). Son cœur divin appelle alors notre cœur; il nous invite à sortir de nous-mêmes, à abandonner nos certitudes humaines pour placer notre confiance en Lui, et, suivant son exemple, à faire de nous-mêmes un don d'amour sans réserve.
Les mots du prophète Isaïe – « Vous puiserez de l’eau avec joie aux sources du salut » (Is 12, 3) – qui ouvrent l’Encyclique dans laquelle Pie XII rappelait le premier centenaire de l’extension de la fête du Sacré-Coeur de Jésus à toute l’Eglise – n’ont rien perdu, aujourd’hui, 50 ans plus tard, de leur signification.
En promouvant le culte du Cœur de Jésus, l’Encyclique Haurietis aquas exhortait les croyants à s’ouvrir au mystère de Dieu et de son amour, en se laissant transformer par lui. A cinquante ans de distance, continuer à approfondir leur relation avec le Coeur de Jésus, de façon à raviver en eux-mêmes la foi en l’amour salvateur de Dieu en l’accueillant toujours mieux dans leur propre vie demeure pour les chrétiens un devoir toujours actuel.
Le flanc transpercé du Rédempteur est la source à laquelle l’Encyclique Haurietis aquas nous renvoie: nous devons puiser à cette source pour parvenir à la vraie connaissance de Jésus-Christ et expérimenter plus profondément son amour. Nous pourrons ainsi mieux comprendre ce que signifie connaître l’amour de Dieu en Jésus-Christ, l’expérimenter en ayant le regard fixé sur Lui, jusqu’à vivre complètement de l’expérience de son amour, pour pouvoir ensuite le témoigner aux autres.
En effet, pour reprendre une expression de mon vénéré prédécesseur Jean Paul II, « près du Coeur du Christ, le coeur humain apprend à connaître le sens vrai et unique de la vie et de son propre destin, à comprendre la valeur d’une vie chrétienne authentique, à se garder de certaines perversions du coeur, à unir l’amour filial envers Dieu à l’amour envers le prochain. Ainsi – et c’est la vraie réparation requise par le Coeur du Sauveur – la civilisation du Coeur du Christ pourra être édifiée sur les ruines accumulées par la haine et la violence » (Enseignements, vol. IX/2, 1986, p. 843).
Connaître l’amour de Dieu en Jésus-Christ
Dans l’Encyclique Deus caritas est, j’ai cité l’affirmation de la première lettre de saint Jean: « Nous avons reconnu l’amour que Dieu a pour nous et nous y avons cru »,pour souligner qu’à l’origine du fait d’être chrétien, il y a la rencontre avec une Personne (cf. N° 1).
Puisque Dieu s’est manifesté de la manière la plus profonde à travers l’incarnation de son Fils en le rendant « visible » en Lui, c’est dans la relation avec le Christ que nous pouvons reconnaître qui est vraiment Dieu (cf. Enc. Haurietis aquas, 29-41; Enc. Deus caritas est, N° 12-15). Et encore: puisque l’amour de Dieu a trouvé son expression la plus profonde dans le don que le Christ a fait de sa vie pour nous sur la Croix, c’est surtout en contemplant sa souffrance et sa mort que nous pouvons connaître d’une façon toujours plus claire l’amour sans limites que Dieu a pour nous: « Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne périsse pas, mais possède la vie éternelle » (Jean 3, 16).
Par ailleurs, ce mystère de l’amour de Dieu pour nous ne constitue pas seulement le contenu du culte et de la dévotion au Coeur de Jésus: c’est, de la même façon, le contenu de toute vraie spiritualité et dévotion chrétienne. Il est donc important de souligner que le fondement de cette dévotion est aussi ancien que le christianisme lui-même.
En effet, il n’est possible d’être chrétien que le regard tourné vers la Croix de notre Rédempteur, « vers Celui qu’ils ont transpercé »(Jean 19, 37; cf. Zach 12, 10). Avec raison, l’Encyclique Haurietis aquas rappelle que la blessure du flanc ainsi que celles qui ont été laissées par les clous ont été, pour d’innombrables âmes, les signes d’un amour ayant marqué leur vie d’une façon toujours plus incisive (cf. 52). Reconnaître l’amour de Dieu dans le Crucifié est devenu pour ces âmes une expérience intérieure qui leur a fait confesser, avec Thomas: « Mon Seigneur et mon Dieu! » (Jean 20, 28), en leur permettant de parvenir à une foi plus profonde, dans l’accueil sans réserves de l’amour de Dieu (cf. Enc. Haurietis aquas, 49).
Expérimenter l’amour de Dieu en tournant le regard vers le Coeur de Jésus-Christ
La signification la plus profonde de ce culte de l’amour de Dieu ne se manifeste que si l’on considère plus attentivement son apport non seulement à la connaissance, mais aussi, et surtout, à l’expérience personnelle de cet amour dans le dévouement confiant à son service (cf. Enc. Haurietis aquas, 62). Evidemment, expérience et connaissance ne peuvent pas être séparées entre elles: l’une fait référence à l’autre. Par ailleurs, il faut souligner qu’une vraie connaissance de l’amour de Dieu n’est possible que dans le contexte d’une attitude d’humble prière et de généreuse disponibilité. En partant de cette attitude intérieure, le regard posé sur le flanc transpercé par la lance se transforme en une adoration silencieuse.
Le regard vers le flanc transpercé du Seigneur, d’où s’écoulent « du sang et de l’eau » (cf. Jean 19, 37) nous aide à reconnaître la multitude des dons de la grâce qui en proviennent (cf. Enc. Haurietis aquas, 34-41) et il nous ouvre à toutes les autres formes de dévotion chrétienne comprises dans le culte du Cœur de Jésus.
La foi comprise comme fruit de l’amour de Dieu expérimenté est une grâce, un don de Dieu.Mais l’homme ne pourra expérimenter la foi comme une grâce que dans la mesure où il l’accepte en lui comme un don, dont il cherche à vivre.Le culte de l’amour de Dieu, auquel l’Encyclique Haurietis aquas invitait les fidèles (cf. ibid., 72) doit nous aider à nous rappeler constamment qu’Il a pris sur lui cette souffrance volontairement « pour nous », « pour moi ». Lorsque nous pratiquons ce culte, non seulement nous reconnaissons avec gratitude l’amour de Dieu, mais nous continuons à nous ouvrir à cet amour de sorte que notre vie en soit toujours mieux modelée. Dieu, qui a répandu son amour « dans nos cœurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné » (cf. Rom 5,5), nous invite inlassablement à accueillir son amour. L’invitation à se donner entièrement à l’amour salvateur du Christ et à se vouer à lui
(cf. ibid., 4) a donc pour premier objectif le rapport avec Dieu. Voilà pourquoi ce culte, totalement adressé à l’amour de Dieu qui se sacrifie pour nous est d’une telle importance irremplaçable pour notre foi et pour notre vie dans l’amour.
Vivre et témoigner l’amour expérimenté
Celui qui accepte l’amour de Dieu intérieurement est façonné par lui. L’amour de Dieu expérimenté est vécu par l’homme comme un « appel » auquel il doit répondre. Le regard tourné vers le Seigneur, qui « a pris nos infirmités et s’est chargé de nos maladies » (Mat 8, 17) nous aide à devenir plus attentifs à la souffrance et au besoin des autres.
La contemplation adorante du flanc transpercé par la lance nous rend sensibles à la volonté salvatrice de Dieu. Elle nous rend capables de nous confier à son amour salvateur et miséricordieux et, en même temps, elle nous renforce dans le désir de participer à son oeuvre de salut en devenant ses instruments. Les dons reçus du flanc ouvert, d’où s’écoulent « du sang et de l’eau » (cf. Jean 19, 34) font en sorte que notre vie devienne même pour les autres une source d’où émanent des « fleuves d’eau vive » (Jean 7, 38) (cf. Enc. Deus caritas est, N° 7). L’expérience de l’amour atteinte par le culte du flanc transpercé du Rédempteur nous protège du risque du repliement sur nous-mêmes et nous rend plus disponibles à la vie pour les autres. « Voici à quoi nous avons connu l’amour: Il a livré sa vie pour nous, et nous devons, nous aussi, livrer notre vie pour nos frères » (1 Jean 3, 16) (cf. Enc. Haurietis aquas, 38).