Il en est dont l'opinion est que notre Seigneur et Sauveur aurait encore était baptisé en ce même jour; si la chose était vraie, nous aurions tout motif de célébrer cette fête avec la plus grande solennité. En ce cas, notre Seigneur et Sauveur, après nous avoir déjà fait naître, nous enseignerait aujourd'hui qu'il nous faut aussi prendre une nouvelle vie; après nous avoir accordé le bienfait d'une première naissance, il nous aurait encore gratifiés d'une seconde, en vue de laquelle, et tout en nous donnant un exemple salutaire, il aurait sanctifié l'eau où les hommes devaient puiser la grâce.
Aussi, devons-nous célébrer avec respect le jour où le Seigneur a été honoré soit par d'admirables prodiges, soit par la visite des Mages. Nous avons solennisé sa naissance, solennisons de même sa manifestation: évidemment, la loi ne nous eût procuré aucun avantage, si , en vertu des hauts conseils de Dieu, le Christ n'était pas venu en ce monde; par la même raison, les hommes auraient peu profité du bienfait de sa naissance, s'ils n'avaient pas cru en lui. C'est pourquoi, craignons toujours, aimons incessamment, désirons avec ardeur notre Créateur, le Créateur de toutes choses; non content de descendre jusqu'à nous, il a voulu encore nous fournir les motifs de croire en lui après sa naissance: en effet, il s'est fait annoncer comme Fils de Dieu par les Prophètes; les Mages nous l'ont montré; il nous en a prévenus par ses paroles et nous l'a prouvé par ses miracles.
Cherchons- le sans fin pour notre salut, dirigeons vers lui nos regards et les désirs de nos coeurs. Celui que les Mages ont trouvé enveloppé de langes, cherchons-le dans le ciel; celui qu'ils ont adoré bien qu'il fût encore caché et obscur, glorifions-le; car il est assis sur le trône de la Majesté suprême.
Jésus s'est fait connaître lorsque, par un prodige admirable autant qu'inouï, il a changé de l'eau en vin. Comme c'est Dieu qui a établi les lois constitutives des êtres, il lui appartient également de les changer: aussi , après avoir créé l'eau dans les conditions ordinaires, lui a - t- il donné une autre nature: il avait pu d'abord la tirer du néant; ne lui était-il pas aussi facile de la changer en une substance différente?
On faisait donc une noce; pendant le festin , nous dit l'Evangile, le vin fit défaut.Alors le Seigneur ordonna aux serviteurs de mettre de l'eau dans les vases et de les remplir, et quand ils furent remplis, il commanda d'y puiser. Admirable prodige! Entre les mains, et sous les yeux des serviteurs, la puissance divine agit sans se laisser apercevoir. Le miracle s'accomplit, et néanmoins personne ne voit comment il s'opère. La cause reste inconnue, l'effet seul apparait. Pourquoi cela? Evidemment parce que Dieu fait tout ce qu'il veut; parce qu'en lui pouvoir c'est vouloir. Pourquoi encore?
Le voici: sa puissance est tellement grande que, en face des harmonies de la création, le Prophète a pu dire de lui avec justice : " Il a dit, et toutes choses ont été faites; il a commandé, et toutes choses ont été créées". Quelle merveille ! Mais de toutes les oeuvres que le Seigneur a placées sous nos yeux, y en a - t - il une seule qui ne soit digne de notre admiration?
Mais cherchons à découvrir, en ce miracle, des enseignements plus élevés; tâchons de connaître son sens mystique. Que représentaient ces noces à la célébration desquelles assistait le Sauveur?
Elles étaient certainement l'emblème de celles par lesquelles le Christ s'est uni à l'Eglise; car, " pareil à un époux qui sort de sa couche nuptiale" il s'est approché, en vertu du contrat d'alliance, de sa fiancée; et alors il a changé son oeuvre: avec de l'eau il a fait du vin, c'est-à-dire qu'avec des Gentils il a fait des fidèles. Il y a donc un changement de l'eau en vin, quand des infidèles deviennent chrétiens, que des avares se font généreux, que des orgueilleux se transforment en hommes humbles, des personnes colères en personnes pleines de douceur, des gens cruels en gens miséricordieux, des adultères en continents.
Ainsi donc Jésus change de l'eau en vin, quand, par sa divine opération, un homme que son infidélité rendait vil devient précieux en raison de ses sentiments religieux. J'ose même le dire: de côté et d'autre c'est l'oeuvre du Christ, sans doute; mais il y a , de sa part, un miracle plus admirable, quand , avec un pécheur, il fait un juste, que quand, avec de l'eau il fait du vin; car en pareille circonstance, plus l'homme devient précieux, plus ce changement l'emporte sur l'autre.
Dans le premier cas, il n'exerce sa puissance que sur un élément sorti de ses mains, c'est-à-dire sur l'eau; dans le second cas, il l'exerce sur l'homme qui est son image; ici , les apparences, la couleur et le goût de l'eau se transforment en vin; là , chose vraiment plus étonnante ! c'est toujours le même homme, et , pourtant, il n'est plus le même; extérieurement c'est toujours lui; il devient tout différent à l'intérieur. Le Seigneur a dit :" Moi, je tuerai, et moi, je ferai vivre". Comment Dieu peut-il faire vivre, s'il tue? Il tue de la même manière qu'il fait vivre; car, dans un seul et même homme , il tue l'impie et fait vivre l'innocent.
Comme nous l'avons dit précédemment, on croit donc que c'est en ce jour que le Christ a reçu les adorations des Mages. Une étoile extraordinaire avait brillé à leurs yeux: aussitôt ils se mirent sous sa conduite et tandis que, sur terre, leurs pieds marchaient, leurs yeux suivaient dans le ciel, sa trace de feu.
Aussi, lorsqu'ils eurent trouvé Notre-Seigneur Jésus-Christ, " ils se prosternèrent pour l'adorer et lui offrirent, en présents, de l'or , de l'encens et de la myrrhe". Par la myrrhe, ils faisaient connaître sa condition mortelle; par l'or, ils le proclamaient roi, et par l'encens, ils l'adoraient comme Dieu: et , tout en lui offrant leurs présents, ils faisaient don d'eux-mêmes à la divinité.
" Une étoile sortira de Jacob, et un homme s'élèvera d'Israël, et il frappera les chefs de Moab, et il détruira tous les enfants de Seth, et l'Idumée deviendra son héritage. "
D'après le récit de la sainte histoire du vieux Testament, Balach, roi des Médianites, appela près de lui le prophète Balaam, pour lui faire maudire le peuple de Dieu: à peine celui-ci eut il aperçu au loin les campements et les tentes des Israélites, qu'il se sentit inspiré de l'Esprit-Saint: il prévit donc que de leur race et d'une Vierge immaculée naîtrait, un jour, le Fils de Dieu, et entre autres paroles prophétiques qu'il leur adressa pour leur annoncer l'avenir, il prononça tout à coup celles-ci et s'écria :" Une étoile sortira de Jacob, et un homme s'élèvera d'Israël".
Sous ce nom d'étoile, qu'est-ce qui est désigné, ? C'est évidement la sainte Mère de Dieu. Pareille à un astre du ciel, elle a brillé , plus que tous les fils et toutes les filles des hommes, par sa virginité et son humilité, elle en a projeté les éclatants rayons sur le monde entier; car elle est cette étoile de la mer, cet astre du matin, qui a donné le Soleil de justice aux hommes " assis dans les ténèbres et l'ombre de la mort"; grâce à elle, la clarté de la lumière d'en haut est venue se répandre sur le genre humain qu'enveloppaient les ténèbres d'une nuit profonde.
C'est l'étoile radieuse que le nuage du péché n'a jamais obscurcie, qui a laissé échapper son rayon, sans connaître même l'ombre de la corruption, qui a enfanté son Fils sans éprouver le moindre dommage dans sa virginité; c'est l'étoile illustre et toute belle, qui a brillé par ses mérites, qui nous a guidés par ses exemples, qui éclaire les aveugles et ranime les faibles. C'est dans cette étoile que s'est caché le vrai Soleil de justice, lorsqu'il a disparu derrière le nuage de notre humanité; c'est d'elle qu'il est sorti, laissant entière et intacte son innocence. Balaam a dit que cette étoile sortirait de Jacob , parce qu'en effet la Vierge Immaculée descendait, en ligne droite , de la race des Patriarches.
Voilà pourquoi le Prophète a prononcé ces paroles :" Une tige sortira de la racine de Jessé, et une fleur s'élèvera de ses racines."
Balaam avait désigné la vierge Marie sous le nom d'étoile qui sortira de Jacob, Isaïe l'appelle la tige qui sortira de la racine de Jessé; les nom d'étoile et de tige, que les deux Prophètes lui ont donnés , lui conviennent également bien. C'est une étoile, car après avoir été éclairée de la lumière d'en haut, elle a brillé plus que tous les mortels et répandu sur la terre les splendides rayons de toutes les vertus. C'est une tige, parce qu'elle est demeurée ferme et inflexible dans la force et la perfection de ses vertus, et que, sans porter nulle atteinte à son innocence, elle a produit une fleur céleste, le Fils de Dieu.
Toutefois, cette étoile virginale se trouvait enfermée dans les étroites limites d'une étable, avec le Soleil de justice qu'elle avait mis au monde; aussi , et afin de la faire connaître, un astre d'un éclat nouveau apparaît-il en Orient; par l'éclat inouï de sa lumière, il prévient les Gentils de l'apparition de l'étoile sortie de Jacob, et , marchant en avant des Mages pour leur en indiquer leur chemin, il les amène jusqu'à Bethléem.
C'est ainsi que le ciel fait connaître le ciel, qu'une étoile indique une étoile, que la lumière rend témoignage de la lumière, qu'un astre découvre un astre. Les Juifs sont là, tout près, et ils ne veulent reconnaître l'enfant Jésus ni d'après les oracles des Prophètes, ni sur l'attention des Mages, et sur un signe venu du ciel par le moyen d'une étoile qui raconte sa gloire, la gentilité, qui se trouve bien loin, le reconnait pour son Dieu.
Eclairés de la lumière céleste, arrivés à Bethléem sous la conduite de l'astre qui les précède, les Mages entrent dans la maison et y trouvent l'étoile et le soleil; il adorent comme un Dieu, vénèrent comme un roi, reconnaissent pour un homme l'auteur de notre salut, couché dans une crèche: par leur triple offrande, ils font l'aveu de ses deux natures, la divine et l'humaine , et ce qu'ils croient de coeur, ils l'affirment hautement par leurs dons. Ils sont trois, ils font à un seul hommage de trois sortes de présents; par là , ils confessent publiquement l'unité de Dieu en trois personnes.
Après avoir accompli, à l'égard de l'enfant Jésus, les devoirs d'une pieuse dévotion, mais prévenus par un ange, ils prennent un autre chemin et s'en retournent dans leur pays.
Pour vous, vous savez qu'une étoile virginale est sortie de Jacob; vous adorez Jésus, non comme pleurant sur la paille, mais comme régnant dans les cieux; l'astre brillant de l'Evangile vous a envoyé, du haut du ciel, les rayons de son admirable lumière; il vous précède et vous dirige: marchez donc à sa suite par vos bonnes oeuvres, courez jusqu'à Bethléem, jusqu'à la demeure du pain vivant, c'est-à-dire jusqu'à la sainte Eglise: vous y trouverez Marie et Jésus, et au lieu d'entendre ses gémissements enfantins, vous l'entendrez prêcher et instruire le peuple.
Que les heureux Mages, prémices de votre foi de votre conversion, deviennent vos modèles: quand Jésus était couché dans la crèche, ils l'ont vénéré, ils lui ont fait hommage de leurs présents : pour vous, offrez-lui vos bonnes oeuvres en signe d'adoration, maintenant qu'il règne dans le ciel.
Offrez-lui en don, non des choses du temps, car elles finissent par périr, non des choses transitoires et visibles, mais des présents qui viennent de votre coeur, des louanges et des actions de grâces.
Au lieu d'or, offrez-lui de la sagesse; au lieu d'encens, de la dévotion; au lieu de la myrrhe la mortification de vos sens; puis instruits par l'Evangile, quittez le chemin des oeuvres mauvaises, qui vous a amené de l'endroit où vous êtiez, et retournez par une voie toute différente, celle des bonnes oeuvres jusqu'à la patrie, au séjour de la lumière éternelle, où daigne vous faire entrer Notre-Seigneur Jésus-Christ, Dieu qui vit et règne avec le Père et le Saint-Esprit, pendant tous les siècle des siècles.
Cette sainte impatience pour le Désiré des nations avait animé , il est vrai, tous les justes de l'ancienne loi; mais chez le précurseur, elle trouve sa suprême ardeur.
Lui, si rude et si austère, traduit par les expressions les plus suaves les saints transports de son âme. C'est à lui que nous devons la plus douce image sous laquelle les fidèles aiment à contempler Jésus, celle d'Epoux de nos âmes.
L'Eglise veut pendant ce temps nous faire apprendre à son école à désirer Jésus-Christ. Ne serait-ce pas faire injure à cette divine Bonté que de n'avoir pas de désir pour elle ? Bossuet développe admirablement cette pensée :
" Saint Grégoire de Naziance invite tout le monde à désirer Dieu par la considération que cette bonté infinie prend tant de plaisir à se répandre : Ce Dieu, dit-il, désire d'être désiré; il a soif, le pourriez-vous croire? au milieu de cette abondance. Mais quelle est la soif de ce premier Etre?
" C'est que les hommes aient soif de lui: Sitit sitiri. Tout infini qu'il est en lui-même et plein de ses propres richesses, nous pouvons néanmoins l'obliger en lui demandant qu'il nous oblige, parce qu'Il donne plus volontiers que les autres ne reçoivent."
Et plus loin, Bossuet conclut :
" Ah ! que tardons-nous, âmes chrétiennes? Que n'excitons-nous nos désirs, que ne pressons-nous nos ardeurs trop lentes? Ce n'est pas seulement Jean qui sent de près le divin Sauveur, qui désire ardemment sa sainte présence: de si loin que Jésus a été prévu, il a été désiré avec ferveur :" Mon âme , disait David, languit après vous ; quand viendrai-je? Quand m'approcherai-je de la face de mon Seigneur"? Quelle honte, quelle indignité, si , lorsqu'on soupire à lui de si loin, ceux dont il s'approche, qui le possèdent, ne s'en soucient pas! Car, mes frères, n'est-il pas à nous, ne l'avons-nous pas sur nos autels? ... Courons donc à cette table mystique, prenons avidement ce corps et ce sang; n'ayons de faim que pour cette viande, n'ayons de soif que pour ce breuvage: car pour bien désirer Jésus, il ne faut désirer que lui."
Dieu l'a chargé de prêcher la pénitence; il est tout absorbé par cet idéal, et pour donner à sa prédication plus de force , il veut que tout parle en lui . Aussi quelle puissance et quelles audaces devant tout ce peuple accouru!
" Race de vipères, qui vous a appris à fuir la colère qui vient? Faites donc de dignes fruits de pénitence ,
... " Il vient, celui qui est plus puissant que moi... Sa main tient le van, et il nettoiera son aire, et il amassera le froment dans son grenier, et il brûlera la paille dans un feu qui ne s'éteint pas."
" Collines d'Israël, déployez vos rameaux, couvrez-vous de fleurs et de fruits."
(Répons mardi 1ère sem.)
"En ce jour-là , les montagnes ruisselleront de vin nouveau; le lait coulera des collines.
(Ant. de Laudes 1er dim.)
" Réjouis-toi, fille de Sion, exulte de joie, fille de Jérusalem ."
" Que les cieux se réjouissent, que la terre exulte; montagnes résonnez de chants de louange, parce que Notre Seigneur viendra."
(Répons lundi 1ère sem.)
" Venez Seigneur, apportez-nous la paix pour nous réjouir devant vous de tout coeur."
(Ant. Magn. 2ème dim.)
"Jérusalem, pourquoi t'affliges-tu? Je te sauverai et te rendrai la liberté, ne crains pas!"
(Répons . 2° Dim.)
" Réjouissez-vous avec Jérusalem et exultez à jamais, vous tous qui l'aimez.
(Ant. Magn. Jeudi de la 3° sem. )
Dans la bouche de l'Eglise, dit Dom Guéranger, les soupirs vers le Messie ne sont point une pure commémoration des désirs de l'ancien peuple: ils ont une valeur réelle, une influence efficace sur le grand acte de la munificence du Père céleste qui nous a donné son Fils. Dès l'éternité, les prières de l'ancien peuple et celles de l'Eglise chrétienne unies ensemble ont été présentes à l'oreille de Dieu, et c'est après les avoir entendues et exaucées qu'il a envoyé en son temps sur la terre cette rosée bénie qui a fait germer le Sauveur. "
...
L'Avent envisage avant tout le fait historique de l'Incarnation du Verbe. Il prépare les fidèles à en célébrer dignement l'anniversaire.
Sans doute, la venue mystique du Sauveur dans nos âmes et sa venue à la fin des Temps ont inspiré le choix de beaucoup de pièces liturgiques. Mais l'idée dominante et de premier plan est plus obvie et plus simple: la Liturgie dans la nuit même de Noël nous chantera le récit du grand évènement : " Pendant qu'ils étaient en ce lieu (Bethléem), le temps où elle (Marie) devait enfanter s'accomplit. Et elle mit au monde son premier-né, l'enveloppa de langes et le coucha dans une crèche , parce qu'il n'y avait pas de place pour eux dans l'hôtellerie."
Tel est l'évènement unique qui s'est accompli il y deux mille ans et dont l'Eglise prépare l'anniversaire. Pour les frères du Christ tout est objet d'adoration, de joie et d'amour: temps , lieu, paroles, personnages. L'Epouse du Christ, avec l'autorité sacerdotale dont son divin fondateur l'a enrichie , reconstitue cette scène, concentre dans sa liturgie ses trésors de doctrine, de prières, en vue de nous faire assister par la foi à la naissance du Sauveur: Nova per carnem nativitas: une nouvelle naissance dans la chair. (Or. 3ème messe Noël) Oblata munera, Domine, nova Unigeniti nativitate sanctifica. (Secre.idem). Sanctifiez, ô Dieu, nos offrandes par la nouvelle naissance de Votre Fils. " Bienheureux ceux qui n'ont pas vu et ont cru ! (Jean, XX,29)
Et cette foi que la liturgie réveille en nous n'est pas le simple assentiment de l'intelligence à une vérité spéculative: c'est la complète donation de la raison, de la volonté, de tout l'homme à l'Evangile, c'est-à-dire à l'économie du salut dont Dieu est l'auteur et Jésus-Christ qui nait à Bethléem le héraut: foi qui nous conduit à la vie éternelle :" Praesta... ut natus hodie Salvator mundi, sicut divinae generationis est auctor; ita et immortalitatis sit ipse largitor." (Postc. 3ème messe de Noël)
Sans doute, les fervents disciples du Christ n'attendent pas le cycle de Noël pour dire à Dieu les sentiments d'adoration, de reconnaissance, d'amour que leur inspire le grand Mystère de l'Incarnation. Mais , outre ces actes privés, il faut une expression unanime, officielle et solennelle de ces sentiments de tout le peuple chrétien.
N'ayant qu'un coeur et qu'une âme, la famille des chrétiens doit traduire cette unanimité avant tout dans la contemplation et l'amour du mystère de son chef: une famille humaine se conçoit-elle sans la fusion des coeurs dans les mêmes fêtes et les mêmes allégresses?
Telle est l'intention de l'Eglise dans l'institution du cycle de Noël et de l'Avent qui le prépare. Les générations chrétiennes se relaient au pied de la crèche et prolongent l'adoration des bergers, les chants des anges, les offrandes des Mages, quelque chose de l'ineffable contemplation de Notre-Dame; bref tout ce tribut d'adorations, d'actions de grâces et d'amour que Jésus a trouvé à sa naissance et qu'il attend de nous qui sommes sauvés par l'ineffable mystère de son Incarnation: Deus qui hanc sacratissimam noctem veri luminis fecisti illustratione clarescere. O Dieu ! qui avez illuminé cette très sainte nuit des splendeurs de la vraie lumière.
Vivre ce mystère dans la liturgie, c'est s'acquitter parfaitement chaque année de cet hommage que le Maître attend de son peuple; c'est joindre sa voix à celle de toutes les générations chrétiennes dans ces actions de grâces officielles de l'Epouse du Christ.
Et, par-dessus tout, la reproduction de ce mystère doit inonder notre âme d'une joie profonde, d'une paix ineffable.
C'est à nous, au même titre qu'aux bergers, que s'adresse l'invitation de l'ange : " Je vous annonce une grande nouvelle qui sera pour tout le peuple une grande joie."
(Luc II,10)
Aussi "les quatre dimanches de l'Avent étaient considérés, à Rome, au VIIIème siècle et encore au XIIème, comme les étapes d'un temps d'allégresse, où tout était à la joie de la venue prochaine du Rédempteur.
Depuis le commencement du monde la grande mission de rénovation universelle se poursuit; et cette tâche n'est pas achevée; sa manifestation est progressive et sa venue multiple parmi les nations. C'est le Christ dont parle l'apôtre quand il dit qu'il était hier, qu'il est aujourd'hui et qu'il sera dans tous les siècles. (Hebr.XIII,8)
Son oeuvre a commencé avant sa naissance à Bethléem; elle se prolonge après l'Ascension et n'est pas encore arrivée à sa plénitude.
Pour embrasser tout le mystère du Christ, il ne faut pas circonscrire sa mission aux trente-trois années de sa vie terrestre, mais le contempler dans les phases progressives fixées par la Providence à la marche de son oeuvre." Encore que la venue du Sauveur, dit Bossuet, fût arrêtée à un temps certain par les ordres de la Providence divine, toutefois il faut avouer que le mystère du Verbe fait chair devait remplir et honorer tous les temps. "
Ainsi considéré, le Christ apparaît dans toute sa stature: il est le roi des siècles: Regi saeculorum(I Tim.I,17) , l'Alpha et l'Oméga, le commencement et la fin(Apoc I,8)
C'est ainsi qu'il faut entendre cette plénitude des temps dont il est souvent question dans les saints Livres. C'est la série des périodes historiques se succédant d'après un plan arrêté d'avance; c'est le terme assigné par la Sagesse divine, le couronnement des préparations providentielles.
Dieu a voulu faire désirer le grand don qu'il réservait à l'humanité, comme on désire, dans le froid et l'obscurité de la nuit, le lever du chaud et brillant soleil. Il a fondé à cette fin toute une religion provisoire où tout était figures, symboles, prophéties du Messie attendu: le Christ en était le centre et l'âme. Selon la belle parole de saint Augustin :" La loi portait le Christ dans ses entrailles. Lex gravida erat Christo!
Le temps de l'Avent va nous révéler une fois de plus le Christ de l'Ancienne Loi, le Christ des patriarches, des prophètes, du psautier; le Christ d'Isaïe, de Jean-Baptiste, de la Vierge qui doit enfanter; le Christ, objet des ardentes aspirations et des impatients désirs d'Israël: le Désiré des collines éternelles: Donec veniret desiderium collidum aeternorum.
C'est le caractère propre de l'Avent, temps de préparation et d'annonce du règne prochain de Dieu par son Messie. Adveniat regnum tuum! Et comme cette venue est multiforme, la Liturgie de ce temps offre des aspects très variés.
L'Avent nous prépare à la venue du Messie dans la chair. C'est le thème principal de toute la liturgie: le Messie, annoncé par les prophètes est bien le Fils de Dieu qui va naître à Bethléem, l'Incarnation réalise en tout point la promesse.
Et ce Roi qui va venir n'est pas seulement considéré dans le mystère de sa naissance; mais c'est toute la suite des divins évènements de l'oeuvre rédemptrice qui se déroule aux yeux des voyants et des fidèles qui les écoutent dans cette liturgie prophétique. Dans ce sens, l'Avent est moins la préparation du cycle de Noël que la préface grandiose de tout le cycle liturgique.
La vie historique du Christ est essentiellement collective et solidaire; en principe et en droit tous les hommes y prennent part et en partagent le mérite.
A chacun de nous incombe le devoir, pendant son passage ici-bas de s'approprier par la foi et la grâce la part qui lui revient dans l'oeuvre du Christ. Le Sauveur doit donc reprendre dans chacun de nous une nouvelle vie; décalquer dans chacun de ses frères le chef-d'oeuvre réalisé une fois dans sa vie terrestre. Mystérieuse extension et croissance que prend constamment le Christ dans son Eglise, qui, pour être complètement distincte du Christ naturel et historique, n'en n'est pas moins réelle, plus réelle que toutes les choses sensibles: c'est le Christ mystique.
Toutes ces étapes successives de la réalisation du plan divin auront leur couronnement à la fin des temps, quand, le corps mystique du Christ ayant atteint la pleine croissance fixée par Dieu, le Roi des siècles rassemblera tous ses frères adoptifs pour les associer à son triomphe et les introduire avec lui dans la vie du Père " afin que Dieu soit tout en tous, " suprême terme du plan divin.
L'Eglise, dans son Avent nous prépare à ce définitif triomphe en établissant un parallèle suggestif entre la venue de son Epoux dans les humiliations de la chair et sa manifestation triomphale à la fin des temps dans toute la majesté de sa gloire divine.
Il est incontestable que l'Esprit-Saint qui, par l'organe de la Sainte Eglise, nous adresse tous ces enseignements à cette période de l'année, y attache une vertu spéciale de sanctification.
L'âme soucieuse de participer à la vie surnaturelle de la Sainte Eglise en fera l'objet de ses méditations pendant ce temps : " Qui vous écoute, m'écoute."
Nos pères, les chrétiens de Rome , ont assisté, dans les vieilles basiliques du VIIIème siècle, à la liturgie de l'Avent; ils ont vu saint Grégoire le Grand ((590 604) faire son entrée solennelle dans les églises stationales au chant des antiennes Ad te levavi, Populus Sion, Gaudete; ils ont entendu les mêmes oraisons , les mêmes homélies, les mêmes chants dans la célébration des mêmes mystères, l'âme, comme la nôtre, tendue vers Bethléem.
Dès le temps de ce grand Pontife, l'Eglise était donc en possession de la liturgie de l'Avent, telle que nous la connaissons aujourd'hui. Mais l'histoire de ses lointaines origines et des étapes de son évolution est plus difficile à démeler. En effet, ce poème sacré n'est pas une création géniale et spontanée d'un grand Pontife; il est l'oeuvre anonyme de plusieurs générations; les matériaux qui sont entrés dans sa composition viennent de pays et d'époques très différents.
La plus ancienne attestation de la Fête de Noël remonte au milieu du IVème siècle
C'est peu après cette date qu'on est en droit de chercher les premiers vestiges de l'Avent. En effet, historiquement la naissance du Sauveur avait été préparée par la longue attente de la première Alliance et du culte d'Israël dont les promesses messianiques étaient l'âme. De plus , dès le IV ème siècle, le cycle pascal , avec sa longue préparation quadragésimale, avait reçu sa formation définitive. L'importance du mystère de Noël dont la solennité venait de trouver place sur le cycle, devait suggérer l'idée d'en faire précéder la célébration d'une période préparatoire semblable.
Psychologiquement donc l'Avent ne devait pas tarder à s'organiser. De fait il en fut ainsi. C'est entre le IVème et le VIIème siècle qu'on peut suivre cette formation lente et successive, embryonnaire d'abord et restreinte à quelques églises, mais recevant bientôt , surtout dans les Gaules , tout son développement.
Le plus ancien document est un canon du Concile de Saragosse (380) où se trouve constitué tout le noyau du cycle de Noël. " Pendant les vingt et un jours qui vont du 16è des Kalendes de janvier (17 Décembre) jusqu'au jour de l'Epiphanie, qui est le 8è des Ides de janvier (6 janvier) , sans interruption, il n'est permis à personne de s'absenter des réunions à l'église, de rester chez soi, de quitter la ville et de se rendre dans les montagnes, ni de marcher déchaussé; mais on doit se rendre à église. Celui qui n'observera pas cette prescription, qu'il soit anathème pour toujours. Tous les évêques ont dit : anathème " .
On sait assez que les conciles n'innovent pas brusquement en matière disciplinaire: leurs décrets sanctionnent ou rappellent des usages établis et préviennent les relâchements: la teneur du présent canon indique assez que tel est le cas ici.
Cet acte conciliaire constitue donc un témoignage significatif d'une institution liturgique solidement établie dans l'Eglise d'Espagne dès le IVème siècle.
Chose plus significative encore: ce même cycle de trois semaines est attesté par un texte de saint Hilaire (+366) texte que jusqu'ici on lui avait contesté, mais qu'une critique mieux avertie lui a récemment restitué. Voici ce que dit le Docteur de Poitiers :" De même que le Père de famille de l'Evangile vint visiter par une triple venue l'arbre stérile; ainsi aussi notre sainte Mère l'Eglise se dispose chaque année à l'avènement du Sauveur par ce temps mystérieux de trois semaines." Nous avons donc là deux témoignages concordants de deux régions différentes, qui attestent l'existence d'un Avent embryonnaire au IVème siècle.
Au Vème sicèle, saint Grégoire de Tours (+400) nous parle d'un temps de pénitence qui va de la saint Martin à Noël et qui comporte trois jours de jeûne par semaine.
Il semble bien qu'on doive faire remonter à la même époque ce manuscrit si intéressant, connu sous le nom de Rotulus de Ravenne, rouleau liturgique, long de 360, publié pour la première fois en 1883 et qui contient quarante oraisons du type romain, toutes relatives à la préparation de la fête de Noël. " C'est dans ce rouleau de Ravenne, dit dom Cabrol, que l'on trouvera non pas la plus nombreuse, mais la plus belle collection de prières pour l'Avent. L'auteur, théologien à la fois très pieux, profond et précis, veut dans sa prière insister surtout sur l'union de la nature divine avec la nature humaine dans l'unité hypostatique, sur la Trinité et sur la Maternité divine.
" Fils du Père non engendré ô Christ Seigneur tout puissant, daignez prendre une chair immaculée, afin qu'en vous voyant partager notre nature, nous désirions être conduits aux biens célestes.
O Dieu , vous qui êtes la voie de la vérité, et l'unité de l'ineffable Trinité, accordez-nous , par l'action de votre grâce en nous, d'aller au-devant de notre Sauveur qui approche, avec des oeuvres dignes de lui, et de mériter la récompense bienheureuse.
On conviendra que nos ancêtres priaient autrement que nous. La piété liturgique, étrangère à toutes les mièvreries et à toutes les fadaises, se nourrit de saine doctrine et tend toujours vers Dieu.
Il y aura des signes dans le soleil, la lune et les étoiles, et sur la terre
une grande angoisse des peuples. (Luc cap XXI)
L'Eglise nous rappelle, au commencement et à la fin de son année liturgique, les prophéties lugubres du jugement dernier, comme pour nous garantir contre l'excès des joies, des consolations et des espérances que nous donnent les grand mystères tour à tour célébrés par elle.
Le Verbe de Dieu a pris notre nature: Et verbum caro factum est. Il a habité parmi nous: et habitavit in nobis.
On l'a vu en cette vallée d'exil et il a conversé familièrement avec les enfants des hommes. In terris visus est et cum hominibus conversatus est. Ses délices sont de demeurer au milieu d'eux: Deliciae meae esse cum filiis hominum.
Quelle joie! Il a noyé le péché dans son précieux sang, il nous a mérité la grâce du pardon, il a réconcilié le monde avec Dieu offensé, de maudits que nous êtions il a fait de nous des fils de bénédiction, il nous offre dans nos tribulations, nos chagrins, nos douleurs, sa croix pour appui, ses plaies pour refuge; son coeur est toujours prêt à parler à notre coeur; - quelle consolation! - Il est ressuscité et nous a donné dans la gloire de son corps revivifié le gage de nos destinées. Il est monté aux cieux pour nous y préparer une place.
Pontife éternel il montre à son divin Père sa chair martyrisée et ne vit là-haut que pour intercéder en notre faveur: Semper vivens ad interpellandum pro nobis. Il nous communique son Esprit, il prépare en nous par la vertu de sa chair adorable notre future résurrection. - Quelles espérances! -
Mais parce que, ces joies, ces consolations, ces espérances pourraient produire dans nos âmes une sorte d'enivrement funeste qui dégénérerait en présomption et engendrerait, peut-être, l'oubli du devoir, notre prudente et pieuse mère l'Eglise a soin d'offrir à nos méditations les vérités terribles du jugement , afin que nous sachions une fois pour toutes que notre salut doit s'opérer dans le tremblement et que la crainte est le commencement de la sagesse, selon cette parole du Psalmiste: Initium sapientiae timor Domini.
L'Apôtre saint Paul a dit :" Tout homme doit mourir ; après cela le jugement: Statatum est omnibus semel mori, post hoc autem judicium".
- C'est la loi: statatum est: on n'échappe pas plus au jugement qu'à la mort, et , entre ces deux choses, la justice divine ne nous accorde aucun délai.
Investi du souverain pouvoir de prononcer sur notre sort éternel, le Fils de Dieu vient au devant de nous, et nous attend près de la porte sombre par où l'âme , tremblante et fatiguée des luttes de l'agonie, sort de ce monde. En un instant nous sommes pénétrés d'une clarté divine qui nous révèle notre état; en un instant nous sommes convaincus et nous sommes saisis par une irréformable sentence qui nous fixe dans l'éternité que nous avons méritée.
Horrible entrevue pour le pécheur!
Et ce n'est pas la dernière. Dieu a pensé que le jugement particulier, dans lequel l'âme comparait seule au tribunal de Jésus-Christ, ne suffisait pas à la manifestation de sa justice et à la réparation de l'honneur de son Fils; il a fait annoncer par ses prophètes, et le Sauveur, lui-même, nous a prédit un jour de colère qui rassemblera l'humanité tout entière en un même lieu , pour être jugée une seconde fois et publiquement.
C'est de ce jugement dont je veux vous entretenir..
Il s'accomplit, d'habitude avant la mort d'un homme, une révolution dans laquelle s'épuisent ses forces: dernière crise de la nature, dernier combat de la vie, sinistre avant-coureur du départ de l'âme et de la dissolution du corps: - l'homme est malade. Tous ceux qui le voient attendent , avec anxiété, la prochaine catastrophe qui le doit emporter.
Ainsi en sera-t-il du monde avant la fin des temps. On verra apparaître, dans sa robuste constitution et dans ses harmonieux mouvements, des signes de décadence, auxquels s'ajouteront de nouveaux signes, de plus en plus menaçants et terribles, jusqu'à l'entière explosion de la colère de Dieu sur la nature infestée par le péché, et tombée, avec l'homme sous les coups de cette sentence :' Tu mouras de mort: Morte morieris."
Le monde sera malade, c'est-à-dire qu'on remarquera en lui je ne sais quelle lassitude et quel dégoût de la vie: une agitation étrange, des troubles singuliers, des nausées mystérieuses, des défaillances jusqu'alors inconnues. Il sera plongé dans une telle angoisse qu'à chaque instant il semblera prêt à passer. Mais précisions. A quels signes certains reconnaîtra-t-on la dissolution prochaine de la nature et l'arrivée imminente du souverain juge de l'humanité? A quels signes, mes frères? - Je ne les inventerai pas: les fantaisies de l'imagination la plus riche seraient moins lugubres et moins effrayantes que les prophétiques descriptions du Sauveur lui-même , consignées dans l'Evangile:
" Audituri estis praelia et opiniones praeliorum: Vous entendrez le bruit des combats, partout on parlera de guerre... Mais ce n'est pas encore la fin : Sed nundum est finis"
- Il ne s'agit plus de ces mesquines collisions dont les peuples nous ont donné jusqu'ici le spectacle. Ce ne sont plus deux athlètes ambitieux et acharnées, se disputant un lambeau de pays ou l'honneur de la domination, pendant que l'univers tranquille les regarde derrière les retranchements de sa neutralité; mais , agitées toutes ensemble par une fureur jalouse, " les nations se dresseront l'une contre l'autre ; et plutôt que d'être écrasés sous le poids de leurs voisins, les royaumes se jetteront sur les royaumes, et leur mutuelle puissance volera en éclats : Consurget enim gens in gentem et regnum adversus regnum" .
Le sabre, l'épée, la lance, la baïonnette, les balles, les boulets, la mitraille, dont la besogne est si terrible pourtant, feront place, sans doute, à je ne sais quel engin de destruction, dans lequel l'enfer, par une permission divine, aura condensé son génie, depuis le commencement appliqué à la ruine du genre humain.
Et cette monstrueuse invention ne suffira pas.
La faucheuse, qui abat chaque jour quatre-vingts ou cent mille hommes, appellera encore à son aide . " Après la guerre, la peste; après la peste, la famine: Et erunt pestilentiae et fames " . On verra les pâles humaines errer de tous côtés, demandant à l'air et à la terre la vie qu'ils refusent. Le sol qui les porte trahira leur dernier espoir; ils ne pourront mourir couchés, car la terre, frappée à coups redoublés par des forces invisibles, s'ouvrira pour les engloutir :" Et erunt terrae motus per loca" .
Ce n'est encore que le commencement des douleurs :" Haec autem sunt initia dolorum " . Faites bien attention, voici l'agonie qui commence.
Au sein des temples profanés, les faux prophètes et les faux Christ achèvent de séduire les peuples épouvantés. La foi se voit à peine au milieu de la perversité générale, et alors apparaissent les derniers signes.
" Le soleil , vie de notre globe, lassé d'éclairer nos iniquités, le soleil s'obscurcit; en même temps la lune refuse sa lumière. A travers l'espace en deuil, les étoiles blafardes tombent de toutes parts et les forces des cieux sont ébranlées. Sol obscurabitur, et luna non dabit lumen suum, et stellae cadent de caelo, et virtutes caelorum commovebuntur.
Oui, ce firmament magnifique, honneur et joie de nos belles nuits, tombera tout à coup dans la plus épouvantable confusion. Les astres, comme pris de vertige, se jetteront l'un sur l'autre, semblables aux hommes ivres qui sortent d'une orgie. Les lois merveilleuses qui les enchaînent à leur orbite seront rompues; et leur troupe, jusque-là si bien disciplinée, se dispersera sans ordre dans l'espace :" Virtutes caelorum commovebuntur."
La mer dont les forces ne sont plus contenues par l'équilibre du ciel, la mer poussera d'affreuses clameurs. Ses flots tumultueux s'élanceront hors de leurs digues, comme des géants qui se disputent une proie et se culbutent pour la saisir et la dévorer, à qui le premier. Devant ce spectacle, "les misérables restes de l' humanité, pressurés par la terreur, dessécheront dans l'anxieuse attente de la justice divine : In terris pressura gentium, prae confusione sonitus maris et flutuum. Arescentibus hominibus prae timore, et expectatione, quae supervenient de caelo;" (Luc, cap XXI, 25,26)
Tous les yeux se fixent vers le ciel, car l'heure suprême est arrivée.
Alors paraît le signe du Fils de l'homme, la croix:
Tunc parebit signum Filii hominis in caelo .
Les peuples pleurent et se lamentent :Et plangent omnes tribus terrae . - Le Fils de l'homme lui-même vient sur les nuées du ciel avec une grande puissance et une grande majesté : Et videbunt Filium hominis venientem in nubilibus caeli cum virtute multa et majestate.(Matth. cap XXIV,30)
Devant lui la voix retentissante des trompettes angéliques réveille les morts et rassemble les élus de tous les lointains, de toutes les profondeurs où ils cachent leur bonheur. Mais n'y a- t- il que les élus qui se rendent à ce signal? - Non, pécheurs, non, vous viendrez tous. Tous , vous appellerez à vous les éléments dispersés de vos corps, vous serez à nouveau revêtus de la chair qui fut complice et instrument de vos iniquités; tous vous serez témoins de l'agonie du monde, et pendant que, sous vos pieds, sur vos têtes, autour de vous , la nature expirante fera entendre son dernier râle, tous vous serez jugés une seconde fois.
Vous êtes sans doute tentés, mes frères, de me demander comme les disciples au Sauveur: " Quando haec erunt? Quand tout cela arrivera-t-il? " -
Je n'en sais rien; mais tous les préparatifs sont faits. Nous avons vu les nations en guerre contre les nations, les pouvoirs en guerre contre les peuples, les peuples en guerre contre les pouvoirs. Armés jusqu'aux dents, les empires les plus civilisés sont tout prêts à se jeter l'un sur l'autre. La peste et la famine ont fait à plusieurs reprises le tour du monde: à l'orient, à l'occident la terre s'ébranle, s'entr'ouvre, se déchire et gardes les cicatrices d'épouvantables catastrophes. Les faux prophètes de la raison et de la liberté séduisent les peuples; des milliers et des milliers d'âmes baptisées ne rendent plus le son de la foi. Il n'y a plus que les derniers signes à venir; en un clin d'oeil ils peuvent se manifester, car le Seigneur a dit qu'il viendrait à l'improviste. Il ne lui faut qu'un instant pour obscurcir les astres, qu'un mot pour affoler leur course. - Mais quand bien même le monde pourrait compter encore sur des milliers d'années, à quoi cela vous servirait-il?
Demain, peut-être votre sort sera fixé; du côté où vous serez tombés vous resterez. Comme vous aurez été jugés une fois, vous le serez à la fin des temps; ce n'est pas une revision, mais une confirmation de votre procès qui se fera en présence de l'univers.
Regardez donc dans votre vie présente; regardez, vous y verrez peut-être les signes avant-coureurs de votre prochain jugement. Entre la grâce et la nature, entre votre raison et vos passions, entre votre santé et l'âge qui la démolit, que de bruits de guerre!
Les éléments qui entretiennent votre vie cachent un subtil venin qui l'abrège, c'est une peste chronique. Vous n'êtes jamais contents; la famine du bonheur tourmente vos entrailles et croît avec chaque déception. Les secousses de votre organisme sont vos tremblements de terre. L'abomination de la désolation est dans le temple de votre âme par le péché. Faux prophètes et faux christs, vos illusions ne cessent de vous abuser. Avec l'âge, votre beauté s'éclipse, la lumière de votre intelligence s'obscurcit, les ressorts de votre volonté s'énervent, vos facultés semblent vouloir se disperser en même temps que vos membres raidis deviennent rebelles au commandement. Hélas! tout cela veut dire que vous paraitrez bientôt devant votre grand Juge. Entendrez-vous tomber de sa bouche une bénédiction ou une malédiction? - Je l'ignore. Tout ce que je puis dire, c'est qu'il faut prendre vos sûretés, en suivant ce conseil de l'Apôtre :
" Faites votre salut dans la crainte et le tremblement: Cum metu et tremore salutem vestram operamini."
Au-delà de la mort, la vie nous attend pour toujours. Nous sommes nés pour la vie, pour la vie sans fin ; la mort est un accident passager qui nous introduit définitivement dans la vie éternelle. Le mois de novembre est le dernier mois de l'année liturgique, c'est le mois des saints, le mois des morts. C'est le mois où nous nous arrêtons pour penser à la vie qui ne se termine pas, la vie après la mort. "Un mois heureux, qui commence avec tous les saints et se termine avec saint André", dit un dicton populaire, qui considère le mois de novembre comme un mois privilégié.
La Toussaint est le 1er novembre. Elle élève notre esprit pour que nous puissions regarder le ciel comme notre patrie définitive. Les années passent et notre séjour sur terre est limité, il a une date d'expiration. La fête de la Toussaint nous invite à lever les yeux vers le ciel, là où sont nos frères aînés, ceux qui nous ont précédés dans le signe de la foi et qui dorment déjà le rêve de la paix.
Là aussi, nous irons avec eux. Ce n'est pas une date pour la tristesse, mais pour la joie et l'espoir. Notre vocation est la sainteté, et nos frères ont déjà atteint le but, et ils jouissent de Dieu pour toujours. Parmi ces saints que nous vénérons se trouvent de nombreux amis, parents et connaissances qui ont déjà franchi le seuil de la mort après avoir vécu une vie sainte. L'Église en a canonisé quelques-uns, mais l'immense multitude des habitants du ciel ne sera pas canonisée.
L'Église veut les honorer tous par le souvenir afin que nous puissions les imiter et recourir à leur intercession sur le chemin de la vie. Saints du ciel, regardez notre vie et accompagnez-nous sur le chemin du but. En voyant votre vie sainte, nous apprenons à vivre en saint.
La vie chrétienne atteint sa plénitude dans la sainteté. Nous sommes encouragés de savoir que c'est notre vocation et que sur ce chemin, nos frères et sœurs aînés, les saints du ciel, nous précèdent.
L'Église nous invite constamment à prier pour les morts qui sont morts dans l'amitié de Dieu et qui n'ont pas encore atteint le ciel. Parce que notre prière les aide, les soulage, raccourcit leur temps d'épreuve.
Nous pouvons exprimer notre douleur avec des larmes spontanées, alors que Jésus pleurait devant la tombe de son ami Lazare, sachant même qu'il allait le ressusciter. Nous pouvons exprimer notre affection pour ceux que nous aimons avec des fleurs. Mais ce qui leur vient vraiment à l'esprit, c'est notre prière pour leur âme, offrant la Sainte Messe en suffrage pour eux ou d'autres prières. La prière pour les morts est continuellement présente dans la mémoire de l'Église, dans toutes les messes, dans la prière quotidienne des vêpres, etc.
Je vous invite à confier à vos prêtres le soin d'offrir des messes pour vos défunts, et unissons-nous tous à cette offrande. C'est une coutume sacrée, très répandue, mais parfois négligée. La Messe a une valeur infinie, et si nous y ajoutons notre offrande et notre aumône sincère, nous entrons dans le précieux mystère de la communion des saints, où certains aident les autres dans l'application des fruits de la rédemption du Christ. Ils nous aident, nous les aidons. Dans le mystère de la foi et de la communion ecclésiale. Nous prions les uns pour les autres, nous offrons la Sainte Messe, le Rosaire, nos sacrifices.
Cai a 12 ans. Il commence à chanter à l'âge de 7 ans avec le chœur de St Thomas-on-The-Bourne à Farnham, Surrey, où il est repéré par un grand label et en avril 2019, il a la chance d'enregistrer quelques morceaux de démonstration.
"Comme les pins, qui ont été témoins de leur martyre, étendent leurs branches, ainsi aujourd'hui nous ouvrons nos cœurs pour les embrasser comme vainqueurs dans la bataille de la foi".
Requejo est entré dans la Congrégation de la Mission à l'âge de 56 et 33 ans de sacerdoce, avec un parcours brillant. Il démissionna de tous ses postes et dignitaires pour commencer le noviciat à Paris. Carmelo Ballester Nieto, C.M., qui le connaissait bien, sans doute par l'intermédiaire de sa sœur Sœur Mercedes Requejo, l'a présenté au Supérieur général, le P. Francisco Verdier, en louant sa piété et ses bonnes qualités. Son seul destin en tant que Père Paul fut la communauté de Fernandez de la Hoz à Madrid, où il arriva en novembre 1930, bien qu'il continue à appartenir à la province française d'Aquitaine.
Depuis le 18 août 1936, le Père Requejo était dans la maison de retraite des Petites Sœurs des Pauvres de la rue du Docteur Esquerdo, mélangé aux personnes âgées, s'habillant et vivant comme l'une d'elles. Un prêtre rédemptoriste, le P. Antonio Girón González, s'y est réfugié dans les mêmes conditions. Comme il s'agissait d'une congrégation française, les Petites Sœurs n'ont pas été congédiées, mais le 24 août, les communistes se sont emparés de la maison, ont placé leurs commandants à des postes clés et ces jours ont été tragiques. A six heures de l'après-midi, les deux prêtres et la sœur du sacristain ont communié et ont consommé l'Eucharistie dans la chapelle. Le P. Rédemptoriste dit à la Sœur :
"Maintenant c'est pour le Ciel.
Les anciens étaient soumis à de longs interrogatoires. Le dimanche 30 août, ce fut le tour des Pères Girón et Requejo. Ils ont immédiatement été montés dans une voiture et emmenés pour être abattus. Le portier de l'asile, qui les a vus monter dans la voiture, a observé que le P. Requejo marchait avec un pas ferme, la tête haute. Ce portier était un prisonnier ordinaire qui avait été en prison pendant 30 ans. L'un des miliciens surnommé le matador, a dit à un jeune de 17 ans qui était entraîné à tirer dans le but de tuer ces deux prêtres, parce qu'ils ne voulaient pas bouger. Les cadavres sont apparus le lendemain dans un champ ouvert appelé Fuente Carrantona, près de Vicálvaro.