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Publié le 30 Octobre 2017

    Jean pleurait, il pleurait aussi, il pleurait en plein ciel où il avait été transporté , après qu'une vision du Fils de l'Homme lui eut fait connaître les louanges et les réprimandes méritées par ses sept églises d'Asie. Il pleurait parce que, prévoyant l'imminence d'une bourrasque de  persécutions dont lui-même l'exilé, était la victime anticipée, il lui était impossible de lever le voile de l'avenir .

      Tout autour de lui, ce n'était pourtant que sécurité dans la gloire; Sur un trône soutenu et entouré par des êtres formidables et vénérables qui sont les agents de la Providence dans la création et l'histoire, Dieu lui-même siégeait, forme baignée d'une suave lumière d'aurore sous un arc-en-ciel d'émeraude; car, ainsi que le dit un vieux commentateur grec, " la nature divine est toujours verdoyante et en fleurs "  . Mais d'autre part, il sortait du trône " des éclairs et des voix et des tonnerres " , en contraste avec ces symboles de miséricorde.

Et la main de Dieu tenait un livre, celui où sont consignés tous ses décrets sur l'avenir des hommes. Or ce livre est scellé de sept sceaux. Personne, même parmi les créatures célestes, ne peut l'ouvrir ni même y fixer les yeux . Jean se lamente de ne pouvoir en deviner le contenu. Quels jugements de salut ou de colère tient-ils cachés?

    Personne ? Mais si; quelqu'un a surgi au milieu du cercle inabordable., il a pris le livre, il va l'ouvrir, c'est lui qui va diriger l'exécution de tous les décrets. Cet être c'est Jésus, l'Agneau immolé. Alors une jubilation immense embrase le ciel et l'univers, et tout ce qui est capable de chanter chante la gloire et le triomphe du Rédempteur. Lui qui a donné sa vie pour mener les hommes au bonheur, c'est lui-même et nul autre qui a pris entre ses mains toute leur histoire future. Et il révèlera à ses fidèles ce qu'il leur est bon d'en connaître. Alors le coeur de l'exilé Jean est raffermi; il sait - telle est la vue fondamentale, virilement optimiste, de son Apocalypse - que rien n'arrivera dans le monde sinon pour assurer le bien de l'humanité rachetée, à la gloire de Dieu et de l'Agneau .

 

     Sur le double plan céleste et terrestre, se déroulent deux séries de scènes qui sont en violent contraste . Au ciel, tout est immuable et radieux; les prières des saints y montent continuellement, elles s'élèvent comme une fumée d'encens au trône divin, et donnent l'essor à des voix d'anges radieux qui ont charge d'en réaliser l'exaucement: des choeurs intermittents célèbrent le salut qui progresse toujours.

     Mais sur terre, il n'apparait cependant d'abord qu'un déchaînement d'affreux malheurs, guerre, peste et famine, tremblements de terre, révolutions. Le Dragon, le vieux serpent ennemi du genre humain, y est tombé précipité par Michel, après la glorification du Christ; et là, invisible, il tord dans les convulsions sa queue qui a balayé du firmament le tiers des étoiles, tandis que, sinistrement visibles, ses deux suppôts, la double Bête-Antéchrist, sous la forme temporelle et la forme spirituelle y tyrannisent et séduisent l'humanité, qui adore le représentant du Dragon et blasphème Dieu sous les fléaux qui la châtient . L'intervention de l'Agneau immolé n'a t-elle donc fait que précipiter la colère ? Non, ce n'est là qu'une apparence.

 

Avant chaque série de fléaux, une vision de bon augure (le premier cavalier du chap VI, le premier Ange (du chap . XIV,..) montre le but que Dieu poursuit à travers ces rigueurs: c'est l'établissement de son Règne, le progrès de l'Evangile, le salut des hommes.

Sans doute les fidèles, au milieu des cataclysmes, souffrent comme les autres dans leur existence temporelle, ils sont même durement tentés; mais Satan ne les vaincra pas, parce qu'ils l'ont eux-mêmes vaincus (ch. XII,11)

Un signe divin imprimé sur leur front les réserve pour le bonheur définitif. (ch. VII) , La Femme allégorique qui est l'Eglise leur mère (ch. XII)  poursuivie en vain par le Dragon, demeure en sécurité dans la solitude de la vie intérieure; et ses fils, du milieu de la "grande tribulation", se pressent déjà :' Votre vie de citoyens est au ciel;" ils sont rangés autour de l'Agneau, face à l'armée des Bêtes, à Gog et Magog, sur la montagne symbolique de Sion (ch. XIV, XX), ou réfugiés dans le sanctuaire du temple. (ch. XI)

Le jour viendra , il approche où " Dieu essuiera toutes les larmes de leurs yeux", dans la célébration éternelle des noces de l'Agneau avec Jérusalem (ch. VII, XX ...) Et en attendant, par la vie de la grâce " résurrection première ", ils règnent déjà spirituellement.

    L'infaillible victoire de Dieu, ce sera la victoire de ses saints. Leurs prières continuelles pour que son Règne arrive amènent, comme cause seconde , l'avènement du Verbe triomphateur qui aura raison des Bêtes et du Dragon. Pourtant elles n'empêchent pas le déchaînement de maux effroyables. Mais ce sont les soubresauts d'agonie du Dragon vaincu dès le premier avènement du Christ.

   Bien plus Jean a osé communiquer (ch. VIII, 3-5-) une vision  étrangement dramatique, dont le sens est que les fléaux destructeurs sont le premier résultat des prières réclamant le règne de la paix divine.  Ce sont les charbons de l'encensoir céleste, oui, du même encensoir qui a dégagé le parfum irrésistible des prières terrestres, ce sont ces charbons qui, jetés sur la terre, la marquent pour les ravages que vont évoquer les sonneries des trompettes angéliques.  - trompettes du jugement continu au long de l'histoire. Singulière contradiction à première vue. Mais on peut comprendre.

Que demandent-ils les "saints", sinon que le Règne du Christ arrive?  " Viens , Seigneur Jésus!" et vienne avec Toi le bonheur, pour le temps et l'éternité!

D'avance ils acceptent toutes les conditions que la Sagesse infaillible de Dieu sait les mieux appropriés à l'arrivée prompte et intégrale de ce Règne. Or il y a des obstacles, l'opposition irréductible des Bêtes et de leurs adorateurs obstinés, qui doivent d'abord être abattus; il y a , même dans les meilleures âmes, des barricades secrètes dressées contre le progrès de la grâce, que seule fera tomber la lumière qui jaillit des épreuves. Dieu va au plus court pour combler les désirs des siens. C'est pour cela qu'il laisse Satan exciter ces bouleversements où les agents du mal se heurtent et sont détruits les uns par les autres;  Babylone, c'est-à-dire la domination de la Rome païenne, le grand ennemi au Ier siècle, sera mise à mal par d'autres suppôts de la Bête qui grandiront à ses dépens, et c'est un présage de ce qui arrivera toujours au cours des âges.

Jusqu'au jour où le glaive du Verbe (chXIX) qui est surtout la prédication évangélique, détruira les Bêtes elles-mêmes, qui symbolisent tout le dynamisme infernal. Cette victoire sera complète au temps de la Parousie, ou Second Avènement. D'ici là, les horreurs et les calamités peuvent sembler ne faire autre chose qu'exaspérer les péchés et les blasphèmes des hommes, et préparer malheur après malheur.

    L'Eglise en souffre dans sa chair, dans ses enfants, pourtant elle passe toujours vivante au milieu des désastres, et le spectacle de cette durée indestructible (ch XI: l'activité et la résurrection des deux Témoins), plus efficace que n'ont été en eux-mêmes les châtiments, agrandit toujours son empire en extension ou en profondeur. Viendra le temps où la moisson du genre humain sera mûre à point  (ch. XIV 15-16) pour que se produise la résurrection bienheureuse de tous les élus.

    Quand viendra-t-il ce jour? Dieu le sait.

Les fidèles acceptent ce plan de Dieu, avec toutes ses conditions, et prient sans cesse pour qu'il se réalise exactement comme Dieu l'a établi.  Heureux celui qui sait et accepte cela! Déjà il possède " l'étoile du matin" (ch. II,28) , il voit poindre et grandir l'aurore; il entend Jésus frapper à sa porte et demander accueil à sa table (ch. III, 20), il prend conscience du " nom nouveau" que connaît seul son heureux porteur (ch. II,17), et goûte secrètement, adoucissant toute amertume personnelle ou publique, les fruits de l'arbre de vie, il s'abreuve quand il veut aux sources de la vie (ch. XXII,17)

Aussi quoi qu'il arrive sur le plan terrestre, il attend dans la confiance.

Telle est la leçon de l'Apocalypse. Il n'y en a point d'autre, parce qu'elle suffit à ceux qui ont une foi vive. Jean a écrit sa rude et tendre prophétie pour soutenir leur courage :

" Heureux celui qui lit et qui entend." (ch. I,3)

rp Allo op +

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Rédigé par Philippe

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Publié le 30 Octobre 2017

    Tous les mystères du salut qui faisaient l'objet de sa foi, l'intéresse au premier chef. 

Il voit donc clairement outre les mystères intimes de la déité, les oeuvres mystérieuses entreprises par Dieu pour l'homme: l'Incarnation du Verbe, la Rédemption dont il tient l'effet ultime, le mystère eucharistique, à certains égards le plus déconcertant, l'acte transsubstantiateur dont le prêtre est l'instrument, la présence réelle sacramentelle sur tous les autels du monde, du même corps du Christ qui est né de la Vierge, fut crucifié et règne maintenant au ciel; la vie terrestre de Jésus, racontée fragmentairement par l'Evangile, les mystères de l'enfance sur lesquels le silence des Ecritures est à peu près complet, le mystère de la Passion et de la Croix, depuis l'agonie où, comme dit Pascal, Jésus souffre les tourments qu'il se fait à lui-même, jusqu'au crucifiement où il souffre les tourments que lui font les hommes.

   Il n'est pas au ciel un élu qui ne pénètre tous ces secrets. Il savent tous ce que furent alors les pensées et les souffrances du Coeur de Jésus.

Ils lisent , dans le livre de Dieu , tout l'Evangile du Fils de Dieu. Ils connaissent parfaitement la Vierge Marie, Mère de Jésus, médiatrice de toute grâce, et son rôle maternel dans le salut des âmes . Ils connaissent les apôtres par qui Jésus-Christ fut prêché et le monde converti,  les saints de l'un et de l'autre Testament, les grandes âmes qui ont le mieux reproduit le Christ crucifié, le mystère de la vie de l'Eglise, de la communion des saints, des échanges spirituels entre les amis de Dieu. Ils savent le dernier mot des évènements providentiels, les raisons profondes des crises de l'histoire, tout le plan de la cité de Dieu, que saint Augustin essayait de déchiffrer, le mystère grandiose, objet de la plus lumineuse et de la plus obscure des prophéties: l'Apocalypse de saint Jean, la lutte dernière de la femme vêtue de soleil, image de l'Eglise, contre le dragon, symbole de Satan, la victoire finale achetée par l'épreuve des saints, le triomphe du Christ et le règne avec lui de ceux  qu'il a rachetés. De la suavité de ce règne, ils font tous l'expérience ineffable.

A tous ces mystères les bienheureux, au temps de leur vie terrestre, ont fermement adhéré, dans l'obscurité de la foi. Ils ont d'autant plus droit à la pleine lumière que leur foi a été plus méritoire, qu'ils ont davantage lutté pour la garder dans la tentation, qu'ils ont mieux travaillé à la propager et à la défendre, qu'ils l'ont confessée au prix de leur sang et ont donné leur vie en témoignage de sa vérité.

Les élus se connaîtront tous entre eux . " Invicem vident et sua societate gaudent in Deo " , dit saint Augustin.

Au titre de membre de l'univers, chaque élu connaîtra tous les anges . Au titre de membre de la cité céleste, il connaîtra les anges bienheureux et toutes les âmes qui participent avec lui à la vision de Dieu.

    S'il est un désir légitime au coeur des saints, c'est bien celui de connaître tous ceux que Dieu a comblés comme eux-mêmes et qui jouissent de sa vision. L'amour charitable exige cette connaissance. Pour peu qu'on ait de charité, dès ici-bas, on se plaît à connaître les merveilles opérées par Dieu dans l'âme des saints. Mais chaque élu aimera profondément tous les élus. Il voudra les connaître, il les connaîtra donc. Chacun voit non seulement la multitude des saints prise en son ensemble, mais encore chacun des membres qui la composent.

    Chaque élu connaîtra au ciel ce qui concerne spécialement son état. On a recours à ce principe pour explorer l'étendue de la science infuse du Christ et celle de la très sainte Vierge Marie. Il vaut proportionnellement pour tous les élus. Il semble donc qu'un bienheureux , fondateur d'ordre, voie en Dieu ou par révélation tout ce qui regarde son Ordre, un père ou une mère de famille tout ce qui intéresse leurs enfants, un Evêque tout ce qui touche au diocèse qu'il a régi,

un Pape tout ce qui concerne la vie de l'Eglise universelle. La théologie catholique nous assure surtout que les saints connaissent par vision ou révélation les prières que nous leur adressons afin qu'ils intercèdent en notre faveur auprès de Dieu.

     D'une manière générale, saint Thomas enseigne comme plus vraisemblable que les âmes des saints qui voient Dieu connaissent tous les évènements d'ici-bas. S'ils doivent attendre jusqu'à la fin du monde certaines révélations spéciales, au moins alors elles seront faites .

         Au jour du jugement, quand le Christ apparaîtra, il leur révèlera les secrets des coeurs jusqu'alors cachés et les informera de tout ce que Dieu connaît par la science de vision. " Rien n'empêche, dit saint Thomas, d'admettre qu'après le jour du jugement, quand la gloire des hommes et des anges sera tout à fait consommée, tous les bienheureux sauront tout ce que Dieu voit par sa science de vision, non en ce sens que tous les élus verraient dans l'essence divine tout l'ordre réel des choses jusqu'au dernier détail, mais en ce sens que, dans ce divin exemplaire, l'âme du Christ verra tout, comme elle fait déjà, les autres plus ou moins de choses, selon le degré de leur gloire, et que l'âme du Christ les instruira et éclairera sur ce qu'elle sait et voit dans le Verbe ( et qu'eux-mêmes n'y voient pas ). C'est ce qui fait dire à saint Jean dans l'Apocalypse que la clarté de Dieu illuminera la cité des bienheureux, que l'Agneau en est la lumière .  De même que les anges supérieurs illumineront les anges inférieurs.

                         Nous espérons donc voir Dieu et voir en Dieu, ou apprendre de lui par son Christ toutes ses oeuvres. Nous espérons contempler l'ensemble et le détail de son dessein et, au moins à partir du dernier jour du monde, connaître toutes les merveilles de grâces accomplies dans  tous et chacun des élus - anges et hommes - pour pouvoir l'en remercier à jamais et nourrir de cette vision notre amour. Par dessus-tout, nous espérons connaître le mystère merveilleux de l'âme et du coeur du Christ, " plein de grâce et de vérité" , "en qui sont tous les trésors de la Sagesse et de la Science de Dieu" , "en qui habite la plénitude de la divinité",  le mystère de la Vierge "pleine de grâce " , " bénie entre les femmes ", éternellement mère de Jésus et notre mère.

rp Lavaud op.

 

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Rédigé par Philippe

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Publié le 27 Octobre 2017

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Publié le 27 Octobre 2017

"heureusement je t'ai toi.. Jean  ! "

prions pour ces futurs évêques...

 

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Rédigé par Philippe

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Publié le 25 Octobre 2017

        

  

 

                              Quand vient l'heure de la mort, à "partir de laquelle on ne peut plus rien faire" de méritoire, l'âme rend compte au souverain Juge de tout le détail d'une vie, jour par jour, minute par minute, seconde par seconde, et aussitôt elle est fixée éternellement dans son degré de gloire, dans sa puissance d'aimer. Dans la vive lumière de l'au-delà, l'âme voit la place d'honneur que le Christ lui a préparée dans son corps glorieux, " dans la maison du Père" . Entraînée par un irrésistible amour, elle s'y précipite en chantant le cantique de louanges sans fin.

Mais hélas! combien souvent les âmes sont arrêtées au seuil de la gloire entrevue où elles commencent de souffrir, parce que toutes les ruines et toutes les blessures du péché, jusqu'aux dernières traces, n'ont pas été réparées et guéries ! 

     A dater de cet instant, dans le Purgatoire, l'âme souffre parce qu'elle voit, avec tout l'amour immense qui l'a conçu, tout le plan divin et la place qu'elle doit occuper dans le corps glorieux du Christ pour contribuer pour sa part à sa plénitude et être à jamais une " louange de gloire " à l'infinie sainteté, à l'infinie bonté, mais une louange de gloire qui doit encore se taire et que brûle comme un feu le désir ardent de mêler sa voix aux hymnes enthousiastes des choeurs célestes.

                      L'âme souffre parce qu'elle sait qu'elle doit voir Dieu, la beauté unique, sans voiles, sans énigmes, dans un face à face éternel.  Et de le sentir enfin si près, tout près, mais toujours caché, elle est torturée d'une faim dévorante qui rend les minutes d'attente longues comme des siècles

                         L'âme souffre parce qu'elle voudrait aimer le Christ Jésus avec tout l'amour dont elle fut aimée, elle souffre parce qu'elle doit entrer, sans le pouvoir encore, dans le corps glorieux du Christ tout rempli de l'Esprit-Saint et par lui aimer Dieu enfin comme il est digne d'être aimé et, dans un acte d'amour indicible se perdre en lui.

                                   Après la rude épreuve de la terre, qui fut une longue attente du Christ aimé dans les obscurités de la foi, après avoir aimé d'amour humain, après avoir vu les mères mourir d'amour pour leurs enfants, et l'Epouse pour son Epoux, cependant que saint Paul disait de l'amour divin:" L'oeil n'a point vu , l'oreille n'a pas entendu, le coeur n'a jamais conçu ce que Dieu prépare pour ceux qui l'aiment", après tout cela, sentir que le Christ est là, tout près, le coeur tout palpitant d'amour, les bras grands ouverts pour l'accueil, mais qu'il n'est pas l'heure encore, l'âme est tout envahie par le feu le plus ardent qui la consumerait s'il ne devait achever de la purifier avant de la livrer à l'éternelle possession dans les torrents des voluptés divines.

                          Réjouissez-vous donc dans cette espérance, chères âmes des fidèles trépassés, tout le corps mystique du Christ vient à votre secours.

Oui, pleurons nos morts, nos chers morts: le Christ pleura son ami Lazare avec Marthe et Marie; mais que nos larmes ne soient pas stériles. Ne cessons pas d'aimer nos morts . Sauvons nos morts !

 Sauvons nos morts par nos prières et par toutes les indulgences innombrables qui leur sont applicables surtout par le chapelet, le chemin de la croix . Sauvons nos morts par la plus grande prière qui soit au monde, par le saint sacrifice de la messe .

   Sauvons nos morts par nos efforts de collaboration à toutes les bonnes oeuvres ... Sauvons nos morts par nos bonnes oeuvres personnelles et cachées, par nos aumônes ignorées du public, par nos pénitences et sacrifices volontaires... Sauvons nos morts, tous les jours par nos efforts attentifs et persévérants...

" O Vie ! combien d'hommes  tu as déçus ! combien tu en as séduits! combien aveuglés ! On te voit, mais tu n'es qu'une ombre ! tu t'exaltes, mais tu n'es que fumée! Douce aux insensés, amère aux sages... Ceux qui t'aiment ne te connaissent pas; ceux qui te méprisent te comprennent vraiment. Tu n'es pas vérace, mais menteuse... Qu'es-tu donc, ô vie humaine ? Tu es la  voie des mortels, et non leur vie; la voie qui conduit à la vie; longue pour les uns, brève pour les autres; large et joyeuse pour certains, étroite et morne pour d'autres.  Tu es tellement séduisante que bien peu te regardent comme une voie.. Tu es un lieu de passage et non un lieu de séjour, ô misérable vie humaine ! On ne séjourne point dans une voie: on y marche; et l'on y marche pour parvenir à la patrie. Pourquoi donc, ô vie mortelle ! es-tu recherchée et aimée ? Tu es aimée et recherchée par les insensés et les égarés; au contraire, les prudents et ceux qui désirent se sauver te repoussent. Il faut donc te craindre et t'éviter, puisque tu es si fugitive, si incertaine, si brève; toi qui t'évanouis comme une ombre, comme une nuée, comme un néant ! Puisque donc que tu n'es rien, on doit te parcourir prudemment comme des voyageurs qui veulent atteindre la vraie patrie . rassurés quant au chemin parcouru, avisés pour celui qui reste à parcourir. A quoi sert de monter, si l'on n'atteint pas le  sommet? "

St Colomban.

 

 

 

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Rédigé par Philippe

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Publié le 25 Octobre 2017

 

 

                      A qui d'entre nous n'est-il pas arrivé, après la mort d'un ami ou d'un parent aimé, de se laisser surprendre par des regrets bien amers ? " Si j'avais su qu'il était si près de sa fin! Quand je l'ai vu pour la dernière fois, quand nous nous sommes quittés sur des paroles dérisoires, alors, il aurait fallu que je lui parle, que j'aborde avec lui la question de l'avenir et de la mort,  que je recueille ses volontés dernières, que je lui demande pardon, ou, du moins, que je lui exprime je ne sais comment tout cet amour dont nous n'avions jamais parlé et qu'il ignore peut-être! Si j'avais su !  Mais il est trop tard. Oh! quel regret que celui de n'avoir pas pu se livrer dans la vérité , regret qui vous pèsera toujours ! "

                             A cette première impression s'en ajoute une seconde, qui est celle d'un profond, d'un définitif silence. Ce n'est pas un voile, comme généralement on le dit car derrière un voile on voit se profiler des ombres, on entend des murmures, des frôlements. Non c'est une muraille, c'est le roc du sépulcre. Et personne ne soulèvera cette pierre. Mon mort, je ne sais plus ni où il est, ni ce qu'il fait. Et celui qui était hier auprès de moi, aussi ignorant de la vie éternelle que je le suis présentement, perdu comme moi dans des soucis mesquins, il vit dans le royaume de Dieu,  il fait des expériences telles que si jamais il revenait de la mort et qu'il voulût me raconter l'au-delà, il ne trouverait plus dans notre vocabulaire aucun mot pour s'exprimer. Entre lui et moi, quelle différence d'horizon et de vie ! Je suis là, heureux; et peut-être qu'il souffre. Je peine, et il jouit. Pense-t-il à moi? Est-il comme perdu en Dieu?

                                             C'est là que l'Eglise nous console et nous accueille; c'est là qu'elle nous donne satisfaction, sans pourtant percer le mystère qu'il n'est sans doute pas en notre pouvoir d'accueillir. La nature, dit quelque part Hugo, sait le grand secret et elle en sourit . Le Christ aussi, il le sait; et l'Eglise , qui est son visage sourit.

                                           A ce regret devant l'irréparable, l'Eglise répond par sa présence.

                                           Nous ne pouvons plus communiquer avec nos morts, cela est certain. L'Eglise nous le rappelle en nous interdisant ces  expériences qui ne mènent qu'à du trouble: le spirite n'est qu'une caricature du spirituel.

                                  Mais, si nous n'avons plus les moyens de communiquer, nous avons toujours la possibilité de communier avec eux. La communion, c'est la communication dans le mystère; on n'y éprouve rien de sensible, on ne cherche pas même à sentir, mais on s'appuie sur la certitude pure: on a la foi , et cela suffit. C'est la foi, selon l'Epître aux Hébreux, qui nous donne la substance de ce qui est invisible et inapparent. Et l'Eucharistie porte à sa plénitude cette communion avec les morts, car elle nous offre Celui qui est avec eux ou plutôt Celui en qui tous ils demeurent .

                                       Nous pouvons penser qu'en Lui ils nous voient, qu'en Lui ils pénètrent dans ce que nous avons de plus secret, qu'en Lui ils retrouvent ce que nous n'avons pas su leur dire, qu'en Lui enfin ils nous aiment beaucoup mieux que nous ne nous aimons nous-même.

                                          C'est là que l'âme enfin trouve sa paix, quand elle renonce à palper et à correspondre, pour vivre de la foi seule, pour adhérer au Christ et pour attendre.

                                             La présence du Christ est une présence qui n'est pas perçue, et pourtant l'âme chrétienne ne doute pas qu'il soit là. Les sacrements sont comme des organes par lequel l'âme le frôle et le touche. La méditation de l'Evangile ressuscite son image. La vie de l'Eglise nous montre son opération dans les âmes singulières et dans les masses. Enfin, ce n'est point un être du passé. Non, nous ne cherchons plus parmi les morts celui qui est parmi les vivants.

                                                Nos morts vivront et revivront quand nous accepterons de les voir dans le corps du Christ et de les associer à sa vie. Ne les imaginons plus dans le seul passé; ils sont associés à la vie du Christ éternel; ils sont comme des médiateurs qui nous aident à nous rendre intime le Médiateur. Entre eux et Lui un échange d'être se fait. Ils lui donnent de s'enraciner davantage en nous, car à mesure que s'accroît le nombre de nos morts, le Christ nous devient plus substantiel. En revanche, Jésus ressuscite en quelque sorte nos morts en les faisant participer à sa mystérieuse vie: la mutation de leur vie en sa vie en fait d'incomparables présents.

                                          

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Rédigé par Philippe

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Publié le 23 Octobre 2017

Rédigé par Philippe

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Publié le 23 Octobre 2017

" soyons fiers de la Croix de Notre-Seigneur Jésus Christ . Dieu seul suffit. "

 

nb : erreur sur la vidéo, il s'agit bien du mois d'Octobre et non de Novembre..

Dimanche 22 octobre 2017 - Homélie de Mgr Castet, en la cathédrale Notre Dame de l’Assomption, en la fête de St Jean-Paul II.
 
Bien chers frères dans le Christ,
Dieu nous donne de célébrer cette messe au jour où l’Eglise fait mémoire du Saint Pape Jean-Paul II.
 
Celui qui a croisé nos pas en Vendée, lorsqu’il a souhaité se recueillir auprès du tombeau de Saint Louis-Marie Grignion de Montfort, a profondément marqué et inspiré mon engagement sacerdotal.
Sa personnalité rayonnante, l’exigence de sa vie spirituelle, la clarté de ses enseignements, son témoignage vigoureux, sa grande confiance dans l’avenir, fruit d’une Espérance inébranlable ainsi que son appel à l’urgence de la mission ont déterminé les choix que j’ai posés dans les ministères que la Providence m’a confiés.
Evoquer celui que l’on a qualifié de « grand » mériterait que l’on s’attarde au-delà du cadre nécessairement restreint de l’homélie. Je ne retiendrai cet après midi que quelques éléments, certes incomplets, qui me semblent le caractériser tout en interrogeant notre état de disciple missionnaire.
Je les cite :
- un amour passionné, quasiment charnel de sa terre et de notre terre
- « le soldat du Christ » au sens paulinien de l’expression
- le héraut de la Vérité
- le disciple présent au pied de la croix
- le docteur précis, clair et courageux.
 
Un amour passionné, quasiment charnel de sa terre et de notre terre
 
L’on prête à Bernanos, évoquant le terme de son pèlerinage terrestre et pressentant l’inévitable éloge pieux qui l’accompagnerait, cette affirmation impertinente : « Surtout, n’oubliez pas de dire que j’ai beaucoup aimé cette terre ».
Le Saint Pape Jean-Paul II a beaucoup aimé ce monde. Il a beaucoup aimé ceux et celles qu’il lui a été donné de rencontrer. Il a témoigné, à maintes reprises, d’amitiés fécondes qui lui ont permis de se construire. Ses fidélités ont été forgées dès le temps de la jeunesse dans le cadre d’une patrie saccagée successivement par deux idéologies violentes, dogmatiques, froides et mensongères.
 
Loin de se laisser broyer par ces forces aveugles et insensées, refusant de devenir selon le mot d’un prix Nobel hongrois de Littérature, un « être sans destin », il a perçu au sein des ténèbres le message du Christ, soleil levant, lumière qui éclaire tout homme venant en ce monde. Lui seul illumine et donne sens ! Rien ne peut le masquer aux yeux de celui qui persévère, ni le mensonge, ni la bêtise de ceux qui aboient avec les loups, ni même la mort.
Fils d’une patrie dont la culture s’est élaborée à l’intérieur de l’acte de foi, purifié à l’épreuve du feu, guidé par des témoins courageux intrépides et fidèles, il a constaté très tôt que lorsque l’on touche à l’essentiel, le compromis équivaut à la trahison.
 
Il a aimé sa terre, ses paysages, son âme et sa culture. Il a compris son histoire, non pas à la manière des médiocres qui considèrent le temps court et l’immédiateté, mais en tenant compte de la longue durée, qui seule permet de percevoir l’œuvre de Dieu. Ainsi, il n’a jamais succombé à la tentation de confondre les épreuves inévitables et la fin du monde.
 
Comment un tel homme, saisi par Dieu, mais prenant au sérieux la réalité de l’Incarnation n’aurait-il pas aimé ce qui fait la joie des hommes : le goût du beau, les amours fondateurs, la fécondité de l’amitié, la mémoire des jours heureux, la splendeur de la création, telle que seul celui qui la découvre dans l’effort peut la percevoir.
 
Certains affirment que l’amour d’une terre, la prégnance des souvenirs et l’attachement aux racines rétrécissent l’esprit et limitent l’aptitude à comprendre l’universel ou même les différences.
 
Bien au contraire, seul l’homme qui sait dire d’où il vient parce qu’il aime, qu’il se souvient et qu’il compatit, est capable d’ouvrir son cœur à l’universel. Campé dans une identité solide, il peut comprendre l’autre sans céder à la peur irraisonnée de la rencontre. Ce qui est juste de la relation humaine, l’est aussi dans le domaine intellectuel et dans celui du débat d’idées. La personne qui reconnait paisiblement son identité connait les raisons de sa sécurité et peut alors affronter les contradictions et les débats de manière sereine. Bref, seul celui qui admet et aime sa singularité peut prétendre à comprendre l’universel.
 
Méfions-nous des hommes qui se déterminent dans une froide logique, sans famille, sans amis, sans patrie. En négligeant l’enracinement humain et les affections qui, seuls permettent de saisir et de comprendre l’intime, ils risquent de conduire le monde au désastre dans l’obéissance à de froides utopies nées de l’imaginaire d’une introspection désincarnée.
 
Dans quelques jours, le monde se souviendra avec tremblement de la révolution d’octobre, pathétique évènement suscité par une mécanique froide de la pensée. Pendant des décennies, l’humanité a été broyée au nom d’une conception désincarnée et mécaniste de l’histoire. Dieu nous garde d’une telle dérive ! Ne l’oublions jamais, l’homme désincarné devient rapidement un homme sans Dieu.
 
Le soldat du Christ, au sens paulinien du terme
 
Comment, en considérant le ministère du saint pape Jean-Paul II ne pas songer à l’injonction paulinienne : « Saisissez-vous de l’armure de Dieu, afin qu’au jour mauvais, vous puissiez résister et demeurer debout, ayant tout mis en œuvre. Debout donc ! A la taille, la vérité pour ceinturon avec la justice pour cuirasse et comme chaussures aux pieds, l’élan pour annoncer l’Evangile de la paix. Prenez surtout le bouclier de la foi, il vous permettra d’éteindre tous les projectiles enflammés du malin. Recevez enfin le casque du salut et le glaive de l’Esprit, c'est-à-dire la Parole de Dieu » Eph 6,13/17.
Docile à ce conseil de l’apôtre Paul, le Saint Pape a compris, vécu et enseigné la tonalité exhortative du Concile Vatican II, dont il a été l’un des acteurs principaux. Comment en effet, l’Eglise pourrait-elle être fidèle à l’intention fondatrice du Maître, si elle oubliait que sa mission première est d’annoncer aux hommes à temps et à contre temps le Salut apporté par Jésus Christ ? « Allez donc de toutes les nations, faites des disciples et baptisez-les, au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. » (Mt 28, 19)
 
Dès sa première apparition au balcon de la basilique Saint Pierre de Rome, au jour de son élection au pontificat suprême, le pape Jean-Paul II lançait cette imploration évangélique, qui résonne, de l’annonce de la nativité à l’entrée du tombeau vide. Elle deviendra rapidement le leït-motiv emblématique de tout son pontificat : « Ne craignez pas
 
Il ne s’agit pas seulement d’une parole réconfortante, comparable à celle de l’ami bienveillant soutenant un proche abattu. Elle apparaît comme une parole d’Espérance, fondée sur une foi vive dans le Christ, vainqueur de la mort. Disciples du Maître de la vie, rien ne saurait nous effrayer : « si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ? ».
 
Ne craignez pas. N’écoutez pas les prophètes d’un monde qui meurt et qui veulent vous condamner à devenir les gestionnaires tranquilles d’une réalité qui s’étiole.
 
Ne craignez pas. Vous tenez entre vos mains le trésor inestimable recherché par tout homme, même s’il semble l’ignorer ou le rejeter. Certes, autour de vous des voix s’élèvent, invitant à baisser les bras ou à vivre de petits mais lâches compromis qui ne constituent que les prémices de la renonciation. Ne les écoutez pas.
 
Ne craignez pas. Celui qui a fait irruption dans la vie de tant d’hommes et de femmes, bouleversant projets, perspectives et compréhensions, Celui qui a conduit tant de ses amis à exprimer le sublime dans la vie quotidienne, mais aussi par l’incomparable beauté de la sainteté, Celui qui a permis aux esprits d’exception de transcrire le message évangélique dans l’art ou dans la création littéraire, comment ce Jésus ne pourrait-il plus intéresser aujourd’hui les hommes de notre temps ?
 
Au point où parvient notre réflexion, une question radicale se pose : est-ce bien Lui que nous annonçons ? Ou bien nous contentons-nous d’une pâle image, conforme à l’esprit du temps. Souvenons-nous de la prédication enflammée de Saint Louis-Marie Grignion de Montfort.
Elle nous prémunit contre toute conformité à la pensée commune : « Les mondains s’écrient : la vie, la vie ! La Paix, la paix ! La joie, la joie ! Mangeons, buvons, chantons ! Dieu est bon ! Dieu ne nous a pas crées pour nous damner. »
 
Parlons-nous véritablement avec les mots de Jésus ? Agissons-nous à sa manière ? Aimons-nous comme Il aime ? Il n’y a pas d’autre chemin pour l’évangélisation que la conformité à la parole du Maître : « Celui qui veut venir derrière moi qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive. » Ne nous laissons pas piéger par un discours qui craint de bousculer, sinon jamais nous ne révélerons aux hommes la Sagesse véritable. Au cœur de la mission, nous ne devons garder qu’une seule préoccupation : revenir au cœur de la foi et annoncer clairement la bienheureuse Espérance.
 
Pasteur infatigable, le saint pape Jean-Paul II a multiplié les rencontres, les initiatives, les actes courageux et prophétiques. Sachant qu’ils sont bien vite oubliés, il n’a pas tenu compte des avis des prophètes de malheur, ceux qui se contentent de considérer l’avenir de l’Eglise à l’aune de l’analyse sociologique, dans un regard trop humain.
Avançant hardiment, faisant fi des critiques des tenants du « On l’a déjà fait » ou du « cela ne marchera jamais », il a su mobiliser les forces nécessaires pour susciter l’élan de la nouvelle évangélisation, invitant tout disciple à devenir disciple missionnaire et le plaçant dans la perspective d’une Eglise en croissance.
 
Le héraut de la Vérité
 
Confronté dès sa jeunesse, aux idéologies de l’illusion, de la violence et du mensonge, le jeune Karol a entrevu très tôt la splendeur de la Vérité. Cette illumination a nourri sa foi, fortifié son espérance et stimulé sa charité.
 
Aujourd’hui, il n’est pas de bon ton de parler de la Vérité. Les idéologies païennes nous ont habitué depuis des décennies à user des termes fondateurs en utilisant le pluriel afin d’imposer insensiblement le relativisme de la pensée. Ainsi l’on parlera plus volontiers des vérités.
 
Avec le primat proclamé de l’expérience subjective, seuls les points de vue personnels découlant des expériences multiples paraissent avoir droit de cité. Dans cette perspective, toute vérité devient flexible, stratégique et se contente d’exprimer le fait social et ses évolutions.
 
Notre compréhension chrétienne de la vérité est radicalement différente. A la question goguenarde et sarcastique de Ponce Pilate : « Qu’est ce que la Vérité ? » Jésus répond comme par anticipation « Je suis le chemin, je suis la vérité …», affirmant par l’emploi du « Je suis » biblique que la vérité se trouve en Dieu. Par Jésus, icône du Père, celle-ci est dévoilée au monde, par Lui nous sommes conduits jusqu’à elle.
 
Quelle est la nature de cette vérité ? Elle ne constitue pas une réalité univoque que l’on peut totalement appréhender, à la manière de ces vérités scientistes que l’on découvre dans l’exercice d’une froide logique formelle.
Par ailleurs, le Christ prémunit ses amis contre la tentation d’une vérité construite dans la confrontation des points de vue. Souvenons-nous, à Césarée de Philippe, après que chacun ait énoncé ce qu’il a cru comprendre, sa parole se fait tranchante lorsque Pierre le reconnait comme Messie « Ce n’est pas la chair et le sang (pour parler clair : ton humanité ou ton point de vue) qui t’a révélé cela, mais mon Père qui est aux cieux. » Mt 16-17
 
La Vérité dont nous parlons est donc reçue de Dieu, révélée par Jésus Christ, transmise par l’Eglise assistée par l’Esprit Saint. Saint Thomas d’Aquin nous éclaire au début de la Somme théologique : il affirme substantiellement que la vérité n’est connue que de manière allégorique, c'est-à-dire véritablement désignée et nommée, mais jamais totalement saisie. Autrement dit, tout en étant orienté dans la juste direction, nous demeurons toujours en-deçà de l’objet désiré, sans jamais le posséder. Nous entrevoyons donc sa splendeur, mais notre esprit demeure insatisfait dans un désir de toujours mieux connaître et comprendre. Ainsi nous pouvons discerner le vrai, l’enseigner et éviter les errances, sans avoir pour autant la prétention de le posséder.
 
En fait, le juste mode de connaissance de la vérité s’apparente à la contemplation. Il ne peut demeurer cérébral, puisque dans la rencontre du vrai nous sommes transformés par Celui qui nous le révèle. Cette conception de la vérité bouleverse donc nos comportements. Elle nous conduit sur les chemins de la conversion. Ainsi, il n’est pas d’autre voie que d’agir en conscience, c’est-à-dire en conformant notre cœur, notre âme, notre esprit et même notre volonté aux exigences de ce qui nous est révélé par un Dieu qui veut notre bonheur.
 
Le disciple présent au pied de la Croix
 
 
Choisir un blason épiscopal n’est jamais anodin. Celui du saint pape Jean-Paul II est éloquent. Il désigne Marie, fidèle et aimante, mère au pied de la Croix. L’âpreté du monde et les graves circonstances dans lesquelles le Seigneur a façonné et pétri son serviteur aident à comprendre ce choix qui désigne l’heure décisive du Vendredi Saint. Balloté au vent de l’histoire, comment le jeune Karol Wojtila n’aurait-il pas perçu la permanence du mystère d’iniquité surgissant dans l’histoire tourmentée des hommes de son temps ? Eduqué par Saint Louis-Marie à l’école de la Sagesse véritable, celle de la Croix, folie aux yeux des hommes, il a perçu très tôt que tout véritable disciple «achève en sa chair ce qui manque aux détresses du Christ…en faveur de son corps qui est l’Eglise » Col 1-24. Sans participer au mystère de la Croix, le disciple ne peut vivre qu’une apparence de vie chrétienne. Il demeure dans les balbutiements de la vie spirituelle.
 
Ce qui est vrai du destin individuel se vérifie dans la naissance et le développement des institutions chrétiennes. Aucune réussite, comme Jésus l’évoque dans la parabole de l’arbre et des bons fruits, ne procède jamais d’une belle organisation ou d’une action performante : « si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul ; mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruit » (Jn 12, 24). Ainsi, c’est bien dans la configuration au mystère de la Croix, par une vie donnée et dans un amour qui ne se reprend pas, que le Seigneur nous pétrit, nous façonne et nous ouvre les portes de la vie.
 
Le Stabat Mater, Marie se tenant debout au pied de la Croix, apparait comme le temps fondateur auquel participe tout disciple authentique. Saint Jean, l’apôtre fidèle figure chacun d’entre nous. Témoin de l’amour suprême de Celui qui donne sa vie pour ceux qu’Il aime, Il reçoit la Vierge Marie pour mère avant de devenir témoin de l’inconcevable, l’amour d’un Dieu qui épouse la condition humaine jusqu’à l’heure de l’épreuve, de l’anéantissement et du désarroi.
Sans cette expérience crucifiante des ténèbres est-il possible de devenir le témoin indéfectible, par delà les épreuves et les contradictions, d’un Dieu dont le cœur aime au-delà de toute limite ? Ecoutons une nouvelle fois Saint Louis-Marie Grignion de Montfort : « Courage ! Si Dieu est pour nous, en nous et devant nous, qui sera contre nous ? Ce qui est en nous est plus fort que ce qui est dans le monde ! » (Lettre aux amis de la Croix)
 
Soyons fiers de la Croix de notre Seigneur Jésus Christ ! Qu’elle demeure dans nos maisons, dans et sur nos édifices chrétiens, à la croisée de nos chemins, dans nos établissements d’éducation, le signe de notre relèvement. Ils ne se trompent pas ceux qui pour rejeter le Christ veulent effacer le signe de la Croix de l’espace public ! Ne craignons pas l’image forte de Celui qui donne sa vie, elle demeure le discriminant entre ceux qui veulent emprunter les larges chemins et ceux qui veulent suivre le Christ.
 
Le docteur précis, clair et courageux
 
L’enseignement riche et multiforme du pape Jean-Paul II nous permet de comprendre les mystères de Dieu et nourrit la foi de l’Eglise. Prenant ses distances avec les théologies simplistes de la discontinuité ou celles des dérives néfastes qui ont confondu, par imprégnation des idéologies dominantes, la liberté dans le Christ et la libération, il a su inscrire sa pensée dans une herméneutique de la continuité de la réflexion chrétienne et dans une juste compréhension du développement organique de la théologie dogmatique. Acteur majeur du Concile Vatican II, il savait combien la réflexion de cette assemblée plongeait ses racines dans une antériorité féconde. Il savait également que l’élaboration théologique comme les modes d’action pastoraux ne pouvaient pas se fossiliser au lendemain de ce moment décisif. La vie de l’Eglise avance, elle épouse l’histoire des hommes, se nourrit des situations nouvelles et ouvre des chemins inattendus sous la motion de l’Esprit.
 
Fin connaisseur de l’histoire de l’Eglise, il savait qu’en tout temps les Conciles n’ont été véritablement reçus et vécus que dans la longue durée. Trop perspicace pour ne pas tomber dans le piège de ceux qui établissent un temps particulier de l’Eglise comme norme, il a résolument ancré sa réflexion théologique dans un dialogue exigeant avec la pensée de son temps et dans une fidélité inébranlable à la longue tradition vivante de l’Eglise.
 
Au jour de sa canonisation, le pape Jean-Paul II a été qualifié de « pape de la famille ». Si cette expression est juste, il a toutefois été beaucoup plus que cela. Il demeurera l’exégète lumineux de l’Evangile de la Vie, liant avec clarté à la suite de son anté-prédécesseur amour et responsabilité.
 
Choisi par la Providence pour exercer le ministère de Pierre, celui qui selon l’avertissement du Seigneur devait être conduit même là où il ne voulait pas aller, il s’est toujours exprimé clairement dans tous les contextes, même défavorables, comme un père exigeant, conscient que la règle de la pensée ne pouvait en aucun cas se trouver dans la recherche de la popularité ou dans la crainte qui conduit à l’acquiescement devant l’agitation tapageuse des faiseurs d’opinion.
 
Par ses nombreux voyages et plus particulièrement par sa grande proximité avec la jeunesse, le pape Jean-Paul II a su rendre l’appel à la conversion, pourtant exigeant, aimable et par là recevable, sans l’édulcorer.
 
Pardonnez-moi deux souvenirs personnels. Je me souviens que, surpris de trouver en 1981 un de mes anciens élèves au grand rassemblement du Parc des Princes, prémices des JMJ, celui-ci a répondu à mon étonnement : « ce n’est pas parce que je ne parviens pas à vivre ce qu’il enseigne, que je ne souhaite pas entendre une parole authentique ». Un dernier mot pour signifier combien ce pasteur infatigable a su toucher le cœur des hommes. Au jour de sa sépulture, je me suis rendu à Rome. Perdu dans une foule de deux millions de fidèles, je rencontre un couple, apparemment atypique, qui me confie avec simplicité et profondeur : « Il est venu chez nous, alors nous sommes venus ».
Permettez-moi pour terminer de retenir l’expression de son regard malicieux, celui d’un homme qui sait que la figure de ce monde et ses certitudes péremptoires passent, emportées au vent de l’histoire.
« Dieu seul suffit ».
N’étant pas un grand familier des mercis qui attirent les bravos multiples, je souhaite simplement et sincèrement vous exprimer ma gratitude pour ces presque dix années passées parmi vous.
Dans les joies comme dans les peines, Dieu m’a pétri selon son cœur.
Que Dieu vous bénisse et vous garde.
 
+ Alain Castet, évêque émérite de Luçon
 
merci , pour le texte. !!!

 

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Rédigé par Philippe

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Publié le 22 Octobre 2017

 

 

 

 

photos petit placide

après une homélie vraiment  splendide, ! une cathédrale pleine à craquer, journée de très forte émotion avec en fin de liturgie les applaudissements de tous ses fidèles.  j'ai vraiment senti une affection pour moi , d'un autre ordre  , merci beaucoup.  .. des fidèles qui pleuraient aussi, une dame entre autre, un jeune assis recroquevillé par terre, effondré,  dans les chapelles latérales..

.  

un évêque aux larmes jamais vu , c'est  plein de grâces et source de bénédictions pour la terre de Vendée ! " Aujourd'hui, si vous entendez sa voix, n'endurcissez pas votre coeur... " de nouveaux appels à une vraie conversion du coeur et de l'esprit.

Merci Monseigneur , bon courage.  avec l'assurance de nos prières.

diocèse de Luçon

Vendée. L'émouvante messe d'au revoir à Monseigneur Castet

Ce dimanche, une messe d’au revoir a été célébrée à la cathédrale de Luçon pour Mgr Castet. Plus de 600 fidèles étaient là. L’émotion aussi…

Ce dimanche 22 octobre, la cathédrale Notre-Dame de Luçon est déjà comble bien avant l’heure de la messe d’action de grâce et d’au revoir à Mgr Castet.

Les regards se tendent vers celui qui, durant neuf ans, a été l’évêque du diocèse de Luçon. Alain Castet a souhaité une messe toute simple. Toute sobre. 

ouest france

Ils étaient plus de 600, réunis ce dimanche dans la cathédrale de Luçon. Une cérémonie "d'action de grâce" de deux heures pour saluer Monseigneur Castet. L'évêque de Luçon a décidé de démissionner après neufs années en Vendée.

Il a fallu rajouter des bancs. Et malgré ça, il y avait encore du monde debout. Il y avait plus de 600 personnes dans la cathédrale de Luçon pour dire au revoir à leur évêque, Monseigneur Castet, ce dimanche. Certains avaient fait plus de 50 minutes de route pour être là. Et tous étaient d'accord pour dire qu'ils allaient le regretter.

"Comme la messe de Noël, mais avec l'émotion du départ en plus"

"C'est comme la messe de Noël, mais avec la tristesse du départ en plus", résume un paroissien. "Il a réussi à faire un beau rassemblement cet été pour les 700 ans du diocèse et, grâce à lui, on s'est senti davantage chez nous dans l'Eglise de Vendée", poursuit une jeune femme. Face à la foule, Monseigneur Castet est rattrapé par l'émotion.

Il termine son homélie avec la voix nouée. "Il pleurait", raconte Pascal. Une homélie plus longue que d'habitude : une demie-heure au lieu des huit minutes habituelles.

france bleu

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Publié le 22 Octobre 2017

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