Jésus court à la mort. Un disciple suit de loin pour voir la fin. Mais quelle fin? Sera-ce de la vie, ou bien de l'amour? Des tourments ou de la charité? L'un et l'autre est véritable. Jésus ayant aimé ceux qui sont à lui, il les aime jusqu'à la fin, c'est-à-dire jusqu'au dernier tourment, jusqu'à la dernière période de sa vie et jusqu'à la mort; mais aussi il les aime jusqu'à la fin de l'amour, qui n'a point de fin. Tous les amours des hommes ont trouvé leur tombeau en la mort; celui de Jésus y a trouvé la vie. Il a triomphé du sépulcre et il a vaincu l'enfer, qui, jusqu'alors , avait emporté les plus riches dépouilles de la terre.
"La nuit s'enfuit en la présence de vos lumières, et l'ignorance n'a pas lieu d'être ni de lieu là où vous éclairez. Vous pénétrez jusque dans les plus noires obscurités des consciences, et la porte des plus secrets des coeurs, non plus que les replis des esprits, ne vous sont point fermés. Vous ne pouvez rien apprendre de personne, puisque vous êtes le soleil de toutes choses et qu'il n'y a que Vous seul qui compreniez l'infinité, l'immensité, l'immutabilité et l'éternité de votre être. "
" Dieu a ordonné à ses anges de vous garder dans toutes vos démarches.. "
ad laudes
" L'ange du Seigneur vous protège, et puis vous avez Jésus Sacramenté...
" Agissez virilement et que votre coeur se réconforte. Faites tout dans la charité. (1 Cor. 16, 13,14)
C'est la recommandation que nous entendons chaque matin de Férie après Matines. " Sois un homme Polycarpe" : telle a été la voix venue du Ciel quand Polycarpe est parvenu au lieu de son supplice... "
dom François Henry. osb + 1990.
" Il est le seul, je Lui ai tout donné. Si je regarde du côté de la terre je vois la solitude et même le vide, car je ne puis dire que mon coeur n'ait pas souffert; mais si mon regard reste toujours fixé sur Lui, mon Astre lumineux, oh alors tout le reste disparait et je me perds en Lui comme la goutte d'eau dans l'Océan. C'est tout calme, tout apaisé, et cela est si bon, la paix du Bon Dieu... " elle dépasse tout sentiment. "
le roucoulement de la tourterelle se fait entendre,
sur notre terre.
Le figuier forme ses premiers fruits
et les vignes en fleur exhalent leur parfum. "
Cant. 2, 11,13
"J'étais allée chercher de l'herbe dans mon jardin,
Je n'y trouvai que ronces et épines... " mais l'âme du Cantique des Cantiques soupire...
" Que mon Bien-aimé entre dans son jardin,
qu'il en goûte les fruits délicieux. "
Cant . 4,16
En moi est son jardin de plaisance. Mon Bien-aimé est en moi le muguet, et mon jardin fermé est rempli de ses parfums. Au milieu de mes mauvaises herbes, je vois poindre les bourgeons florissants de ses perfections.
" Je suis comme un cyprès verdoyant. "
Os. 14, 9
Seigneur, c'est là que je veux m'unir à vous.
Disons ensemble:
" Il est heureux que nous soyons ici..."
" Dans l'âme unie à Dieu, c'est toujours le printemps. "
saint Curé d'Ars.
l'amour de Dieu pour sa fiancée est un perpétuel recommencement, un chant toujours nouveau, un printemps éternel.
Qu'avez-vous commis, très doux enfant, pour être jugé ainsi? Qu'avez-vous commis, très affectueux jeune homme, pour être ainsi traité? Quel est votre crime, quel est votre tort, quel est le motif de votre mort, l'occasion de votre condamnation?
C'est de ma blessure que vient votre douleur, c'est ma faute qui vous a tué. C'est moi qui me suis donné les coups, c'est vous qui en souffrez, votre crucifixion est le fruit de mon travail. C'est moi qui ai mérité votre mort, c'est de mon infamie que vous portez le châtiment. O admirable punition, ô mystère ineffable! Le vicieux pèche et c'est le vertueux qui est puni; le coupable accomplit les délits et c'est l'innocent qu'on fouette; l'injuste offense , et on condamne le juste; ce que mérite le méchant, c'est le bon qui le subit; ce que consomme le serviteur c'est son maître qui le paie; ce que commet l'homme, c'est Dieu qui en supporte les conséquences.
Jusqu'où s'est abaissé, Fils de Dieu, votre humilité? Jusqu'où a brûlé votre charité? Jusqu'où est allée votre bonté? Jusqu'où s'est élancée votre bienveillance? Jusqu'où a atteint votre amour? Où est parvenue votre compassion? C'est moi qui ai violé la justice et c'est vous qui payez l'amende; j'ai perpétré le crime et c'est vous qui êtes puni; j'ai accompli le forfait et vous vous soumettez à la torture; je me suis enorgueilli et vous vous humiliez; je me suis enflé , et vous vous rapetissez : j'ai désobéi et vous effacez par votre obéissance le méfait de ma désobéissance; j'ai cédé à la gourmandise, et vous souffrez la faim; l'attrait de l'arbre m'a entraîné au péché, votre charité parfaite vous convie à la Croix; j'ai porté la main sur le fruit défendu, vous avez subi l'instrument du supplice; je me suis régalé de cette nourriture, vous jeûnez sur le gibet; je me délecte dans la jouissance, vous êtes déchiré par les clous; je goûte la douceur de la pomme, et vous l'amertume du fiel; Eve en riant prend part à mon plaisir, Marie en larmes à votre douleur.
Voici, Roi de gloire, voici paraître mon impiété et briller votre piété, voici rendues évidentes mon injustice et votre justice. Que vous rendrai-je , ô mon Roi et mon Dieu, pour tous les bienfaits dont vous m'avez comblé? Car on ne peut trouver dans le coeur de l'homme une réplique digne de telles faveurs.
Est-ce que toute la sagacité humaine pourrait inventer quelque chose de comparable à la miséricorde divine? Et il n'est pas au pouvoir de la créature de fournir par ses travaux une juste contrepartie aux secours qu'elle reçoit du Créateur; mais cependant dans votre admirable providence, ô Engendré de Dieu, vous avez laissé à ma fragilité un besoin à satisfaire ce qu'elle fera si , recevant en esprit la componction qu'apporte votre visite , elle crucifie sa chair avec ses vices et ses concupiscences; et lorsque vous le lui avez accordé, elle commence en quelque sorte à souffrir avec vous pour vous, puisque vous-mêmes avez daigné mourir à la place du pécheur.
Et ainsi remportant sur elle-même cette victoire intérieure, à votre suite elle se fortifie pour la palme intérieure; car étant venue à bout de la persécution spirituelle, elle ne craint plus d'être soumise pour votre amour au glaive matériel. Par ce moyen , la petitesse de sa condition si elle se rend agréable à votre bonté, aura le pouvoir de répondre, dans la mesure de ses forces, à la grandeur du Créateur.
C'est là le remède céleste, bon Jésus, c'est là l'antidote que nous a préparé votre amour. Je vous en supplie, par vos oeuvres de miséricorde de jadis, versez sur mes blessures l'onguent qui pourra neutraliser l'infection venimeuse qu'y a causée la vipère et me rendre à mon intégrité première; faites qu'ayant goûté le nectar de votre suavité, je méprise de toute mon âme les séductions de la prospérité qu'offre le monde, et ne redoute de sa part à cause de vous aucune adversité; et qu'enfin , me souvenant de la noblesse éternelle, j'éprouve une répugnance persévérante pour les vents de l'enflure éphémère d'ici-bas.
Que sans vous, rien, je vous en prie, ne me soit agréable, que rien ne me plaise, qu'aucun trésor, qu'aucune beauté ne m'agrée, hormis vous. Que toutes choses, si je ne vous y trouve pas, soient viles à mes yeux, que toutes mes soient un objet de dédain. Que soit pénible pour moi ce qui vous est contraire; et que pareillement soit insatiable mon désir de ce qui vous plaît . Que la joie sans vous me soit ennui; et que mon bonheur soit d'être attristé pour vous. Que votre nom soit mon réconfort, et votre souvenir ma consolation; Que mon pain, ce soient les larmes que je verserai nuit et jour en scrutant votre justice; que j'estime votre loi un bien pour moi au-dessus de monceaux d'or et d'argent. Que j'aime à vous obéir, qu'il me soit abominable de vous résister.
Soyez indulgent à mes impiétés, je vous le demande, ô mon espérance, par toutes les oeuvres de votre puissance. Ouvrez mes oreilles à vos commandements, et ne laissez pas mon coeur s'abandonner aux paroles de malice, j'en rappelle à votre saint nom, pour chercher des excuses à ses péchés.
Je vous implore aussi par votre admirable humilité, que le pied de l'orgueilleux ne m'atteigne pas, et que la main des méchants ne me fasse pas fuir.
"Mais quand le cerf s’est débarrassé des gros chiens, viennent alors les petits qui courent sous le cerf et le mordillent çà et là. Le cerf ne se garde presque pas de ces petits chiens. Cependant ils le déchiquettent tant et si bien qu’il finit par en faiblir.
De même en va t-il pour l’homme.
Quand il s’est débarrassé et a triomphé des grosses fautes, alors accourent les petits chiens dont il ne se garde pas: camarades de jeu, bijoux, compagnies mondaines, passe-temps, amabilités. Tout cela l’entame çà et là par petits morceaux, c’est-à dire qu’ils éparpillent son cœur et son intériorité, de telle sorte que cet homme finit, comme le cerf, par faiblir dans toute sa vie pieuse, dans la grâce et dans la dévotion. Tout le sérieux pour les choses de Dieu s’évanouit ainsi que tout sentiment de Dieu et toute sainte piété. Tout cela lui fait souvent bien plus de tort que les grandes tentations. Car des grandes il se garde, les tenant pour mauvaises. Mais des petites il ne s’en soucie pas."
Le Bon Dieu y tenait sans doute que nous ne demandions que le pain du jour.
Nous sommes invités à être pour notre pain aussi exigeants que les gens du monde qui ne mangeraient jamais un croissant de la veille à leur petit déjeuner. Cette demande d'ailleurs ne prend son plein sens que si l'on exprime par le pain quotidien d'abord la grâce de Dieu et cet Esprit-Saint qui ne nous sera pas plus refusé qu'on ne refuse le pain à des enfants qui ont faim.
Mais en demandant cet amour de Dieu, nous devons le demander dans sa qualité de quotidien, nous ne devons demander que la grâce d'aujourd'hui, celle de tout à l'heure. Tout cela se tient d'ailleurs: et le fait que nous sommes des enfants qui demandent, et le fait que Dieu ne donnera à ses enfants que la grâce du moment présent, et le fait qu'il ne vient pas normalement à l'esprit des enfants de demander à manger pour huit jours à l'avance. Cela leur viendrait-il à la pensée que ce serait absurde.
Il n'y a personne qui aille chez le boulanger acheter du pain pour trois semaines. On sait très bien que ce pain deviendrait vite immangeable et l'on fait confiance à la boulangerie qu'elle sera encore ouverte dans trois semaines. Faisons au moins la même confiance à la Providence.Quand nous mangeons, nous savons très bien que ce n'est que pour le jour d'aujourd'hui, et que demain nous recommencerons à avoir faim, et qu'il faudra encore avoir quelque chose à manger, et c'est la santé d'avoir toujours faim. Nous faisons confiance au lendemain qu'il portera sa nourriture à la mesure de notre faim, et les petits enfants, qui ont le plus faim, ne s'en préoccupent même pas. Leurs parents sont là pour avoir ce souci à leur place. De même nous savons très bien que ce que nous avons de la grâce aujourd'hui nous permet tout juste de tenir le coup maintenant. Mais cela suffit. Demain nous aurons une autre grâce à la mesure de notre faim, une force à la dimension de notre tâche.
Avec le Bon Dieu nous aurons toujours table mise. Si nous prions, nous sommes sûrs de ne manquer de rien car nous sommes chez lui. Ce serait une insolence d'être invité par quelqu'un et de lui demander en arrivant chez lui la garantie sur tous les repas que nous devons prendre chez lui.
A la vie, à la mort, nous sommes chez le Bon Dieu, et ce qui le décourage pour ainsi dire à notre égard, c'est que nous nous conduisons bien souvent à son endroit comme des enfants mal élevés.
" Vous bâtissez sur nos ruines antiques, vous réparez les brèches, vous restaurez notre demeure" dévastée par la souffrance, et vous en faites le monument de votre amour."
" La nuit de mon doute et de ma nostalgie s'est illuminée d'espérance ... "
Pour qu'une barque puisse avancer, il faut qu'elle soit sur l'eau.
Si je m'amusais à prendre l'eau au gobelet et à la jeter sous la barque, il y aura de l'eau sous la barque, mais jamais assez pour la soulever et pour la faire partir. Il faut une certaine quantité d'eau , on dit " un certain tirant d'eau" .
De même pour l'âme. Pour être soulevée et emportée vers Dieu, il lui faut une certaine quantité de prière, un certain tirant de prière. Plus la prière sera profonde et large, plus l'âme sera légère et rapide dans la poursuite de son Dieu. En revanche une prière mesquine, une prière au gobelet, laissera l'âme inerte et lourde, impossible à remuer. C'est par vagues pressées et profondes que la prière doit venir assiéger l'âme pour la ramener un moment et pour toujours vers la haute mer.
Mais il faut voir, en même temps que ce beau rayonnement de grandeur répandu sur la vie de Jésus, toute la sainte patience qui s'en exhale. Dès les premières manifestations de son ministère, Jésus se heurte aux tristes misères et aux implacables méchancetés dont il doit mourir. La poignante histoire de sa tentation au désert montre qu'il n'a pas du tout l'intention d'échapper aux dures nécessités par des fausses grandeurs. Il est décidé à mener sa vraie grandeur dans la patience. Satan essaie en vain sur le Christ ce qu'il a tenté, et, je crois bien réussi, sur tant de chefs de peuples et de meneurs d'hommes: ils doivent ne se priver de rien, ils doivent s'imposer par beaucoup d'ostentation et par beaucoup d'empire. C'est une voie tout opposée que choisit Notre-Seigneur, celle qu'il saura si bien dire en ses béatitudes parce qu'elle est si entièrement et si résolument la sienne.
De temps à autre, la colère le prend, l'indignation lui arrache de dures imprécations. Mais tout cela est retenu, et sa patience au fond est inlassable. Par ce côté patient de sa vie, il s'apprend à souffrir, comme dit saint Paul, et il s'exerce à la grande obéissance de la croix. Nous avons là comme le revers et la contrepartie de sa grandeur.
Jésus se mêle sans précaution à tout et à tous. Vous le rencontrez dans la poussière des routes, dans la bousculade des foules, dans les celliers, dans les déserts, à la montagne et à la mer. Il ne mange pas toujours à sa faim. La fatigue le prend. Les gens le harcèlent. Ses ennemis l'espionnent, et il en est parmi eux qui ne plaisantent pas. Il accueille tout le monde. ll n'envoie promener personne. Il se fait le guérisseur des bancals, le prédicateur des petites gens, l'ami des pécheurs. Bien des fois vous l'eussiez vu, il ne fait pas figure de grand homme. Son précurseur, un vaillant lui aussi, avait eu l'intuition de cela lorsqu'il avait montré du doigt ce Messie sous le signe de l'Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde. Des prophètes l'avaient également prédit tel qu'un agneau qui se laisse tondre sans se plaindre et mener à la boucherie sans se révolter.
Nous sommes assez habitués à considérer cette patience de Jésus. Il nous semble même qu'elle nous est due et qu'elle va de soi. Il ne faut d'ailleurs ni l'exagérer ni l'édulcorer. Elle n'est empreinte d'aucune lassitude, d'aucune pusillanimité. Il ne faut surtout jamais la séparer d'avec les vertus de grandeur. La patience de Notre-Seigneur, envers nous, envers tout, est elle aussi, pleine de grandeur d'âme. Et il ne faut pas moins de force et d'énergie morale d'un côté que de l'autre. D'autant qu'elle est tout enveloppée, je veux dire de cette patience de Jésus, de beaucoup de condescendance et de ce que j'ai nommé la gentillesse. On est fort quand on est là. A peine deux ou trois fois on l'entend gémir de son isolement et de l'incompréhension qui l'entoure, comme la fois qu'il pousse cette plainte étrange, rapportée par les trois synoptiques : O génération incrédule et gâtée ! jusques à quand serai-je près de vous ? Jusques à quand vous supporterai-je?
Malgré tout, il nous supporte gentiment bien, notre Sauveur. Il se fait petit avec nous. Il nous mâche le pain de la vérité et de la vie. Il est toujours prêt à tout pardonner: vous savez jusqu'où il va dans ce sens. Il aime jusqu'à ses ennemis les plus déclarés, il ne fait que du bien à ceux mêmes qui le haïssent, il prie pour ceux qui le calomnient ou le persécutent, il bénit ceux qui le maudissent. C'est dire qu'il patiente avec tout ce qui est cause de sa mort. Et cependant ne croyez pas qu'il soit durci et insensible. Il a voulu donner aux témoins de sa transfiguration le spectacle navrant de son agonie. Nous sommes fixés à cet égard, et c'est là, dans cette nuit de Gethsémani , qu'il faut venir mesurer la patience de Jésus, la grandeur d'âme dont elle s'accompagne, et la force qui les nourrit l'une et l'autre.
En revanche, ces deux vertus de patience et de magnanimité qui ont rehaussé toute sa vie vont venir l'aider dans la mort. Vous méditerez la Passion sous ce double aspect.
Vous verrez comme Jésus est grand dans sa Passion.
Vous verrez comme Jésus est patient dans sa Passion.
Et vous n'aurez pas de peine à démêler à travers cela l'étonnante fermeté d'âme qui porte en lui si haut la vertu de force.