Le collège épiscopal d'Espagne compte déjà trois nouveaux membres, trois nouveaux évêques, les prêtres José Cobo (52 ans), Santos Montoya (52 ans) et Jesús Vidal (43 ans), qui ont été ordonnés évêques ce samedi à Madrid, pour aider le Cardinal Carlos Osoros dans ce grand diocèse, l'un des plus grands d'Europe (plus de 4 millions d'habitants, et un peu plus de 3,6 millions de catholiques, avec près de 3,5 millions d'habitants).500 prêtres).
Paroles des nouveaux évêques Joseph Cobo disait au nom des trois:"Dieu est miséricorde, nous ses pèlerins. Ce matin nous sommes entrés dans la cathédrale en tant que pèlerins, nous portons derrière nous les pas que nous avons faits depuis l'enfance parmi les coins de la vie de cette Église qui marche à Madrid, et nous marchons comme de nouveaux pèlerins, des pasteurs consacrés dans les pas de Jésus blessé, mort et ressuscité ".
Ensemble avec le Cardinal Osoro et Monseigneur Martínez Camino - a-t-il poursuivi - ils ont "la tâche de marcher ensemble synodalement, avec les seuls moyens de notre pauvreté, l'âme reconnaissante, et prêts à servir d'apôtres à tous, spécialement aux petits et aux assoiffés" et "de continuer cette révolution de tendresse qui, comme le dit notre Plan diocésain d'Évangélisation, nous place parmi tous, avec tous et pour tous".
les évêques d'Alcalá de Henares (Mgr Juan Antonio Reig Plá), de Ségovie (Mgr César Franco), de Lugo (Mgr Alfonso Carrasco), de Malaga (Mgr Jesús Catalá), Teruel et Albarracín (Monseigneur Antonio Gómez Cantero), Tarazona (Monseigneur Eusebio Ignacio Hernández Sola, OAR), Palencia (Monseigneur Manuel Herrero, OSA), Ibiza (Monseigneur Vicente Juan Segura), Orense (Monseigneur José Leonardo Lemos), León (Monseigneur Julián López Martín), Osma-Soria (Monseigneur Abilio Martínez Varea), Solsona (Monseigneur Xavier Novell), Tui-Vigo (Monseigneur Luis Quinteiro) et Sigüenza-Guadalajara (Monseigneur Atilano Rodríguez); Les évêques auxiliaires de Madrid (Monseigneur Juan Antonio Martínez Camino, SJ), Getafe (Monseigneur José Rico Pavés), Pampelune et Tudela (Monseigneur Juan Antonio Aznárez), Santiago de Compostela (Monseigneur Jesús Fernández) et Valence (Monseigneur Arturo Pablo Ros); l'administrateur apostolique de Getafe, Monseigneur Joaquín María López de Andújar, et les évêques émérites de Ciudad Real (Monseigneur Antonio Algora) et de Ségovie (Monseigneur Ángel Rubio).
Saint Joseph est beau à contempler dans sa vraie grandeur, tout intérieure, toute spirituelle.Deux choses dénotent en cet ordre la grandeur véritable, deux choses qui sont rares à leur plus haut degré de perfection : c'est de savoir joindre son esprit à toute vérité divine et son coeur au coeur même de Dieu . Cela s'appelle théologalement la foi. Ceci, la sainte charité.
Dans cette foi comme dans cette charité il se révèle à certains égards si proche de nous et si pareil à nous que nous trouvons qu'il nous ressemble comme un frère et que nous croyons pouvoir le copier . Mais à certains autres égards il apparait si différent et si dépassant que notre dévotion nous porte à nous blottir tout petits contre lui comme à l'ombre d'une splendeur qui ne se reproduira jamais plus.Et notez que ces deux impressions sont également fondées: la spiritualité si haute de cet homme, qui fut si chrétien avant la lettre, sans doute nous demeure inaccessible, mais non pas inimitable, car elle est de même trempe et de même espèce que la nôtre. Son cas est singulier, mais il reste le prototype du nôtre.
Saint Joseph, il me semble que je peux le définir: un grand coeur qui a connu un grand amour et a vécu de cet amour.
Dieu seul a pu lui donner l'un et l'autre, car seul il crée les grands coeurs et forme les grands amours.
Mais Joseph s'est prêté merveilleusement à l'un comme à l'autre, et ce n'est pas rien de porter en soi le poids de sentir le battement d'un grand coeur, et ce n'est pas rien non plus que d'être consumé et transporté d'un grand amour . On connait assez le solennel aveu :
Seigneur, vous m'avez fait puissant et solitaire
Et vous m'avez sevré des plaisirs de la terre.
Joseph a eu le mérite de laisser Dieu lui pétrir et lui façonner le coeur, et le mérite d'accueillir toujours magnifiquement le bel amour qu'y voulait imprimer ce même Dieu.
Nous disons de la très sainte Vierge qu'elle est " mère du bel amour ". De son époux nous pouvons dire qu'il est un véritable prince du bel amour. Les grands coeurs ne s'improvisent pas, ni non plus les grands amours. Il y faut de lentes préparations, une grâce toute divine, toute la plasticité humaine. Surtout quand il s'agit comme ici d'un cas inouï de charité. Car il ne se sera jamais rien vu de tel en l'ordre de l'amour.
Le plus noble coeur d'homme, le mieux fait pour recevoir et pour rendre les plus divines tendresses, tel est saint Joseph..
Son divin amour ne lui est advenu que parce qu'il s'en était montré digne et qu'il s'y était constamment disposé par la délicatesse et par l'élévation des sentiments de son coeur. On a généralement dans la vie l'amour que l'on mérite. Parce qu'il s'était toujours beaucoup gardé, beaucoup sanctifié, le coeur de Joseph était prédestiné aux plus parfaites dilections. C'est pourquoi, lorsque celles-ci lui survinrent, il s'y donna tout entier, il s'y consacra et s'y consomma. Et l'on eut dans sa façon d'aimer la mesure même de sa capacité d'aimer.
En revanche , ces hautes et saintes dilections ennoblirent encore davantage et embellirent un coeur si bien préparé à les recevoir. Le grand amour a véritablement transformé ce grand coeur et se l'est approprié tout à fait. Il est devenu l'unique amour. Joseph n'en a plus connu d'autre. Mais dans cet unique amour il a trouvé non point un amoindrissement , mais un agrandissement de son coeur. De même qu'il y a rencontré aussi non pas l'effacement, mais l'inspiration et l'épanouissement de toutes les affections qu'un grand coeur peut porter en soi.
En somme, si l'on veut se rendre compte comment saint Joseph a su aimer, il faut considérer tour à tour de quelle manière son coeur s'est préparé au plus divin amour qui se pût offrir à lui, et de quelle manière cet amour est venu prendre forme dans le coeur de cet homme , le grandir et le parfaire encore, et en transformer du même coup tous les amours.
Le coeur de saint Joseph se prépare au grand amour.
Je cherche à me définir quelle est la qualité de ce coeur et quelle en est la faculté d'aimer. Mais qui saura discerner des choses aussi intimes? Ce sont là de profonds secrets qu'on peut à peine analyser en soi-même; comment pourrait-on les découvrir et les analyser chez un autre? Sans doute. Mais il faut réfléchir que cet autre ici est au principe de notre vie spirituelle. Il est de ces grands êtres en qui s'est pour ainsi dire incarné au contact immédiat du Sauveur notre salut à tous. A cause de cela il a dû comme la Vierge, comme le Christ, laisser percer pour notre vie à nous quelque chose du secret de la sienne.
De plus, une autre lumière nous guide en cette recherche. Si saint Joseph a dû aimer et a su aimer comme il a fait Jésus et Marie, c'est qu'il était apte à le faire. Nous en sommes sûrs, quand même on ne nous le dirait pas. Alors, si nous voulons connaître le coeur de Joseph, il nous suffit de déterminer quelle sorte d'homme pouvait être digne d'aimer cette Vierge et chérir cet Enfant. Et nous pouvons par là deviner quels dons de nature et de grâce ont concouru à former le coeur de saint Joseph.
Coeur de jeune homme, mais de jeune Israélite. Il a donc de la race, du raffinement, de la culture, en particulier dans le sentiment religieux et pour tout ce qui touche à la cause de Dieu en ce monde.
De saintes traditions, séculaires et vénérables, l'ont précédé, et préformé pour ainsi dire. Elles l'enveloppent, le réchauffent , le pénètrent , l'inspirent, l'enthousiasment même. L'approche de temps nouveaux, le pressentiment de l'ère messianique, l'atmosphère haletante et recueillie qui respirent les meilleures âmes en Israël, rendent ce jeune Juif encore plus sensible, plus ouvert, plus vibrant.
Joseph a reçu des siens, de ses parents, de ses maîtres, de ce qui a composé d'âge en âge et compose encore de son temps l'élite d'un peuple élu, une extrême sensibilité, une espèce de religieuse finesse en amour. Ce jeune coeur en Israël à ce moment-là on peut se le représenter comme étant d'une essence très spéciale et très pure.
Joseph est dans nos Ecritures authentiquement qualifié juste. Mais à ce titre, à cette époque et dans ce milieu-là, est quelque chose de bien défini: il peint son homme , il trace un caractère.
C'est le véritable Israélite en qui il n'y a pas d'artifice, en qui tout est droiture et sincérité. C'est le Juif à l'âme délicate et profonde, né moins de la chair que de l'esprit, à cause de cela très spiritualisé, tout disposé d'ailleurs à renaître de plus haut encore, et tout proche de l'heure où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité.
Joseph est en outre de la maison de David.
Il semble bien qu'il en ait vivement conscience; et il est certain que ce n'est pas pour en tirer quelque vaine gloire. Ce souvenir cultivé en lui ajoute à sa dignité native. Cette noblesse l'oblige. Elle éloigne de lui toute médiocrité et l'entretien dans la magnanimité. Elle est transparente à travers la simplicité de la vie .Sous ses dehors d'artisan ce jeune homme a des airs de roi.. Lui qui ne saura jamais que se soumettre et s'effacer, vous ne le verriez pas moins bien fait pour régner. Fils du peuple, il en pourrait être le père .
Il a des manières douces et affables . Il est de relation agréable et serviable. Sa conversation discrète et mesurée est toujours empreinte d'intelligence et de bonté. Un tact parfait règle tous ses actes . On le trouverait sans doute un peu distant à force même de perfection, la plus touchante ingénuité, ne tempéraient visiblement ce qu'il y a en lui de si grand. On ne peut imaginer quelqu'un de plus gracieux ni de plus aimable qu'il n'est, ni qui soit plus donnant, de sa personne, de sa bonne humeur et de ses biens. Il est prévenant et délicieux avec tous. Il écoute avec respect disserter les vieillards et avec une charmante condescendance habiller les enfants . Il est pitoyable aux malheureux .
Nul doute que , sous l'action du Dieu intérieur qui l'habite et l'anime, ce brave coeur ne s'élève à la plus haute conception de l'amour.
Il se persuade que c'est une rare et divine chose que l'amitié, le signe certain d'une grande âme. Il se persuade aussi que Dieu lui-même est amour, et que celui qui demeure dans la dilection demeure en Dieu.
Dans cette persuasion aimer devient pour lui une chose sainte. Non la recherche de jouir quand ce n'est pas celui de dominer, mais le penchant à servir et à se dévouer. Il ne s'agit pas de subtils recours ni d'égoïstes repliements sur soi, mais d'une généreuse oblation et d'un complet et désintéressé don de soi . Etre aimé, oui, aimer d'être aimé, car la réciprocité est essentielle à l'amitié; mais tout juste ce qu'il faut pour pouvoir aimer et pour pouvoir se donner: aimer d'aimer bien plus que s'inquiéter d'être aimé.
Voilà à quoi aspire ce jeune et séduisant Israélite qu'est Joseph fils de David.
Le grand commandement qui domine toute l'histoire et la vie d'Israël flambe en lui comme du feu.
Ah! certes oui, il aime Dieu de tout son esprit, de tout son coeur, de toute son âme, de toutes ses forces. Il ne conçoit même pas qu'on ne puisse pas l'aimer de la sorte . Son enfance, son adolescence, sa jeunesse, n'ont été qu'un pur élan vers Dieu . Il aime Dieu précisément comme tous ses ancêtres l'ont aimé. Pour Joseph, ce Dieu n'a jamais été une abstraction ni quelqu'un de lointain, mais le Seigneur tout proche dont l'invisible majesté l'enchante et l'attendrit, le Dieu vivant et vrai, Père de tous ses pères, Providence bénie de tous les siens . Il le sent si présent, si ami, si aimable, que tout son être s'émeut à ce contact intime . Joseph pleure de tendresse pour son Dieu lorsqu'il médite en les rajeunissant et en les dépassant les grandes effusions lyriques de ses anciens.
Il n'a pas de peine non plus , si jeune qu'il soit, à comprendre et à aimer en Dieu tout le prochain. Il aime autrui comme si c'était encore aimer Dieu. S'il a pour son Seigneur une amitié si vive qu'on la dirait humaine, on lui voit pour tous les siens une amitié comme qui dirait divine. On lui reconnait une étrange facilité à surélever et à surnaturaliser tous les mouvements de son coeur.
Il est foncièrement spirituel et religieux en amour . Il éprouve les sentiments les plus délicats pour ceux que Dieu veut bien lui donner à aimer. Il les accueille et les reçoit en lui comme de la main de Dieu. Il les aime sous le regard et sous l'approbation de Dieu .
Une lumière divine éclaire à ses yeux toutes les amabilités, transforme tous les attraits. Il n'y a de beauté pour lui que dans le rayonnement des annonces et des possibilités messianiques. Ses jeunes parentes lui plaisent selon qu'elles préfigurent la Vierge qui sera choisie pour enfanter l'Emmanuel et les jeunes gens de son temps lui sont facilement l'image même de ce Messie qui doit surgir en Israël.
Que sera le jugement des âmes moins parfaites, qui ont toujours, ou au moins à la fin, préféré Dieu à tout, l'ont servi ou se sont repenties par amour de l'avoir trop longtemps oublié, à qui la grâce a fait accomplir , avant la mort, un dernier acte d'amour capable de laver toutes leurs souillures, et d'effacer toutes leurs coulpes, mais que leur pénitence trop tardive, insuffisante, laisse redevables à la justice des expiations et des peines dues à leurs péchés pardonnés par la miséricorde ?
Ces âmes ne voient pas Dieu, ni le Christ, mais elles commencent à éprouver avec une intensité inouïe, d'autant plus nouvelle qu'aucune expérience spirituelle éminente ne les y a préparées, ce que les mystiques nous disent être l'effet sur l'âme qui se sent pécheresse des rayons de la sainteté de justice.
Elles voient leur propre justice comme un linge souillé; elles se sentent douloureusement inadaptées à la vie du ciel. Elles se sentent comptables à la divine justice d'expiations compensatrices pour toutes ces fautes pardonnées quant à la coulpe, mais non remises quand à la peine encourue. Dieu les éclaire sur leurs insuffisances, leurs disproportions à la vie bienheureuse avec les saints ; il leur montre ces scories qu'elles ont à laisser consumer. Dans l'amour de la justice, elles acceptent ce délai douloureux, et dans la conformité parfaite de leur volonté avec celle de Dieu leur purgatoire rigoureux commence.
C'est là pour elles le jugement.
Quant aux pécheurs impénitents, que les longs mépris de l'amour ont rendus particulièrement indignes d'une miséricorde pourtant inlassable, qui se sont volontairement aveuglés, égarés, enfoncés dans le péché et qui sont morts dans l'impénitence, dans un dernier refus de leur coeur à Dieu, ils se voient aussi tels qu'ils sont : affreusement vides, dépouillés, privés de toute charité, indignes de toute dilection, abandonnés sans retour à la privation qu'ils ont choisie , au tourment de l'absence éternelle de Celui dont ils ont méprisé l'amitié. Ils voient quel usage ils ont fait, contre Dieu, de leurs biens, de leur être, de leurs puissances, de leur corps, en quel mépris du sang rédempteur et des moyens de salut ils ont vécu et sont morts. Incapables désormais d'une grâce qui les convertisse, ils s'enfoncent dans la haine et maudissent celui dont la sainteté les repousse. Pour eux le jugement c'est de se voir dignes de l'enfer et d'y tomber.
Le terme de jugement a donc des significations bien diverses, selon qu'il s'applique aux saints, aux justes ou aux pécheurs impénitents, aux réprouvés, mais il fallait, pour le bien entendre, échapper à l'emprise des images trop humaines.
Que sont , en effet, auprès de la joie exultante des saints, accueillis par l'amour infini, la joie humaine d'un acquittement mérité et obtenu de quelque tribunal de la terre, devant lequel on a comparu innocent; auprès de l'acceptation amoureuse par l'âme juste des peines du purgatoire, la résignation d'un coupable qui s'amende, veut purger sa peine et se réhabiliter devant les hommes; auprès du désespoir impuissant des damnés, l'accablement des grands criminels que la justice humaine condamne sans retour et dont l'horreur des crimes fait rejeter le recours en grâce par l'autorité souveraine.
Loin que le mot jugement se dise en un sens diminué du jugement de Dieu, tel que nous l'avons expliqué, c'est le jugement des hommes qui n'est qu'un lointain et pâle reflet des jugements de Dieu. Souvent même il n'en est qu'une image horriblement déformée: les juges humains peuvent se tromper, acquitter par erreur des coupables indignes de tout pardon, ou au contraire condamner des innocents, il est parfois des juges prévaricateurs, des tribunaux dont l'autorité est usurpée, dont tous les actes sont entachés d'injustice, où les méchants jugent les bons, où des monstres condamnent des saints. Dans le jugement divin tout est vérité, justice et sainteté.
Quelle folie c'est de ne pas utiliser, en vue de la vraie fin, cette vie si courte, qui nous est donnée pour préparer notre éternité. " Ne vous y trompez pas, dit saint Paul ; on ne rit pas de Dieu.Ce qu'on aura semé on le récoltera. Celui qui sème dans sa chair, moissonnera, de la chair, la corruption; celui qui sème dans l'esprit, moissonnera de l'esprit , la vie éternelle.
Ne nous lassons donc point de faire le bien; car nous moissonnerons en son temps si nous ne nous relâchons pas. Ainsi donc pendant que nous avons le temps, faisons le bien ..." (Gal. VI, 7,10) . Jésus disait à ses disciples :" Nous avons à accomplir les oeuvres de celui qui m'a envoyé, tant qu'il fait jour; vient la nuit où personne ne peut travailler" . 'Jean, IX , 4 )
Il nous faut nous hâter de faire pénitence de nos péchés, écouter les appels du coeur de Dieu et nous réconcilier avec lui, si nous avons perdu son amitié, afin que la mort ne nous surprenne pas dans cet état, sans que nous ayons pu nous reconnaître et nous repentir.
C'est folie d'oublier la plus urgente des tâches et les avertissements de l'Evangile et des saints qui leur font écho :" Si vous ne faites pénitence vous périrez tous " . (Luc XIII, 5 )
" Pendant que nous sommes en ce monde... faisons de tout coeur pénitence du mal que nous avons commis dans notre chair afin que nous soyons sauvés par le Seigneur. Car, après être sortis de ce monde nous ne pouvons plus là-bas faire l'exomologèse ni la pénitence .
" La douleur de la peine sera alors sans fruits de pénitences, vaines seront les larmes, inefficaces les prières ... C'est ici-bas qu'on perd la vie ou qu'on la gagne. C'est ici-bas qu'on pourvoit au salut éternel par le culte de Dieu et le fruit de la foi. "
" Il vaut mieux, dit saint Grégoire de Naziance , être châtié et purifié maintenant que d'être envoyé au tourment quand est venu le temps de la peine et qu'est passé celui de la purification. Et Jean Chrysostome prie, supplie ses auditeurs de se convertir ," de peur d'avoir à se lamenter inutilement comme le mauvais riche, quand ils seront partis là-bas et que leurs prières ne pourront plus leur apporter aucun remède."
" Comment te risques-tu à te reposer à ce point sans crainte, puisque tu dois paraître devant Dieu, rendre compte de la moindre parole et de la moindre pensée ? "
Tant qu'elle vivifiait le corps, l'âme ne savait pas avec une absolue certitude, à moins de grâces mystiques éminentes ou de révélation particulière, si elle était digne d'amour ou de haine; au milieu même des transports de charité, dans la plus ferme espérance en le secours de Dieu, elle devait compter avec sa propre défectibilité; au contraire, en s'adonnant au péché, elle pouvait présomptueusement escompter un pardon dont elle se rendait chaque jour plus indigne.
Après la mort, par le dégagement des liens du corps, elle est désormais fixée dans l'adhésion à Dieu ou l'aversion de Dieu, dans l'amour ou le refus de l'amour; elle se voit telle qu'elle est, digne d'amour ou de châtiment, de l'accueil divin ou de la répulsion divine.
En cet état de séparation, l'âme vivant de la charité et de la grâce perçoit le rythme de sa vie en Dieu.Elle prend une conscience immédiate , parfaitement lumineuse, de l'amitié qui la lie à Dieu. Elle se sent , elle se voit aimée parce qu'aimante. Elle perçoit Dieu son Ami, la Trinité glorieuse, habitant en elle, plus intime à elle qu'elle-même et la vivifiant, la sanctifiant par sa divine présence d'amour. Parvenue, au temps de son mérite, par les épreuves et les purifications douloureuses de la vie mystique, aux fiançailles spirituelles, puis au mariage spirituel ou union transformante, qui fait d'elle, dans l'ordre de l'amour une même chose avec Dieu, elle se voit telle qu'elle est, toute pénétrée, toute transformée, toute consumée de ce divin amour, en égalité d'amour en Dieu.
Elle se voit digne de l'éternelle vision et de la gloire, elle voit de quelle demeure dans la maison du Père elle est digne, elle voit Dieu même et, en lui, ce qu'il est pour elle et ce qu'elle est pour lui. Elle est emportée au sein de Dieu dans les abîmes sans fond de la vie divine.
A son sujet, il ne saurait être question des choses redoutables évoquées par les termes d'accusation et de sentence. Le jugement pour cette âme , c'est l'accueil en Dieu par Dieu même, c'est l'élan irrésistible qui la jette dans le sein de la divinité, qui la plonge, qui l'immerge, toute vive et frémissante dans la plénitude de la joie, dans la béatitude même de la Trinité. C'est l'étreinte enivrante qui ne se desserrera jamais plus. C'est le commencement, l'acte inaugural de la possession béatifiante, où elle goûte enfin, en le voyant sans voile, " combien le Seigneur est doux " . C'est la rencontre avec le Christ son Sauveur, avec la Vierge, mère du Rédempteur et mère des rachetés, c'est l'embrassement spirituel de tous les saints parvenus avant elle à la vision glorieuse.
L'âme du juste, consommée en amour, est en parfaite sécurité. Entre la mort et l'entrée dans la gloire, elle n'a pas un instant d'angoisse sur son sort. Le même acte d'amour durant lequel survint la mort continue, amplifié dans la sécurité de la vision commençante, et ne finira pas.
La beauté, la grandeur , le tragique de la mort, ce n'est donc pas ce qui nous frappe, ce n'est pas de quitter ce monde, cette vallée de larmes, ces médiocres biens qui nous entourent, ce n'est pas même le déchirement, si poignant , des coeurs qui s'aiment, ni la dissolution et la décomposition de la chair, abandonnée par l'âme comme une dépouille, mais c'est que l'âme qui quitte ce monde, à l'instant même où elle se dégage, voit fixer son sort éternel et que ce sort dépend uniquement de l'état de justice surnaturelle ou de péché où elle se trouve à l'instant précis de la mort !
Dom Paul Delatte, troisième abbé de Solesmes, était un père spirituel dans toute la force du mot. Sa doctrine était enracinée dans la Sainte Écriture, mais aussi dans la connaissance de la nature humaine. D'une main ferme, il savait faire grandir les âmes pour les conduire à la vraie liberté. Nous présentons aujourd'hui au public un ouvrage épuisé depuis longtemps, condensé de son enseignement:
" Ne jugeons pas de tout du seul point de vue de la raison. Il faut savoir renoncer à certaines lumières inférieures ou prétendues lumières, pour en recevoir d'autres beaucoup plus élevées.
Il faut que le soleil se cache pour que nous puissions voir les étoiles dans les profondeurs du firmament; de même il faut savoir renoncer à cet abus de la raison, qu'on peut appeler un rationalisme pratique, pour découvrir la splendeur très supérieure des grands mystères de la foi, et pour vivre d'eux profondément.
rp Garrigou Lagrange. op +
" Le drame qui nous guette, et qui guette tant de chrétiens, est la perte de la foi. Elle se révèle dans une incapacité à discerner en soi-même et dans l'autre, cette lumière qui éclaire et réchauffe. Le démon, le maître de la nuit, ne peut que se féliciter d'un tel état de fait. Enfermer l'homme dans sa nuit pour l'empêcher de s'ouvrir , de se convertir à la lumière, et de devenir ainsi lumière pour les autres, est son éternelle recette. "
Jésus prit avec lui Pierre Jacques et Jean - les futurs témoins de son agonie au jardin de Gethsémani - et il monta avec eux à une haute montagne pour prier, seuls, à l'écart. Quelle montagne ? Certains ont pensé à quelque sommet de l'Hermon, d'où l'on découvrait à la fois le monde païen et le monde juif, mais une tradition, depuis quinze siècles unanimes, désigne le Thabor, qui domine la plaine d'Esdrelon et d'où l'on voit la Galilée, du lac à la mer.
" Pendant qu'il priait, dit saint Luc, il fut transfiguré en leur présence . L'aspect de son visage devint autre (" Il brilla comme le soleil" , dit saint Matthieu ) et son vêtement d'une blancheur éclatante " . " Ses vêtements devinrent éclatants, si blancs qu'aucun foulon sur la terre ne peut blanchir de la sorte" .('Marc) " blancs comme la lumière " (Matthieu ) . Et voici que deux personnages s'entretenaient avec lui, lesquels étaient Moïse et Elie qui, apparus avec gloire, parlaient avec lui de sa mort qu'il avait à subir à Jérusalem.. "
" Or , Pierre et les compagnons étaient accablés de sommeil, mais s'étant réveillés, ils virent sa gloire et les deux personnages qui se tenaient avec lui. Pierre, toujours serviable et empressé, proposa de dresser trois tentes pour Jésus et les deux Prophètes. Car " il ne savait que dire " (Luc ) ., ' il ne savait pas ce qu'il disait " . (Marc) tant ils étaient tous les trois effrayés.
Pierre parlait encore qu'une nuée survint et les couvrit. L'effroi des disciples redoubla. Soudain, Jésus se trouva seul.
Tels sont les faits , d'après les trois évangiles synoptiques .
La raison s'en dégage aisément . Jésus avait annoncé sa Passion et sa mort, condition de sa résurrection, de sa glorification et de notre salut. Il avait proclamé la nécessité, pour ses disciples, de se renoncer et de porter sa croix . Il était bon qu'avant les obscurités, les ténèbres, les ignominies de la passion, il montrât la clarté de la gloire qu'il obtiendrait et communiquerait aux siens . Ce souvenir lumineux , obnubilé chez les témoins eux-mêmes à l'heure de la passion, mais consigné dans l'Evangile de Jésus, Fils de Dieu, serait à l'avenir, dans l'épreuve et le martyre, un gage aux chrétiens .
Jésus fit donc ce miracle d'interrompre - cette seule fois, et pour un cour moment - le miracle permanent qui empêchait la gloire de son âme de rayonner jusqu'à son corps pour le soustraire aux conditions communes de la vie humaine, à la souffrance et à la mort . Il laissa cette gloire illuminer son visage et ses vêtements même .
La Transfiguration , explique le P. Lagrange, apparaît comme l'antistrophe et l'antithèse de l'agonie de Gethsémani. Aussi a - t- elle les mêmes témoins . Avec jésus transfiguré, Moïse et Elise, les deux plus grandes figures du Judaïsme, s'entretiennent de la passion prochaine où Jésus Rédempteur entrera dans sa gloire . Ils rendent ainsi hommage par avance à cette passion qui devait scandaliser les Juifs . D'après les Pères, que résume saint Thomas , la clarté du corps annonce la future clarté du corps glorieux . La clarté du vêtement présage la future clarté des saints, qui sera surpassée par la clarté du Christ, comme la candeur de la neige est dépassée par l'éclat du soleil. Les justes et les saints sont le vêtement de la gloire de l'esprit ou l'image de la puissance du Père par laquelle les saints seront mis à couvert dans la gloire à venir . Elle représente aussi la clarté du monde renouvelé, annonce la transfiguration de la terre et des cieux , habitacle des saints .
La voix du Père se fait entendre . Et la gloire de Jésus se voile . En descendant de la montagne , il défend à ses compagnons de raconter à personne ce qu'ils avaient vu , " si ce n'est quand le Fils de l'homme sera ressuscité des morts " . Et ils gardèrent la recommandation, se demandant entre eux ce que signifiait " quand il serait ressuscité des morts " .
Jésus lui-même mettait donc expressément le mystère de sa transfiguration en rapport avec celui de la résurrection qu'il annonçait et dont il faisait paraître , furtivement , la gloire .
Cette lumineuse lumière, cette clarté, trouveraient leur explication après les heures sombres et les souffrances inouïes de la passion dans la joie de Pâques . D'ici là , qui pourrait comprendre ?
Dès les premières manifestations de son ministère, Jésus se heurte aux tristes misères et aux implacables méchancetés dont il doit mourir. La poignante histoire de sa tentation au désert montre qu'il n'a pas du tout l'intention d'échapper aux dures nécessités par de fausses grandeurs. Il est décidé à mener sa vraie grandeur dans la patience.
Satan essaie en vain sur le Christ ce qu'il a tenté, et, je crois bien , réussi, sur tant de chefs de peuples et de meneurs d'hommes: ils doivent ne se priver de rien, ils doivent s'imposer par beaucoup d'ostentation et par beaucoup d'empire. C'est une voie toute opposée que choisit Notre--Seigneur, celle qu'il saura si bien dire en ses béatitudes parce qu'elle est si entièrement et si résolument la sienne.
De temps à autre, la colère le prend, l'indignation lui arrache de dures imprécations. Mais tout cela est retenu, et sa patience au fond est inlassable. Par ce côté patient de sa vie, il s'apprend à souffrir, comme dit saint Paul, et il s'exerce à la grande obéissance de la croix. Nous avons là comme le revers et la contrepartie de sa grandeur.
Jésus se mêle sans précaution à tout et à tous. Vous le rencontrez dans la poussière des routes, dans la bousculade des foules, dans les celliers, dans les déserts, à la montagne et à la mer. Il ne mange pas toujours à sa faim. La fatigue le prend. Les gens le harcèlent. Ses ennemis l'espionnent, et il en est parmi eux qui ne plaisantent pas. Il accueille tout le monde. Il n'envoie promener personne. Il se fait le guérisseur des bancals, le prédicateur des petites gens, l'ami des pécheurs. Bien des fois vous l'eussiez vu, il ne fait pas figure de grand homme. Une souveraine domination cependant ne le quittait pas, mais elle se faisait dans la patience . Son précurseur, un vaillant lui aussi, avait eu l'intuition de cela lorsqu'il avait montré du doigt ce Messie sous le signe de l'Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde. Des prophètes l'avaient également prédit tel qu'un agneau qui se laissera tondre sans se plaindre et mener à la boucherie sans se révolter.
Nous sommes assez habitués à considérer cette patience de Jésus. Il nous semble même qu'elle nous est due et qu'elle va de soi. Il ne faut d'ailleurs ni l'exagérer ni l'édulcorer. Elle n'est empreinte d'aucune lassitude, d'aucune pusillanimité. Il ne faut surtout jamais la séparer d'avec les vertus de grandeur.
La patience de Notre-Seigneur , envers nous, envers tout, est , elle aussi, pleine de grandeur d'âme. Et il ne faut pas moins de force et d'énergie morale d'un côté que de l'autre. D'autant qu'elle est tout enveloppée, je veux dire de cette patience de Jésus, de beaucoup de condescendance et de ce que j'ai nommé la gentillesse. On est fort quand on est là. A peine deux ou trois fois on l'entend gémir de son isolement et de l'incompréhension qui l'entoure, comme la fois qu'il pousse cette plainte étrange, rappportée par les trois synoptiques :" O génération incrédule et gâtée ! jusques à quand serai-je près de vous ? jusques à quand vous supporterai-je?
Malgré tout, il nous supporte gentiment bien, notre Sauveur. il se fait petit avec nous. Il nous mâche le pain de la vérité et de la vie. Il est toujours prêt à tout pardonner: vous savez jusqu'où il va dans ce sens. Il aime jusqu'à ses ennemis les plus déclarés, il ne fait que du bien à ceux mêmes qui le haïssent, il prie pour ceux qui le calomnient ou le persécutent, il bénit ceux qui le maudissent.
C'est dire qu'il patiente avec tout ce qui est cause de sa mort. Et cependant ne croyez pas qu'il soit durci et insensible. Il a voulu donner aux témoins de sa transfiguration le spectacle navrant de son agonie. Nous sommes fixés à cet égard, et c'est là , dans cette nuit de Gethsémani, qu'il faut mesurer la patience de Jésus, la grandeur d'âme dont elle s'accompagne , et la force qui les nourrit l'une et l'autre.
En revanche , ces deux vertus de patience et de magnanimité qui ont rehaussé toute sa vie vont venir l'aider dans la mort . Vous méditerez la Passion sous ce double aspect.
Vous verrez comme Jésus est grand dans sa Passion.
Vous verrez comme Jésus est patient dans sa Passion.
Et vous n'aurez pas de peine à démêler à travers cela l'étonnante fermeté d'âme qui porte en lui si haut la vertu de force .