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Publié le 6 Février 2018

   La chute de l'homme après la chute des anges . Mais il y a dans l'humanité une si étrange liaison de tous les membres entre eux et à leur chef qu'il a suffi que celui-ci tombât pour entraîner tout le genre humain dans sa chute . Le péché originel , c'est toute notre nature tombée d'un seul coup et viciée dès l'origine en la personne et par la faute du premier qui l'a incarnée et représentée.

   Cette faute se perpétue de génération en génération. Elle se transmet à tous les descendants par la force même du lien qui les rattache à leur commune origine. Elle est si radicale et si universelle que les autres fautes n'en paraissent être que l'aggravation et la triste suite. Lorsqu'ils deviennent à leur tour personnellement pécheurs, les autres hommes ne font guère que reproduire, par imitation, en quelque sorte , l'oeuvre néfaste du premier homme. Telle est la puissance du péché originel qu'il engendre à certains égards les péchés actuels.

   Le péché de la nature entraîne celui des personnes . De sorte qu'on peut dire que la chute des hommes est virtuellement consommée dans celle du premier. Impossible donc d'étudier le péché sans songer d'abord à celui des origines. Impossible également de regarder le nouvel Adam sans penser à l'ancien. Il faut chercher pourquoi il convenait que le Fils de Dieu assumât l'humaine nature. Or la raison profonde de cette convenance, celle qui constitue le motif même de l'Incarnation, il semble bien que l'Apôtre la tire tout entière du péché originel, puisqu'il dit si nettement que la grande obéissance d'un seul homme fait rentrer la multitude des hommes dans la justice avec autant de force, et plus, que la désobéissance d'un seul les a tous précipités dans l'injustice.

   Voilà dressé dans toute sa grandeur le parallèle des deux Adam. A la dimension de la faute on peut mesurer celle du rachat, et réciproquement. Le fait du premier homme doit d'ailleurs être compté , tout comme celui du Christ , au rang des pures vérités de foi qui passent entièrement les investigations de la raison.  Le péché originel n'est vraiment connu et ne peut se concevoir qu'à la lumière de la révélation.

   Assurément il y a dans le genre humain des signes visibles de faute originelle , et ces signes ne sont pas sans probabilité , dit saint Thomas. L'humanité a dans son ensemble trop de misères à souffrir pour qu'on puisse admettre facilement que c'est là pour elle un état normal, celui même de sa création et de sa première institution.

   Misères du corps , dont la principale est la nécessité de mourir, et de ne vivre qu'en s'acheminant plus ou moins rapidement vers la mort. Misères de l'âme , dont la plus désastreuse est la faiblesse de la raison dans la connaissance du vrai, et , par là même, l'extrême difficulté de vivre par l'esprit, l'extrême facilité, au contraire de " s'abêtir ". Ces maux sont tels qu'ils font l'effet d'être un châtiment, une peine. Mais, s'ils sont une peine, ils supposent une faute. Une faute de même envergure que la peine.

   Sans doute on peut toujours arguer que toutes ces misères nous sont naturelles et qu'elles sont inhérentes, les unes, à la matière dont le corps est composé, et les autres, à la constitution mi-spirituelle et mi-sensible de l'âme.

   Absolument parlant, cela est vrai: tous ces maux sont naturels si l'on ne regarde que la nature de l'homme et qu'on la considère surtout en ce qu'elle a d'inférieur.

   Mais , dès que l'on replace cette nature dans le plan de la Providence de Dieu et que l'on s'attache à la dignité de l'âme spirituelle, alors on peut estimer avec assez de probabilité que nous n'avons tant de peine à vivre humainement que parce que nous sommes punis et que , si nous sommes punis, c'est que nous sommes en faute.

   Il faut donc que nous demeurions très persuadés que le péché originel est un profond mystère de foi et que la théologie peut seule en parler en connaissance de cause.

   Mystère de notre incorporation au premier homme et de notre déchéance en lui, mystère de notre incorporation et de notre relèvement dans le Christ, les deux choses sont liées et s'enchaînent.  Sur le témoignage des saintes Ecritures, saint Thomas tient fermement que le péché de l'homme est le motif déterminant de la venue du Fils de Dieu en ce monde. Or le péché de l'homme  , c'est toujours et avant tout celui de la nature, le péché de la race entière. Le mal qui s'est  fait dès l'origine est immense. A un tel mal le Christ seul pouvait apporter le remède efficace en assumant la nature coupable pour la restaurer en sa divine personne .

   Toujours le grand contraste: Adam, Jésus-Christ. Et tout le genre humain contenu dans ces deux chefs. Dans le premier , pour sa perte; dans le second pour sa rédemption.

rp Bernard op +

 

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Publié le 6 Février 2018

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Publié le 6 Février 2018

 

Pour un moine, la mort doit être offerte. Elle est le dernier acte de la vie et le premier pas dans l’aventure de l’éternité. L’offrande ne peut être que consciente. Dans cette perspective, Fontgombault considère que la sédation profonde et continue telle qu’elle est proposée par la loi Léonetti-Claeys est inacceptable et immorale. Pour la communauté, s’il est légitime de pratiquer chez les personnes en phase terminale une sédation brève qui a pour effet de passer un cap, de calmer les angoisses presque insupportables comme celles d’un malade qui présente des difficultés respiratoires, une sédation profonde et continue associée à l’arrêt de l’alimentation et de l’hydratation, comme le préconise la loi, ne l’est pas : il s’agit d’une forme d’euthanasie que l’artifice de la formulation ne parvient pas à dissimuler.

En 2000, un frère de quatre-vingt-quatre ans a eu un cancer de l’estomac. Après l’opération, qui visait à ôter la tumeur cancéreuse, il est tombé dans le coma. Le moine était sous respirateur artificiel, mais il réagissait à certaines sollicitations de ses frères. Il reconnaissait parfaitement ses visiteurs. Un anesthésiste a pourtant décidé d’arrêter la machine sans prévenir dom Thevenin. Le religieux est mort. Les moines avaient précisé qu’ils souhaitaient être présents au moment de son départ. À l’évidence, il s’agissait de se débarrasser d’un cas perdu d’avance qui surchargeait le service. Le chirurgien n’avait pas non plus été informé de la décision. Fontgombault a exprimé sa colère et sa tristesse. Désormais, les moines sont vigilants. Ils apportent un soin particulier à la rédaction des « directives anticipées » que les établissements hospitaliers proposent de remplir.

Dom Thevenin a accompagné vers la mort une vingtaine de moines. Il n’a jamais été témoin d’agonies spectaculaires. Les moines étaient sereins et apaisés. On peut parler d’étapes progressives. Ils s’abandonnent peu à peu, par paliers, soutenus par la prière de leurs frères. Dans une situation de dépendance, le seuil de tolérance évolue. Le moine accepte des choses qui semblaient impossibles quelques semaines auparavant.

Si la conscience immédiate peut s’affaiblir, dom Forgeot est convaincu à l’inverse que « le sens de la prière demeure jusqu’à la dernière minute. La prière est une remise entre les mains de Dieu. Comment pourrait-elle cesser au moment même où la rencontre approche ? Un malade atteint d’une tumeur au cerveau ne peut plus réciter un chapelet. Mais l’intention de l’acte qui consiste à vouloir être avec Marie ne peut changer. Les formes de la méditation et de la contemplation changent, le fond reste identique. Le moine comateux vit toujours avec Dieu. Le mystère de la mort et de la résurrection est au centre de sa vie ».

Bien sûr, un père infirmier s’attache au malade. Les liens peuvent être forts. Il doit savoir se protéger.

Parfois, il faut se montrer ferme, comme lorsqu’un moine malade refuse de prendre ses médicaments : « Saint Benoît réclame des soignants de la générosité et une grande patience. Il en donne le motif surnaturel : l’infirmier doit voir le Christ dans ses frères malades et les servir en conséquence. En retour, les malades savent qu’ils sont servis en l’honneur de Dieu. Ils ne peuvent contrister les infirmiers par des exigences superficielles. Le moine en charge des soins n’est pas un domestique. La force de la prière d’un moine tout au long de sa vie aura une influence sur sa manière d’aborder la vieillesse et la mort », témoigne dom Thevenin..

Un moine grabataire garde souvent ses réflexes de bon religieux. Il cherche son chapelet, il se souvient des prières. La formation monastique perdure. Le moine meurt comme il a vécu. Il ne choisit ni sa maladie ni sa souffrance, mais sa mort ressemble toujours à sa vie. Dom Forgeot pense que « plus la vie surnaturelle est forte, plus la familiarité avec l’au-delà est grande, et plus la mort est simple. Pourtant, un criminel qui se repent dans les tous derniers instants partira aussi en paix ».

La mort demande une préparation. Dans les Litanies des saints, on trouve cette demande : « De la mort subite et imprévue, libérez-nous, Seigneur. » Avant les progrès de la médecine, la mort pouvait être rapide et douloureuse. Le moine devait penser et prévoir sa mort. « Nous savons tous que nous allons mourir. Il faut mener une vie en conséquence », affirme dom Forgeot.

Autrefois, au moment de la profession monastique, le frère, allongé sur le sol, était recouvert d’un drap mortuaire, symbolisant la mort du moine au monde et le commencement d’une vie nouvelle. Dom Guéranger avait conservé cette pratique, quoique la jugeant théâtrale. Elle tomba en désuétude lorsque le drap se révéla trop court pour recevoir les sept bénédictins qui avaient fait profession le même jour !
 

atlantico

en remerciement à mr l'abbé Ph. H. ex aumônier de l'hôpital de Poitiers, pour les services rendus et l'accompagnement  dévoué pour tous  nos moines.

le petit Placide .

 

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Publié le 6 Février 2018

 

 

"je l'attribue au dur labeur surajouté au don de Dieu. "

 

Lorsque Dominic Fiacco, 12 ans, tend la main pour serrer ses lacets, il est presque temps, comme pourrait le dire son grand-père, de faire sauter les gens de leurs chaises.

   Récemment, un lundi soir, le jeune musicien surprenant, vêtu d'une cravate et tenant une fedora, car sa famille s'habille toujours pour l'église, se matérialise dans le grenier du chœur et est suspendue par l'orgue avant un concert instrumental et choral à l'église Saint-Joseph-Saint-Patrick d'Utica. Dominic exsudait l'humilité, mais ces chaussures étaient prêtes à rebondir et glisser sur le pédalier pendant que ses doigts régnaient sur les trois manuels (claviers) dans une interprétation triomphale de la musique de Brahms, Haendel et Bach.

   Quand on lui a demandé si ses chaussures s'envoleraient pendant une représentation, il a répondu:

   "Ils ne se détacheraient probablement pas, mais les lacets pourraient se détacher. Ce n'est pas encore arrivé." Si c'est le cas, le chœur d'adoration sera prêt à aider. Après que Dominic eut terminé le dernier morceau de la soirée, le ténor Samuel Dickson lui en donna cinq.

   Il est phénoménal, dit Dickson. "Il est génial. Il est formidable."

   C'est un secret bien gardé ", a dit son grand-père Joe Fiacco, mais, oh, comment cela change. Déjà, Dominique est connu comme l'organiste assistant qui joue pour pas moins de trois messes les week-ends à Saint Joseph-Saint-Patrick, où les représentations ciselées des saints sortent des murs comme attirées par la musique. L'an prochain, Dominic sera le plus jeune organiste à se produire à la célèbre église de la cathédrale Saint Jean le Divin de Manhattan depuis la rénovation du Grand Orgue en 2008.

Ô mystérieux talent !

   Le programme du lundi soir à Utica comprenait la chanson O Magnum Mysterium: O Great Mystery. Un mystère terrestre est le talent de Dominique. Certains membres de la famille et parents jouent d'instruments ou s'intéressent à la musique, mais il a, selon les mots de son professeur d'orgue Stephen Best,"un potentiel illimité".

   "M. Best a dit que c'est un don de Dieu. C'est aussi simple que ça ", a dit Joe.

   Il a ajouté:"Je ne connais rien à la musique. Ma femme a appris à jouer de la guitare et à chanter, mais avoir la capacité de faire ce qu'il fait n'est pas naturel."

    Dominique travaille vers la perfection. Il s'est offert un total de neuf sur dix pour les quatre morceaux qu'il a interprétés au concert: la pièce pour piano Sonatine: III de Ravel. Animes et trois pièces d'orgue - How Lovely Is Thy Dwelling Place de Brahms, Hallelujah Chorus de Haendel et Toccata in F Major de Bach. Évaluant leur difficulté, il donna au Ravel, avec ses moments alternés d'intensité et de douceur," peut-être huit "; aux Brahms et au Haendel," cinq "; et à la dernière pièce vivante et majestueuse, la Toccata de Bach," neuf ou dix ". De l'archet que Dominique devait prendre à la fin, le public était du côté du 10.

   Il se sent un peu mal à l'aise en s'inclinant, il joue pour la gloire de la musique. Sa personnalité polie contraste avec les sons tonitruants d'orgue qu'il produit. Il aime garder sa musique "lisse et branchée", et il n' y a pas de bombardement dans ses réponses réfléchies aux questions.

  

   Son grand-père pense que Dominic tire sa politesse de ses parents, Pamela et William. Leurs enfants, cinq garçons et une fille, ont entre deux et douze ans. La famille vit dans le village de Pologne au nord-est d'Utica.

   Dominique avait demandé à sa mère si elle allait tourner les pages de la partition pour lui au concert de l'église. Pamela m' a dit:"C'était tellement drôle quand il m' a approché:" Maman, tu peux le faire? Ok, on s'entraîne d'abord, OK?" Et quand on sera prêts:"Je t'achèterai une chaise."

 

   Pamela s'est dit que ses efforts en tant qu'accompagnatrice de musique maternelle lui ont valu une note de 7,5.

   Ça a marché, dit Dominic.

   "C'est un enfant adorable. Il est l'aîné, dit Pamela. Il s'occupe toujours de moi, de toute la famille, des enfants. Il adore lire. Il adore jouer avec ses frères et sœurs plus jeunes." Dominic pense que les pièces de monnaie sont son "passe-temps le plus normal que l'on publie généralement dans un journal", mais il aime aussi les trains.

Une famille classique

   Les quatre enfants les plus âgés de la famille sont scolarisés à la maison "dans la tradition classique", a déclaré William dans un courriel.

   Les Fiaccos possèdent un orgue électrique et un piano. Respectueux de la compétence de Dominique à l'orgue, dit Guillaume, je l'attribue au dur labeur surajouté au don de Dieu. Je suis fier qu'il joue avec passion. Qu'il ne cesse de jouer avec passion."

   Il a ajouté que le jeu des instruments de musique n'est pas comme un cours rigoureux en preuve mathématique. Elle ne concerne pas l'intellect spéculatif... mais la perfection des mouvements musculaires et de la coordination, le développement du sens du rythme et de l'harmonie. …

   Actuellement, Dominique pratique trois heures par jour.

 Il n'arrête pas de se demander:"Comment un gamin peut faire ça?"

Dominic avait huit ans quand il a commencé à prendre des leçons de Best. J'ai été un peu hésitant car je n'avais jamais enseigné à quelqu'un d'aussi jeune et il n' a pas pu atteindre les pédales ", dit Best," mais j'ai accepté d'essayer, et le reste est de l'histoire ancienne.

Mais je pense qu' à tout âge, le travail acharné, le dévouement et l'amour de la grande musique produiront des résultats. Le jeu de Dominic montre bien qu'il est passionné par l'orgue, et nous sommes très heureux qu'il le soit!"

 

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Rédigé par Philippe

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Publié le 6 Février 2018

 

La sainte liturgie va nous fait méditer  une des pages les plus célèbres du Nouveau Testament, un passage de la première lettre aux Corinthiens que nous appelons l’hymne à la charité. Et parce que dans la prière de l’Église rien ne se fait par hasard mais tout est ordonné avec sagesse et mesure, nous écoutons ce lumineux enseignent alors que nous nous préparons au combat spirituel du Carême.

Dieu nous aime infiniment parce que Dieu est amour. De toute éternité il est communion parfaite, amour réciproque, incréé et partagé, communauté de lumière et de vie, don et accueil. Dieu est amour parce qu’Il est Trinité. À ce sujet, saint Augustin s’exclamait :

« Tu as vu la Charité, tu as vu la Trinité ! »

S’il nous a créés, c’est par amour. Rien ne l’y obligeait. Et c’est encore par amour qu’il a tout mis en œuvre pour nous sauver, pour nous arracher d’une situation de perdition éternelle dans laquelle nous ont plongés la désobéissance en Adam du genre humain.
Et l’œuvre de la Rédemption ne consiste pas seulement à venir nous chercher sur ce chemin de perte et de désespoir. La mission du Christ est de conduire au Père, c’est-à-dire de nous révéler le mystère même de son Père, et de nous faire participer à cette vie divine, à cet amour éternel, à cette charité qui est le mystère même de Dieu.

Voilà pourquoi la charité est bien autre chose qu’un devoir, qu’un commandement, qu’une obligation morale, que nous pourrions traduire ainsi en langage familier : il s’agit, quand on est chrétien, d’être bien gentil. Il ne s’agit pas de cela. Le Christ lui-même nous demande d’être parfaits comme le Père céleste est parfait. Nous sommes tous appelés par vocation divine à devenir ce que nous avons reçu, à vivre à la hauteur du don qui nous a été fait et communiqué. Cela est impossible ? Cela est disproportionné ? Cela est hors de notre portée.


Effectivement. C’est l’œuvre en nous de sa grâce, c’est le don du Saint Esprit, qui est Seigneur, qui est Dieu et qui nous donne la vie¸ la vie même de Dieu, et ce depuis le jour de notre baptême. Si nous avons été baptisés, c’est pour faire un avec le Christ, dans son mystère de vie et de sainteté, c’est pour adopter les mœurs mêmes de Dieu, sa manière de vivre et d’aimer.

Tous les jours et plusieurs fois par jour, nous prions le Pater, et nous demandons : Adveniat Regnum tuum ! Que votre Règne arrive !


Le Catéchisme du Concile de Trente attire notre attention, en commentant cette deuxième demande du Pater, sur les nombreux obstacles qui existent autour de nous mais en aussi en nous, à l’avènement de ce Royaume : notre péché, nos défauts, nos vices, nos compromissions et nos lâchetés, sans compter les sollicitations d’un monde qui s’éloigne toujours plus des vérités de l’Évangile, et les tentations ou les suggestions du Démon.

Cette demande suppose donc que nous prenions le ferme engagement de nous convertir et de lutter contre le mal. Mais ce combat sera d’autant plus efficace et glorieux que nous mettrons au premier rang la charité divine, l’accueil que Dieu nous porte. Voilà pourquoi, il n’y a pas de conversion sans un désir et un esprit de prière.

Que faisons-nous dans la prière sinon tenir nos cœurs prêts à accueillir l’amour de Dieu, amour qui nous est communiqué par la contemplation aimante et reconnaissante de l’œuvre de Dieu et de son mystère ?

Voilà pourquoi il n’y a pas de prière féconde qui ne commence par un solide acte de foi : nous croyons que Dieu nous aime, nous accueillons la Révélation qu’il fait de Lui par son Fils Jésus, nous contemplons l’œuvre de son amour depuis le premier instant de la création jusqu’au retour du Christ dans la gloire au moment de la résurrection finale.

Nous croyons, nous espérons, et donc nous aimons, ou plutôt le Saint Esprit nous est communiqué pour aimer, c’est-à-dire pour prier en nous. Même notre faiblesse n’est plus obstacle, puisque c’est justement au secours de notre faiblesse que vient le Saint Esprit. Mais si nous n’avons pas cet amour, cette charité, cette présence en nous du Saint-Esprit, tout le reste ne nous sert à rien.


La connaissance des vérités surnaturelles, la participation par la foi à la science même des anges et des bienheureux, le don de nous-même par les œuvres de miséricorde, le zèle apostolique et la générosité au service de nos frères, et spécialement des plus pauvres, tout cela doit être en noue le signe, le fruit, le résultat de la charité. C’est ce que la charité produit en nous ou perfectionne en nous.

Vivre de la charité parfaite, voilà donc l’objectif de notre vie, et donc de notre Carême.

Mais c’est aussi cette charité qui est le grand moyen qui nous est donné pour parvenir au bonheur éternel. Tous nos efforts de conversion sont en vue de cette charité parfaite et tout dans l’Église, sa liturgie, ses œuvres missionnaires et éducatives, sa vie et son activité sont au service de la sainteté de tous les fidèles parce que Dieu est vraiment glorifié lorsque ses créatures répondent à leur vocation. Si la vie religieuse occupe dans l’Église une place centrale, c’est justement parce que les consacrés rappellent au monde l’absolu prééminence de Dieu et de son amour.

Alors, mes bien chers Frères, au moment où nous réfléchissons déjà à nos bonnes résolutions de Carême, demandons-nous bien simplement quelle place dans notre vie occupe la charité, c’est-à-dire l’amour de Dieu.

Seul le Christ nous apprend à aimer vraiment, et par là à accomplir la volonté de salut de son Père. Soyons comme l’aveugle assis à proximité de la ville de Jéricho et qui s’écrie avec persévérance et avec confiance : Jésus, fils de David, aie pitié de moi ! Le Christ seul peut nous rendre la vue, c’est-à-dire nous guérir de notre aveuglément et de notre endurcissement.
Demandons-lui la grâce de nous combler de son amour pour que nous puissions à notre tour être les missionnaires de la miséricorde divine.

Ainsi soit-il.

rp Laurent Marie .

 

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Publié le 5 Février 2018

" Je vois le visage d'un homme; s'il est jeune ou vieux, je ne puis le dire. Il peut avoir cinquante ans ou seulement trente. Parfois il parait un âge et parfois l'autre. Il y a quelque chose d'inexprimable dans ce visage, que je ne puis m'expliquer nettement. Peut-être, puisqu'il porte tous les fardeaux, porte-t-il aussi celui de la vieillesse? Mais cela est ainsi: son visage est à la fois très vénérable , et cependant faisant penser à celui d'un enfant, très calme , très doux, très modeste, rayonnant de sainteté et d'aimante bonté. Ses yeux m'attachent et émeuvent mon coeur. Son souffle est suave et me transporte hors de moi-même. Oh! je contemplerai à jamais ce visage et je ne cesserai pas d'y attacher mes regards .

   " Et je vois soudain quelqu'un venir à Lui, lever la main et frapper brutalement ce céleste visage. C'est une main dure, la main d'un homme grossier, et peut-être était-elle armée de fer. Cela ne put être assez soudain pour prendre par surprise Celui qui connaît toutes choses passées et à venir, et Il ne montre aucun signe de ressentiment, demeurant calme et grave comme auparavant;  mais l'expression de son visage est troublée, une grande enflure se produit, et , au bout d'un peu de temps, ce visage plein de grâce m'est caché par les effets de cet outrage comme si un nuage s'étendait sur lui.

   " Une main s'est levée contre le visage du Christ. Quelle était cette main? Ma conscience me dit :" Tu es cet homme-là." J'ai la confiance qu'il n'en est pas ainsi maintenant. Mais , ô mon âme , contemple le terrible fait: imagine le Christ devant toi, et imagine-toi , toi-même levant la main et le frappant ! Tu diras :" C'est impossible : je n'ai pu le faire !" 

   " Oui, tu l'as fait. Quand tu as péché volontairement, c'est alors que tu as commis ce crime. "

Bx Cardinal Newman .

 

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Publié le 5 Février 2018

 

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Publié le 4 Février 2018

priez pour nous .

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Publié le 4 Février 2018

 

 

 

"Levez-vous ; pourquoi dormez-vous, Seigneur ? Levez-vous, et ne nous repoussez pas à jamais. Pourquoi détournez-vous votre visage et oubliez-vous notre tribulation ? Notre corps est attaché à la terre. Levez-vous, Seigneur, secourez-nous et délivrez-nous."

 

Le psalmiste fait entendre sa plainte :" Exsurge, quare obdormis, Domine? exsurge et ne repellas in finem ?

Pourquoi dors-tu Seigneur? Réveille toi! ne nous repousse pas à jamais ! Pourquoi détournes-tu ton visage? Pourquoi oublies-tu notre misère et notre oppression ? "  L'âme se rappelle surtout les paroles du psaume que Jésus prononça dans son agonie :" Mon Dieu, mon Dieu,  pourquoi m'avez-vous abandonné? "

Mais elle se souvient aussi que c'est dans l'heure de ténèbres que le Sauveur s'offrit à son Père qui le livrait pour nous. En union avec Lui, répétant souvent les sept paroles, elle fait un grand acte d'amour pour ce seul et très pur motif : Dieu est souverainement aimable en lui-même , infiniment plus que tous les dons qu'il m'a accordés ou que j'attends de Lui.  l'âme s'en remet pleinement à la volonté de Dieu.

Ici les actes de foi, d'espérance et de charité se fondent en quelque sorte en un acte d'abandon parfait à la divine volonté. " Pater, in manus tuas commendo spiritum meum", dit Jésus en mourant; ce fut la consécration au sacrifice de la croix.

L'âme s'unit à la consécration eucharistique qui perpétue en substance ce sacrifice sur nos autels; elle croit de la foi la plus vive que Jésus continue de s'offrir à son Père par le ministère de ses prêtres; elle croit qu'il offre avec Lui tous les membres de son corps mystique, surtout ceux qui souffrent naturellement , un peu comme Il a souffert; elle se laisse offrir par Notre-Seigneur, en pensant aux quatre fins du sacrifice: adoration, supplication, réparation, action de grâces.

Il faut à nouveau supplier Dieu de nous donner d'espérer en Lui, de créer en nous la confiance en sa miséricorde : " Sana me, Domine, et sanabor; salvum me fac, et salvus ero: Guéris-moi Seigneur, et je serai guéri; sauve-moi, et je serai sauvé . Converte nos, Domine, ad te, et convertemur: Convertis-nous Seigneur, et nous serons convertis. " Exurge, Domine adjuva nos: et redime nos propter nomen tuum: Lève-toi , Seigneur, viens à notre secours, et pour la gloire de ton nom relève nous. "

Alors , avec cette prière persévérante, l'espérance héroïque s'élève progressivement dans l'âme comme un leitmotiv oublié, très doux et très puissant, qui finit bientôt par s'imposer, par dominer toutes les voix d'enfer, par éclater en quelque sorte en hymne de confiance souveraine et de parfait abandon :" Le Seigneur ne rejette pas à toujours; mais après avoir affligé, il a compassion selon son infinie miséricorde.'

"  C'est Lui qui mortifie, et c'est Lui qui  vivifie" ; il conduit à toute extrémité et il en ramène :" Ceux qui espèrent en Dieu recevront de nouvelles forces, ils élèveront leur vol comme des aigles. Ils courront et ne se lasseront point .

" In te, Domine speravi nos, non confundar in aeternum : Je serai sauvé, Seigneur, parce que j'ai espéré en toi.

rp Garrigou Lagrange . op +

 

 

Mes biens chers Frères,

Les catholiques sont tellement habitués à l’échec, ils ont tellement pris l’habitude de capituler en rase campagne, qu’ils ne sont plus capables de prendre au sérieux la parole de saint Paul. _ Et pourtant l’apôtre, son exemple, sa parole de feu devraient nous aider et nous éclairer alors que nous sommes dans le temps liturgique qui nous prépare plus immédiatement au temps béni et sanctifiant du Carême. Trop souvent en effet, pour excuser nos échecs, pour expliquer le désastre actuel, nous regorgeons de bonnes raisons et d’alibis faciles. Les temps sont trop durs, les gens trop indifférents, L’Église trop faible, les moyens mis à notre disposition trop dérisoires.
Ah, si nous avions des instruments adaptés à la grandeur de notre mission apostolique ; ce n’est pas la bonne volonté qui manque, mais il faut bien reconnaître que les circonstances ne nous sont point favorables…
Voilà pourquoi nous nous décourageons, nous geignons, nous nous plaignons et nous ne faisons plus rien.

Et pourtant il nous suffirait de nous tourner vraiment, sincèrement vers Dieu. Nous ne pouvons arguer de notre faiblesse, de notre médiocrité, de la pauvreté des moyens mis à notre disposition. En effet, nous entendrions immédiatement Notre Seigneur nous dire, comme il le fit pour l’apôtre : Ma grâce te suffit, car ma puissance éclate dans ta faiblesse ! Dieu manifeste sa puissance, son autorité et son amour par la plus grande faiblesse qui soit.
Car ce qui est vrai du disciple, de tout disciple, c’est-à-dire de tout baptisé, est vrai, se réalise d’abord, pleinement et suprêmement dans le Christ lui-même. Quelle est la plus grande faiblesse qui soit, sinon celle de la croix : le Fils de Dieu lui-même, humilié, battu, hagard, qui semble n’avoir plus rien qui fait la dignité de l’homme, abandonné de tous, en but à un véritable déferlement de haine et de misère, c’est dans cette misère que nous contemplons, que nous est communiqué la puissance même de Dieu, la victoire de l’amour incréé, le triomphe de la sagesse divine.

Nous comprenons mieux pourquoi est proposé à notre méditation ce passage de la deuxième épitre aux Corinthiens. La liturgie du Carême, le temps de la passion, nous conduit à contempler la croix, à affronter le mystère même du mal que Dieu vient sauver et guérir. Chaque fois que nous regardons un crucifix, chaque fois que nous participons de tout notre cœur au sacrifice de la messe, chaque fois que nous faisons un acte de foi et d’amour, nous sommes introduits dans ce grand mystère : nous contemplons la puissance de Dieu qui se déploie dans la faiblesse humaine, dans la plus grande faiblesse humaine qui soit, celle de Jésus pendu sur le gibet du calvaire. Dans un apparent désastre, voici que jaillit la lumière de l’espérance, l’assurance de la victoire, la certitude du triomphe divin.

Cette victoire, mes bien chers frères, est la nôtre depuis le jour de notre baptême. Nous avons en nous le principe et la source de la victoire. Si nous sommes ce matin en cette église, c’est parce que nous reconnaissons notre faiblesse, notre péché, notre incapacité, notre paralysie pour accomplir le bien et rejeter le mal. Mais au lieu de nous morfondre dans cette morne contemplation, nous savons que la puissance divine doit rayonner dans et par notre faiblesse.
Encore faut-il que nous accueillions cette présence, cette grâce, ce pardon et que nous ne mettions point d’obstacle à son influence et à son dynamisme. C’est dans l’accueil de notre faiblesse que nous pourrons porter comme saint Paul les marques de la passion bienheureuse de Notre Seigneur.

Lorsque nous prions vraiment, lorsque nous cherchons réellement à aimer le Seigneur et à accomplir sa volonté, lorsque nous nous mettons au service de nos frères pour leur communiquer la vie divine et l’Évangile, alors la puissance du Seigneur se manifeste à travers et malgré nos faiblesses.
En revanche, nous ne devons pas nous appuyer sur nos capacités naturelles ou les capacités du genre humain à se sauver lui-même. Prenons encore une fois exemple sur saint Paul. Il ne s’appuie ni sur sa condition de juif pieux, ni même sur ce qu’il a souffert, ni sur tout ce qu’il a réalisé comme apôtre du Seigneur.
Non, tout cela doit être considéré comme des balayures, dit-il dans une autre de ses lettres, car seul pour lui compte son attachement personnel au Christ et à sa doctrine, ce que nous appelons la foi. Au soir de sa vie, saint Paul considère que sa grande victoire, le meilleur résultat de toute sa vie, le combat ultime pour lui fut d’avoir conservé la foi.

Vous l’aurez donc bien compris, mes frères, rien en nous ne constitue un obstacle au triomphe de la puissance du Seigneur, sinon notre orgueil, notre volonté propre, le refus d’être sauvé, et donc d’être aimé par Dieu.
En revanche, durant tout le temps de la Passion, il nous est demandé de contempler la croix du Seigneur, la réalité de son supplice et la victoire de son amour. C’est ce que les auteurs spirituels appellent entrer dans les plaies de Notre Seigneur. Mais écoutons saint Bernard :

« Où donc notre fragilité peut-elle trouver repos et sécurité, sinon dans les plaies du Sauveur ? Je m’y sens d’autant plus protégé que son salut est plus puissant. L’univers chancelle, le corps pèse de tout son poids, le diable tend ses pièges : je ne tombe pas, car je suis campé sur un roc solide. J’ai commis quelque grave péché : ma conscience se trouble, mais elle ne perd pas courage, puisque je me souviens des plaies du Seigneur, qui a été transpercé à cause de nos fautes. Rien n’est à ce point voué à la mort que la mort du Christ ne puisse libérer. Dès que je pense à cette médecine si forte et si efficace, la pire des maladies ne m’effraie pas » (Cantique 61, 3-4).

Voilà, mes biens chers frères, ce qui constitue pour nous un excellent programme pour toutes les semaines qui viennent. En accueillant d’un cœur joyeux et disponible la grâce de la rédemption, nous serons cette bonne terre, cette terre féconde qui rend au centuple le bon grain semé en elle.
Que notre désir de conversion et de purification soit agréé par Dieu, pour sa gloire et notre salut.

Ainsi soit-il.

Père Laurent-Marie


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Rédigé par Philippe

Publié dans #spiritualité

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Publié le 3 Février 2018

 
I.- Anna Ivanovna Abrikósova est née le 23 janvier 1882 à Kitaigorod, dans le centre de Moscou, dans une famille aisée d’industriels, fournisseurs officiels de chocolat de la cour impériale. Ses parents sont décédés jeunes ; sa mère en la mettant au monde, son père quelques jours plus tard, de la tuberculose. Elle alors élevée, avec ses quatre frères, chez leur oncle Nicolaï, par une gouvernante anglaise. L’un de ses frères devint ambassadeur de la cour. Un autre, Alexei Ivanovich Abrikósov, devint médecin. Il est devenu célèbre pour avoir, bien plus tard, réalisé l’embaumement de Staline et reçu différentes récompenses scientifiques dans ce qui était devenu l’Union soviétique. Le fils de l’oncle Nikolaï, cousin d’Anna, Alexei Alexeyevich Abrikósov (+ 2017), reçut le prix Nobel de physique en 2003.
Très jeune, Anna voulut enseigner. Elle obtint la médaille d’or pour ses études au Lycée féminin de Moscou en 1899. Après une première expérience, pénible, d’une part dans un collège d’enseignants, où elle fut détestée en raison de ses origines sociales, et, d’autre part, dans une école paroissiale orthodoxe dont le prêtre menaça de la dénoncer à l’Okhrana, elle partit étudier l’histoire, pendant trois ans, au Girton College de l’Université de Cambridge. Elle revint ensuite en Russie, où elle épousa en 1903 l’un de ses cousins, Vladimir Abrikósov, avec lequel elle voyagea bientôt en Angleterre, en Italie, en Suisse et en France.
II.- Au cours de ces voyages, Anna lut beaucoup, notamment des ouvrages catholiques, alors qu’elle vivait jusque-là dans un certain agnosticisme. Ainsi, elle découvrit en particulier le Dialogue, de sainte Catherine de Sienne, qui l’enthousiasma. Peu à peu, elle se tourna vers la foi catholique, guidée par l’abbé Maurice Rivière [(1859-1930), futur évêque de Périgueux, qui défendit en vain la cause de l’Action française en 1926 auprès de Pie XI], lequel était alors vicaire à l’église de la Madeleine à Paris. Celui-ci la reçut dans l’Église catholique le 20 décembre 1908. Sous l’influence de son épouse, Vladimir fit le même pas l’année suivante, mais ils ne furent pas admis, malgré leurs demandes réitérées, à intégrer le rit latin et demeurèrent donc des catholiques orientaux de rit grec-catholique. Séduite par la biographie de Saint Dominique du Père Lacordaire, Anna s’orienta vers la spiritualité dominicaine.
III.- Réclamés par leur famille, les jeunes époux rentrèrent en Russie en 1910. Ils se joignirent alors à un groupe de tertiaires laïcs dominicains de la paroisse de Saint-Louis des Français de Moscou. Ils y furent tous deux reçus tertiaires le 19 mai 1917 par le Père Albert-Marie Libercier (1841-1928), qui était curé de cette paroisse et qui rencontrait les plus grandes difficultés à développer sa petite communauté tant en raison des incompréhensions romaines et de son Ordre que des résistances du milieu orthodoxe.

 

 
La maison des jeunes époux devint un lieu de rencontre et d’amitié où beaucoup découvrir la foi catholique. Leonid Feodorov (1879-1935), exarque de la communauté catholique, converti lui-même, mort dans un camp de travaux forcés et béatifié par le pape Jean Paul II le 27 juin 2001, déclara à leur sujet : « Je salue leur maison comme une église. Il est rare que l’on rencontre des gens si jeunes et si pieux pour appuyer l’Église catholique ».
En 1913, le pape saint Pie X les reçut et les encouragea à poursuivre leur œuvre dans le monde grec-catholique de Moscou. Ils décidèrent alors de faire vœu de chasteté et de vivre comme frère et sœur. Le 19 mai 1917, Vladimir Abrikósov fut ordonné prêtre grec-catholique par le métropolite Andrey Cheptysky (1865-1944), de l’Église ukrainienne grecque-catholique, et fondateur des Studites [ce fut lui qui consacra secrètement le futur cardinal Josyf Slipyj (1892-1984)]. De son côté, Anna fit vœux religieux et prit le nom de Sœur Catherine de Sienne et fonda, dans cette Union soviétique qui venait de naître, un couvent de tertiaires régulières grecques-catholiques.
IV.- La persécution religieuse ne tarda pas à s’abattre. Le [désormais] Père Vladimir Abrikósov, d’abord condamné à mort, fut exilé à l’Ouest en 1922, après avoir conduit au catholicisme en 1920 l’ancien bolchévique Dimitri Kuzmin Karavayev (1886-1959), lequel fut lui-même déporté en 1922 et ordonné prêtre en 1927. La [désormais] Mère Catherine, qui aurait pu accompagner le Père Vladimir sur l’un des célèbres « bateaux des philosophes », par lesquels des centaines de journalistes et universitaires ont été exilés de Russie, choisit d’y demeurer. Elle écrivit bientôt au Père Vladimir : « Je suis, au sens exact du terme, seule avec des enfants à moitié nus, avec des sœurs qui s’épuisent, avec un jeune prêtre merveilleux, saint, mais terriblement jeune, le Père Nikolaï Alexandrov, qui a lui-même besoin de soutien, et avec des paroissiens consternés et désemparés, alors que moi-même j'attends d'être arrêtée, parce que lorsqu’ils ont fouillé ici, ils ont trouvé notre Constitution et nos règles ». Le Père Nicolaï (1884-1936), également converti de l’orthodoxie, fut condamné à dix ans de camp en 1924. À nouveau condamné en 1935, il mourut l’année suivante dans un camp de travail.
Mère Catherine et son petit couvent, affrontant la faim, poursuivirent leurs œuvres, notamment en enseignant dans un collège paroissial qu’elle avait créé, adorée de ses enfants, priant toujours davantage. Elle fut arrêtée par la Gépéou en 1923, avec la plupart des religieuses du couvent. Le jour même, elle avait dit aux sœurs de sa communauté : « Il est probable que chacune d’entre-vous, après avoir donné son amour à Dieu et avoir suivi sa voie, a demandé au Christ plus d’une fois dans son cœur d’avoir l’occasion de partager ses souffrances. Eh bien voilà, le moment est venu. Votre désir de souffrir pour Lui s’accomplit à présent ».

 

 
V.- Elle fut enfermée à la prison de Butyrka avec des meurtrières, des voleuses et des prostituées. Mère Philomène, compagne de Mère Catherine, raconta dans ses mémoires que ce procédé fut choisi pour rendre encore plus difficile l’emprisonnement, ces femmes traitant mal et même haineusement celles qui étaient incarcérées pour des délits politiques. Ce ne fut pas ce qui se produisit. Le même auteur raconte que « Catherine, cependant, demeura dans la paix, toujours aimable elle se gagna ses compagnes de cellules, et même la prison entière. Lorsqu’elles voyaient que Catherine passait dans le couloir pour son heure de promenade, les femmes cherchaient à sortir pour la toucher, ou lui baiser la joue ». Une autre fois, une femme à moitié nue et malade arriva dans la cellule. Il faisait froid, et les femmes dormaient serrées les unes contre les autres pour se réchauffer. Personne ne voulait de la nouvelle à ses côtés. « Catherine lui fit une petite place et lui permit de se blottir contre elle », explique sœur Philomène. « Les autres prisonnières lui dirent que la nouvelle avait la syphilis, mais Catherine s’en moquait : “Si elle me contamine, je me soignerai à l’hôpital”, dit-elle ».
Elle fut condamnée à dix ans de confinement et fut conduite à la prison de Yaroslavl, réservée aux dissidents politiques, où elle resta de 1924 à 1932. Elle ne voyait ses compagnons de malheur que pendant de brefs instants de promenade. À cette occasion, elle rencontra le Père Theophile Skalsky, prêtre polonais qui devint son directeur spirituel et qui, sorti de prison, écrivit au P. Vladimir, mari de Anna : « Elle supporte son incarcération aux mains des soviétiques avec une sainte sérénité. En dépit des horribles dégradations auxquelles elle est soumise, elle dit qu’elle est toujours prête à suivre le chemin de croix du Seigneur. En outre, elle m’a avoué qu’elle avait une tumeur à la poitrine, bien qu’elle ne s’en plaigne jamais. Le docteur a découvert qu’elle avait un cancer du sein et l’a envoyée à Moscou ».

VI.- Elle y est alors enfermée à la prison de Butyrka, où elle est opérée en 1932. L'opération lui enlève le sein gauche, une partie des muscles du dos et des côtés. Elle ne peut plus utiliser son bras gauche.

Ekaterina Peshkova, épouse de l’écrivain Maxime Gorky et chef de la Croix-Rouge politique, intercède alors pour elle auprès de Staline afin qu’elle soit libérée compte tenu de sa maladie et du peu de temps de prison qu’il lui reste à purger. Elle sort de prison le 14 août 1932. Bien qu’elle fût avertie qu’elle pourrait être à nouveau arrêtée, elle retourna aussitôt à la paroisse de Saint-Louis des Français pour reprendre contact avec les sœurs survivantes, et elle y fut reçue par Mgr Pie Neveu (1877-1946), un religieux assomptionniste français [il avait pris le nom religieux de « Pie » en l’honneur de saint Pie V et du cardinal Pie]. Mgr Neveu avait été secrètement sacré évêque par Mgr d’Herbigny le 21 avril 1926, dans cette même paroisse, pour le siège de Moscou. Constamment surveillé par la police, et ayant dû rentrer en France en 1936 pour des raisons de santé, il ne put revenir en Russie. Mère Catherine put communier auprès de lui pour la première fois depuis de nombreuses années. Il écrivit d’elle : « Cette femme est un authentique confesseur de la foi, très courageuse. On se sent insignifiant auprès d’une personne d’une telle stature morale ».
Mère Catherine se réunissait avec certaines de ses religieuses, ou avec d’autres cercles catholiques, comme celui que tentait de mettre en place Camilla Kruchelnítskaya, une laïque polonaise. Un an seulement après sa libération, la Mère Catherine fut à nouveau arrêtée avec vingt-quatre catholiques liés à ce cercle, qui fut qualifiée « d’organisation terroriste monarchique contre-révolutionnaire ». Lors de son procès en 1933, Mère Catherine, malade, quasiment aveugle, fut accusée de conspirer pour l’assassinat de Staline, dans un complot dirigé par Pie XI et Mgr Pie Neveu. Camilla Kruchelnítskaya fut condamnée au Goulag et fusillée en 1937. Mère Catherine fut condamnée à huit ans de prison. Elle fut incarcérée à la prison de Kostroma, à quelque 300 km de Moscou. De là, elle fut transférée à la prison de Burtyka, à Moscou, où elle mourut, dans un isolement total, le 23 juillet 1936, à l’âge de 53 ans. Son corps a été incinéré, avant que ses cendres ne fussent jetées dans une fosse commune du cimetière de Donskoy.
La cause de béatification de Mère Catherine Abrikosova a été introduite à Rome le 31 mai 2003.
 

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