spiritualite

Publié le 6 Février 2018

 

 

"je l'attribue au dur labeur surajouté au don de Dieu. "

 

Lorsque Dominic Fiacco, 12 ans, tend la main pour serrer ses lacets, il est presque temps, comme pourrait le dire son grand-père, de faire sauter les gens de leurs chaises.

   Récemment, un lundi soir, le jeune musicien surprenant, vêtu d'une cravate et tenant une fedora, car sa famille s'habille toujours pour l'église, se matérialise dans le grenier du chœur et est suspendue par l'orgue avant un concert instrumental et choral à l'église Saint-Joseph-Saint-Patrick d'Utica. Dominic exsudait l'humilité, mais ces chaussures étaient prêtes à rebondir et glisser sur le pédalier pendant que ses doigts régnaient sur les trois manuels (claviers) dans une interprétation triomphale de la musique de Brahms, Haendel et Bach.

   Quand on lui a demandé si ses chaussures s'envoleraient pendant une représentation, il a répondu:

   "Ils ne se détacheraient probablement pas, mais les lacets pourraient se détacher. Ce n'est pas encore arrivé." Si c'est le cas, le chœur d'adoration sera prêt à aider. Après que Dominic eut terminé le dernier morceau de la soirée, le ténor Samuel Dickson lui en donna cinq.

   Il est phénoménal, dit Dickson. "Il est génial. Il est formidable."

   C'est un secret bien gardé ", a dit son grand-père Joe Fiacco, mais, oh, comment cela change. Déjà, Dominique est connu comme l'organiste assistant qui joue pour pas moins de trois messes les week-ends à Saint Joseph-Saint-Patrick, où les représentations ciselées des saints sortent des murs comme attirées par la musique. L'an prochain, Dominic sera le plus jeune organiste à se produire à la célèbre église de la cathédrale Saint Jean le Divin de Manhattan depuis la rénovation du Grand Orgue en 2008.

Ô mystérieux talent !

   Le programme du lundi soir à Utica comprenait la chanson O Magnum Mysterium: O Great Mystery. Un mystère terrestre est le talent de Dominique. Certains membres de la famille et parents jouent d'instruments ou s'intéressent à la musique, mais il a, selon les mots de son professeur d'orgue Stephen Best,"un potentiel illimité".

   "M. Best a dit que c'est un don de Dieu. C'est aussi simple que ça ", a dit Joe.

   Il a ajouté:"Je ne connais rien à la musique. Ma femme a appris à jouer de la guitare et à chanter, mais avoir la capacité de faire ce qu'il fait n'est pas naturel."

    Dominique travaille vers la perfection. Il s'est offert un total de neuf sur dix pour les quatre morceaux qu'il a interprétés au concert: la pièce pour piano Sonatine: III de Ravel. Animes et trois pièces d'orgue - How Lovely Is Thy Dwelling Place de Brahms, Hallelujah Chorus de Haendel et Toccata in F Major de Bach. Évaluant leur difficulté, il donna au Ravel, avec ses moments alternés d'intensité et de douceur," peut-être huit "; aux Brahms et au Haendel," cinq "; et à la dernière pièce vivante et majestueuse, la Toccata de Bach," neuf ou dix ". De l'archet que Dominique devait prendre à la fin, le public était du côté du 10.

   Il se sent un peu mal à l'aise en s'inclinant, il joue pour la gloire de la musique. Sa personnalité polie contraste avec les sons tonitruants d'orgue qu'il produit. Il aime garder sa musique "lisse et branchée", et il n' y a pas de bombardement dans ses réponses réfléchies aux questions.

  

   Son grand-père pense que Dominic tire sa politesse de ses parents, Pamela et William. Leurs enfants, cinq garçons et une fille, ont entre deux et douze ans. La famille vit dans le village de Pologne au nord-est d'Utica.

   Dominique avait demandé à sa mère si elle allait tourner les pages de la partition pour lui au concert de l'église. Pamela m' a dit:"C'était tellement drôle quand il m' a approché:" Maman, tu peux le faire? Ok, on s'entraîne d'abord, OK?" Et quand on sera prêts:"Je t'achèterai une chaise."

 

   Pamela s'est dit que ses efforts en tant qu'accompagnatrice de musique maternelle lui ont valu une note de 7,5.

   Ça a marché, dit Dominic.

   "C'est un enfant adorable. Il est l'aîné, dit Pamela. Il s'occupe toujours de moi, de toute la famille, des enfants. Il adore lire. Il adore jouer avec ses frères et sœurs plus jeunes." Dominic pense que les pièces de monnaie sont son "passe-temps le plus normal que l'on publie généralement dans un journal", mais il aime aussi les trains.

Une famille classique

   Les quatre enfants les plus âgés de la famille sont scolarisés à la maison "dans la tradition classique", a déclaré William dans un courriel.

   Les Fiaccos possèdent un orgue électrique et un piano. Respectueux de la compétence de Dominique à l'orgue, dit Guillaume, je l'attribue au dur labeur surajouté au don de Dieu. Je suis fier qu'il joue avec passion. Qu'il ne cesse de jouer avec passion."

   Il a ajouté que le jeu des instruments de musique n'est pas comme un cours rigoureux en preuve mathématique. Elle ne concerne pas l'intellect spéculatif... mais la perfection des mouvements musculaires et de la coordination, le développement du sens du rythme et de l'harmonie. …

   Actuellement, Dominique pratique trois heures par jour.

 Il n'arrête pas de se demander:"Comment un gamin peut faire ça?"

Dominic avait huit ans quand il a commencé à prendre des leçons de Best. J'ai été un peu hésitant car je n'avais jamais enseigné à quelqu'un d'aussi jeune et il n' a pas pu atteindre les pédales ", dit Best," mais j'ai accepté d'essayer, et le reste est de l'histoire ancienne.

Mais je pense qu' à tout âge, le travail acharné, le dévouement et l'amour de la grande musique produiront des résultats. Le jeu de Dominic montre bien qu'il est passionné par l'orgue, et nous sommes très heureux qu'il le soit!"

 

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Rédigé par Philippe

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Publié le 6 Février 2018

 

La sainte liturgie va nous fait méditer  une des pages les plus célèbres du Nouveau Testament, un passage de la première lettre aux Corinthiens que nous appelons l’hymne à la charité. Et parce que dans la prière de l’Église rien ne se fait par hasard mais tout est ordonné avec sagesse et mesure, nous écoutons ce lumineux enseignent alors que nous nous préparons au combat spirituel du Carême.

Dieu nous aime infiniment parce que Dieu est amour. De toute éternité il est communion parfaite, amour réciproque, incréé et partagé, communauté de lumière et de vie, don et accueil. Dieu est amour parce qu’Il est Trinité. À ce sujet, saint Augustin s’exclamait :

« Tu as vu la Charité, tu as vu la Trinité ! »

S’il nous a créés, c’est par amour. Rien ne l’y obligeait. Et c’est encore par amour qu’il a tout mis en œuvre pour nous sauver, pour nous arracher d’une situation de perdition éternelle dans laquelle nous ont plongés la désobéissance en Adam du genre humain.
Et l’œuvre de la Rédemption ne consiste pas seulement à venir nous chercher sur ce chemin de perte et de désespoir. La mission du Christ est de conduire au Père, c’est-à-dire de nous révéler le mystère même de son Père, et de nous faire participer à cette vie divine, à cet amour éternel, à cette charité qui est le mystère même de Dieu.

Voilà pourquoi la charité est bien autre chose qu’un devoir, qu’un commandement, qu’une obligation morale, que nous pourrions traduire ainsi en langage familier : il s’agit, quand on est chrétien, d’être bien gentil. Il ne s’agit pas de cela. Le Christ lui-même nous demande d’être parfaits comme le Père céleste est parfait. Nous sommes tous appelés par vocation divine à devenir ce que nous avons reçu, à vivre à la hauteur du don qui nous a été fait et communiqué. Cela est impossible ? Cela est disproportionné ? Cela est hors de notre portée.


Effectivement. C’est l’œuvre en nous de sa grâce, c’est le don du Saint Esprit, qui est Seigneur, qui est Dieu et qui nous donne la vie¸ la vie même de Dieu, et ce depuis le jour de notre baptême. Si nous avons été baptisés, c’est pour faire un avec le Christ, dans son mystère de vie et de sainteté, c’est pour adopter les mœurs mêmes de Dieu, sa manière de vivre et d’aimer.

Tous les jours et plusieurs fois par jour, nous prions le Pater, et nous demandons : Adveniat Regnum tuum ! Que votre Règne arrive !


Le Catéchisme du Concile de Trente attire notre attention, en commentant cette deuxième demande du Pater, sur les nombreux obstacles qui existent autour de nous mais en aussi en nous, à l’avènement de ce Royaume : notre péché, nos défauts, nos vices, nos compromissions et nos lâchetés, sans compter les sollicitations d’un monde qui s’éloigne toujours plus des vérités de l’Évangile, et les tentations ou les suggestions du Démon.

Cette demande suppose donc que nous prenions le ferme engagement de nous convertir et de lutter contre le mal. Mais ce combat sera d’autant plus efficace et glorieux que nous mettrons au premier rang la charité divine, l’accueil que Dieu nous porte. Voilà pourquoi, il n’y a pas de conversion sans un désir et un esprit de prière.

Que faisons-nous dans la prière sinon tenir nos cœurs prêts à accueillir l’amour de Dieu, amour qui nous est communiqué par la contemplation aimante et reconnaissante de l’œuvre de Dieu et de son mystère ?

Voilà pourquoi il n’y a pas de prière féconde qui ne commence par un solide acte de foi : nous croyons que Dieu nous aime, nous accueillons la Révélation qu’il fait de Lui par son Fils Jésus, nous contemplons l’œuvre de son amour depuis le premier instant de la création jusqu’au retour du Christ dans la gloire au moment de la résurrection finale.

Nous croyons, nous espérons, et donc nous aimons, ou plutôt le Saint Esprit nous est communiqué pour aimer, c’est-à-dire pour prier en nous. Même notre faiblesse n’est plus obstacle, puisque c’est justement au secours de notre faiblesse que vient le Saint Esprit. Mais si nous n’avons pas cet amour, cette charité, cette présence en nous du Saint-Esprit, tout le reste ne nous sert à rien.


La connaissance des vérités surnaturelles, la participation par la foi à la science même des anges et des bienheureux, le don de nous-même par les œuvres de miséricorde, le zèle apostolique et la générosité au service de nos frères, et spécialement des plus pauvres, tout cela doit être en noue le signe, le fruit, le résultat de la charité. C’est ce que la charité produit en nous ou perfectionne en nous.

Vivre de la charité parfaite, voilà donc l’objectif de notre vie, et donc de notre Carême.

Mais c’est aussi cette charité qui est le grand moyen qui nous est donné pour parvenir au bonheur éternel. Tous nos efforts de conversion sont en vue de cette charité parfaite et tout dans l’Église, sa liturgie, ses œuvres missionnaires et éducatives, sa vie et son activité sont au service de la sainteté de tous les fidèles parce que Dieu est vraiment glorifié lorsque ses créatures répondent à leur vocation. Si la vie religieuse occupe dans l’Église une place centrale, c’est justement parce que les consacrés rappellent au monde l’absolu prééminence de Dieu et de son amour.

Alors, mes bien chers Frères, au moment où nous réfléchissons déjà à nos bonnes résolutions de Carême, demandons-nous bien simplement quelle place dans notre vie occupe la charité, c’est-à-dire l’amour de Dieu.

Seul le Christ nous apprend à aimer vraiment, et par là à accomplir la volonté de salut de son Père. Soyons comme l’aveugle assis à proximité de la ville de Jéricho et qui s’écrie avec persévérance et avec confiance : Jésus, fils de David, aie pitié de moi ! Le Christ seul peut nous rendre la vue, c’est-à-dire nous guérir de notre aveuglément et de notre endurcissement.
Demandons-lui la grâce de nous combler de son amour pour que nous puissions à notre tour être les missionnaires de la miséricorde divine.

Ainsi soit-il.

rp Laurent Marie .

 

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Rédigé par Philippe

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Publié le 5 Février 2018

" Je vois le visage d'un homme; s'il est jeune ou vieux, je ne puis le dire. Il peut avoir cinquante ans ou seulement trente. Parfois il parait un âge et parfois l'autre. Il y a quelque chose d'inexprimable dans ce visage, que je ne puis m'expliquer nettement. Peut-être, puisqu'il porte tous les fardeaux, porte-t-il aussi celui de la vieillesse? Mais cela est ainsi: son visage est à la fois très vénérable , et cependant faisant penser à celui d'un enfant, très calme , très doux, très modeste, rayonnant de sainteté et d'aimante bonté. Ses yeux m'attachent et émeuvent mon coeur. Son souffle est suave et me transporte hors de moi-même. Oh! je contemplerai à jamais ce visage et je ne cesserai pas d'y attacher mes regards .

   " Et je vois soudain quelqu'un venir à Lui, lever la main et frapper brutalement ce céleste visage. C'est une main dure, la main d'un homme grossier, et peut-être était-elle armée de fer. Cela ne put être assez soudain pour prendre par surprise Celui qui connaît toutes choses passées et à venir, et Il ne montre aucun signe de ressentiment, demeurant calme et grave comme auparavant;  mais l'expression de son visage est troublée, une grande enflure se produit, et , au bout d'un peu de temps, ce visage plein de grâce m'est caché par les effets de cet outrage comme si un nuage s'étendait sur lui.

   " Une main s'est levée contre le visage du Christ. Quelle était cette main? Ma conscience me dit :" Tu es cet homme-là." J'ai la confiance qu'il n'en est pas ainsi maintenant. Mais , ô mon âme , contemple le terrible fait: imagine le Christ devant toi, et imagine-toi , toi-même levant la main et le frappant ! Tu diras :" C'est impossible : je n'ai pu le faire !" 

   " Oui, tu l'as fait. Quand tu as péché volontairement, c'est alors que tu as commis ce crime. "

Bx Cardinal Newman .

 

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Publié le 5 Février 2018

 

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Rédigé par Philippe

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Publié le 4 Février 2018

priez pour nous .

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Rédigé par Philippe

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Publié le 4 Février 2018

 

 

 

"Levez-vous ; pourquoi dormez-vous, Seigneur ? Levez-vous, et ne nous repoussez pas à jamais. Pourquoi détournez-vous votre visage et oubliez-vous notre tribulation ? Notre corps est attaché à la terre. Levez-vous, Seigneur, secourez-nous et délivrez-nous."

 

Le psalmiste fait entendre sa plainte :" Exsurge, quare obdormis, Domine? exsurge et ne repellas in finem ?

Pourquoi dors-tu Seigneur? Réveille toi! ne nous repousse pas à jamais ! Pourquoi détournes-tu ton visage? Pourquoi oublies-tu notre misère et notre oppression ? "  L'âme se rappelle surtout les paroles du psaume que Jésus prononça dans son agonie :" Mon Dieu, mon Dieu,  pourquoi m'avez-vous abandonné? "

Mais elle se souvient aussi que c'est dans l'heure de ténèbres que le Sauveur s'offrit à son Père qui le livrait pour nous. En union avec Lui, répétant souvent les sept paroles, elle fait un grand acte d'amour pour ce seul et très pur motif : Dieu est souverainement aimable en lui-même , infiniment plus que tous les dons qu'il m'a accordés ou que j'attends de Lui.  l'âme s'en remet pleinement à la volonté de Dieu.

Ici les actes de foi, d'espérance et de charité se fondent en quelque sorte en un acte d'abandon parfait à la divine volonté. " Pater, in manus tuas commendo spiritum meum", dit Jésus en mourant; ce fut la consécration au sacrifice de la croix.

L'âme s'unit à la consécration eucharistique qui perpétue en substance ce sacrifice sur nos autels; elle croit de la foi la plus vive que Jésus continue de s'offrir à son Père par le ministère de ses prêtres; elle croit qu'il offre avec Lui tous les membres de son corps mystique, surtout ceux qui souffrent naturellement , un peu comme Il a souffert; elle se laisse offrir par Notre-Seigneur, en pensant aux quatre fins du sacrifice: adoration, supplication, réparation, action de grâces.

Il faut à nouveau supplier Dieu de nous donner d'espérer en Lui, de créer en nous la confiance en sa miséricorde : " Sana me, Domine, et sanabor; salvum me fac, et salvus ero: Guéris-moi Seigneur, et je serai guéri; sauve-moi, et je serai sauvé . Converte nos, Domine, ad te, et convertemur: Convertis-nous Seigneur, et nous serons convertis. " Exurge, Domine adjuva nos: et redime nos propter nomen tuum: Lève-toi , Seigneur, viens à notre secours, et pour la gloire de ton nom relève nous. "

Alors , avec cette prière persévérante, l'espérance héroïque s'élève progressivement dans l'âme comme un leitmotiv oublié, très doux et très puissant, qui finit bientôt par s'imposer, par dominer toutes les voix d'enfer, par éclater en quelque sorte en hymne de confiance souveraine et de parfait abandon :" Le Seigneur ne rejette pas à toujours; mais après avoir affligé, il a compassion selon son infinie miséricorde.'

"  C'est Lui qui mortifie, et c'est Lui qui  vivifie" ; il conduit à toute extrémité et il en ramène :" Ceux qui espèrent en Dieu recevront de nouvelles forces, ils élèveront leur vol comme des aigles. Ils courront et ne se lasseront point .

" In te, Domine speravi nos, non confundar in aeternum : Je serai sauvé, Seigneur, parce que j'ai espéré en toi.

rp Garrigou Lagrange . op +

 

 

Mes biens chers Frères,

Les catholiques sont tellement habitués à l’échec, ils ont tellement pris l’habitude de capituler en rase campagne, qu’ils ne sont plus capables de prendre au sérieux la parole de saint Paul. _ Et pourtant l’apôtre, son exemple, sa parole de feu devraient nous aider et nous éclairer alors que nous sommes dans le temps liturgique qui nous prépare plus immédiatement au temps béni et sanctifiant du Carême. Trop souvent en effet, pour excuser nos échecs, pour expliquer le désastre actuel, nous regorgeons de bonnes raisons et d’alibis faciles. Les temps sont trop durs, les gens trop indifférents, L’Église trop faible, les moyens mis à notre disposition trop dérisoires.
Ah, si nous avions des instruments adaptés à la grandeur de notre mission apostolique ; ce n’est pas la bonne volonté qui manque, mais il faut bien reconnaître que les circonstances ne nous sont point favorables…
Voilà pourquoi nous nous décourageons, nous geignons, nous nous plaignons et nous ne faisons plus rien.

Et pourtant il nous suffirait de nous tourner vraiment, sincèrement vers Dieu. Nous ne pouvons arguer de notre faiblesse, de notre médiocrité, de la pauvreté des moyens mis à notre disposition. En effet, nous entendrions immédiatement Notre Seigneur nous dire, comme il le fit pour l’apôtre : Ma grâce te suffit, car ma puissance éclate dans ta faiblesse ! Dieu manifeste sa puissance, son autorité et son amour par la plus grande faiblesse qui soit.
Car ce qui est vrai du disciple, de tout disciple, c’est-à-dire de tout baptisé, est vrai, se réalise d’abord, pleinement et suprêmement dans le Christ lui-même. Quelle est la plus grande faiblesse qui soit, sinon celle de la croix : le Fils de Dieu lui-même, humilié, battu, hagard, qui semble n’avoir plus rien qui fait la dignité de l’homme, abandonné de tous, en but à un véritable déferlement de haine et de misère, c’est dans cette misère que nous contemplons, que nous est communiqué la puissance même de Dieu, la victoire de l’amour incréé, le triomphe de la sagesse divine.

Nous comprenons mieux pourquoi est proposé à notre méditation ce passage de la deuxième épitre aux Corinthiens. La liturgie du Carême, le temps de la passion, nous conduit à contempler la croix, à affronter le mystère même du mal que Dieu vient sauver et guérir. Chaque fois que nous regardons un crucifix, chaque fois que nous participons de tout notre cœur au sacrifice de la messe, chaque fois que nous faisons un acte de foi et d’amour, nous sommes introduits dans ce grand mystère : nous contemplons la puissance de Dieu qui se déploie dans la faiblesse humaine, dans la plus grande faiblesse humaine qui soit, celle de Jésus pendu sur le gibet du calvaire. Dans un apparent désastre, voici que jaillit la lumière de l’espérance, l’assurance de la victoire, la certitude du triomphe divin.

Cette victoire, mes bien chers frères, est la nôtre depuis le jour de notre baptême. Nous avons en nous le principe et la source de la victoire. Si nous sommes ce matin en cette église, c’est parce que nous reconnaissons notre faiblesse, notre péché, notre incapacité, notre paralysie pour accomplir le bien et rejeter le mal. Mais au lieu de nous morfondre dans cette morne contemplation, nous savons que la puissance divine doit rayonner dans et par notre faiblesse.
Encore faut-il que nous accueillions cette présence, cette grâce, ce pardon et que nous ne mettions point d’obstacle à son influence et à son dynamisme. C’est dans l’accueil de notre faiblesse que nous pourrons porter comme saint Paul les marques de la passion bienheureuse de Notre Seigneur.

Lorsque nous prions vraiment, lorsque nous cherchons réellement à aimer le Seigneur et à accomplir sa volonté, lorsque nous nous mettons au service de nos frères pour leur communiquer la vie divine et l’Évangile, alors la puissance du Seigneur se manifeste à travers et malgré nos faiblesses.
En revanche, nous ne devons pas nous appuyer sur nos capacités naturelles ou les capacités du genre humain à se sauver lui-même. Prenons encore une fois exemple sur saint Paul. Il ne s’appuie ni sur sa condition de juif pieux, ni même sur ce qu’il a souffert, ni sur tout ce qu’il a réalisé comme apôtre du Seigneur.
Non, tout cela doit être considéré comme des balayures, dit-il dans une autre de ses lettres, car seul pour lui compte son attachement personnel au Christ et à sa doctrine, ce que nous appelons la foi. Au soir de sa vie, saint Paul considère que sa grande victoire, le meilleur résultat de toute sa vie, le combat ultime pour lui fut d’avoir conservé la foi.

Vous l’aurez donc bien compris, mes frères, rien en nous ne constitue un obstacle au triomphe de la puissance du Seigneur, sinon notre orgueil, notre volonté propre, le refus d’être sauvé, et donc d’être aimé par Dieu.
En revanche, durant tout le temps de la Passion, il nous est demandé de contempler la croix du Seigneur, la réalité de son supplice et la victoire de son amour. C’est ce que les auteurs spirituels appellent entrer dans les plaies de Notre Seigneur. Mais écoutons saint Bernard :

« Où donc notre fragilité peut-elle trouver repos et sécurité, sinon dans les plaies du Sauveur ? Je m’y sens d’autant plus protégé que son salut est plus puissant. L’univers chancelle, le corps pèse de tout son poids, le diable tend ses pièges : je ne tombe pas, car je suis campé sur un roc solide. J’ai commis quelque grave péché : ma conscience se trouble, mais elle ne perd pas courage, puisque je me souviens des plaies du Seigneur, qui a été transpercé à cause de nos fautes. Rien n’est à ce point voué à la mort que la mort du Christ ne puisse libérer. Dès que je pense à cette médecine si forte et si efficace, la pire des maladies ne m’effraie pas » (Cantique 61, 3-4).

Voilà, mes biens chers frères, ce qui constitue pour nous un excellent programme pour toutes les semaines qui viennent. En accueillant d’un cœur joyeux et disponible la grâce de la rédemption, nous serons cette bonne terre, cette terre féconde qui rend au centuple le bon grain semé en elle.
Que notre désir de conversion et de purification soit agréé par Dieu, pour sa gloire et notre salut.

Ainsi soit-il.

Père Laurent-Marie


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Rédigé par Philippe

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Publié le 3 Février 2018

 
I.- Anna Ivanovna Abrikósova est née le 23 janvier 1882 à Kitaigorod, dans le centre de Moscou, dans une famille aisée d’industriels, fournisseurs officiels de chocolat de la cour impériale. Ses parents sont décédés jeunes ; sa mère en la mettant au monde, son père quelques jours plus tard, de la tuberculose. Elle alors élevée, avec ses quatre frères, chez leur oncle Nicolaï, par une gouvernante anglaise. L’un de ses frères devint ambassadeur de la cour. Un autre, Alexei Ivanovich Abrikósov, devint médecin. Il est devenu célèbre pour avoir, bien plus tard, réalisé l’embaumement de Staline et reçu différentes récompenses scientifiques dans ce qui était devenu l’Union soviétique. Le fils de l’oncle Nikolaï, cousin d’Anna, Alexei Alexeyevich Abrikósov (+ 2017), reçut le prix Nobel de physique en 2003.
Très jeune, Anna voulut enseigner. Elle obtint la médaille d’or pour ses études au Lycée féminin de Moscou en 1899. Après une première expérience, pénible, d’une part dans un collège d’enseignants, où elle fut détestée en raison de ses origines sociales, et, d’autre part, dans une école paroissiale orthodoxe dont le prêtre menaça de la dénoncer à l’Okhrana, elle partit étudier l’histoire, pendant trois ans, au Girton College de l’Université de Cambridge. Elle revint ensuite en Russie, où elle épousa en 1903 l’un de ses cousins, Vladimir Abrikósov, avec lequel elle voyagea bientôt en Angleterre, en Italie, en Suisse et en France.
II.- Au cours de ces voyages, Anna lut beaucoup, notamment des ouvrages catholiques, alors qu’elle vivait jusque-là dans un certain agnosticisme. Ainsi, elle découvrit en particulier le Dialogue, de sainte Catherine de Sienne, qui l’enthousiasma. Peu à peu, elle se tourna vers la foi catholique, guidée par l’abbé Maurice Rivière [(1859-1930), futur évêque de Périgueux, qui défendit en vain la cause de l’Action française en 1926 auprès de Pie XI], lequel était alors vicaire à l’église de la Madeleine à Paris. Celui-ci la reçut dans l’Église catholique le 20 décembre 1908. Sous l’influence de son épouse, Vladimir fit le même pas l’année suivante, mais ils ne furent pas admis, malgré leurs demandes réitérées, à intégrer le rit latin et demeurèrent donc des catholiques orientaux de rit grec-catholique. Séduite par la biographie de Saint Dominique du Père Lacordaire, Anna s’orienta vers la spiritualité dominicaine.
III.- Réclamés par leur famille, les jeunes époux rentrèrent en Russie en 1910. Ils se joignirent alors à un groupe de tertiaires laïcs dominicains de la paroisse de Saint-Louis des Français de Moscou. Ils y furent tous deux reçus tertiaires le 19 mai 1917 par le Père Albert-Marie Libercier (1841-1928), qui était curé de cette paroisse et qui rencontrait les plus grandes difficultés à développer sa petite communauté tant en raison des incompréhensions romaines et de son Ordre que des résistances du milieu orthodoxe.

 

 
La maison des jeunes époux devint un lieu de rencontre et d’amitié où beaucoup découvrir la foi catholique. Leonid Feodorov (1879-1935), exarque de la communauté catholique, converti lui-même, mort dans un camp de travaux forcés et béatifié par le pape Jean Paul II le 27 juin 2001, déclara à leur sujet : « Je salue leur maison comme une église. Il est rare que l’on rencontre des gens si jeunes et si pieux pour appuyer l’Église catholique ».
En 1913, le pape saint Pie X les reçut et les encouragea à poursuivre leur œuvre dans le monde grec-catholique de Moscou. Ils décidèrent alors de faire vœu de chasteté et de vivre comme frère et sœur. Le 19 mai 1917, Vladimir Abrikósov fut ordonné prêtre grec-catholique par le métropolite Andrey Cheptysky (1865-1944), de l’Église ukrainienne grecque-catholique, et fondateur des Studites [ce fut lui qui consacra secrètement le futur cardinal Josyf Slipyj (1892-1984)]. De son côté, Anna fit vœux religieux et prit le nom de Sœur Catherine de Sienne et fonda, dans cette Union soviétique qui venait de naître, un couvent de tertiaires régulières grecques-catholiques.
IV.- La persécution religieuse ne tarda pas à s’abattre. Le [désormais] Père Vladimir Abrikósov, d’abord condamné à mort, fut exilé à l’Ouest en 1922, après avoir conduit au catholicisme en 1920 l’ancien bolchévique Dimitri Kuzmin Karavayev (1886-1959), lequel fut lui-même déporté en 1922 et ordonné prêtre en 1927. La [désormais] Mère Catherine, qui aurait pu accompagner le Père Vladimir sur l’un des célèbres « bateaux des philosophes », par lesquels des centaines de journalistes et universitaires ont été exilés de Russie, choisit d’y demeurer. Elle écrivit bientôt au Père Vladimir : « Je suis, au sens exact du terme, seule avec des enfants à moitié nus, avec des sœurs qui s’épuisent, avec un jeune prêtre merveilleux, saint, mais terriblement jeune, le Père Nikolaï Alexandrov, qui a lui-même besoin de soutien, et avec des paroissiens consternés et désemparés, alors que moi-même j'attends d'être arrêtée, parce que lorsqu’ils ont fouillé ici, ils ont trouvé notre Constitution et nos règles ». Le Père Nicolaï (1884-1936), également converti de l’orthodoxie, fut condamné à dix ans de camp en 1924. À nouveau condamné en 1935, il mourut l’année suivante dans un camp de travail.
Mère Catherine et son petit couvent, affrontant la faim, poursuivirent leurs œuvres, notamment en enseignant dans un collège paroissial qu’elle avait créé, adorée de ses enfants, priant toujours davantage. Elle fut arrêtée par la Gépéou en 1923, avec la plupart des religieuses du couvent. Le jour même, elle avait dit aux sœurs de sa communauté : « Il est probable que chacune d’entre-vous, après avoir donné son amour à Dieu et avoir suivi sa voie, a demandé au Christ plus d’une fois dans son cœur d’avoir l’occasion de partager ses souffrances. Eh bien voilà, le moment est venu. Votre désir de souffrir pour Lui s’accomplit à présent ».

 

 
V.- Elle fut enfermée à la prison de Butyrka avec des meurtrières, des voleuses et des prostituées. Mère Philomène, compagne de Mère Catherine, raconta dans ses mémoires que ce procédé fut choisi pour rendre encore plus difficile l’emprisonnement, ces femmes traitant mal et même haineusement celles qui étaient incarcérées pour des délits politiques. Ce ne fut pas ce qui se produisit. Le même auteur raconte que « Catherine, cependant, demeura dans la paix, toujours aimable elle se gagna ses compagnes de cellules, et même la prison entière. Lorsqu’elles voyaient que Catherine passait dans le couloir pour son heure de promenade, les femmes cherchaient à sortir pour la toucher, ou lui baiser la joue ». Une autre fois, une femme à moitié nue et malade arriva dans la cellule. Il faisait froid, et les femmes dormaient serrées les unes contre les autres pour se réchauffer. Personne ne voulait de la nouvelle à ses côtés. « Catherine lui fit une petite place et lui permit de se blottir contre elle », explique sœur Philomène. « Les autres prisonnières lui dirent que la nouvelle avait la syphilis, mais Catherine s’en moquait : “Si elle me contamine, je me soignerai à l’hôpital”, dit-elle ».
Elle fut condamnée à dix ans de confinement et fut conduite à la prison de Yaroslavl, réservée aux dissidents politiques, où elle resta de 1924 à 1932. Elle ne voyait ses compagnons de malheur que pendant de brefs instants de promenade. À cette occasion, elle rencontra le Père Theophile Skalsky, prêtre polonais qui devint son directeur spirituel et qui, sorti de prison, écrivit au P. Vladimir, mari de Anna : « Elle supporte son incarcération aux mains des soviétiques avec une sainte sérénité. En dépit des horribles dégradations auxquelles elle est soumise, elle dit qu’elle est toujours prête à suivre le chemin de croix du Seigneur. En outre, elle m’a avoué qu’elle avait une tumeur à la poitrine, bien qu’elle ne s’en plaigne jamais. Le docteur a découvert qu’elle avait un cancer du sein et l’a envoyée à Moscou ».

VI.- Elle y est alors enfermée à la prison de Butyrka, où elle est opérée en 1932. L'opération lui enlève le sein gauche, une partie des muscles du dos et des côtés. Elle ne peut plus utiliser son bras gauche.

Ekaterina Peshkova, épouse de l’écrivain Maxime Gorky et chef de la Croix-Rouge politique, intercède alors pour elle auprès de Staline afin qu’elle soit libérée compte tenu de sa maladie et du peu de temps de prison qu’il lui reste à purger. Elle sort de prison le 14 août 1932. Bien qu’elle fût avertie qu’elle pourrait être à nouveau arrêtée, elle retourna aussitôt à la paroisse de Saint-Louis des Français pour reprendre contact avec les sœurs survivantes, et elle y fut reçue par Mgr Pie Neveu (1877-1946), un religieux assomptionniste français [il avait pris le nom religieux de « Pie » en l’honneur de saint Pie V et du cardinal Pie]. Mgr Neveu avait été secrètement sacré évêque par Mgr d’Herbigny le 21 avril 1926, dans cette même paroisse, pour le siège de Moscou. Constamment surveillé par la police, et ayant dû rentrer en France en 1936 pour des raisons de santé, il ne put revenir en Russie. Mère Catherine put communier auprès de lui pour la première fois depuis de nombreuses années. Il écrivit d’elle : « Cette femme est un authentique confesseur de la foi, très courageuse. On se sent insignifiant auprès d’une personne d’une telle stature morale ».
Mère Catherine se réunissait avec certaines de ses religieuses, ou avec d’autres cercles catholiques, comme celui que tentait de mettre en place Camilla Kruchelnítskaya, une laïque polonaise. Un an seulement après sa libération, la Mère Catherine fut à nouveau arrêtée avec vingt-quatre catholiques liés à ce cercle, qui fut qualifiée « d’organisation terroriste monarchique contre-révolutionnaire ». Lors de son procès en 1933, Mère Catherine, malade, quasiment aveugle, fut accusée de conspirer pour l’assassinat de Staline, dans un complot dirigé par Pie XI et Mgr Pie Neveu. Camilla Kruchelnítskaya fut condamnée au Goulag et fusillée en 1937. Mère Catherine fut condamnée à huit ans de prison. Elle fut incarcérée à la prison de Kostroma, à quelque 300 km de Moscou. De là, elle fut transférée à la prison de Burtyka, à Moscou, où elle mourut, dans un isolement total, le 23 juillet 1936, à l’âge de 53 ans. Son corps a été incinéré, avant que ses cendres ne fussent jetées dans une fosse commune du cimetière de Donskoy.
La cause de béatification de Mère Catherine Abrikosova a été introduite à Rome le 31 mai 2003.
 

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Rédigé par Philippe

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Publié le 2 Février 2018

Rédigé par Philippe

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Publié le 1 Février 2018

Voilà un livre peu banal. Son auteur, Nicolas Diat, est connu pour ses livres sur Benoît XVI et le cardinal Sarah, qui ont obtenu un grand succès en France comme à l’étranger.

Cette fois, il s’est transformé en enquêteur et a recueilli les confidences de nombreux moines sur la fin de vie entre les murs de leurs monastères. Les témoignages qu’il rapporte sont extrêmement divers ; parfois, ils sont bouleversants. Certains ont peur de la mort, ce qui peut sembler étonnant, d’autres l’attendent comme la rencontre, celle qui donne sens à la vie, et à toutes choses. La mort est le grand révélateur, devant lequel il est impossible de tricher. Ces moines ont beaucoup à nous apprendre, écrit Nicolas Diat : « Leur humanité, leur courage, leur sincérité force l’admiration. » Et plus encore une attitude qui paraît presque enfantine tant elle est simple devant une fin à la fois inéluctable et, la plupart du temps, tellement désirée.

Extraits choisis
Comprendre les derniers instants de la vie

«  Aujourd’hui, la liturgie de la mort n’existe plus. Or les peurs et les angoisses n’ont jamais été aussi fortes. Les hommes ne savent plus comment mourir.

Dans cet univers désolé, j’ai eu l’idée de prendre le chemin des grands monastères pour découvrir ce que les moines ont à nous dire de la mort. Derrière les murs des clôtures, ils passent leur existence à prier et à réfléchir aux fins dernières.

J’ai pensé que leurs témoignages pourraient aider les hommes à comprendre la souffrance, la maladie, la peine et les derniers instants de la vie. Ils savent les morts compliquées, les morts rapides, les morts simples. Ils y ont été confrontés plus souvent, et de plus près, que la plupart de ceux qui vivent au-delà des enceintes des monastères. J’avais l’intuition, en commençant mon travail, que les moines ne me cacheraient rien, qu’ils me parleraient du trépas des leurs avec vérité.

Les récits recueillis dans les abbayes que j’ai visitées ne m’ont pas détrompé. J’aimerais que ce livre donne un peu d’espoir, car les moines nous montrent qu’une mort humaine est possible. [...] Les histoires que m’ont confiées les bénédictins d’En-Calcat, de Solesmes et de Fontgombault, les trappistes de Sept-Fons, les cisterciens de Cîteaux, les chanoines de Lagrasse, les prémontrés de Mondaye et les ermites de la Grande-Chartreuse sont aussi belles et exceptionnelles que les paroles mémorables des temps anciens. »

Lagrasse

« Frère Vincent est mort avec une grande facilité.

En écoutant le Père Emmanuel-Marie, il me semble entendre un homme qui parle de la disparition de son propre enfant : “Je me suis penché au-dessus de lui, j’ai su que les dernières minutes approchaient. J’ai dit à sa mère de prendre sa main droite, à sa sœur de saisir la gauche. Son corps était brûlant. J’ai récité les prières des agonisants et je lui ai donné le sacrement des malades. Soudainement, nous avons senti qu’il s’apaisait.

Le petit Frère semblait plus reposé, emporté dans un voyage qui le dépassait. Nous avions la certitude qu’il allait nous quitter. Il était devenu transparent. Le temps des crises, le temps des suffocations s’éloignait.

Il ne nageait plus dans cette mer de souffrances qui était sa prison. Frère Vincent n’avait pas peur. Son départ a été doux.

La veille, les spasmes déformaient son visage. À l’heure de la mort, il était rayonnant.” »

En-Calcat

«  Une année avant sa mort, pendant sa rémission, le Père Michel-Marie a reçu un journaliste. Il avait peur de souffrir, et cependant il a tenu [au journaliste] ce discours magnifique : “Me savoir ainsi atteint par la maladie m’a donné une hypersensibilité. Je me rends compte à quel point la vie n’est pas grand-chose. En même temps, elle revêt toute son importance. Je prends conscience désormais avec clarté de la fin de toute chose. Il faut cependant se lever et se battre pour la vie. J’ai le trac de la mort, comme avant un examen. La dimension de ce qui nous attend au ciel est affolante. Pourtant, j’ai un rôle à jouer dans cette grandeur. Dès ici-bas, tout ce que je fais prépare ce que j’aurai à vivre au ciel. Mais cela me dépasse. J’ai pris conscience de l’incroyable immensité de ce qui m’attend de l’autre côté.” [...]

En-Calcat est une oasis qu’on quitte à regret. »

Solesmes

«  Je me souvenais de sa manière respectueuse et délicate de parler d’un moine qu’il aimait : “Je demande toujours à mes Frères de mourir lorsque je suis à l’abbaye. Je voyage beaucoup en raison de mes fonctions de supérieur de la congrégation de Solesmes.

Le Frère Pierre Buisson ne voulait pas devenir centenaire. Je savais donc que le temps était compté. Depuis quelques semaines, il était diminué.

À la fin du mois de mai, lorsque je suis parti en Espagne, je lui ai demandé d’attendre mon retour pour mourir. Il m’a obéi.

En revenant à l’abbaye, je suis monté rapidement dans sa chambre. Nous étions la veille de son décès.

Il est parti comme une petite flamme. Il disait que sa valise était prête. Jusqu’à la fin, le Frère Pierre a passé des heures à prier. Il visitait tous les jours le cimetière pour honorer les morts. Il ne disait jamais de mal de personne. Notre Frère est parti avant l’office de sexte, alors que l’infirmier s’était brièvement absenté pour préparer une perfusion. Je suis monté lui donner l’absolution.”

Le Père abbé était heureux et serein. Il avait pu le voir une dernière fois. Il n’imaginait pas être absent de Solesmes en ces moments si particuliers. »

La Grande-Chartreuse

«  Dom Innocent me dit avec son humour habituel que la vie serait un désastre si nous ne savions pas que la mort viendrait nous chercher un jour. Comment les hommes resteraient-ils indéfiniment dans cette vallée de larmes ?

“Nous sommes nés pour rencontrer Dieu. Les vieux chartreux lui demandent de ne pas tarder. La mort, c’est la fin de l’école. Après, le paradis arrive. Un moine a donné sa vie à Dieu, et il ne l’a jamais rencontré. Il est normal qu’il soit impatient de le voir. Comme dans les poèmes de Thérèse d’Ávila et de Jean de la Croix, les chartreux meurent de ne pas mourir. À notre grand regret, le Saint-Esprit n’est pas pressé de venir nous chercher. Dans notre Ordre, les purifications et les grandes épreuves ne sont pas courantes. Les derniers mois, le Christ s’est déjà emparé de nos vieux moines. Le corps usé retourne à la terre, mais c’est pour attendre la gloire de sa résurrection. Nous ne savons pas encore ce qu’est réellement notre corps, sa beauté, sa gloire et sa lumière. Le plus beau, et de loin, est encore devant.” » 

famille chrétienne

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Rédigé par Philippe

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Publié le 29 Janvier 2018

 

c'est beau Chopin !

De profundis clamavi ad te, Domine, Domine, exaudi vocem meam.

Fiant aures tuæ intendentes in vocem deprecationis meæ.

Si iniquitates observaveris, Domine, Domine, quis sustinebit ?

Quia apud te propitiatio est, et propter legem tuam sustinui te, Domine.

Sustinuit anima mea in verbo ejus, speravit anima mea in Domino.

A custodia matutina usque ad noctem, speret Israël in Domino.

Quia apud Dominum misericordia, et copiosa apud eum redemptio.

Et ipse redimet Israël ex omnibus iniquitatibus ejus.

Requiem aeternam dona eis Domine, et lux perpetua luceat eis.

 

Amen.

 

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Rédigé par Philippe

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