spiritualite

Publié le 13 Juillet 2020

 

   La prière est l'épanchement de notre coeur. 

   Ainsi va le coeur humain, que ses joies comme ses douleurs, ses gloires comme ses hontes, en tombant goutte à goutte, finissent par s'amasser entre des rivages qui ne les peuvent plus contenir. 

   On cherche autour de soi des abîmes pour y répandre le trop plein de son coeur; mais rien! rien que des coeurs fermés ou déjà remplis, rien que des coeurs que l'on étoufferait en s'allégeant un peu, rien que des coeurs qui, après avoir reçu une fois nos confidences nous font subir le martyr de leur ennui et de leur froideur, rien que des coeurs dont les parois se touchent, - rien ! -  Point de ces abîmes dont nous avons besoin pour recevoir les flots qui nous tourmentent. Et pourtant il faut que nous nous épanchions, et nous sommes seuls, tout seuls. 

   Ah! la solitude est aux coeurs trop remplis une mortelle compagne. Où irons-nous? Mon Dieu où irons-nous?  

   Dieu . Voilà l'abîme ! Voilà le coeur toujours ouvert, toujours profond, toujours puissant, toujours ami, toujours infini, qui peut recevoir les épanchements du coeur humain; les flots de joie, d'enthousiasme, de tristesse, de larmes, de honte, de repentir, mille fois chassés par la prière, du lit trop étroit qui ne pouvait plus les contenir. 

   Dieu! - Il entend, sans impatience et sans ennui, les gémissements de l'âme éplorée et les sanglots du coeur trahi. Il ne renvoie pas, froides et glacées , les larmes qu'on répand en son sein paternel. A celui qui s'écrie: - je souffre! - Il ne répond point , comme nous, par un mortel :- Qu'y puis-je faire? - 

   S'il se tait, c'est que son adorable bonté veut tout savoir, tout entendre et tout prendre. Et quand, de nos lèvres lassées s'échappe ce dernier cri :" Mon Dieu, voilà tout"! - notre coeur est déjà soulagé et se retire consolé.

 

 

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Rédigé par Philippe

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Publié le 12 Juillet 2020

 

 

   

 

 

    Le dimanche est, par excellence, le jour de la prière pour le citoyen du ciel, qui se prépare aux fêtes de l'éternité.

   Saint Paul écrivant aux Hébreux et leur rappelant le sabbat imposé jadis à leurs pères, les transporte tout à coup à la conclusion finale du temps et s'écrie: " Il y a un autre sabbat, un sabbat par excellence pour le peuple de Dieu. Itaque relinquitur sabbatismus populo Dei. hebr. cap. IV,9 Hâtons-nous d'entrer dans ce repos sacré: Festinemus ingredi in illa requiem". 

   Oui, hâtons-nous; mais, pour charmer les trop longues heures de notre route, jouissons du repos que Dieu nous a donné comme un avant-goût de la fête éternelle. La semaine, dans son cours régulier est l'image réduite de la vie entière, et Dieu en brise l'austère monotonie par une station pleine de douces promesses, station qui elle-même n'est que l'image réduite d'une solennité sur laquelle le soleil ne se couchera plus. En profitant du bienfait, lisons la prophétie. 

   Nos six jours sont remplis de fatigues, de sollicitudes, de tribulations; mais au crépuscule du dernier jour, l'Eglise nous annonce pour le lendemain l'aube d'une journée plus tranquille. Des voix aériennes pénètrent jusqu'en nos demeures et chantent à nos coeurs chrétiens ces suaves et consolantes paroles :" Soyez prêts, le Seigneur approche: Estote parati, Dominus propre est" ; ainsi au déclin de la vie et au crépuscule des siècles, les anges répandus dans l'espace inviteront l'humanité à la fête éternelle; voici que l'époux arrive, diront-ils humanité qu'il a purifiée dans son sang, sors des tombeaux et va au-devant de lui :" Ecce sponsus venit; exite obviam ei" . Matth XXV,6 

   Le dimanche est venu; une voix crie du fond du tabernacle : 

- " Venez à moi, vous tous qui êtes accablés sous le poids du travail et de la douleur, et je vous restaurerai" ; ainsi , pour la fête éternelle, la voix du même Christ dira à ses amis :" Venez, les bénis de mon Père, posséder le royaume de paix qui vous est préparé depuis l'origine des siècles". 

   Le dimanche est venu: L'homme a dépouillé ses habits de travail, et se présente à Dieu transfiguré dans un nouveau vêtement; ainsi, pour la fête éternelle, il se dépouillera des haillons de sa mortalité, et entrera revêtu d'une chair incorruptible au lieu de son repos. 

   Le dimanche est venu: L'homme, par la prière et la méditation, se rapproche de Dieu, afin de le mieux connaître; à la fête éternelle, l'essence divine elle-même, débarrassée des voiles jaloux qui nous cachent sa vision en cette terre d'exil, l'essence divine elle-même se révèlera à notre intelligence ravie. 

   Le dimanche est venu: Tous les coeurs et toutes les voix se confondent dans un même amour et un même cantique; ainsi , dans la fête éternelle, nous aimerons ensemble, nous louerons ensemble, nous chanterons ensemble: Saint, saint, saint, est le Seigneur. 

   Le dimanche est venu: Sur un même autel est préparé le festin du peuple chrétien; ainsi à la fête éternelle, dans un même Dieu, nous puiserons la même vie. 

   Le dimanche est venu: Le peuple assemblé s'épanche, s'admire, s'édifie; ainsi à la fête éternelle, tous les peuples réunis se raconteront leurs bons combats , et se féliciteront de leur bonheur.

   Le dimanche est venu, le dimanche est fini; mais la fête des cieux ne finira pas. Nous verrons, nous aimerons, nous louerons, nous jouirons, nous nous reposerons toujours, toujours !

   O fête éternelle ! bonheur sans déclin ! repos sans trouble ! nous vous attendons, nous soupirons vers vous pendant les haltes sacrées qui coupent ici-bas notre pèlerinage , nous nous préparons par la prière aux louanges du ciel... 

 

 

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Rédigé par Philippe

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Publié le 8 Juillet 2020

 

   Ainsi donc, l'homme est pauvre, et dans sa vie physique, et dans sa vie intellectuelle, et dans sa vie morale, et dans sa vie chrétienne. Le vieil Homère a bien dit :" Tous les hommes ont besoin de la divinité". Et mieux encore, le Fils de Dieu lui-même :" Sine me nihil potestis facere. Sans moi, vous ne pouvez rien faire" . Partout donc, nécessité de diriger vers Dieu l'instinct qui nous porte à demander quand nous avons pris conscience de notre misère. 

    Ajoutons à cela qu'il y a dans la vie, ou plutôt dans les vies de l'homme, des moments solennels , des phases douloureuses et terribles, où se réveille plus impérieux que jamais l'instinct de la prière. C'est quand l'avenir s'ouvre devant notre adolescence, quand il s'agit de fixer notre vie dans un état qui réponde à la fois, à nos désirs, à nos aptitudes, et aux adorables desseins de la Providence; c'est quand notre corps tombe entre les mains impitoyables de la souffrance; quand notre âme déshéritée de toutes les affections, trahie par ceux-là auxquels elle s'était abandonnée avec une naïve confiance, devient tout à coup comme un abîme de tristesse, de chagrins, d'angoisses, de découragement, de désespoir; c'est quand, infidèles à la vérité, à la vertu, à la grâce , nous ne trainons plus ici-bas qu'une existence déshonorée par le péché; c'est alors, si nous n'avons pas étouffé en nous tout sens religieux, que nous sentons le besoin d'invoquer la lumière, l'assistance, la consolation, la miséricorde, le pardon, non pas autour de nous, mais à la source infinie de tous les biens .

   ....   Nous sommes amis de cet antique proverbe: Aide-toi le ciel t'aidera. Cependant il y a dans la vie humaine des circonstances où notre courage mourant ne sait plus se soutenir, où nous ne pouvons plus nous aider que par la prière. Pourquoi disons-nous: des circonstances? Toute la vie humaine en est là. Notre grandeur par rapport à Dieu n'est que la grandeur de l'intelligence et de la misère. Est-ce donc l'avilir que de la prosterner aux pieds du sublime monarque, qui peut, d'un signe nous élever jusqu'à lui? Demander son secours n'est-ce pas agir dans l'intérêt de notre propre gloire? 

   Un de nos vieux auteurs s'écriait :" Oh ! la vile créature que l'homme, et abjecte! " mais aussitôt il ajoutait :" s'il ne se sent soulevé par quelque chose de céleste " . Or, ce quelque chose de céleste qui soulève l'homme , c'est la prière. 

   Elle semble nous humilier, en réalité elle nous rapproche de Dieu pour faire de nous les coopérateurs de son gouvernement.

Comprenons bien cela, tout homme qui demande, comme tout homme qui adore et rend grâces, devient le coopérateur de Dieu. Lui qui déjà nous accorde tant de choses sans que nous les demandions , pouvait en toute occasion ne prendre conseil que de sa libéralité et faire jaillir autour de lui la lumière, la force, la vérité, la vertu , la grâce, la vie. Mais alors l'humanité eût été purement passive, passive comme les astres qui suivent, revêtus de leurs manteaux éclatants, les lignes invariables de leurs orbites; passive comme la nature qui étale en son temps ses séduisantes parures; telle n'était pas la volonté de Dieu. Il entrait dans ses desseins de grandir l'homme en le faisant participer, par des actes libres, à ses propres actes, en faisant de ses désirs et de ses prières la plus sainte loi de son gouvernement. 

   De deux peuples dont l'un , toujours courbé sous la main d'un despote égoïste, n'a pas le droit de pousser une plainte, d'exprimer un désir, d'émettre un vouloir, dont l'autre, au contraire, gouverné par un monarque généreux, prend part à la conduite des affaires publiques par des pétitions sérieusement examinées et justement prises en considération: celui-ci est évidement le plus grand et le plus noble. 

   Nous sommes ce peuple. Le roi de l'univers nous a armés du droit de pétition, et quand un jour il nous révélera les mystères de sa Providence, et nous montrera les effets dans les causes, nous pourrons lui dire avec une sainte fierté : 

   O Seigneur, ô Père ! j'étais là. J'étais là quand vous répandiez la vie, j'étais là quand vous éclairiez les âmes simples, j'étais là quand vous souteniez les faibles dans les bons combats de la vertu, j'étais là quand vous veniez au secours du pauvre, j'étais là quand vous protégiez les opprimés, j'étais là quand vous consoliez les grandes douleurs, j'étais là quand vous guérissiez les infirmes, j'étais là quand vous apaisiez les tempêtes, j'étais là quand vous releviez les peuples humiliés, j'étais là, car j'ai prié et votre main libérale s'est abaissée sur le monde pour le combler de bienfaits. 

   Combien alors nous paraitront petits et misérables ceux qui ont craint de s'abaisser en priant, ceux qui , trop épris de leur grandeur personnelle, n'ont pas compris que la prière est de tous les actes de la vie, le plus grand et le plus digne de l'homme. 

   Un courtisan se plaignait d'avoir perdu les faveurs de son maître. Depuis longtemps la libéralité royale ne fréquentait plus le chemin de sa demeure. Un de ses amis qui l'entendait lui dit :" Que ne demandez-vous ? le roi n'attend qu'une prière. Ce courtisan c'est nous. Nous nous plaignons aussi de notre abandon, mais le roi immortel et invisible des siècles, Dieu, nous attend . Dieu attend notre prière, Dieu nous dit :" Petite et accipietis. " 

rp Monsabré op+ 

 

 

 

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Rédigé par Philippe

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Publié le 7 Juillet 2020

 

   Saint Thomas a dit de la prière " qu'elle est le propre de la créature raisonnable. "

   Il nous semble bien que le monde subit jusque dans ses plus hautes profondeurs la religieuse impression de la majesté de Dieu, et se tient sous sa main dans la respectueuse attitude de la prière. Le Prophète royal adresse à l'univers de solennelles provocations :" Que toute la terre vous adore, ô Seigneur , et chante vos louanges: Omnis terra adoret te et psallat tibi".  On dirait qu'il est impatient de voir tout ce qui est, tout ce qui se meut, tout ce qui vit, tout ce qui respire, tressaillir sous le feu des regards divins, et d'entendre sortir des entrailles de la nature, un hymne grandiose et sublime comme l'oeuvre de Dieu. 

   De son côté, l'Eglise invite la lumière et les ténèbres, les vents et les tempêtes, les frimas et les neiges, les pluies et la rosée, les fleuves et les mers, les montagnes et les vallées, les arbres de la plaine et des collines , les bêtes sauvages et les animaux des champs, toutes les créatures , à bénir le Seigneur. 

   Mais en réalité , aucune créature ne chante, ne bénit, n'adore, ne rend grâces, ne prie que par la bouche sacerdotale de l'homme, dont c'est la condition et le devoir d'exercer, au nom du monde, l'auguste office d'une représentation universelle et de rendre à Dieu la gloire qui lui est due. 

   En effet, ni par leur obéissance passive à la loi qui les régit, ni par la rectitude de leurs mouvements, ni par l'harmonie de leurs rapports, ni par l'accord de leurs voix, les créatures inintelligentes ne peuvent glorifier Dieu comme il veut être glorifié; car elles n'ont ni la conscience de leurs actes, ni la connaissance de leurs destinées, ni la faculté d'agir librement. Ce qu'elles font, Dieu l'accomplit en elles avec une inflexible rigueur, lui seul a conscience de ce qu'il opère, et connaissance du terme suprême de ses opérations. Or, rien de tout cela ne suffit à la gloire extérieure de Dieu; car la gloire, dit saint Thomas, suppose une connaissance claire d'où procède la louange. Une connaissance claire de l'être glorifié, la conscience de l'acte qui glorifie, et, pour que cet acte soit revêtu de la splendeur du mérite, une force originale et personnelle qui soit libre de la produire. Voilà la gloire telle que la comprend instinctivement l'humanité. Instinctivement tout homme qui veut être glorieux désire les hommages d'un être intelligent et libre. Et si les Alexandre, les Scipion, les César, tous les grands capitaines du monde, n'avaient eu pour spectateurs et acteurs de leurs triomphes que les chevaux, les armes , et les étendards des vaincus, les arbres des routes et les monuments des capitales, la terre entière et même tous les astres du firmament, s'ils n'avaient entendu les peuples célébrer leur vaillance et chanter leurs hauts faits, ils seraient mort de dépit sur leurs trophées. 

   Or, ce que sent instinctivement l'homme revêtu de la majesté sanglante du vainqueur, Dieu le doit vouloir, lui qui est revêtu de la majesté sans tache du créateur et du bienfaiteur. Et parce que l'homme est capable de le connaître, non pas sans obscurité, mais assez clairement pour être convaincu de sa grandeur et de sa libéralité infinies, puisque l'homme possède en propre le domaine de ses actes, c'est à l'homme que Dieu s'adresse et demande, pour sa gloire, une prière d'adoration et d'action de grâces. Aussi les anciens, dans leur langage naïf et concis , avaient-ils excellemment appelé l'homme un animal religieux. 

   L'homme est obligé à la prière pour son compte personnel, en raison de sa nature; il est obligé encore pour le monde entier, en raison de sa dignité. Ne pouvant glorifier Dieu par un acte intelligent et libre, les créatures ont besoin d'être représentées dans l'accomplissement de ce grand devoir; l'homme est leur prêtre. Sa nature est une récapitulation de toutes les perfections de l'univers, un centre vivant où les bienfaits de Dieu se donnent rendez-vous, un petit monde. Dans ce petit monde, le grand monde subit l'impression réfléchie de la majesté divine, reconnaît la libéralité de son auteur et les attentions de la Providence, s'élève vers Dieu , adore et rend grâces. L'homme , en un mot, fait prier l'univers. Ce beau mot d'univers, dont nous nous servons pour désigner l'ensemble des êtres, leurs relations et leur harmonieuse tendance vers le centre divin, ne peut être justifié qu'autant que l'homme 

 En donnant un langage à toute créature

Prête pour adorer sa voix à la nature.

(Lamartine)

   Comme l'artiste dont les mains rapides s'abattent, marchent, volent , se croisent sur le clavier à l'aide duquel il exprime ses conceptions savantes, la poésie de ses rêves, la fièvre de ses sentiments, l'homme s'empare de l'orgue immense de la création. Sous l'action mécanique des lois, cet instrument sublime ne fait entendre que des sons monotones qui expirent aux portes des demeures éternelles ; sous l'action de l'âme humaine, son chant s'anime et devient une harmonie de pensée et d'amour qui pénètre les cieux et mêle aux cantiques des anges ses religieux hosannah. 

   Après avoir invité la nature à louer Dieu, le Psalmiste avait raison d'ajouter :" Dirigatur , Domine, oratio mea sicut incensum in conspectu tuo". Que ma prière, ô Seigneur, s'élève vers vous comme un flot d'encens. ps. CXL

   Semblables à des urnes gigantesques, la terre et les astres se balanceraient en vain dans les espaces; Dieu détournerait son regard comme d'un spectacle indigne de sa très sainte majesté, s'il ne voyait sortir de ces encensoirs, toujours en mouvement, le parfum de nos adorations et de nos actions de grâces. 

   L'homme étant le prêtre de la création, nous devons conclure que sa prière, lors même qu'elle se borne à adorer Dieu et à le remercier de ses bienfaits, joue un rôle important dans le gouvernement divin. Elle se produit en vertu d'une loi éternelle et immuable à l'accomplissement de laquelle l'existence de la nature entière est, en quelque sorte, suspendue. 

   Rien ne subsiste dans le monde, rien ne se meut, rien ne vit, rien ne progresse, rien ne tend à la perfection qu'en vertu de l'action providentielle de Dieu; mais l'action providentielle de Dieu ne persévère qu'en vertu du mouvement religieux par lequel la créature retourne à son principe, et lui offre à cueillir, dans son oeuvre même le seul bien qui soit digne de lui: le bien de sa gloire. Supprimons ce bien, la créature n'a plus de fin, et Dieu peut lui dire ce qu'il disait jadis à son peuple :" Tu m'abandonnes, je vais t'abandonner aussi. " Populus iste derelinquit me... et derelinuquam eum . (Deut, cap XXXI,16,17)

   Il est vrai qu'une seule créature raisonnable peut, par ses hommages, retenir la Providence enchaînée à son gouvernement, tant son âme est supérieure au reste du monde. Mais il est vrai aussi que si, par impossible, toutes les âmes à la fois cessaient de prier, Dieu laisserait tomber de ses mains royales les rênes de l'univers, et, en un clin d'oeil , tout être s'évanouirait. 

   Songeons à cela: lorsque, spectateurs immobiles des merveilles du monde, nous arrêtons par une résistance impie les admirables élans de notre âme vers Dieu, nous ne sommes plus à notre place, nous devenons inutiles, que dis-je ? nous devenons nuisibles, car nous conspirons contre nous-mêmes et contre la nature entière. Au contraire, lorsque notre âme , par l'adoration et l'action de grâces monte vers le Père des Cieux, nous devenons , en le glorifiant, les coopérateurs glorieux de son gouvernement. 

   Pénétrés de ces considérations, rentrant en nous-mêmes, élevons notre âme vers Dieu et disons-lui :"

 - O mon Dieu ! mon Maître ! mon Père! mon bienfaiteur ! Beauté infinie ! Bonté sans rivage ! Ne vous ai-je pas trop longtemps méconnu et oublié ? Vous étiez près de moi, vous m'appeliez et je passais des jours entiers sans rien vous dire. Ce n'était pas malice de ma part, mais négligence et préoccupation des choses, qui, pourtant n'ont de prix que parce que vous me les avez données.

   Trop longtemps je fus coupable et ingrat; pardonnez-moi, ô mon Dieu! Désormais, je ne passerai pas un seul jour de ma vie sans vous dire: O unique beauté digne de nos hommages, je vous adore ! O bonté libérale et magnifique, je vous remercie de tous vos bienfaits ! Gloire à vous, Seigneur, dans le ciel et sur la terre ! Nous vous louons, nous vous bénissons, nous vous adorons; nous vous rendons grâces pour votre plus grande gloire . Adoramus te, gratias agimus tibi, propter magniam gloriam tuam.

RP Monsabré. op 

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Rédigé par Philippe

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Publié le 6 Juillet 2020

 

 

   Monté vers Dieu par l'intelligence et prosterné devant lui par l'adoration, l'homme n'a encore rempli que la moitié de son devoir. Il est en son âme une puissance vénérable et sacrée dirigée par la raison, mais capable aussi d'ébranler la raison quand elle est touchée; c'est la puissance affective que , dans le langage vulgaire , nous appelons le coeur. 

    Il faut que le coeur s'élève et prie. Si le coeur était absent de nos hommages, il manquerait quelque chose à la plénitude de nos rapports avec Dieu, et Dieu ne recevrait de ses créatures qu'une gloire incomplète. L'intelligence s'adresse à la Majesté infinie du Très-Haut, le coeur à son inépuisable libéralité: libéralité glorieusement manifestée par l'acte créateur, incessamment continuée par l'acte conservateur et providentiel. 

   Considérons que l'homme reçoit du monde inférieur et du monde supérieur toutes sortes de biens dont Dieu est l'auteur. Tout bien de la nature est un bien fait pour Dieu. Tout être, toute vie, toute perfection, est un bien fait à un autre être, à une autre vie, à une autre perfection . Il n'est aucune créature qui ne se donne en quelque manière à une autre créature; toutes par un mouvement généreux que leur imprime une main mystérieuse, sortent d'elles-mêmes pour entrer en d'autres, auxquelles elles doivent être utiles, la moins noble dans la plus noble, jusqu'à ce qu'elles arrivent à l'homme, cette royale créature à qui Dieu a dit :" Sois le maître, soumets à ton empire les êtres qui t'ont précédé dans l'existence. "

   En effet , l'homme est maître. Ses besoins et ses plaisirs trouvent dans tous les règnes des tributaires et des serviteurs dévoués. Il y prend en souverain et la demeure qu'il habite, et les vêtements dont il se couvre, et les ornements dont il se pare, et les aliments variés dont il se nourrit, et les parfums qu'il respire, et les remèdes qu'il applique à ses maux, et les forces qui le soulagent dans ses fatigues, et les instruments de son travail, et la matière de ses inventions. 

   Mais les biens qu'il reçoit d'en-bas , ne sont que la plus misérable partie de son patrimoine; l'homme est riche surtout, par les biens qu'il reçoit d'en haut: l'esprit, la vérité, l'amour, la liberté, le vif et persévérant désir de l'immortalité et surtout la grâce qui le rend participant autant qu'il est possible, de la nature divine; la grâce qui l'enrichit des lumières de la foi, étend l'horizon de ses espérances, enflamme son amour, surnaturalise ses actions, et le fait digne et capable de l'éternelle vision et possession de Dieu. 

   Saintes largesses! Quand on y pense, on croit entendre cette céleste parole :" O homme ! ouvre ta bouche et je la remplirai de biens; Dilata os tuum et impleba illud.

    Il résulte de là que la grande et noble nature de l'homme est comme le rendez-vous des bienfaits de Dieu. Or, ce rendez-vous ne peut pas être définitif. Il est régi par une loi supérieur qu'on peut appeler loi de retour, en vertu de laquelle tout bien communiqué revient à sa source première. Si l'homme , comme un abîme, pouvait engloutir et faire disparaître à jamais dans son sein les dons de Dieu, ce serait monstrueux, car alors le bienfait perdrait son nom en perdant son caractère. Ce ne serait plus un bienfait, mais un bien dû, un bien nécessaire, un bien arraché par la fatalité aux entrailles paternelles de Dieu, et Dieu, par le plus étrange des aveuglements se ferait un ennemi de sa propre bonté. 

   On comprend donc la nécessité d'une loi qui prévienne l'oubli du bienfait. Cette loi, la voici: Tout bien fait à un être libre doit se transformer en un acte libre, et retourner ainsi à son auteur. Quel est cet acte? Nous l'avons déjà nommé. C'est un acte simple, vulgaire, naturel , l'acte des pauvres, des deshérités, des malheureux qui ont rencontré quelque part une main secourable et un coeur généreux, c'est l'acte qui nous sert de pierre de touche pour juger les monstres que l'on appelle ingrats: la reconnaissance. 

   La reconnaissance n'est pas un fruit de l'intelligence, c'est un fruit du coeur. L'intelligence connait les bienfaits, les enveloppe de sa lumière les fait descendre radieux vers les rivages sacrés du coeur et le coeur reconnait. Il reconnait, non par un sentiment vague qui ne sait pas s'exprimer; car de même que la connaissance des perfections divines se résout pratiquement en une prière que nous appelons l'adoration, la reconnaissance des bienfaits divins se résout pratiquement en une prière que toutes les langues humaines ont appelée le remerciement, l'action de grâces. 

    Un auteur a dit de la prière qu'elle est la respiration de l'âme. Comme il y a dans toute poitrine humaine deux mouvements, l'un qui aspire l'air, l'autre qui l'expire après qu'il a vivifié le sang, il doit y avoir dans toute âme humaine deux mouvements , l'un qui aspire les dons de Dieu, l'autre qui les expire sous la forme sacrée de la  prière, de l'action de grâces. 

   La nature nous impose cette prière; d'accord avec la nature, l'Eglise nous la demande. Rendez grâces en toutes choses , nous dit-elle par la bouche de saint Paul, telle est la volonté de Dieu. ...

   Adorer Dieu, ce n'est donc pas assez, et fussions-nous prosternés jusqu'à la fin des temps devant sa perfection adorable, faisant monter vers lui le trisagion angélique, il attendrait encore l'élévation de notre coeur et la prière dont lui seul est capable: l'action de grâces. 

   Et puisque l'action de grâces n'est, en définitive, qu'un acte gracieux répondant à un acte gracieux; puisque l'acte le plus gracieux  que l'homme puisse produire, c'est de dire sincèrement à quelqu'un :" Je vous aime", Dieu notre bienfaiteur et notre père attend de nous, de l'humanité tout entière ce mot sublime et charmant que tous les coeurs tendres et généreux convoitent, ce mot qui remercie plus éloquemment que tous les discours humains :" Je vous aime. "

  Dieu attend de nous l'action de grâces, amoureuse expression de notre reconnaissance; ne la lui refusons pas; ce serait non seulement trahir notre devoir, mais encore méconnaître notre dignité. 

 

rp Monsabré. 

 

 

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Rédigé par Philippe

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Publié le 6 Juillet 2020

 

   Les cieux! le firmament! Cette voûte aux teintes douces, émaillées de lumières , comme une prairie de fleurs, aux jours où renait la vie; ces étoiles immuables qui versent sur nous leurs tranquilles et intarissables rayons; ces astres errants qui mesurent les temps et les espaces; ce soleil toujours actif et toujours puissant, centre du mouvement qui nous emporte, foyer de la lumière qui nous réjouit et de la chaleur qui fait sourdre partout la vie! 

   Le ciel, le firmament, région inexplorée de mille bienfaits: l'ordre , la mesure , le mouvement ,la lumière, la chaleur, la pluie, la rosée, les vents ! - Et la terre! où les grands monts reçoivent les neiges et portent les glaciers éternels dont la perpétuelle transpiration alimente les fleuves, les rivières , les ruisseaux, fécondes artères du globe ; la terre, où l'on entend les soupirs et les mugissements des abîmes, où l'on contemple les admirables élans de la mer; la terre, où l'on voit partout s'étendre comme un vêtement somptueux les plantes, dont les germes meurent et renaissent dans les embrassements du sol, dont les bourgeons éclatent sous les caresses de la brise, dont les fruits mûrissent sous les ardents baisers du soleil; la terre où naissent et s'agitent des myriades d'êtres animés dans lesquels la vie éclot, se multiplie et progresse jusqu'à ce qu'elle arrive à sa perfection; bref, l'ordre et l'harmonie de ce vaste univers, est- ce que tout cela ne nous parle pas de la présence, de la science, de la sagesse, de la puissance de Dieu? Est-ce que tout cela n'est pas un effet de son éternelle et infinie beauté? 

   Ah! pour peu que l'on soit attentif, on voit, on entend, on sent partout dans la nature, comme une palpitation religieuse, comme un saint frémissement qui cherche à se communiquer à l'âme et le presse d'adorer son Créateur, son roi, son Père, son Dieu ! 

   Quel témoignage! Mais les cieux, le firmament, la terre , parlent moins éloquemment que nous-mêmes ! L'homme seul est un spectacle où se révèlent, mieux que partout ailleurs, les adorables perfections de Dieu. La sublime architecture de son corps, la noblesse de son attitude, la savante et parfaite ordonnance de ses membres et de ses organes, l'infinie variété de leurs fonctions sont de si grandes merveilles, que de grossiers admirateurs se sont imaginé que l'homme pourrait finir là où finit en lui la matière. Pourquoi se sont-il arrêtés au seuil de notre belle nature? S'ils étaient entrés dans ses profondeurs, ils y auraient rencontré l'esprit qui fait vire le corps, l'âme invisible substance, intelligence lumineuse et pénétrante; immortelle patrie de la pensée, du souvenir , de l'amour et de la liberté; l'âme manifestée par l'éclat du regard, les yeux variés de la physionomie, et surtout par le grand don de la parole; l'âme véritable image de Dieu et chef d'oeuvre de sa puissance, de sa sagesse et de sa bonté. 

   Et alors, ils auraient dit avec le Psalmiste :" Vos oeuvres sont admirables, ô mon Dieu, et mon âme ne peut mieux les connaître qu'en elle-même". 

   Chrétiens, choisis par Dieu et marqués d'un caractère sacré, pour être des adorateurs en esprit et en vérité, ne sommes-nous pas plus coupables que les païens si nous traversons tous les âges de la vie sans élever nos coeurs vers Dieu, vers cet auguste visiteur qui a daigné soulever les portes de nos tentes voyageuses, et habiter avec nous dans cette vallée d'exil? Jésus réclame; Jésus proteste; il nous jetterait à la face ses reproches et ses anathèmes s'il n'aimait mieux être miséricordieux et nous appeler par ses gémissements. 

   O hommes! ô chrétiens ! ne disons plus :" Dieu se cache. Où est-il que nous l'adorions?" Il est partout, et partout il se manifeste et nous appelle. Il est dans la nature; il est en nous; il est dans l'Eucharistie. Prosternons-nous donc, prions, adorons : Adoremus et procidamus ante Deum . Que les louanges de notre âme montent vers lui, comme la fumée religieuse de l'encens. Ainsi nous accomplirons le premier et le plus grand de nos devoirs. 

 

 

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Rédigé par Philippe

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Publié le 6 Juillet 2020

 

    Il n'est rien de plus nécessaire que l'élévation de notre esprit et de notre coeur vers Dieu, par l'adoration et l'action de grâces; rien de plus noble et de plus digne de l'homme.

   Bien que la matière entre dans la composition de sa nature, l'homme n'est pas condamné à végéter ou à ramper ici-bas sous l'empire des forces organiques ou des obscurs instincts de la vie animale.

   Il est esprit en même temps qu'il est corps, et par son esprit il peut s'élever, à travers les choses visibles, jusqu'à leur principe invisible. A moins que de vulgaires appétits ou de basses convoitises ne la retiennent captive, l'intelligence humaine tend à monter vers Dieu, non pour le voir déjà, cette vision est l'acte réservé d'une autre vie, mais pour savoir qu'il existe, qu'il ne tient rien que de lui-même qu'il est le principe de tout être et de toute perfection, la perfection éternelle et infinie, grand au-dessus de toute grandeur, puissant au-dessus de toute puissance, sage au-dessus de toute sagesse, bon au-dessus de toute beauté, saint au-dessus de toute sainteté.

   Remplie de cette connaissance, l'intelligence humaine ne peut demeurer immobile dans un superbe silence; mais, obéissant à l'impulsion logique qui résout pratiquement toutes les idées, il faut qu'elle exprime son ravissement par un hymne de louange, un cantique d'adoration.

   Il le faut. Dieu se doit à lui-même cette première élévation de l'âme humaine, cette première prière de sa créature. Sa majestueuse présence nous disent les Saintes lettres, a fait tressaillir les monts et les collines, et les a fait bondir comme les béliers et les agneaux des troupeaux A facie Domini mota est terra.. Montes exultaverunt ut arietes et colles sicut agni ovium. (Ps. CXIII) pourquoi n'ébranlerait-il pas ces hauteurs sacrées où la pensée humaine se lève radieuse, comme le soleil sur la cime des montagnes? 

   En répandant une lave de sa gloire sur les flancs du Sinaï, il lui fit jeter des cris qui étonnèrent le désert; pourquoi n'arracherait-il pas une prière à l'âme intelligente de l'homme ? 

  Ce n'est pas qu'il en ait besoin pour ajouter quelque chose à son être, à sa vie, à sa félicité. Il est infini, il vit d'une vie infinie, il est heureux d'une félicité infinie. Quand il se contemple , il ne peut s'empêcher de se bénir lui-même d'une bénédiction qui suffit à sa grandeur et à sa plénitude. Cependant, parce qu'il est le principe nécessaire de toutes choses, il ne peut, sans porter atteinte à sa Majesté, éviter de se rencontrer en toutes choses. 

   Rien ne le forçait de créer, mais parce qu'il a voulu par pur amour répandre le bien , il faut qu'il retrouve dans ce bien répandu son bien à lui, c'est-à-dire sa plus grande gloire. Ce n'est pas de sa part une ambition égoïste, c'est une nécessité à laquelle il ne peut se soustraire, et qui régit ses décrets. Tous doivent avoir sa gloire comme but, autrement Dieu se dépouillerait de la plus auguste de ses relations avec les choses créées , laquelle est d'être leur fin suprême, en même temps qu'elle est leur premier principe. 

   Il y a plus: Dieu ne peut se contredire dans un seul et même acte, et cependant il se contredirait si, en leur donnant l'existence, il permettait aux créatures de n'avoir aucun rapport avec lui, de ne tenir aucun compte de sa suprême causalité, de s'appartenir. Ce serait les revêtir d'une gloire insolente qui l'obligerait à leur refuser le concours nécessaire de sa puissance, à les repousser dédaigneusement loin de lui, à les anéantir: c'est absurde. 

   Non, Dieu ne peut pas sacrifier sa gloire, il l'a dit lui-même: Gloriam meam alteri non dabo. (Isaïe cap XLII,8)

   Il a donc le droit d'exiger de sa créature un acte qui ait pour but spécial de rendre hommage à sa perfection, acte que les créatures ne peuvent lui refuser, dans l'intérêt de leur propre existence; cet acte c'est la prière d'adoration. 

   Il est vrai que cette prière s'adresse à un être invisible. " Dieu est un Dieu caché".  Vere tu es Deus absconditus (Isa. cap XLV,15) Cependant , dit l'Apôtre, " Il ne nous a pas privés de tout témoignage de son existence et de sa perfection : Non sine testimonio semetipsum reliquit" . (Act. cap.XIV,16)

   Si nous projetons, à travers nos yeux de chair, la lumière de notre esprit sur le monde, nous aurons bientôt reconnu que Dieu est partout. " Il est partout, dit saint Thomas, par son essence, par sa science, par sa puissance " . 

   Par son essence, car qui donc pourrait donner et conserver à des créatures contingentes et de passage l'être et l'existence qu'elles ne peuvent avoir par elles-mêmes, si ce n'est Celui qui ne doit qu'à lui-même son être et son existence?

   Par sa science, car qui donc pourrait ordonner harmonieusement tant de créatures diverses et disparates, si ce n'est Celui qui voit d'un seul coup d'oeil tout ce qui peut être connu? 

   Par sa puissance, car qui donc pourrait conduire à leurs fins chacun des êtres et leur ensemble, si ce n'est Celui qui les tient sous l'empire d'une seule et souveraine volonté? 

   Oui, Dieu est partout, et partout, " il se manifeste à qui sait comprendre ce qu'il a fait . " Les cieux racontent sa gloire dit le Psalmiste, le firmament nous apprend qu'il est l'oeuvre de ses mains et son nom admirable est écrit sur toute la terre. " 

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Rédigé par Philippe

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Publié le 6 Juillet 2020

 

   Quand notre divin Sauveur Jésus-Christ rappela à ses disciples, et en leur personne à tout le genre humain, l'universelle et perpétuelle obligation de la prière, il ne se mit pas en peine de justifier son commandement; il parla en maître. " Il faut prier, dit-il, et toujours prier: " Oportet semper orare.  Cette parole descendue d'une bouche divine doit nous suffire, et nous pouvons être sûrs qu'en lui obéissant nous accomplirons toute justice. 

   Il faut ! Mais pourquoi fut-il - Il n'est pas difficile de répondre à ce pourquoi. Si le divin Maître ne s'est pas expliqué, s'il s'est contenté d'une brève et impérieuse formule, c'est qu'en parlant, il entendait la réponse de notre vie. " Il faut prier " , disait-il, et instinctivement notre nature lui répondait :" Car il faut vivre"; la prière est la loi suprême de toute vie humaine, combien plus de toute vie chrétienne. 

   En effet, toute vie participée (et il n'y a que la vie de Dieu qui ne reçoive rien d'une autre vie), toute vie participée doit, sous peine de tarir, communiquer avec sa source, et en recevoir de continuels épanchements. L'homme n'ayant, sous tous rapports, qu'une vie participée, doit donc communiquer avec Dieu, comme le cours d'eau avec sa source, comme la plante avec la terre où elle a germé; l'homme doit, en quelque sorte s'appliquer à Dieu, comme l'enfant au sein de sa mère, et puiser, dans les entrailles si riches et si fécondes de son Père Céleste, les flots de vie qui s'ajoutent sans cesse aux flots de sa vie, et se renouvellent à mesure qu'ils s'épuisent. Or, le moyen , pour l'homme , de communiquer avec Dieu, de s'appliquer à Dieu, c'est la prière. 

   Voilà la loi. Nous ne l'ignorons pas, mais nous l'oublions trop facilement. Combien de malheureux dont Dieu pourrait dire :" Me dereliquerunt fontem aquae vivae: (Jerem. cap. II,13)

   Si nous n'oublions pas tout à fait, nous ne savons pas nous unir à Dieu comme il faut par la prière pour aspirer énergiquement les flots de vie dont notre âme a besoin, et qu'elle est capable de contenir. Nous vivons, la plupart du temps, d'une vie misérable et rampante que Dieu nous conserve par pitié, tandis qu'au fond de l'âme, nos vertus languissantes attestent que nous ne voulons pas ou que nous ne savons pas prier. ....

   Qu'est-ce dont que la prière ? 

   Les maîtres de la vie morale et chrétienne, ainsi que l'Ecole, en ont donné une double définition. Les uns ont dit :" La prière est l'élévation de l'âme vers Dieu: oratio est ascensus mentis ad Deum", - les autres :" La prière est la demande des choses qui conviennent : Oratio est petitio decentium" . 

   Ces deux définitions, loin de se contredire, se complètent l'une l'autre. On peut , en les soudant , en former la définition qu'on lit dans les catéchismes où les enfants étudient les vérités et les devoirs de la religion :" La prière est l'élévation de notre esprit et de notre coeur vers Dieu, pour lui rendre nos devoirs, lui exposer nos besoins, et lui demander son secours " .

   Ces paroles sont simples; méditons-les. Sous le voile de la simplicité, elles cachent de sublimes et saintes profondeurs...

rp Monsabré. 

 

 

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Rédigé par Philippe

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Publié le 26 Juin 2020

 

 

 

   Etant baptisés, vous avez en vous une première grâce inaliénable, gratiam quae est in te. Il est de foi que, par le Baptême, vous avez été retirés de l'état de péché où naissent les fils d'Adam; établis dans le bienfait de la Rédemption, pénétrés de la beauté et de la valeur des mérites du Christ , prédisposés par des influences secrètes à accepter les vérité de l'Evangile, à en accepter aussi, pour coûteuses qu'elles dussent être, toutes les applications. Que vous y songiez ou non, que vous le vouliez ou non, cela est. Quod est, disent les scholastiques, non sans quelque apparence de pléonasme et de tautologie, nous pouvons le redire après eux: Ce qui est, est . Votre vie physique n'est pas plus réelle, depuis l'enfantement de vos mères, que votre vie surnaturelle depuis la régénération baptismale. 

   Etant prêtres, vous avez en vous une seconde grâce, distincte de la première, qui se surajoute à la première et du degré élémentaire de l'ordre chrétien vous fait monter au plus haut sommet. Avant l'ordination, vous bénéficiiez des fruits généraux de l'Incarnation et de la Rédemption; depuis vous êtes entrés dans les puissances mêmes du Christ, pour en faire bénéficier vos frères. Vous servez d'instrument visible et d'agent à la plupart de ses opérations sur la conscience humaine. Suivant le mot bien connu, vous êtes devenus " d'autres Christ" .

  D'autres Christ ! Notre-Seigneur Jésus-Christ est prêtre. Il l'est essentiellement, nécessairement, depuis son premier souffle  jusqu'à la Croix et à jamais. Il l'est tellement, qu'à vrai dire, il n'est rien d'autre. Il l'est, et ne peut pas ne pas l'être, la rencontre et la fusion, en lui, de la nature humaine avec la nature et la personne divine, en vue de la Rédemption, constituant le caractère spécifique du sacerdoce proprement dit. Incessamment dans sa vie théandrique , Jésus offre à Dieu l'humanité repentante et purifiée, et donne Dieu, sa grâce et son pardon à l'humanité. Cela, c'est exercer la religion la plus parfaite. Cela, c'est être prêtre. Jésus ne devient pas prêtre à un moment ou à l'autre de son enfance, de son adolescence, de sa jeunesse, par un degré quelconque de dignité et d'excellence surajouté à ses qualités primitives, par une addition supplémentaire de puissance et de mission. Dès le premier instant de son existence, précisément à cause de l'absolue sujétion en lui de l'humanité à Dieu et de la pénétration souveraine de l'humanité par Dieu, il réalise toutes les conditions, il a toute la plénitude du sacerdoce. 

   Nous sommes prêtres, nous aussi, non plus de plein droit, d'essence et de nature, mais par une association gratuite au sacerdoce du Christ. Il n'y a pas deux sacerdoces, celui de Jésus et le nôtre. Il n'y en a qu'un, le sien, dont , par le sacrement de l'Ordre, nous sommes participants. Si je disais que notre nature humaine n'est en nous que l'écoulement de la nature divine, je serais passible d'hérésie, je serai panthéiste. Si je dis que notre sacerdoce est en nous l'écoulement du sacerdoce du Christ, j'exprime la plus indéniable vérité. Ce que Jésus a fait, nous le faisons. Lui avec nous, Lui en nous, Lui par nous, continue de donner Dieu aux hommes et les hommes à Dieu. 

    Nous nous succédons à travers le temps et l'espace; il le faut bien, la caducité de nos vies nous condamne à paraître et à disparaître. Mais Lui demeure et nous prêtons à la pérennité de son sacerdoce le moyen de s'exercer à jamais. 

   D'autres Christ!  Notre sacerdoce, notre prêtrise, cette communion authentique à l'être et aux puissance de Notre-Seigneur souverain prêtre, n'est point une qualité d'emprunt jetée comme un manteau d'honneur sur notre vie. C'est un caractère nouveau, profond, intime, irréductible. C'est, en nous, une réalité et une entité de plus. C'est une addition d'être mêlé à notre être propre, un surcroît ontologique , d'où résultent pour nous des facultés et des droits, des énergies et des fécondités d'un ordre à part. Ce que nous ne pouvions pas comme simples chrétiens, nous le pouvons comme prêtres, comme représentants du Christ, comme autre Christ. C'est ainsi , par exemple, qu'en son nom, en répétant les mêmes paroles que Lui, nous créons l'Eucharistie, nous octroyons le pardon des péchés. 

   Comparez, votre dignité de prêtres aux dignités les plus vantées dans le monde. Certes, je suis loin de mésestimer les distinctions honorifiques attachées aux diverses situations sociales. Celui-ci est chef d'Etat; celui-là est ministre; cet autre, magistrat; cet autre, juge .... 

   Aucune de ces qualifications, aucun de ces prestiges, n'atteint l'intime de l'être, pour le relever et le transfigurer. Il y a superposition, point compénétration. Sous les plus brillants dehors du personnage, il reste ... un homme, purement et simplement un homme. Et, quand viendra la mort, tout s'écroulera devant le cercueil . Non sumet omnia quum interierit dives. 

   Pour nous, il en va autrement. La qualité sacerdotale, une fois conférée par le sacrement, une fois acquise, envahit tout notre être, y adhère, en est désormais inséparable. Sacerdos in aeternum. 

   D'autres Christ ! Oui, nous le sommes. Pour répéter ce que nous disions tout à l'heure, que vous le vouliez ou non, qu'habituellement ou non vous y pensiez, que votre foi, demeurée vive, vous émeuve quand elle vous affirme cette réalité, ou qu'elle vous laisse indifférents, parce qu'elle s'est voilée et commence peut-être de s'obscurcir, le sacrement de l'Ordre , gratiam quae est in te, a fait de vous, a fait de vous tous, prêtres de tous les pays et de tous les temps, d'autres Christ. 

abbé Planus. 

   

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Rédigé par Philippe

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Publié le 24 Juin 2020

 

 

   J'admire, ô mon bon Ange, les pouvoirs qui vous ont été donnés dans le monde de la nature et dans celui de la grâce. 

   Vous dominez les éléments et vous pouvez au nom de Dieu, les transformer et produire à nos yeux les plus grands prodiges, répandre dans les airs les influences salutaires ou les fléaux meurtriers , selon que le demandent sa bonté ou sa justice. 

   Vous pouvez  enchaîner la rage des méchants Esprits, modérer leurs persécutions, les empêcher de bouleverser la nature et de nuire aux hommes autant qu'ils le voudraient. 

    Vous pouvez inspirer aux pécheurs des sentiments de repentir, aux justes le courage de la vertu, aux âmes parfaites la vitalité de l'espérance et les ardeurs de la charité. 

    Vous pouvez recueillir sur la terre toutes les saintes oeuvres qui s'y accomplissent, les porter au ciel, les offrir à l'adorable Trinité. 

   Mais les pouvoirs du prêtre ne sont-ils pas plus admirables encore et plus étonnants?

   Vous disposez les âmes à la grâce en agissant sur leur intelligence, sur leur coeur, sur leur imagination, sur toutes leurs facultés, et même sur les sens du corps; mais vous ne la leur conférez point. 

   Les grands pouvoirs du prêtre consistent précisément à conférer la grâce en conférant les signes qui la contiennent , les sacrements.

   Vous ne pouvez , comme lui, enlever d'une âme la tache originelle qui la souille, la revêtir d'innocence, la transformer en enfant de Dieu et de l'Eglise.

  Vous ne pouvez rendre l'enfant de Dieu parfait chrétien, en faisant descendre en lui le Saint-Esprit avec ses sept dons. 

  Vous ne pouvez procurer aux âmes le divin aliment de l'Eucharistie, en le produisant au saint autel par la consécration du corps et du sang de Jésus-Christ. 

   Vous ne pouvez rendre pur ce qui est impur, absoudre une âme de ses fautes, briser les chaînes de sa captivité, fermer l'enfer sous ses pieds, ouvrir le ciel au-dessus de sa tête, faire d'un criminel un élu.

   Vous ne pouvez, par votre présence et votre bénédiction, rendre légitimes et valides les liens des époux et préparer les familles saintes par les saintes unions. 

   Vous ne pouvez procurer la propagation du divin sacerdoce , en consacrant les prêtres de Jésus-Christ, en leur conférant de sublimes pouvoirs, en les envoyant prêcher l'Evangile à toutes les nations. 

   Vous ne pouvez enfin, par les saintes onctions et par le saint viatique, purifier les moribonds de leurs dernières souillures, les fortifier pour le dernier combat et les mettre en état de faire avec confiance leur passage du temps à l'éternité. 

   En un mot, vous n'êtes point ministre des sacrements qui confèrent la grâce. Vous y préparez les âmes par vos inspirations, vous y assistez le prêtre, mais vos fonctions n'y sont jamais que secondaires et accessoires. 

   Ces considérations, ô mon bon Ange, me font admirer la miséricorde de Dieu sur moi et me touchent profondément; mais , en même temps, elles me couvrent de confusion et me font trembler. 

   Qui suis-je pour paraître ainsi au milieu des Anges et remplir des fonctions divines qu'ils se jugeraient eux-mêmes indignes de remplir? 

   Quand je vais procéder à l'acte incomparable de l'administration d'un sacrement, quelle sainteté devrait résider en mes yeux, en mes oreilles, en ma langue, en mes mains, en toute mon âme et en tout mon corps ! 

   Oh! je le comprends mieux que jamais, dans le ministre des divins sacrements il ne doit y avoir rien de bas, rien de vulgaire, rien surtout de souillé. Le Dieu de sainteté ne peut être représenté dans une action sainte que par un ministre saint. Un ministre conférant sa grâce aux autres sans l'avoir en lui-même, quel monstrueux spectacle! Je sais que Dieu le permettrait cependant pour ne pas priver les âmes des grâces qui leur sont nécessaires. Tel est l'excès de sa bonté envers les âmes; mais quelle ne doit pas être son indignation envers le ministre coupable!

    Les dispositions dans lesquelles je dois être, vous me les avez fait connaître, ô mon bon Ange; ce sont celles dans lesquelles vous seriez vous-même si vous aviez reçu les pouvoirs que j'ai reçus et si vous les exerciez à ma place. Assurément, vous ne pourriez être plus pur que vous ne l'êtes, mais il me semble que tout en vous prendrait un caractère divin et que vous tressailleriez  d'admiration. 

   Je recours à vous, ô mon bon Ange et je vous supplie de m'obtenir ces dispositions.  Je les désire dans toute la sincérité de mon âme. Montrez-moi dans sa sublime réalité ce qui s'accomplit dans l'administration d'un sacrement. Que jamais je ne perde de vue, ni la sainteté du mystère lui-même , ni la nuée de témoins célestes qui m'entourent au moment où il s'accomplit. 

   Mes pouvoirs sont un trésor sacré et divin qui m'a été confié, non pour rester improductif en mes mains, mais pour que je le fasse valoir au centuple au profit des âmes. 

   Ranimez donc mon zèle, ô mon bon Ange, et que l'administration d'un sacrement soit toujours à mes yeux, une grande et heureuse action. Faites aussi que je l'administre toujours avec discrétion et sagesse et que je sache discerner les âmes vraiment dignes de le recevoir. 

mgr. Chardon. 

   

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Rédigé par Philippe

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