mois d'Août: de l'Assomption (1)

Publié le 29 Juillet 2017

 

   L'Assomption de la Vierge Marie, par cela même qu'elle constitue le complément indispensable de la solennité pascale, est de toutes les fêtes du propre des saints celle qui se rattache le plus étroitement à la liturgie du temps, c'est-à-dire à cette portion essentielle du cycle sacré qui nous fait revivre chaque année et selon tout son développement l'oeuvre de notre salut.

   En effet, tout n'est  pas fini lorsque l'Eglise nous a conduits jusqu'à l'exaltation du Christ Jésus montant au ciel pour y siéger à la droite de son Père comme notre Seigneur et Roi , et nous départir en qualité de Pontife suprême les fruits de son sacrifice, car il convient de considérer le cycle de la Rédemption comme n'étant définitivement révolu que le jour très glorieux où il nous est donné de voir la nouvelle Eve rejoindre son céleste Epoux et partager avec lui les honneurs d'une victoire dont elle a été, pour sa part, le précieux instrument.

   Nous ne pouvons pas ignorer que, conformément à une disposition de la Sagesse éternelle dont les Pères ont fait admirablement valoir les sublimes convenances, la magnificence de la réparation devait répondre de point en point à l'étendue de la chute originelle. En vertu de ce décret divin, il fallait que le Christ et son Epouse la Vierge Marie fussent unis dans une même oeuvre pour rendre la vie à ceux que la faute du premier couple avait entraînés dans la mort.

   Seulement, l' Eglise, comme de juste , ne célèbre pas le double triomphe du Seigneur Jésus et de son Epouse sans tenir compte de la part respective qui revient à chacun dans l'économie de notre rédemption. L'importance de ce qui a été réalisé en la personne du nouvel Adam, devenu par son sacrifice notre Chef et notre Vie , est de telle nature que l' Eglise juge indispensable de nous faire parcourir tour à tour, chacune des étapes de l'oeuvre du salut, dont les diverses parties, la bienheureuse passion, l'ensevelissement , la sainte résurrection et l'admirable ascension, se coordonnent et se compénètrent dans l'unité d'un même mystère, ce mystère pascal où le Christ Jésus nous fait passer, avec Lui et en Lui, de ce monde chez son Père.

   Quant au Passage de Notre-Dame, nous le célébrons dans une seule fête, mais qui est d'autant plus glorieuse et d'autant plus chère à la piété chrétienne, qu'elle nous propose en le résumant tout le mystère de sa sublime assomption.

   Un moine du XI° siècle, Jean Maurope, évêque d'Euchaaïta, définissait ainsi l'objet de la plus belle des fêtes de la Vierge Marie :" Aujourd'hui nous célébrons le sommeil de la Mère de Dieu, la déposition de la Mère de Dieu, la Résurrection , l'Ascension et l'exaltation de la Mère de Dieu, ; merveilles surajoutées à d'autres merveilles, car cette Mère de Dieu est Fille de Dieu, Epouse de Dieu; cette Epouse est Vierge, et cette Reine veut être avant tout servante. "

   La merveilleuse complexité de la fête du 15 Août lui a permis nombre d'appellations, dont chacune faisait opportunément ressortir tel ou tel aspect particulier du mystère.

   Le terme de Dormitio ou Pausatio redisait d'une manière agréable la brièveté et la douceur d'un trépas causé par l'excès de l'amour.

   Le titre de Natale convenait d'autant mieux à la plus insigne des fêtes de la Vierge, que la résurrection de Notre-Dame présente, comme celle de son divin Fils, tous les caractères d'une naissance complète à la vie de la gloire.

   Quant au titre d'Assomption, non moins recommandable que les précédents par son antiquité, il devait très justement prévaloir, puisque, si on veut bien l'entendre selon toute la largeur de sa signification, il ne se rapporte pas seulement au fait isolé de l'ascension corporelle, mais résume en un seul mot et selon ses diverses phases le mystère entier de l'exaltation sublime de la bienheureuse Vierge Marie.

    Aucune expression ne pouvait mieux traduire le caractère propre d'un pareil triomphe. Car il plut à Dieu d'élever en ce jour jusqu'au ciel la plus humble des créatures, pour la placer à la droite du Roi des rois, dans la condition d'épouse et mère de son Fils unique.

   Mais admirons ici la délicatesse de l'Eglise, qui ne néglige jamais rien pour rendre les moindres nuances de sa pensée. Voulant marquer toute la différence qui sépare la glorification du Seigneur et celle de sa très sainte Mère, l'Eglise donne le nom d'Ascension au triomphe du Christ Jésus, monté au Ciel par les seules forces de sa nature divine, et réserva le titre d'Assomption à celui de Notre-Dame, afin de faire bien entendre que la Vierge Marie avait été exaltée par la vertu de son propre Sauveur, parce qu'il ne convenait pas que le Fils de l'homme siégeât dans l'éclat de sa gloire sans avoir auprès de lui la Femme qui l'avait secondé ici-bas dans l'établissement de son empire.

   On peut le dire en toute vérité, c'est au jour de l'Assomption que s'achève, d'une manière totale et définitive, entre le nouvel Adam et son épouse, l'union dont la magnificence avait été préparée par la Sagesse divine. Depuis lors rien ne manque plus à la perfection de ces noces royales. La reine siège à la droite du roi, adstitit regina a dextris tuis. , la souveraine auprès du souverain, c'est-à-dire , comme le chante l'Eglise, que la Vierge Marie, montée au ciel, règne avec le Christ et pour toujours,  :" Hodie Maria Virgo caelos ascendit , gaudete quia cum Christo regnat in aeternum."

   Sans doute l'Epouse du Christ n'est pas Dieu, mais le Christ n'a pu retourner " en forme de Dieu " et devenir au ciel Seigneur et Roi, sans que la Vierge Marie passât elle - même en condition d'Epouse de Dieu, et devînt à son tour notre reine et Notre-Dame.

Si, de par sa nature propre, et pour son honneur, la Vierge de Nazareth ne cesse jamais d'être servante, comme elle le revendique elle-même :" Ecce anciilla Domini, elle a reçu cependant de la faveur divine un rang qui lui assure une véritable communauté de titres et de biens avec son royal Epoux.

Saint Jean Damascène nous le dit en propres termes :" Il fallait que l'Assomption glorieuse mît la Mère de Dieu en possession de tous les biens de son fils et lui assurât l'hommage de tout l'univers. "

La Vierge Marie acquit de ce fait une situation tellement exceptionnelle, qu'elle est de toutes les créatures la seule dont on puisse dire qu'elle confine à la Déité :" quae sola ad fines Deitatis attigit ;"

 

  dom Emmanuel Flicoteaux osb +  

 

Rédigé par Philippe

Publié dans #spiritualité

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