Publié le 31 Mars 2010

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DU TRÉS-SAINT SACREMENT ET DES RAISONS DE SON INSTITUTION.

 

Un des principaux motifs de l'incarnation du Sauveur a été l'insensibilité et la froideur des hommes pour Dieu.

Aussi Jésus-Christ nous dit-il dans saint Luc : « Je suis venu porter le feu sur la terre; et que désiré-je sinon qu'il s'allume? »

Ce feu, il le répand à force de bienfaits et d'œuvres d'amour qui ravissent le cœur de l'homme et l'embrasent lui-même d'amour. Ce but a été celui des œuvres de toute sa vie, mais principalement des œuvres qu'il accomplit peu avant sa mort.

« Après avoir aimé les siens qui étaient dans le monde, dit saint Jean, XIII, 1, il les aima surtout à la fin ; » déclarant par ces paroles qu'il leur accorda des faveurs plus signalées et des marques d'affection plus touchantes.

Or, une des plus grandes fut l'institution du très-saint Sacrement; et on le croira aisément lorsqu'on aura réfléchi un instant sur les raisons de cette institution. Mais auparavant, très-doux Sauveur, ouvrez nos yeux, éclairez-nous de votre lumière afin que nous découvrions les motifs qui ont porté votre cœur si aimant à produire cette invention admirable.

 

Posons d'abord en principe que nulle langue créée ne saurait exprimer l'amour que Jésus-Christ a pour l'Eglise son épouse, et par conséquent pour chacune des âmes qui sont en état de grâce, puisque ces âmes sont véritablement ses épouses. C'est pourquoi entre autres demandes que saint Paul adressait à Dieu, il lui adressait celle-ci : « Faites-nous, lui disait-il, comprendre l'immensité de l'amour de notre Sauveur. » Cet amour en effet est si merveilleux qu'il surpasse l'intelligence de toute créature, même des anges.

 

I. Ce tendre époux étant donc sur le point de quitter ce monde et de se séparer visiblement de l'Eglise son épouse ; afin que son absence ne fût pas une cause d'oubli, il lui laissa comme souvenir le très-saint Sacrement. Ce souvenir c'était lui-même, car il ne voulait pas qu'un autre souvenir que lui-même le rappelât à celle dont il s'éloignait. Alors il prononça ces suaves paroles : « Chaque fois que vous ferez ceci, vous le ferez en mémoire de moi, et vous penserez à ce que j'ai fait et enduré pour votre salut. »

 

 

 

II. Il voulait aussi, ce tendre époux, ne pas laisser en son absence son épouse seule. Il lui donna pour compagnie le très-saint Sacrement, c'est-à-dire lui-même, c'est-à-dire encore la compagnie la plus précieuse qui se puisse imaginer.

 

III. Il songeait en même temps à mourir pour elle, à la racheter et à l'enrichir de son sang. Afin donc qu'elle pût jouir de ce trésor, il lui en livra les clefs avec cet auguste Sacrement. Car, suivant saint Jean Chrysostome, Hom. LXXXIV, toutes les fois que nous le recevons, nous mettons nos lèvres sur le côté du Christ, nous buvons son sang divin et nous participons à son glorieux mystère. Quelle énigme est l'homme, puisqu'il se refuse uniquement par paresse à jouir de ce trésor inestimable ! C'est dans un sens profond que le Sage a dit : « Le paresseux cache sa main dans sa poitrine, et il est sur le point de mourir de faim, parce qu'il n'a pas la force de la porter à sa bouche. » Prov. XIX,24. Y a-t-il une paresse plus grande que la paresse de celui qui, pour être exempt d'une légère préparation, renonce à un bien plus précieux que l'univers tout entier ?

 

IV. Le céleste Epoux désirait également être aimé par son Epouse d'un grand amour ; et pour cela il a préparé cette mystérieuse nourriture qui enflamme et blesse vite celui qui la reçoit dignement.


O mystère que nous devrions imprimer au plus intime de nos cœurs !


Dis-moi, chrétien : si un prince s'attachait à une esclave au point de la prendre pour épouse, et de l'établir reine et maîtresse de ses états ; pourrions-nous admirer assez son amour? Et si, après le mariage, il trouvait l'amour de son épouse refroidi, et qu'alors il se mît à la recherche d'un breuvage capable de le rallumer, que ne dirions-nous pas de la conduite de ce prince ? Eh bien ! ô roi de gloire, ce n'a point été assez pour les entrailles de votre amour de faire votre épouse d'une âme qui était l'esclave du démon. Quand vous l'avez sentie froide et glacée, vous avez préparé une merveilleuse nourriture, et par vos paroles puissantes, cette nourriture a la vertu de transformer et d'embraser les âmes qui la recevront. Rien ne montre plus l'amour que le désir d'être aimé. Vous, ô mon Seigneur, vous avez tant désiré être aimé de nous que, pour y parvenir, vous avez imaginé les inventions les plus étonnantes. Qui douterait ensuite de votre amour?

Ah! je sais bien que si je vous aime, vous m'aimez , et que je n'ai pas besoin, pour gagner votre cœur, des moyens auxquels vous recourez pour gagner le mien.

 

V. Quoiqu'il fallût que l'époux quittât son épouse, comme l'amour ne saurait se résigner à l'absence de l'objet aimé, Jésus-Christ voulait à la fois partir et ne pas partir, s'en aller et pourtant rester.

Or, ni lui ne pouvait rester, ni son épouse s'en aller avec lui. Il choisit alors un expédient tel qu'encore qu'il partît et qu'elle restât, ils ne devaient être jamais séparés. C'est ce que fait le sacrement de l'autel : il unit et incorpore si étroitement les âmes à Jésus-Christ, qu'elles ne forment avec lui qu'une seule et même chose. Il en est de l'âme et du Christ comme de la nourriture et de celui qui la prend, avec cette différence indiquée par saint Augustin. Confes, VII, 10, que le Sauveur s'identifie l'âme qui le reçoit, et lui communique son amour et sa vie.


 

VI. Il voulait encore donner à son Eglise des gages assurés de l'héritage céleste, afin que munie de cette espérance elle traversât joyeusement les aspérités de la vie.


Rien n'est plus capable d'inspirer le mépris des choses d'ici-bas que la ferme espérance des biens d'en haut. Aussi Jésus-Christ disait-il avant sa passion à ses disciples : « Si vous m'aimiez véritablement, vous seriez dans la joie parce que je vais vers mon Père. » Joan. XIV, 28. Comme s'il eût dit : Aller vers mon Père est un si grand bonheur, que les fouets, les épines, les clous, les supplices et les peines de cette vie ne sauraient le mériter.

Afin donc que son Epouse conçût de ce bonheur la plus solide espérance, l'Epoux lui a laissé un gage aussi précieux que l'objet de cette espérance elle-même. Comment douter que Dieu ne se livre à elle dans sa gloire quand elle vivra toute en esprit, puisqu'il ne se refuse pas entièrement dans cette vallée de larmes où elle vit dans la chair ?

 

VII. Un autre désir du divin Epoux était de faire son testament avant de mourir, et de laisser à son Epouse un présent propre à calmer sa douleur.


Il lui laissa le présent le plus magnifique., son corps adorable. Lorsque Elle fut enlevé à la terre, il donna à Elisée son manteau, l'unique bien dont il pût le faire héritier.

Quand notre Sauveur se prépara à monter au ciel, il donna dans ce sacrement son manteau terrestre, c'est-à-dire, son corps sacré, en héritage à ses enfants. Avec le manteau d'Elie, Elisée passe à pied sur les eaux du Jourdain : par la vertu de l'Eucharistie, les fidèles passent en toute sécurité les eaux des vanités et des tribulations de cette vie.

 

VIII. Enfin, Jésus-Christ se proposait de procurer à nos âmes un aliment capable de conserver et d'entretenir leur vie.


Car la condition de la vie spirituelle est la même que la condition de la vie corporelle. En effet, pourquoi le corps reçoit-il chaque jour sa nourriture? Evidemment parce que dépensant chaque jour une partie de ses forces, il a besoin d'un secours extérieur qui chaque jour les répare; sans quoi elles seraient bientôt épuisées.


Plaise à Dieu que nous comprenions mieux par ce rapprochement la nécessité de l'Eucharistie et la miséricordieuse sagesse de son auteur ! N'est-il pas vrai qu'il y a dans nos âmes un principe funeste qui paralyse ce qu'elles ont de force pour le bien? Ce principe nous porte à l'amour du siècle, de la chair, de tous les vices et de tous les plaisirs; tandis qu'il nous détourne de Dieu, de son amour, nous rend de glace pour la vertu, et de feu pour le mal.

Et si ce principe délétère règne continuellement en nous, ne faudra-t-il pas un principe opposé qui réparc continuellement les ruines qu'il aura faites? Qu'il n'en soit pas ainsi, et vous n'aurez à attendre qu'une faiblesse croissante et des chutes certaines. Pour vous en convaincre , jetez un coup d'œil sur l'histoire du peuple chrétien. A l'origine de l'Eglise, les fidèles prenaient tous les jours cette divine nourriture : aussi étaient-ils forts et prêts non-seulement à garder la loi de Dieu, mais à mourir pour elle. Aujourd'hui ils n'en usent que rarement; c'est pourquoi ils sont lâches, dégénérés, et sur le point de tomber d'inanition, selon la parole du Prophète : « Parce qu'il n'a pas eu d'intelligence, mon peuple a été captif, ses grands sont morts de faim, et la multitude a été dévorée par les ardeursde la soif. » Isa. v, 13.

Il connaissait donc bien notre nature et ses misères, le céleste médecin, lorsqu'il institua ce sacrement. Il l'institua sous forme de nourriture, afin de nous enseigner par là et l'effet qu'il devait produire, et le besoin que nos âmes en avaient.

 

Cet aliment et ce remède divins sont d'ailleurs la preuve d'amour la plus forte qu'un Dieu ait pu nous donner.


Nous lisons en maintes histoires que des mères torturées par la faim ont cherché dans la vie de leurs propres enfants la conservation de leur existence. Mais qui a jamais lu qu'une mère, pour soutenir son fils mourant de faim, lui ait donné sa propre chair à manger? que son amour envers lui l'ait portée à se déchirer elle-même ? Il n'y a point de mère qui ait fait cela. Mais celui qui est venu du ciel pour toi, chrétien, calui-là plus aimant encore qu'une mère, à la vue de la faim qui te consumait, s'est livré à la mort afln que sa chair te servit de nourriture. Et comme il voulait que cette nourriture fût perpétuelle, il a établi le sacrement de l'autel. et il nous montre, par cette perpétuité, qu'il est disposé à te donner toujours la même marque d'amour, dès qu'elle sera nécessaire.

 

Considérons surtout que le Rédempteur du monde s'est proposé de rendre à l'homme son antique noblesse, et de l'élever par la grâce autant qu'il avait été abaissé par la faute originelle. Or, Adam était tombé de la vie divine à la vie des bêtes ; il devait donc passer de cette vie animale à la vie de Dieu qu'il avait perdue.


C'est pour cette fin qu'a été institué la communion au très-saint Sacrement. Elle rend l'homme participant de la vie divine, selon cette profonde parole du Sauveur : « Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, et moi en lui. De même que ma vie est celle du Père, la vie de celui qui prendra cette nourriture sera ma vie. » Joan. VI, 57 et 58.

Il vivra par conséquent d'une vie divine et non d'une vie humaine. Car dans la communion Jésus-Christ ne se change pas en nous, mais, comme il a été déjà dit, il nous identifie à lui en nous communiquant sa volonté et son amour. Il se passe alors en nous ce qui se passe dans le pain lorsqu'il est consacré.

De même que les paroles de la consécration changent la substance du pain en la substance du Christ; de même la communion transforme d'une manière spirituelle et divine celui qui la reçoit. Après la consécration, le pain n'est plus ce qu'il était, il paraît une chose et il en est une autre. Après la communion, l'homme n'est plus aussi ce qu'il était; autre est sa dignité apparente, et bien autre sa dignité réelle : à l'extérieur tout est humain; tout est divin au contraire dans l'intérieur de l'âme.


Maintenant connaissez-vous une gloire plus pure, un don plus précieux, un bienfait plus touchant, une preuve d'amour plus considérable?

Que devant cette œuvre se taisent toutes les œuvres de la nature, et même celles de la grâce, parce qu'elle est une œuvre au-dessus de toutes les œuvres, une grâce au-dessus de toutes les grâces.


O merveilleux sacrement, que dirai-je de toi ? Comment te louer? Tu es la vie de nos âmes, le baume qui guérit nos plaies, le charme de nos peines, le souvenir de Jésus-Christ, le gage de son amour, le très-précieux legs de son testament, le compagnon de notre pèlerinage, la consolation de notre exil, le flambeau qui allume en nous le feu de l'amour céleste, le canal de la grâce, l'avant-goùt du ciel, et le trésor de la terre.


C'est toi qui es le lien de l'époux et de l'épouse; c'est toi qui éclaires l'intelligence , réveilles la mémoire, embrases la volonté, délectes le palais de l'âme, accrois la dévotion, émeus les entrailles, ouvres la source des larmes, endors les passions, excites les bons désirs, fortifies notre faiblesse, et permets d'arriver à la montagne sainte.

Qui racontera dignement tes grandeurs? Que rendre pour un pareil bienfait? Comment ne pas fondre en pleurs à la pensée d'une si intime union avec Dieu? Les paroles manquent, l'intelligence est troublée, lorsque l'on considère les vertus de cet auguste mystère.

 

Et puis quelle douceur , quelle suavité, quels parfums de vie remplissent l'âme qui le reçoit ? Elle ne retentit alors que des chante harmonieux de l'homme intérieur, de cris de désir, d'actions de grâces, de louanges délicieuses en l'honneur du bien-aimé. Car ce sacrement vénérable la renouvelle tout entière, l'inonde de joie, de dévotion et de paix, augmente sa foi et son espérance, et resserre les chaînes qui l'attachent à son trèsaimable Rédempteur. Aussi devient-elle chaque jour plus fervente, plus forte dans la tentation, plus résolue dans le travail, plus désireuse de faire le bien, et plus avide de cette nourriture divine.

 

Voilà, ô bon Jésus, vos présents; voilà les opérations merveilleuses de votre amour. Et c'est par ce sacrement que vous les accomplissez dans vos amis, afin que ces délices incomparables affaiblissent l'attrait des plaisirs dangereux.


Ouvrez donc, amoureux Jésus, ouvrez, lumière infinie, les yeux de vos fidèles, et ravivez la foi qui vous découvre à eux. Dilatez leurs cœurs, puisque vous voulez y venir. Instruits par vous, ils ne chercheront que vous, ne se reposeront qu'en vous, et unis à vous comme les membres à leur chef, le sarment à la vigne, ils vivront de votre vie et jouiront de votre grâce dans les siècles des siècles.


Ainsi soit-il.

 

Louis de Grenade.

 


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Publié le 30 Mars 2010

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reconnaissance en cette année sacerdotale à tous ceux qui nous ont donné le sacrement de Pénitence, depuis

la première communion.. la liste est longue !



 

 

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Le martyre c'est...... ce désir de Gloire du Ciel vécu dans les tourments du mal encore présent. Courage!

Rémi G.

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Publié le 30 Mars 2010

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Nous voici sur le Calvaire, ô mon âme; nous voici au dénouement du mystère de notre rédemption.

En vérité c'est bien ici la maison de Dieu, la porte du ciel, la terre de promission, la terre du salut. Ici est planté l'arbre de vie, et fixée l'échelle entrevue par Jacob, par laquelle la terre est unie au ciel, les anges descendent vers les hommes, et les hommes montent vers Dieu.


C'est ici, ô mon âme, le lieu où tu dois prier, adorer, bénir ton Seigneur, et lui dire : Nous vous adorons, ô Sauveur, et nous bénissons votre saint nom ; parce qu'au moyen de cette croix vous avez racheté le monde.

 

Grâces vous soient rendues, très clément Rédempteur qui nous avez aimés, nous avez purifiés de nos péchés dans votre sang, vous êtes offert pour nous sur cette croix, afin que le parfum de ce sacrifice fût agréable à Dieu et apaisât son courroux.

Soyez à jamais béni, vous qui avez sauvé le monde, réconcilié les hommes, restauré les cieux, triomphé de l'enfer, vaincu le démon, donné la vie à ceux qui l'avaient perdue, détruit la mort, et racheté ceux qui étaient au pouvoir des ténèbres.

« Vous tous qui avez soif, accourez vers ces eaux. Vous qui n'avez ni or, ni argent, venez et achetez ce que vous désirerez. » Isa. Lv, 1.

Vous voudriez l'eau de la vie? Voici la pierre mystique dont la verge de Moïse fit jaillir une abondante source. Vous voudriez paix et amitié avec Dieu? C'est encore ici la pierre que Jacob arrosa d'huile et qu'il éleva en signe d'amitié entre Dieu et les hommes. Vous qui auriez besoin de vin pour guérir vos blessures, vous trouverez ici le raisin mûri dans la terre promise, ensuite porté dans notre vallée de larmes, et sorti du pressoir de la croix. Si vous désirez l'huile de la grâce divine, il y a ici ce vase précieux avec lequel, à l'exemple de la veuve de Sarepta, vous paierez toutes vos dettes. Il vous paraît d'une capacité médiocre; mais considérez sa vertu, et non ses dimensions. Or, sa vertu est si admirable que tous les vases du monde ne parviendront jamais à l'épuiser.


Réveille-toi, ô mon âme, et pense au mystère de cette croix dont le fruit a réparé le mal causé par le fruit empoisonné de l'arbre défendu. « Je t'ai ressuscitée sous un arbre, dit l'Epoux des Cantiques, VIII, 5, à sa bien-aimée; là où ta mère fut séduite par l'antique serpent. »

Considère qu'à peine arrivés sur le Calvaire, les ennemis de Jésus, pour rendre sa mort plus honteuse, le dépouillent de tous ses vêtements jusqu'à sa tunique qui était sans couture. Il souffre néanmoins ce nouvel outrage avec une mansuétude inaltérable sans ouvrir la bouche, ni prononcer une seule plainte. Il y avait consenti bien auparavant, afin de nous rendre, par son dépouillement et son ignominie, l'innocence que nous avions perdue par la faute originelle. Quelques docteurs racontent qu'en ôtant au Sauveur sa tunique, on lui arracha violemment la couronne qu'il avait sur la tète, et qu'après on l'y plaça de nouveau au prix de nouvelles souffrances. Et il n'y a rien assurément d'invraisemblable pour qui songe aux raffinements de cruauté qui signalèrent toutes les circonstances de la passion. Comme la tunique était collée aux plaies causées par la flagellation, on ne put l'en dépouiller brusquement sans rouvrir ses blessures et renouveler ses douleurs : en sorte que ce corps adorable fut déchiré dans toutes ses parties, et ne forma qu'une immense plaie d'où le sang coulait par ruisseaux.

 

Considère, ô mon âme, avec quel éclat la bonté et la miséricorde divine resplendissent dans ce mystère.

Celui qui revêt le ciel de nuées, les champs de moissons et de fleurs, est dépouillé de ses vêtements. La beauté que les anges contemplent est obscurcie, la hauteur des cieux est abaissée, la majesté et la grandeur même sont humiliées. Sur la tête, sur les cheveux, sur le visage, sur le corps tout entier de Jésus-Christ, rien que du sang.

Quel froid il devait ressentir, n'ayant rien pour l'en défendre et lui donnant accès par tant de blessures ! Saint Pierre, quoique vêtu et devant un brasier, en avait souffert la nuit précédente. Le divin Maître nous a donné dans le cours de sa vie d'admirables exemples de dénuement et de pauvreté ; mais c'est à sa mort qu'il en est le plus parfait modèle. Alors il n'eut même pas où reposer sa tête, et il nous fit bien comprendre qu'il n'avait jamais rien possédé des biens de ce monde.

A l'imitation de ce dénuement complet du Sauveur, le vrai serviteur de Jésus crucifié, saint François, au moment d'expirer jeta loin de lui tout ce qu'il avait, et se précipita de son lit sur la terre nu comme lui. Apprends donc, ô mon âme, à suivre Jésus-Christ pauvre et dépouillé de tout ; apprends à mépriser les présents du monde, afin d'embrasser plus étroitement de tes bras nus ton Seigneur qui te donne l'exemple, et afin de lui être uni par un amour sans mélange de tout autre amour.

 

II.

 

Examine ensuite comment le Sauveur fut cloué à la croix, et pense à la douleur qu'il éprouvait lorsque d'énormes clous traversaient les parties les plus délicates de son corps. Que se passait-il dans le cœur de sa mère quand ses yeux voyaient, quand ses oreilles entendaient les marteaux frapper à coups redoublés les membres divins de son enfant? Puis, pour dresser la croix, les bourreaux la laissèrent tomber sans ménagement dans un trou préparé exprès, secouant ainsi avec force le corps du Sauveur suspendu dans les airs, ravivant ses plaies et redoublant ses tortures.

 

O mon Jésus, quel cœur ne se briserait de douleur, à la vue des souffrances que vous endurez sur la croix? Mais les rochers eux-mêmes se fendent. Les douleurs de la mort vous ont environné, Seigneur. Une mer d'amertume vous a inondé. Vous avez été précipité dans la profondeur des abîmes, et vous n'avez rien trouvé pour vous soutenir. Votre Père vous a abandonné : qu'espérer des hommes ? Vos ennemis crient après vous. Vos amis vous déchirent le cœur ; et par amour pour moi, votre âme reste affligée et ne veut pas de consolation. Grands ont été mes péchés, puisque vous souffrez tant pour eux.

Vous voilà, ô mon souverain Maître, cloué à une croix. Rien ne soutient votre corps, sinon les clous qui transpercent votre chair sacrée. Pèse-t-il sur les pieds? leurs trous aussitôt s'élargissent. Pèse-t-il sur les mains? le poids élargit de même leurs blessures. Vos membres ne peuvent se soulager sans une souffrance plus grande que ce soulagement. Et votre tète déchirée et enflée par les épines, qui lui servira de soutien ? Vous auriez bien prêté vos bras à ce doux office, ô sainte Vierge ; mais il ne faut maintenant d'autres bras que ceux de la croix. Ils recevront sa tète lorsqu'elle sera forcée de s'incliner, et tout le repos qu'ils lui procureront, sera d'enfoncer les épines plus avant. J'aperçois encore quatre plaies qui sont comme des fontaines perpétuelles de sang; tout le sol en est rougi, et une voix s'en élève plus forte que la voix du sang d'Abel. Celle-ci demandait vengeance : celle-là implore miséricorde et pardon.

 

III.

 

Les tourments du Fils furent augmentés par la présence de la mère. Son cœur n'était pas moins crucifié au dedans que son corps au dehors.

Il y a donc pour vous deux croix, ô bon Jésus : une pour le corps, et l'autre pour l'âme; l'une parce que vous souffrez, l'autre parce que vous compatissez : l'une déchire vos membres avec des clous de fer; l'autre déchire votre âme avec la douleur elle-même. Qui nous dira ce que vous sentiez, ô Maître adorable, quand vous considériez les angoisses de cette âme très sainte que vous saviez être attachée avec vous à la croix? quand vous voyiez son cœur percé d'un glaive de douleur? sou visage couvert de la pâleur de la mort ? des tortures plus cruelles que la mort qu'elle endurait ? les larmes qui coulaient de ses yeux très purs ? les gémissements qu'exhalaient sa poitrine sacrée accablée d'un si lourd fardeau? Non, jamais, on n'exprimera l'amertume de cette croix invisible.

 

Et qui serait capable de nous raconter vos douleurs, ô mère bénie, lorsque vous regardiez mourir si cruellement celui que vous aviez vu naître avec tant de joie? lorsque les hommes bafouaient et blasphémaient celui qu'avaient chanté les anges? lorsque des méchants maltraitaient ce corps que vous aviez si amoureusement porté dans vos entrailles, et traité si respectueusement? lorsque le fiel et le vinaigre désaltéraient cette bouche divine que vous humectiez d'un lait céleste? lorsque les épines couronnaient cette tête qui si souvent reposa sur votre sein ?

Souvent vos yeux s'élevèrent vers la croix pour contempler le visage qui les avait tant de fois charmés ; et ils se baissaient aussitôt, la tendresse de votre cœur ne pouvant supporter ce spectacle. Si les chrétiens qui aiment véritablement Jésus-Christ ne peuvent retenir leur pitié quand ils méditent sur ses douleurs, bien des années après qu'il .les a éprouvées ; que se passait-il en vous, ô mère, quand vous voyiez de vos yeux votre fils souffrir une telle passion? Les femmes qui l'accompagnaient, quoique aucun lien ne les attachât à lui, pleuraient de compassion : quelles étaient vos larmes à vous pour qui il était tout, lorsque vous le regardiez, non pas marcher la croix sur les épaules, mais attaché et élevé sur ce gibet infâme? Malgré ces peines incompréhensibles, vous n'avez pas décliné l'honneur de rester près de la croix ; vous ne vous êtes point éloignée ; mais vous l'avez embrassée étroitement. Ferme et debout, comme une colonne, vos yeux ne quittaient pas votre fils : et de même qu'Eve, à force de contempler le fruit séduisant de l'arbre de mort, perdit les hommes; de même, en contemplant avec amertume le fruit qui pendait à cet arbre de vie, vous avez assuré leur salut.

 

IV.

 

Auprès de la croix avec la mère de Jésus, dit l'Evangéliste, se tenaient debout Marie mère de Cléophas et Marie-Madeleine.


Qui me donnerait de rester avec ces trois Maries aux pieds de la croix de mon Sauveur? 0 bienheureuses femmes, qui vous a donné ce courage? Quelle chaîne vous a si fortement retenues? Adorable Maître qui par votre mort donnez la vie à ceux qui ne l'avaient plus, et vous Anges du paradis, ne vous indignez pas contre moi, si j'ose me joindre, tout pécheur que je suis, à cette sainte compagnie : c'est l'amour qui m'entraîne et qui me contraint d'embrasser l'arbre du salut. Pourrais-je m'en éloigner, quand ces amantes du Sauveur ne peuvent s'y résoudre? Le feu cessera de brûler, l'eau de refroidir, avant que mon cœur abandonne la croix, et que j'oublie combien il est doux de se tenir toujours à ses pieds.


Divine croix, vous nous attirez plus énergiquement que l'aimant n'attire le fer ; vous illuminez l'intelligence avec plus d'éclat que le soleil n'illumine les yeux ; vous embrasez plus ardemment les âmes que la flamme n'embrase la paille légère. Que votre attraction soit pour moi irrésistible, votre lumière continuelle, votre chaleur puissante, afin que ma pensée ne s'écarte jamais de vous. Et vous, ô bon Jésus, faites que mon âme ne s'arrête pas seulement à contempler les souffrances que vous avez supportées pour elle, et à y compatir ; mais aussi à considérer lesmerveilleux exemples de vertu que vous me donnez, afin de les imiter.

 

Puis, ô Maître de l'univers, médecin des âmes, daignez guérir les blessures que vous découvrez en moi du haut de votre croix, et m'enseigner ce que je dois faire.

Je sais bien, Seigneur, que je suis très sensuel et engoué de moi-même, et je comprends que cela nuit beaucoup à mon avancement spirituel. Plus d'une fois je sacrifie les exercices de piété aux récréations, aux passe-temps, à la répugnance que m'inspirent le jeûne et l'heure matinale du lever. Or, ces exercices négligés, tout en souffre chez moi. Cette sensualité m'est grandement importune. Il lui faudrait, à ses moments, une nourriture et une boisson délicate; il lui faudrait, après chaque repas, des amusuments et des loisirs ; il lui faudrait de frais jardins pour y goûter le charme du repos.


O mon Sauveur, que dois-je donc faire? Ah ! je n'ai, pour être couvert de confusion, qu'à regarder comment vous avez traité le plus délicat de tous les corps. Parmi les frissons et les angoisses de la mort, vous ne lui avez accordé d'autre douceur que le fiel et le vinaigre. Oserais-je bien demander que les mets soient servis à telle ou telle heure, à telle ou telle température, avec tel ou tel assaisonnement, lorsque je vois quels mets vous ont été présentés dans une nécessité si cruelle? Au lieu des conversations et des causeries dont je suis avide en mes repas et en mes délassements, vous n'entendiez que les paroles de ceux qui, branlant la tête, se moquaient de vous et disaient en blasphémant : Va ! toi qui détruis le temple de Dieu et le rebâtis en trois jours, descends de la croix. Vos oreilles alors ne connaissaient point d'autre harmonie et d'autres accents. Au lieu de jardins et de promenades, vous aviez la croix et les clous qui y fixaient vos pieds et vos mains. Il est vrai qu'après la cène vous allâtes dans un jardin ; mais ce fut pour prier, et non pour vous promener; pour y répandre votre sang, et non pour y respirer un air frais ; pour y être dans la tristesse et l'agonie de la mort, et non pour vous y récréer. Parlerai-je encore des autres soulagements que vous procuriez à votre chair sacrée ? Ma chair réclame une couche molle, des habits précieux, une maison spacieuse. Et vous, quelle est votre couche ? quelle est votre maison? quels sont vos vêtements? Vous n'avez pour vous couvrir que la nudité et une pourpre dérisoire. Votre demeure c'est la terre nue et l'air des champs; et si j'en cherche une autre, je ne trouve qu'une étable abandonnée. Les oiseaux ont des nids, et les renards ont des tanières : et vous, le Créateur de toutes choses, vous n'avez pas sur quoi reposer votre tète. O curiosités et superfluités, comment êtes-vous accueillies encore parmi des chrétiens ! Rejetons-les bien loin de nous, puisque notre Maître s'est privé non-seulement du superflu, mais du nécessaire.

 

Je n'ai point encore visité votre couche, Seigneur. Dites-moi, ô très doux Jésus, où vous reposez ? où dormez-vous à l'heure du midi ? Me voici à vos pieds pour écouter vos enseignements, car ma sensualité n'est pas disposée à saisir le langage de votre croix. Je vous l'ai déjà dit : il me faut une couche molle.

Si l'heure de la prière vient à sonner, au lieu de me lever, je cède au sommeil et à la paresse, et je passe une partie de la matinée dans le repos. Et vous, Seigneur, quel repos avez-vous pris sur la dure couche de la croix ? Quand vous étiez las de rester sur un côté, comment vous retourniez-vous sur l'autre, pour vous délasser? Et mon cœur n'est pas ému? et ma sensualité résiste encore?

0 consolation des pauvres! ô confusion des riches, encouragement des pénitents, condamnation des lâches et des efféminés ! Non, la couche du Christ n'est pas faite pour vous, ni sa gloire non plus. Seigneur, donnez-moi votre grâce pour anéantir ma mollesse à votre exemple; ou bien qu'en ce moment finisse ma vie. Qu'il ne soit pas dit que vous n'ayez d'autre boisson que le fiel et le vinaigre, et que je cherche une nourriture délicate ; que vous soyez pauvre et dépourvu de tout, et que je coure après les biens de ce monde; que vous n'ayez pour lit qu'un gibet, et que je désire une couche voluptueuse et les délices du repos.

 

Rougis, ô mon âme, en présence de ton Sauveur mourant, et prête une oreille attentive à ses conseils et à ses réprimandes. 0 homme, te dit-il, j'ai reçu pour toi une couronne d'épines, et tu portes en mépris de moi une guirlande de fleurs? J'ai pour toi étendu mes mains vers la croix, et tu étends les tiennes vers les plaisirs? Je n'ai pas même eu de l'eau pour étancher ma soif, et il te faut des vins et des mets délicats ? Sur la croix et durant ma vie entière les ignominies et les douleurs m'ont accablé, et tu passes tes jours dans les honneurs et les voluptés? Mon côté a été ouvert pour te donner mon cœur, et tu n'ouvres ton cœur qu'à de vaines et dangereuses amours ?

 

Vous venez de m'apprendre la tempérance, Seigneur : apprenez-moi encore la patience qui ne m'est pas moins nécessaire.

Vous avez commencé ma guérison ; daignez l'achever ; car votre croix est le remède souverain à tous les maux de l'humanité, et les feuilles de cet arbre sont le salut des nations. Je me suis dit souvent en moi-même : Je ne veux me fâcher avec personne; je veux être en paix avec tous; et je dois par conséquent éviter toute compagnie où je trouverais occasion de colère et de trouble. — Toutefois je ne me dissimule pas ma faiblesse. Fuir toute société n'est pas dompter l'irascibilité, mais couvrir une imperfection. Je désirerais donc être de plus dans la disposition de vivre avec les méchants comme avec les bons, et de conserver la paix avec ceux qui haïssent la paix. Voilà ce que je me propose : à vous, Seigneur de m'accorder la grâce de l'accomplir.

 

Si la fortune m'abandonne, je ne m'attristerai pas, car je vous vois sur la croix privé de tout ; si l'on me déshonore, je ne tomberai pas dans le trouble, puisque vous êtes arrivé au comble du mépris. Les amis me trahiraient-ils, je ne désespérerais pas, vous voyant seul, abandonné à la fois de vos disciples et de votre Père. Lors même que vous sembleriez m'avoir abandonné, je ne perdrais pas courage; car vous ne l'aviez pas perdu, quand après avoir prononcé ces paroles : Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi, m'avez-vous abandonné ! vous remettiez votre âme entre ses mains. Et puis les persécutions, les chagrins par lesquels vous m'éprouverez me fourniront l'occasion d'être votre imitateur.

 

Mais, ô mon Roi, si l'épreuve se prolonge, quelle sera ma consolation?


Quoique vos peines aient été grandes, elles paraissent avoir été courtes, et le martyre de votre passion n'a duré environ. que vingt heures. Celui qui depuis de nombreuses années est sur son lit ou dans une prison, ou qui trouve chez lui des tracasseries continuelles, quelle ressource aura-t-il en vous? Enseignez-le moi, je vous en conjure, vous qui êtes le Verbe et la sagesse de Dieu. Etes-vous le consolateur de tous les maux, quelque longs qu'on les suppose; ou devons-nous chercher un autre consolateur ? — Non, il ne nous en faut pas d'autre que vous.


Les tourments de la croix n'ont pas été les tourments d'un seul jour, mais de votre vie entière. A l'instant même de votre sacrée conception, ils se présentèrent à vous tels que vous deviez les souffrir, et ils n'ont plus cessé d'être devant vos yeux. Il en était de ces douleurs comme du passé et de l'avenir pour votre intelligence divine. Elle apercevait aussi clairement qu'au jour de la passion, la croix, les clous, les fouets, les épines, la lance et les glaives.

Dans nos maux les plus vifs nous avons toujours, grâce à la science ou à la nature, quelque moment de soulagement. Votre souffrance, au contraire, si elle n'a pas été sans relâche, s'est reproduite une infinité de fois durant votre vie mortelle. Alors même qu'il n'en eût pas été ainsi, il suffisait pour vous enlever tout repos, du zèle que vous ressentiez pour l'honneur du Père et le salut de nos âmes ; car, en vérité, ce zèle dévorait et consumait votre cœur, et il était pour vous plus cruel que la mort. A cela s'ajoutaient l'obstination de ce peuple opiniâtre, la dureté des pécheurs que vous veniez sauver, et qui méconnaissaient et votre mission, et vos bienfaits. Aussi versâtes-vous des larmes abondantes de pitié sur Jérusalem ; et Isaïe pensait à vous quand il disait : « J'ai travaillé sans résultat; en vain j'ai consumé mes forces. » XLIX,4.

Voilà, ô mon âme, de quoi te soutenir et te consoler dans tes épreuves ; parce que si les souffrances corporelles de ton Jésus ont été courtes, celles de son cœur si tendre n'ont jamais cessé.


Louis de Grenade.



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Publié le 30 Mars 2010

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Contemple, ô mon âme, dans cette cène ton doux et miséricordieux Jésus.

Considère l'exemple d'incomparable humilité qu'il te donne en quittant la table, en lavant les pieds de ses disciples.

0 bon Jésus, que faites-vous là? O doux Jésus, pourquoi cet abaissement de votre majesté? Qu'éprouveras-tu, ô mon âme, à la vue d'un Dieu agenouillé devant les pieds des hommes, devant les pieds de Judas?

0 Judas, Judas, comment ton cœur ne s'est-il pas brisé en présence d'une telle humilité? comment cette infinie mansuétude n'a-t-elle pas ému tes entrailles ? Est-il possible que tu sois résolu à vendre ce tendre agneau? que tu ne sentes pas l'aiguillon du remords ? 0 blanches et adorables mains, pouvez-vous toucher des pieds si souillés et si abominables? O mains très pures, n'avez-vous point horreur de laver ces pieds couverts de boue et qui trafiquent de votre sang ?

Voyez, esprits bienheureux, ce que fait votre Créateur. Regardez-le, du haut des cieux, prosterné devant ses misérables créatures, et dites-nous, s'il usa jamais avec vous de tant de courtoisie. " Seigneur, j'ai entendu votre voix et j'ai frémi; » Habac.III,1 — J'ai considéré vos œuvres, et j'ai été saisi d'épouvanté. Et vous, saints Apôtres, ne tremblez-vous pas à ce spectacle ? Pierre, que fais-tu ? Vas-tu consentir à ce que le Dieu de majesté lave tes pieds ! Saint Pierre stupéfait de l'action de son Maître ne put s'empécher de lui dire : Vous, Seigneur, me laver les pieds ? N'ètes-vous pas le Fils du Dieu vivant? N'êtes-vous pas le Créateur de l'univers, l'ornement du ciel, la félicité des anges, le salut des hommes, la splendeur de la gloire du Père, la source cachée de la sagesse divine? Et c'est à moi que vous voulez laver les pieds? Votre majesté incomparable descendrait à cette action si humble? C'est vous qui avez établi la terre sur ses fondements ; vous qui l'avez embellie de tant de merveilles; vous qui embrassez le monde dans votre main, qui imprimez aux astres le mouvement, séparez les eaux, disposez les saisons, donnez aux causes naturelles leur efficacité, faites le bonheur des anges, conduisez les hommes et gouvernez par votre sagesse toutes choses : et vous voulez me laver les pieds ! à moi pauvre mortel, cendre et poussière, vase de corruption , créature remplie de vanité, d'ignorance et d'une infinité de misères, et ce qui est encore pire, remplie de péchés ! Vous à moi?'vous, le roi de la création, à moi qui en suis le rebut?

Non, la hauteur de votre majesté, la profondeur de ma bassesse ne me permettront jamais d'y consentir. Laissez, ô mon Seigneur, laissez aux serviteurs cet office. Quittez ce linge, reprenez vos vêtements, asseyez-vous sur votre siége et renoncez à votre dessein. Ne craignez-vous pas que les cieux ne rougissent de confusion en se voyant mis par vous au-dessous de la terre, en voyant les mains dans lesquelles le Père a déposé sa toute-puissance, soutenir les pieds d'un homme ? Ne craignez-vous pas que la nature entière ne s'offense d'être placée à des pieds qui ne sont pas les vôtres? Et croyez-vous que la fille de Saûl à la vue du linge qui ceint vos reins comme les reins d'un esclave, voudra de vous pour maître et pour époux ?

Tel était le langage de Pierre. Il ne comprenait pas encore les choses de Dieu, et il ne savait pas quelle gloire était cachée sous les apparences d'un si profond abaissement. Mais le Sauveur qui ne l'ignorait pas et qui désirait nous donner une grande leçon et un grand exemple d'humilité, éclaira la simplicité de son disciple, et acheva ensuite ce qu'il avait commencé. Remarquons ici avec quel soin le divin Maître nous enseigne et nous recommande cette vertu. Au moment de tout souffrir et de supporter des humiliations capables de confondre d'étonnement le ciel et la terre, il s'humilie lui-même et remplit l'office d'un serviteur.

O vertu admirable, quels trésors tu renfermes, puisque tu nous es recommandée de tant de manières! O humilité, dont la vie de Jésus-Christ est une prédication continuelle ; humilité chantée et louée par la bouche de sa Mère; fleur des vertus; aimant irrésistible qui attires à toi le créateur de tout ce qui existe ; celui qui te délaissera, Dieu le délaissera lui-même, fût-il au plus haut des cieux; celui qui t'accueillera, Dieu l'accueillera aussi, fût-il le plus grand des pécheurs! Précieuses sont tes faveurs, et merveilleux tes effets. Tu charmes les hommes, réjouis les anges, chasses les démons, et retiens les mains du Seigneur irrité. Tu es le fondement des vertus, la mort des vices, le miroir des vierges, et le temple de la très sainte Trinité.


Amasser sans toi, c'est dissiper ; bâtir, mais non sur toi, c'est renverser ; travailler à acquérir sans toi les autres vertus, c'est jeter de la poussière au vent. Si tu ne l'accompagnes, la vierge frappe en vain aux portes du paradis; et la pécheresse publique est, avec toi, reçue aux pieds du Christ.

0 vierges, recherchez donc l'humilité ; car elle rehaussera le prix de votre virginité. Aimez-la, vous aussi, religieux; car sans elle vaine sera votre profession. Et vous, laïques, ne la négligez pas non plus ; parce qu'elle vous délivrera des piéges du monde.

 

 

 

Considère ensuite, âme chrétienne, qu'après avoir lavé les pieds de ses disciples Jésus les essuie avec le linge dont il était ceint.

Elève en haut tes regards, et tu découvriras dans cette action une figure de notre rédemption. Tandis que les pieds des apôtres, de souillés qu'ils étaient, deviennent purs, le linge, au contraire, reçoit leurs impuretés. Or, quoi de plus affreux que l'homme conçu dans le péché? Quoi de plus pur et de plus beau que Jésus-Christ conçu de l'Esprit saint?

« Mon bien-aimé, dit l'Epouse des Cantiques, est blanc et vermeil; il est choisi entre mille. » Cant. v, 10. Et ce bien-aimé si beau, si pur, reçoit toutes les vilenies de nos âmes, c'est-à-dire, les peines que méritaient nos péchés ; et, tout en nous purifiant de nos souillures, il en demeure lui-même couvert. Aussi les anges étonnés de l'obscurcissement de sa beauté, lui adressent ces paroles dans Isaïe, LXIII, 2 : « Pourquoi, Seigneur, vos vêtements sont-ils rouges comme du sang, et vos habits comme les habits de ceux qui foulent les raisins dans le pressoir? »

Si ces souillures ne sont pas les vôtres, ô Roi de gloire, était-ce à vous à subir la peine qu'avaient méritée les hommes ? Quoi ! vous désirez la pureté de mon âme au point de lui sacrifier votre éclat, ô miroir de beauté ! y a-t-il un homme qui consentirait à rendre à un vase sa netteté, en se servant d'une étoffe brodée d'or?

Soyez béni, Seigneur mon Dieu, et que les anges chantent toujours vos louanges, puisque vous avez bien voulu recevoir toutes nos taches pour nous communiquer votre sainteté.

Arrêtons-nous aussi aux paroles que le Sauveur prononce à la fin de cette scène : « Je vous ai donné l'exemple afin que ce que j'ai fait, vous le fassiez vous-mêmes. » Ces paroles s'appliquent non seulement à l'exemple que Jésus-Christ vient de nous donner; mais à sa vie tout entière. Sa vie n'est en effet qu'un exemple continuel de toutes les vertus, et en particulier de celle dont nous nous occupons présentement, de l'humilité.

Le passage suivant de saint Cyprien développe cela d'une manière admirable : « La première œuvre d'humilité et de patience que Jésus-Christ ait accomplie, dit ce grand docteur, est sa venue du ciel sur la terre. il prend un vêtement de boue ; il voile la gloire de son immortalité; il se fait mortel, afin qu'innocent et sans faute il puisse souffrir pour les coupables.

Lui, le maître, il est baptisé par le serviteur; et celui qui vient expier les péchés, est couvert de l'eau des pécheurs. Il conserve tous les êtres, et après avoir jeûné quarante jours dans le désert, il sent l'aiguillon de la faim pour mériter aux hommes qui ont faim de la parole de Dieu la grâce d'être rassasiés. Il repousse le démon qui le tentait, et il n'en tire d'autre vengeance que sa défaite.

Jamais il n'a traité ses disciples comme un maître traite ses inférieurs : on l'eût cru plutôt leur frère. Il y avait dans ses manières tant de charité et de bienveillance qu'il n'est point étonnant qu'il en ait obtenu une obéissance parfaite. Avec quelle patience il endura Judas jusqu'à la fin ! Il s'assied à la même table, quoiqu'il connût ses projets déicides; il ne le découvre pas et il ne repousse pas le baiser perfide qui le livre à ses ennemis.

Quelle patience il avait auparavant montrée avec les Juifs ! Que de travaux pour obtenir de ces incrédules la foi en ses paroles ! Que de peines pour entraîner ces aveugles à la pratique des bonnes œuvres ! Sa réponse à ses contradicteurs était toute mansuétude. Il n'opposait aux superbes que bénignité, à la colère de ses persécuteurs qu'humilité. Jusqu'à l'heure de la croix, que de fatigues pour convertir ces bourreaux des prophètes, ces ennemis de Dieu !


Pendant sa passion, que d'injures il entendit avant que son sang ne fût versé et qu'il ne subît sa mort cruelle ! que de moqueries il eut à dévorer ! D'infernales bouches le couvraient de crachats, lui dont la salive avait rendu la lumière aux yeux d'un aveugle. Des fouets le déchirèrent, lui dont le nom flagellait et mettait en fuite les démons. Il fut couronné d'épines celui qui couronne ses martyrs de fleurs qui ne se flétriront jamais. On meurtrit ce visage dont le sourire sera pour les vainqueurs une récompense suffisante. On dépouille de ses vêtements celui qui revêt ses élus d'un vêtement d'immortalité. On présente du fiel à celui qui nous donne le pain des cieux ; on abreuve de vinaigre celui qui nous donne le calice du salut. Lui innocent et juste; que dis-je? l'innocence et la justice même, il est comparé à des brigands; de faux témoins accusent la vérité éternelle; les méchants jugent le Juge de l'univers ; et la parole substantielle de Dieu entend sa sentence de mort. Lorsque le Sauveur des hommes est au moment d'expirer sur la croix, les étoiles s'obscurcissent, les éléments se confondent, la terre tremble; la nuit succède au jour, et le soleil pour n'éclairer pas un si horrible spectacle, détourne sa lace et voile ses rayons. Mais lui, sans parole, sans mouvement, sans découvrir la gloire de sa majesté, même à l'heure de sa mort, il montre jusqu'à la fin la plus inaltérable patience. Et après tout cela, si quelqu'un de ses bourreaux se convertit, il le reçoit à l'instant même, et il ne ferme à aucun les portes de son Eglise.

Peut-il y avoir une patience et une bénignité plus admirables que de rendre la vie à ces malheureux avec le sang qu'ils ont versé ? Telle est la patience du Christ ; et il le faut bien, car si elle n'était pas si grande, saint Paul n'eût point été chrétien. »

 

louis de Grenade.


 

 







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Publié le 26 Mars 2010

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Publié le 26 Mars 2010

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Le petit Placide vous souhaite une bonne semaine sainte, et de sainte fêtes de Pâques, loin de l'odeur de souffre ambiante, des agitations puériles des démons en furie de toutes sortes...

"Ne nous laissons pas divertir par quoi que ce soit au monde. Nous vivons dans la foi et ne devons pas nous étonner de l'obscurité.
Marchons quand même vers la lumière.


Dieu se joue au milieu du désordre apparent et de la mauvaise volonté des hommes; il observe, voilé, jusqu'où ira notre tranquille abandon entre ses main
s."

dom Delatte.







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Publié le 26 Mars 2010

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Publié le 26 Mars 2010

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Publié le 25 Mars 2010



http://www.wga.hu/art/b/badalocc/dead_chr.jpg


Après avoir proposé à la méditation des fidèles, durant les quatre premières semaines du Carême, le jeûne quadragénaire de Jésus Christ sur la montagne, la sainte Église consacre à la commémoration des douleurs du Rédempteur les deux semaines qui nous séparent encore de la fête de Pâques.

Elle ne veut pas que ses enfants arrivent au jour de l’immolation du divin Agneau, sans avoir préparé leurs âmes par la compassion aux souffrances qu’il a endurées en leur place.


dom Guéranger.

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Publié le 25 Mars 2010

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