on ira tous au Paradis ..

Publié le 17 Janvier 2015

 

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« On ira tous au Paradis » ?

 

Le Père Zanotti-Sorkine a récemment fait paraître un article sur le site Boulevard Voltaire, intitulé “Chers Jean, Georges, Stéphane et Bernard…”. Une lettre ouverte aux caricaturistes de Charlie-Hebdo décédés dans la récente tuerie. Mêlant bienveillance et critique, ce prêtre part de cette idée que les intéressés, tout athées qu'ils fussent, savent aujourd'hui qu'ils se sont plantés : « (…) maintenant que la vie n’est plus un mystère pour vous (...) ».

 

Cela rappelle la réflexion que fit un jour le P. Garrigou-Lagrange au sujet du P. Billot, avec lequel il avait croisé théologiquement le fer au sujet des conditions de la vision béatifique. Ayant appris le décès du P. Billot, le P. Garrigou dit en substance ceci : « Maintenant il sait que j'avais raison ».

 

Les “chers Jean, Georges, Stéphane et Bernard…” savent en effet désormais qu'ils se sont trompés.

 

La certitude qu'il en est ainsi conduit le chrétien à une certaine tristesse au constat de vies employées à nier et à faire douter de la réalité de la lumière. Une tristesse, mais néanmoins une certaine espérance : celle du salut, aux conditions mystérieuses, qui remplissent l'espace de l'instant ultime de chacun.

 

Alors le chrétien prie pour ce salut, qui ne va pas de soi, et l'Église toute entière prie avec lui, parce que tous deux savent dans la foi qu'en dépit des promesses de vie éternelle qui lui sont données, l'homme conserve la liberté de s'y soustraire.

 

La promesse accueillie ouvre sur ce que nous appelons le Ciel ; son rejet ouvre sur ce que nous appelons l'enfer. C'est en ce sens que le Pape François, récemment encore, adressait cette prière à Dieu, tellement de circonstance au regard des récents événements : « Qu’aucun de tes enfants ne soit perdu dans le feu éternel de l’enfer, où il ne peut plus y avoir de repentir. Nous te confions, Seigneur, les âmes de ceux qui nous sont chers, des personnes qui sont mortes sans le réconfort des sacrements, ou qui n’ont pas eu la possibilité de se repentir, même au terme de leur vie » (Pape François, Angelus 2 novembre 2014, Commémoration des fidèles défunts).

 

Il n'est pas très à la mode de parler de l'enfer. Les ecclésiastiques l'ont assez largement chassé de leurs homélies depuis fort longtemps, à moins qu'ils ne l'évoquent en passant pour faire perdurer la fable rassurante selon laquelle il serait « vide », et donc sans raison d'être.

 

Les Écritures, pourtant, sont assez claires. A ne parcourir que le seul Évangile selon saint Matthieu – et il ne s'agit là que d'une courte enquête – on y voit Jésus, Fils de Dieu, en parler pas moins de quatorze fois [cf. Mat. 5.22 ; Mat. 5.29-5.30 ; Mat. 8.12 ; Mat. 10.28 ; Mat. 13.42 ; Mat. 13.50 ; Mat. 16.18 ; Mat. 22.13 ; Mat. 23.15 ; Mat. 23.33 ; Mat. 24.51 ; Mat. 25.30 ; Mat. 25.41].

 

Le Catéchisme de l'Église catholique universelle (n°633) rappelle que « Jésus n’est pas descendu aux enfers pour y délivrer les damnés (cf. Cc. Rome de 745 : DS 587) ni pour détruire l’enfer de la damnation (cf. DS 1011 ; 1077) mais pour libérer les justes qui l’avaient précédé (cf. Cc. Tolède IV en 625 : DS 485 ; Mt 27, 52-53) ».

 

Il indique encore : « Nous ne pouvons pas être unis à Dieu à moins de choisir librement de l’aimer.

Mais nous ne pouvons pas aimer Dieu si nous péchons gravement contre Lui, contre notre prochain ou contre nous-mêmes : “Celui qui n’aime pas demeure dans la mort. Quiconque hait son frère est un homicide ; or vous savez qu’aucun homicide n’a la vie éternelle demeurant en lui” (1 Jn 13.15).

 

Notre Seigneur nous avertit que nous serons séparés de Lui si nous omettons de rencontrer les besoins graves des pauvres et des petits qui sont ses frères (cf. Mat. 25, 31-46).

 

Mourir en péché mortel sans s’en être repenti et sans accueillir l’amour miséricordieux de Dieu, signifie demeurer séparé de Lui pour toujours par notre propre choix libre. Et c’est cet état d’auto-exclusion définitive de la communion avec Dieu et avec les bienheureux qu’on désigne par le mot “enfer” » (n°1033).

 

C'est sur le fondement de cette certitude, qui fait partie intégrante de la foi chrétienne, que le pape François enjoignait aux membres de la mafia : « Convertissez-vous, il est encore temps, pour ne pas finir en enfer. C’est ce qui vous attend si vous continuez sur ce chemin. Vous avez eu un père et une mère : pensez à eux. Pleurez un peu et convertissez-vous » (Pape François, homélie du 21 mars 2014).

 

On n'en finirait pas de citer le témoignage de saints et de docteurs catholiques, sans oublier les messages de Fatima, donnant pour certaine la réalité de l'enfer et affirmant que  le salut de chacun est suspendu à sa conversion à Dieu.

 

Dans ce contexte doctrinal, il est dès lors, à tout le moins, très surprenant de lire l'article précité du Père Zanotti-Sorkine. Celui-ci, s'adressant aux caricaturistes assassinés, n'hésite pas en effet à leur écrire : « la vie n’est plus un mystère pour vous puisque vous connaissez la vérité tout entière [et Dieu sait si cette connaissance doit désormais susciter en vous non plus votre humour mais votre joie] ».

 

Connaitre la vérité toute entière est, pour un chrétien, une expression qui a un sens bien particulier, que l'on trouve en saint Jean : « Quand il viendra, lui, l'Esprit de vérité, il vous introduira dans la vérité tout entière ; car il ne parlera pas de lui-même, mais ce qu'il entendra, il le dira et il vous dévoilera les choses à venir ». Connaître la vérité tout entière, après la mort, c'est voir Dieu dans la béatitude éternelle.

 

C'est bien le sens que paraît vouloir donner le Père Zanotti-Sorkine puisqu'il évoque immédiatement le fait que Dieu, désormais, est « la joie » des intéressés.

 

Or sont introduits dans « la vérité tout entière » ceux qui vivent dans l'amitié de Dieu, dès ici-bas. Cette amitié, selon l'enseignement constant de l'Église, est celle de l'homme vivant dans la grâce sanctifiante, dont la vie s'épanouit après la mort dans la gloire, dût-il préalablement souffrir cette purification mystérieuse que l'Église appelle le purgatoire.

 

Dans l'Évangile, c'est au serviteur « bon et fidèle » que Jésus dit : « Entre dans la joie de ton seigneur » (Mat. 25.21), tandis qu'il est ordonné que le mauvais soit jeté « dehors, dans les ténèbres : là seront les pleurs et les grincements de dents » (Mat. 25.30).

 

Le Père Zanotti-Sorkine, qui ne paraît pas considérer que cette seconde partie de l'alternative soit en l'occurrence possible, ajoute encore à l'adresse des caricaturistes assassinés : « votre nature était saine [qu'est-ce que ça veut dire ?], je veux le croire, parce que vous cherchiez sans doute à votre manière le bien commun, parce que vous considériez la liberté d’expression comme un droit devant s’exprimer sans état d’âme, parce que vous étiez au fond restés des enfants qui dessinaient comme tous les enfants tout en jouant à mettre le feu ».

 

Comme si les bonnes intentions – à supposer que le plaisir de souiller les croyances d'autrui puisse entrer dans leur champ – suffisait à justifier cette inégrité de nature.

 

Il poursuit : « (…) intercédez pour nous (sic!), chers Cabu, Wolinski, Charb et Tignous, rendez-nous intelligents et respectueux des croyances d’autrui pour que la France se distingue encore par sa hauteur civilisatrice », prière étrange qui suppose que les intéressés soient au rang des saints.

 

Rappelons cette définition de la prière d'intercession donnée par Dietrich Bonhoeffer : « l'acte par lequel nous présentons à Dieu notre frère en cherchant à le voir sous la croix du Christ, comme un homme pauvre et pécheur qui a besoin de sa grâce ».


  Enfin, le Père Zanotti-Sorkine leur adresse cette demande : « Un dernier point qui me tient à coeur : si vous croisiez au Ciel les trois petits enfants qui, lors de l’affaire Merah, ont été assassinés sauvagement, embrassez-les pour moi, et partagez avec eux la gloire qui est la vôtre aujourd’hui. (…) Allez, chers Cabu, Wolinski, Charb et Tignous, soyez dans la joie de Dieu, continuez votre vie, et éclairez-nous maintenant de vos clartés. »

 

Le propos est tellement énorme que l'on en vient à se demander si l'article n'est pas écrit sur le ton de la boutade. Pourtant, rien ne permet de le croire. S'agirait-il d'ailleurs d'une boutade, qu'elle serait d'un goût étrange, de la part d'un prêtre, et fort décevante de la part de celui-là. Le Père Zanotti-Sorkine paraît bien tenir que les intéressés, pour lesquels il n'appelle d'ailleurs pas nos prières – il est vrai que la lettre ne nous est pas adressée... – sont dans la joie de Dieu, au Ciel donc, dans la gloire des saints.

 

Entre l'obsession terrifiée de l'enfer et l'affirmation niaise et irresponsable « qu'on ira tous au paradis », pour reprendre la chansonnette de Polnareff, il existe une juste mesure exprimée par l'enseignement constant de l'Église. Il est bien fâcheux que le Père Zanotti-Sorkine ait choisi de s'en affranchir en une circonstance où, tout au contraire, il aurait été si opportun de le rappeler.

 

 

pierre Gabarra pour le petit placide


 

nb .: alors que pour Pierre et Charles nous n'avons aucune crainte à leur sujet quant à la certitude de  leur salut  et que nous pouvons les prier en toute confiance ! .. , toute la différence. 

 


Rédigé par philippe

Publié dans #spiritualité

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Commenter cet article

Bernard L. 22/01/2015 20:34


Merci pour votre analyse fort pertinente.


Connaissant l'Abbé Michel-Marie Zanotti-Sorkine par ses homélies, ses Messes dignements célébrées et son grand respect pour le Magistère de l'Eglise (il a marié mon fils et baptisé ma petite
fille), je suis abasourdi par le contenu de sa lettre. Je l'ai relu plusieurs fois pour essayer d'en comprendre le sens. Je voudrais bien qu'il puisse nous expliquer sa position qui ne
correspond pas vraiment, je pense, à l'enseignement de l'Eglise.


A-t-il reçu des révélations privées ?

philippe 23/01/2015 00:45



Merci je n'en sais rien..l'effet médiatique je pense.l'abbé Pagès a réagi aussi immédiatement. Sa dernière lettre à ses "frères musulmans"  parait plus modérée, mais bon, vu le contexte
! politiquement récupéré depuis qu'il a quitté son diocèse?