Seigneur, faites que je vois...quinquagesima

Publié le 15 Février 2015

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cette rencontre avec l’Amour qui sauve : Jésus, le Verbe incarné, Dieu en chair et en os, avec un visage humain, qui se laisse regarder par nos yeux charnels ; en contemplant la sainte Face de Jésus nous voyons la tendresse infinie du Père.

 

Car Dieu nous aime ! Dieu nous aime ! Il est pour nous un Père et nous sommes pour lui des fils. Entendez-vous ces mots de l’amour, ces titres de gloire, ces beaux noms que Dieu a choisi entre tous pour nous les donner : nous sommes ses enfants bien-aimés.

 

Oui, Dieu nous aime, comme un père, et mieux encore qu’un père, parce que l’expérience que faisons de la paternité humaine ici-bas est souvent diminuée, voire abîmée, parce que nos parents, aussi bons soient-ils, ne pourront jamais nous donner l’amour infini qui est en Dieu le Père de Jésus-Christ....

 

Quand nous pensons faire quelque chemin vers Dieu, en réalité, c’est Dieu qui déjà a comblé l’entre-deux qui nous sépare de Lui. N’est-ce pas cela me convertir, sans cesse me rappeler que si je peux me tourner vers Dieu par la foi, c’est parce que Dieu d’abord s’est tourné vers moi par l’amour. Comme Pascal a raison encore une fois qui entend Jésus lui dire : « Console-toi, Tu ne me chercherais pas si je ne t’avais déjà trouvé ». C’est une idée-force du christianisme : ce n’est pas nous qui avons aimé Dieu, c’est lui qui nous a aimé le premier. Et il a envoyé son fils dans le monde pour que le monde soit sauvé.

 

Son lot est plutôt l’humiliation de n’être rien - car on existe par ses yeux plus encore que par ses oreilles. Il a tout perdu, en perdant la vue. Mais ne l’a-t-il jamais eue ? Il n’a que sa honte, celle de ne pas voir et d’être isolé du reste du monde ; et sa souffrance aussi d’être loin de tout, et peut-être d’abord loin de lui-même, habitant ces régions enténébrées et glaciales où se fait sentir le poids insupportable de la solitude qui désespère, parce qu’on croit que le ciel nous est fermé et que Dieu nous a rejeté ; cette solitude qui fait le lit de l’antique ennemi, le père du mensonge. Mais le Christ nous libère !

 

« Pour l’humanité et pour chacun d’entre nous », nous prévient Benoît xvi, il n’y a pas d’autre possibilité que de faire comme Bartimée, « pour avoir une certitude sur notre propre vie, sinon de s’abandonner, dans un crescendo continu, entre les mains d’un amour qui s’expérimente toujours plus grand parce qu’il a son origine en Dieu ».

 

fr Maire Ollivier OP

 

Commentaire de Saint Grégoire le Grand

 

« Vois ! Ta foi t'a sauvé »

 

 

 

Notre Rédempteur, prévoyant que les âmes de ses disciples seraient troublées par sa Passion, leur parla longtemps à l’avance des souffrances de cette Passion et de la gloire de sa Résurrection : ainsi lorsqu’Il mourrait, comme c’était annoncé, ils comprendraient et ne douteraient pas de sa Résurrection.

 

Mais les disciples étaient encore charnels et n’étaient pas capables de comprendre les paroles de ce mystère, c’est pourquoi le Christ eut recours au miracle. Devant eux, Il rendit la lumière à un aveugle, affermissant ainsi par des actes célestes la foi de ceux qui ne comprenaient pas les paroles du mystère céleste. Ainsi donc, mes très chers frères, il faut comprendre les miracles de notre Seigneur et Sauveur non seulement comme des faits réels auxquels on doit croire, mais aussi comme une allusion à autre chose ; en vérité, par leur puissance, ces œuvres nous manifestent une chose et par leur mystère nous en suggèrent une autre.

 

L’histoire ne nous dit pas qui était cet aveugle, mais nous savons par contre ce qu’il représente symboliquement. Oui, cet aveugle, c’est le genre humain, qui dans son premier père a été privé des joies du paradis, qui a ignoré la clarté de la lumière céleste et qui souffre encore des ténèbres de sa condamnation. Mais il est illuminé par la présence de son Rédempteur : ainsi le désir lui fait déjà entrevoir les joies de la lumière intérieure et il pose son pied dans le chemin vivifiant des œuvres bonnes.

 

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Remarquons bien que l’aveugle fut illuminé lorsque Jésus approchait de Jéricho. Jéricho, semble-t-il, symbolise la lune. Or dans le langage figuré, la lune représente les inconstances de la chair, car en décroissant chaque mois elle nous rappelle que nous sommes destinés à mourir.

 

Donc, approchant de Jéricho, notre Créateur rend la lumière à l’aveugle ; ainsi, alors que la divinité assume la faiblesse de notre chair, le genre humain retrouve la lumière qu’il avait perdue. Dieu souffre dans son humanité et par là l’homme est élevé à la divinité. C’est bien à juste titre que l’aveugle est décrit assis et mendiant près du chemin ; car la Vérité elle-même a dit : « C’est moi qui suis le Chemin ».

 

Celui donc qui ne connaît pas la clarté de la lumière éternelle est aveugle ; mais s’il a déjà foi dans le Rédempteur, il est assis près du chemin ; si ayant la foi il néglige cependant de demander la lumière éternelle et cesse de prier, cet aveugle-là est assis près du chemin mais ne mendie pas.

 

Celui qui a la foi, qui connaît l’aveuglement de son cœur et demande la lumière de la vérité, celui-là est assis près du chemin et mendie.

 

Celui donc qui reconnaît les ténèbres de son aveuglement et comprend qu’il lui manque la lumière de l’éternité, qu’il crie du fond du cœur et par la voix de son intelligence : « Jésus, Fils de David, aie pitié de moi ! » Ecoutons donc ce qui arrive à l’aveugle qui crie : « Ceux qui marchaient en avant le réprimandaient pour qu’il se taise ».

 

3

 

Que désignent ces gens qui précèdent la venue de Jésus, sinon la foule des désirs de la chair et le tumulte des vices qui, avant que Jésus ne vienne dans ce cœur, dissipent notre méditation par leurs tentations et troublent la voix de notre cœur en prière ? Car souvent, alors que nous voulons retourner vers le Seigneur après avoir commis des fautes et que nous entreprenons de les surmonter par nos prières, les souvenirs des péchés que nous avons commis accourent au cœur, repoussent la pointe de notre intelligence, perturbent l’âme et couvrent la voix de notre prière.

 

Ceux qui marchaient en avant le réprimandaient pour qu’il se taise, de même, avant que Jésus ne vienne dans le cœur, le mal que nous avons fait frappe par son souvenir notre méditation et nous trouble dans notre prière.

 

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Mais écoutons ce que fit encore cet aveugle qui allait être illuminé : « Mais lui criait plus fort encore : «Fils de David, aie pitié de moi ! »»

 

La foule l’invective pour qu’il se taise, et lui crie de plus en plus fort, car plus le tumulte des pensées charnelles nous accable, plus nous devons insister dans une prière ardente. La foule veut nous empêcher de crier, c’est-à-dire que les souvenirs de nos péchés nous font souffrir en tous temps, mais surtout dans la prière. Mais plus la voix de notre cœur est repoussée, plus elle doit insister vaillamment jusqu’à dépasser le tumulte des pensées illicites et éclater à force d’entêtement aux oreilles saintes du Seigneur.

 

Chacun peut reconnaître en lui-même ce que nous disons ; lorsque nous élevons notre âme depuis ce monde vers Dieu et que nous nous convertissons à l’œuvre de prière, nous trouvons désagréables et pénibles des choses qui nous plaisaient auparavant. A peine la force d’un saint désir éloigne-t-elle la pensée de ces choses des yeux du cœur, à peine les larmes de la pénitence viennent-elles à bout de leur souvenir.

 

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Mais quand nous insistons avec force dans notre prière, nous fixons, dans notre esprit, Jésus qui passe. « Jésus s’arrêta et commanda qu’on le Lui amène ». Voilà que s’arrête Celui qui passait : car si jusqu’à présent nous avons supporté dans la prière la foule des souvenirs, en quelque sorte nous avons senti passer Jésus. Mais quand nous insistons vraiment et avec force dans la prière, Jésus s’arrête alors pour nous rendre la lumière, car Dieu est enraciné dans le cœur, et la lumière perdue est retrouvée.

 

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Ici toutefois, le Seigneur nous fait comprendre aussi quelque chose d’utile à propos de son humanité et de sa divinité : c’est en marchant que Jésus entendit crier l’aveugle, mais c’est immobile qu’Il accomplit le miracle de l’illumination. En effet, passer est le fait de l’humanité, demeurer celui de la divinité.

 

Par son humanité, certes, Il dut naître, croître, mourir, ressusciter, se déplacer de lieu en lieu. Dans la divinité, il n’est pas de mutation. En fait, passer, c’est changer. Ce passage est sans aucun doute conforme à la chair et non à, la divinité. Par sa divinité, Il est toujours immuable parce que partout présent, et ce n’est pas par un mouvement qu’Il vient ni qu’Il se retire. Donc, en passant, le Seigneur entendit crier l’aveugle. S’arrêtant, Il l’illumina, car par son humanité Il eut pitié de notre aveuglement, Il compatit à nos cris ; mais par la puissance de sa divinité, Il a répandu sur nous la lumière de la grâce.

 

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Remarquons bien qu’Il dit à l’aveugle : « Que veux-tu que je te fasse ? » Celui qui avait le pouvoir de rendre la lumière ignorait-Il ce que voulait l’aveugle ? Mais Il veut que nous demandions ce qu’Il sait par avance que nous demanderons et qu’Il accordera. Et alors qu’Il nous invite à prier à temps et à contretemps, Il dit toutefois : « Votre Père, en effet, sait de quoi vous avez besoin avant même que vous le Lui demandiez ».

 

Maintenant encore, Il attend qu’on demande, maintenant encore Il attend que le cœur s’éveille à la prière. Et l’aveugle répond aussitôt : « Seigneur, que je voie ! » Ce n’est pas de l’or que l’aveugle demande au Seigneur, mais la lumière. Il n’a pas voulu demander autre chose que la lumière, car quoi qu’il puisse posséder, sans lumière, étant aveugle, il ne le verra pas. Imitons-le donc, frères très chers, car nous avons entendu dire qu’il fut sauvé et de corps et d’esprit.

 

Ne demandons au Seigneur ni fausses richesses, ni biens terrestres, ni honneurs fugitifs, mais la lumière ; non pas cette lumière que l’on peut enfermer dans un lieu, qui a une fin dans le temps, qui est interrompue par les nuits, que le bétail 4 perçoit tout comme nous, mais demandons cette lumière qu’avec les anges nous sommes seuls capables de voir, qui n’a ni commencement ni fin. Le chemin vers cette lumière, c’est la foi. Voilà pourquoi Jésus répondit à l’aveugle illuminé : « Vois, ta foi t’a sauvé ! ».


Rédigé par philippe

Publié dans #spiritualité

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