fête de la Dédicace. fontgombault.

Publié le 12 Octobre 2013

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DÉDICACE

Homélie prononcée

par le Très Révérend Père Dom Jean Pateau,

Abbé de Notre-Dame de Fontgombault

Administrateur de Saint-Paul de Wisques (Notre-Dame de Wisques, le 12 octobre 2013)

 

Mes très Révérendes Mères, mes bien chers Sœurs,

 

 

chers Frères et Sœurs,

 

 

 

 

EN montant vers Notre-Dame, on ne peut qu'être frappé par la beauté et la majesté de votre maison. L'église n'est pas en reste ; sa blancheur et sa pureté sont comme un reflet ou un écho de la pureté qui doit habiter le cœur des moines et des moniales et que nous enseignent les moines des temps anciens.

Chaque année à l'occasion de la fête de la Dédicace, l'Église honore d'une manière particulière les lieux qui ont été consacrés exclusivement au culte divin.

 


Nous pouvons être impressionnés par la beauté des basiliques, des cathédrales, des abbayes, mais Salomon, de manière réaliste, pose la question essentielle : « Dieu habiterait- il vraiment avec les hommes sur la terre ? Voici que les cieux et les cieux des cieux ne le peuvent contenir, moins encore cette maison que j'ai construite ! » (1R 8,27) L'homme ne peut prétendre construire une maison pour y placer Dieu. Dieu, lui, ne pourrait-il pas s'inviter dans une maison faite de main d'homme ?

Dieu s'est engagé et Salomon le sait : « Que tes yeux soient ouverts jour et nuit sur cette maison, sur ce lieu dont tu as dit: ''Mon Nom sera là'', écoute la prière que ton serviteur fera en ce lieu. » (1R 8, 29)


Nos églises de la terre n'auront alors rien à envier à la Cité Sainte, la Jérusalem céleste. Comme elle, elles sont la demeure de Dieu parmi les hommes. Combien de larmes ont été essuyées, combien de corps fortifiés et nourris par la réception des sacrements en ces lieux ?

En face de cette magnificence, le héros de l'évangile de ce jour fait pâle figure. Il est petit, riche, chef de publicains, probablement voleur. Il n'a pas bonne réputation. Malgré son lourd passé, « il cherchait à voir qui était Jésus. » (Lc 19,3) Nous ne sommes pas collecteurs d'impôts, la pauvreté monastique préserve peut-être même nos mains de contacts avec l'argent ; pourtant nous ressemblons à Zachée et ce tout particulièrement si nous sommes moines et moniales : malgré un passé plus ou moins lourd, nous cherchons qui est Jésus.


De fait rien n'aide le pauvre Zachée. Non seulement, il n'est pas aimé à cause de son travail et de ses malversations, mais sa petitesse l’empêche de voir Jésus, car il y a la foule. « L'enfer, c'est les autres », disait Sartre. Les autres nous empêchent de voir Jésus. Alors Zachée, aussi pratique qu'habile dans les affaires financières, grimpe dans un arbre. Zachée cherchait Jésus ; remarquons que c'est Jésus qui vient chercher

Zachée sur son sycomore : « Zachée, descends vite, car il me faut aujourd'hui demeurer chez toi. » (Lc 19,5)

 


Comme autrefois Dieu l'avait dit à Salomon au sujet de sa maison, aujourd'hui c'est chez le publicain que Jésus veut demeurer. Que dire de cette demande de Jésus ?

Jésus, qui n'avait pas où reposer sa tête (cf. Lc 9,58) a souvent dû demander l'hospitalité. Mais il ne fut pas reçu partout avec le même empressement. Il y a différentes façons de recevoir Jésus.


L’évangile de Marthe et de Marie (Lc 10,38-42) est très éclairant. Les deux sœurs reçoivent Jésus, mais elles le reçoivent différemment. Marthe reçoit Jésus avec souci, avec trouble, alors que Marie le reçoit avec joie et paix. Marthe s'affaire à disposer sa maison et à préparer sa cuisine, alors que Marie est aux pieds du Seigneur. Souvent les traductions de cette péricope nous trompent et faussent le sens de la réponse de Jésus à Marthe. Alors que celle-ci demande à sa sœur de participer un peu au travail causé par la réception de l'hôte, Jésus lui répond : « Marthe, Marthe, pour beaucoup de choses tu te fais du souci et tu jettes le trouble ; une chose, la bonne, doit être choisie. » Marthe fait tout, sauf choisir Jésus. Elle accueille Jésus dans sa maison, mais au fond elle ne l'accueille pas en son cœur. Jésus ne dit pas à Marthe que c'est une mauvaise chose de ranger sa maison ou de préparer la cuisine. Que non ! Jésus rappelle simplement à Marthe qu'il y a un ordre des choses, qu'il y a des choses qu'il n'est pas permis de laisser de côté. Jésus lui fait sentir qu'avant de jouir de sa bonne cuisine , il voudrait demeurer en son cœur. Alors la cuisine de Marthe prendrait une autre saveur, pour Marthe, pour Marie, pour les gens de la maison et pour Jésus. Marthe ne ferait plus son travail avec activisme, et orgueil de réussir, mais plutôt pour servir en vérité son Seigneur.


C'est une grave leçon pour nous qui sommes consacrés à Jésus dans la vie monastique. La fête de la Dédicace est aussi la fête de nos professions.

C'est un fait : nous accueillons Jésus dans nos maisons, dans nos églises. Il est chez nous, omniprésent en nos vies. Il y a le tabernacle, la récitation de l'office, l'Opus Dei. Il y a tous les usages monastiques qui font de nos journées une liturgie. Tout cela est vénérable, tout cela est beau, comme la beauté de nos églises. Tout cela pourrait être parfaitement stérile si Dieu n'était pas reçu en notre cœur.


Alors que vous vous associez de grand cœur aux événements qui marquent en ces jours la vie de Saint-Paul, priez pour tous vos frères moines afin qu'ils demeurent fidèles à l'appel reçu du Seigneur en vivant authentiquement leur vocation à la contemplation.

Que Marie nous obtienne d'accueillir en nous Jésus comme elle a su le faire. Aujourd'hui c'est chez nous qu'il veut demeurer.

Rédigé par dom Jean Pateau OSB

Publié dans #spiritualité

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